PAUSE AR

0 sortie 2025–2026 · mis à jour le 10 septembre 2026
Chaque semaine, l’essentiel des publications qui comptent en anesthésie-réanimation : essais pivots, recommandations et grandes méta-analyses.
Année cochez 2025 pour afficher aussi les sorties de l’an dernier
Lecture un article coché lu ou mis en favori quitte la liste principale ; mémorisé sur cet appareil
Aucune année sélectionnée — cochez 2026 ou 2025 pour afficher les sorties.
Aucun résultat — essayez un synonyme (français ou anglais) ou un acronyme (SDRA/ARDS, PEP/PEEP, RCP/CPR, TC/TBI…).

Anesthésie périopératoire

0 sorties
2026
▲ À connaître Méta-analyse · BREATHE-CS

Perioperative mechanical ventilation strategies in adult cardiac surgery with cardiopulmonary bypass: a meta-analysis of randomised controlled trials

Br J Anaesth · 27 août 2026 · 105 essais recensés, 39 analysés

Les complications pulmonaires sont fréquentes après chirurgie cardiaque, et de nombreuses stratégies ventilatoires ont été essayées pour les prévenir, sans conclusion claire. Cette méta-analyse a recensé 105 essais randomisés portant sur la ventilation avant, pendant ou après une chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle, et en a rassemblé 39 pour l’analyse quantitative, la mortalité toutes causes étant le critère principal. Aucune des comparaisons rapportées ne réduit significativement la mortalité ; le seul résultat net porte sur un critère secondaire, les complications pulmonaires postopératoires, moins nombreuses lorsque la ventilation est maintenue pendant la circulation extracorporelle plutôt que le respirateur arrêté. Les autres stratégies comparées n’ont pas montré de bénéfice.

Complications pulmonaires postopératoires avec ventilation maintenue pendant la circulation extracorporelle : risque relatif 0,87 (IC95 % 0,79 à 0,96 ; p = 0,005 ; I² = 0 % ; 15 essais)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte opéré du cœur sous circulation extracorporelle, quelles stratégies de ventilation mécanique — avant, pendant ou après l’intervention — réduisent la mortalité et les complications pulmonaires postopératoires ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse des essais randomisés portant sur une stratégie de ventilation appliquée en période préopératoire, peropératoire ou postopératoire d’une chirurgie cardiaque nécessitant une circulation extracorporelle. Critère principal : la mortalité toutes causes. Critères secondaires : infections, complications pulmonaires postopératoires et durée de ventilation mécanique. 105 essais randomisés ont été identifiés, dont 39 se prêtaient à une synthèse quantitative, les comparaisons étant analysées séparément selon la stratégie étudiée. Enregistrement PROSPERO CRD420251057156.

Résultats clés

  • Critère principal (mortalité toutes causes) : aucune des stratégies comparées n’a montré de réduction significative.
  • Critère secondaire, ventilation maintenue pendant la circulation extracorporelle : moins de complications pulmonaires postopératoires, risque relatif 0,87 (IC95 % 0,79 à 0,96 ; p = 0,005), sans hétérogénéité entre les 15 essais concernés (I² = 0 %).
  • Assistance respiratoire non invasive en postopératoire : mortalité de 17 patients sur 414 (4,1 %) contre 24 sur 377 (6,4 %) dans les groupes témoins, soit un risque relatif de 0,60 (IC95 % 0,34 à 1,08 ; p = 0,09 ; I² = 0 % ; 5 essais) : tendance non significative.
  • Ventilation en pression contrôlée comparée au volume contrôlé pendant l’intervention : aucune amélioration du critère principal ni des critères secondaires.
  • Ventilation à assistance adaptative comparée à la ventilation conventionnelle en postopératoire : aucune amélioration non plus.

Limites

  • Sur 105 essais recensés, 39 seulement ont pu être agrégés : la littérature est dispersée et une part de l’information reste inexploitable.
  • Les protocoles et le moment d’application des stratégies sont très hétérogènes d’un essai à l’autre : la méta-analyse ne dit pas quel réglage adopter pendant la circulation extracorporelle, ni quel volume courant ni quelle pression expiratoire positive.
  • La définition des complications pulmonaires postopératoires varie selon les essais, ce qui fragilise le résultat principal malgré son homogénéité statistique.
  • Le signal en faveur de l’assistance respiratoire non invasive postopératoire repose sur cinq essais et des effectifs modestes (414 et 377 patients) : les auteurs le présentent eux-mêmes comme une hypothèse à vérifier.
En pratique : maintenir une ventilation pendant la circulation extracorporelle, au lieu de laisser les poumons au repos respirateur arrêté, est la seule stratégie associée dans cette synthèse à moins de complications pulmonaires postopératoires — sur un critère secondaire, et sans effet démontré sur la mortalité. C’est un geste simple, à discuter avec l’équipe de perfusion. Le choix entre pression contrôlée et volume contrôlé peut rester affaire d’habitude, et l’assistance non invasive après extubation ne peut pas être recommandée sur ces données pour améliorer la survie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé de non-infériorité

Hypotension Prediction Index versus Mean Arterial Pressure Alarm for Preventing Intraoperative Hypotension in Elective Non-Cardiac Surgery: A Randomized Controlled Trial

Anesthesiology · 19 août 2026 · 143 patients, monocentrique, en aveugle

L’indice de prédiction de l’hypotension est proposé pour anticiper les chutes tensionnelles au bloc, mais il suit de très près la pression artérielle moyenne elle-même. Cet essai monocentrique en aveugle a comparé, chez 143 adultes opérés d’une chirurgie non cardiaque programmée à risque modéré ou élevé, une simple alarme déclenchée sous 72 mmHg de pression moyenne à l’alarme de l’indice réglée au-dessus de 85. L’exposition à l’hypotension, mesurée par l’aire sous le seuil de 65 mmHg, était comparable dans les deux groupes et l’alarme simple remplit le critère de non-infériorité fixé d’avance.

Aire sous le seuil de 65 mmHg : médiane 3,75 mmHg·min avec l’alarme de pression contre 4,00 avec l’indice prédictif ; après transformation logarithmique, différence moyenne 0,03 (IC95 % −0,24 à 0,29), borne inférieure au-dessus de la marge de non-infériorité de −0,4
Article original ↗

Question clinique

Pour prévenir l’hypotension peropératoire, l’indice de prédiction de l’hypotension apporte-t-il quelque chose de plus qu’une alarme posée sur la pression artérielle moyenne ?

Méthode

Essai randomisé monocentrique en aveugle chez des adultes opérés d’une chirurgie non cardiaque programmée à risque modéré ou élevé, avec mesure continue de la pression artérielle. Les patients recevaient soit une alarme déclenchée quand la pression artérielle moyenne passait sous 72 mmHg, soit l’alarme de l’indice de prédiction de l’hypotension réglée au-dessus de 85. Critère de jugement principal : aire sous le seuil de pression artérielle moyenne de 65 mmHg, qui mesure à la fois la profondeur et la durée des épisodes d’hypotension. Critères secondaires : fréquence et sévérité des hypotensions et des hypertensions, durée d’alarme active, insuffisance rénale aiguë et lésion myocardique, mortalité à 30 jours, durée de séjour, doses cumulées de vasoactifs et de solutés. Analyse finale sur 143 participants.

Résultats clés

  • Aire sous le seuil de 65 mmHg : médiane 3,75 mmHg·min avec l’alarme de pression contre 4,00 avec l’indice prédictif ; après transformation logarithmique, différence moyenne 0,03 (IC95 % −0,24 à 0,29), borne inférieure au-dessus de la marge de non-infériorité de −0,4.
  • Les distributions se recouvrent largement : intervalle interquartile de 0,00 à 22,62 avec l’alarme de pression et de 0,00 à 19,00 avec l’indice prédictif.
  • Aucune différence n’a été observée sur les autres paramètres hémodynamiques, les caractéristiques des alarmes, le devenir des patients ni les quantités de médicaments et de solutés administrées.

Limites

  • Essai monocentrique de faible effectif : 143 patients analysés. L’absence de différence sur l’insuffisance rénale aiguë, la lésion myocardique ou la mortalité ne prouve rien : l’essai n’avait pas la puissance de les étudier.
  • Le critère principal est une mesure d’exposition tensionnelle, pas un devenir clinique : montrer une exposition équivalente ne démontre pas une sécurité équivalente.
  • La démonstration porte sur un réglage précis, alarme sous 72 mmHg contre indice au-dessus de 85 ; elle ne dit rien d’autres seuils ni d’autres protocoles de correction.
En pratique : pour surveiller la pression artérielle au bloc, une alarme réglée sous 72 mmHg expose le patient à autant, et pas plus, d’hypotension que l’indice de prédiction, dans une population opérée d’une chirurgie non cardiaque avec cathéter artériel. Cela invite à ne pas considérer l’indice comme indispensable là où il n’est pas disponible. L’essai reste petit et monocentrique : il ne tranche pas la question du bénéfice clinique de l’une ou l’autre stratégie sur les complications postopératoires.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Total Intravenous vs Volatile Inhalational Anesthesia for Major Noncardiac Surgery: A Randomized Clinical Trial

JAMA · 12 août 2026 · Essai randomisé pragmatique multicentrique, 2 508 adultes de 50 ans et plus

Chez 2 508 adultes de 50 ans et plus opérés d’une chirurgie majeure non cardiaque programmée, entretenir l’anesthésie au propofol ou avec un agent halogéné aboutit au même nombre de jours vivant et à domicile à 30 jours : 22,5 contre 22,4 jours. Mortalité, qualité de la récupération et confusion postopératoire étaient comparables. Soif, enrouement, nausées et vomissements étaient moins fréquents sous anesthésie intraveineuse ; en revanche, les deux seuls cas de mémorisation peropératoire rapportés sont survenus dans ce groupe.

Jours vivant et à domicile à 30 jours : 22,5 sous anesthésie intraveineuse contre 22,4 sous halogéné (rapport de taux d’incidence 1,00 ; IC95 % 0,991,02 ; p ajusté = 0,68)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de 50 ans et plus opéré d’une chirurgie majeure non cardiaque, entretenir l’anesthésie générale par une perfusion de propofol améliore-t-il la récupération par rapport à un agent halogéné ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique, multicentrique, en ouvert, conduit dans 49 hôpitaux de janvier 2022 à avril 2024, avec un suivi clos en octobre 2024, chez des patients de 50 ans et plus programmés pour une chirurgie majeure non cardiaque. Parmi les 2 508 participants randomisés 1:1, 1 254 ont reçu un entretien par perfusion de propofol et 1 254 un entretien par agent halogéné ; tout le reste de la prise en charge périopératoire était laissé au choix des équipes. Critère principal : nombre de jours vivant et à domicile à 30 jours. Critères secondaires : jours vivant et à domicile à 90 jours, mortalité à 30 jours, 90 jours et six mois, score de qualité de la récupération QoR-15 à J3, satisfaction du patient à J1, confusion postopératoire (test 4AT) à J3, mémorisation peropératoire et complications majeures à 30 jours. Âge moyen 67 ans (écart-type 8,9), 55 % d’hommes.

Résultats clés

  • Jours vivant et à domicile à 30 jours : 22,5 sous anesthésie intraveineuse contre 22,4 sous halogéné (rapport de taux d’incidence 1,00 ; IC95 % 0,991,02 ; p ajusté = 0,68).
  • Aucune différence sur les jours vivant et à domicile à 90 jours, sur la mortalité à 30 jours, 90 jours et six mois, ni sur le score QoR-15 à J3.
  • Confusion postopératoire comparable : la majorité des patients (87,6 %) n’en présentaient aucune à J3. Complications majeures : 12,4 % de l’ensemble des patients, sans différence entre les groupes.
  • Soif, enrouement, nausées et vomissements étaient moins fréquents sous anesthésie intraveineuse. Deux cas de mémorisation peropératoire certaine ou probable ont été rapportés, tous deux dans ce groupe.

Limites

  • Essai en ouvert : patients et équipes connaissaient la technique employée, ce qui pèse sur les critères déclaratifs comme la satisfaction ou les nausées.
  • Le nombre de jours vivant et à domicile à 30 jours est un critère robuste mais peu sensible aux différences fines de confort ou de récupération cognitive.
  • La confusion postopératoire n’a été évaluée qu’à J3 par un test de dépistage bref.
  • Essai conduit dans un seul système de santé national et en chirurgie programmée : il ne dit rien de la chirurgie en urgence ni du devenir au-delà de six mois.
En pratique : le choix entre propofol et halogéné pour l’entretien d’une anesthésie générale en chirurgie majeure non cardiaque peut se faire sur d’autres critères que la récupération globale, qui est la même. Les arguments restent le confort postopératoire immédiat, où la voie intraveineuse garde un avantage modeste, et la surveillance de la profondeur d’anesthésie sous perfusion de propofol — même si deux cas de mémorisation, sur plus de mille deux cents patients, ne permettent aucune conclusion chiffrée. Il n’y a pas lieu d’imposer l’une ou l’autre technique dans un protocole de service au nom du devenir du patient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations · groupe d’experts international

Risk assessment and prevention of postoperative and postprocedural respiratory failure: recommendations from an international expert panel

Br J Anaesth · 31 juillet 2026 · 25 experts, 13 recommandations et 15 suggestions

L’insuffisance respiratoire après une intervention, définie par un recours non prévu à la ventilation invasive ou non invasive, n’avait jusqu’ici fait l’objet d’aucun texte d’orientation dédié. Un groupe pluridisciplinaire de 25 experts a examiné la littérature, comblé les lacunes par avis d’experts et soumis 54 propositions initiales à des tours de vote successifs, pour aboutir à 13 recommandations d’application large et 15 suggestions à appliquer au cas par cas. Les mesures retenues portent sur le dépistage systématique du risque et sur des gestes simples de la période postopératoire.

Article original ↗

Question clinique

Comment repérer en amont les patients qui risquent de développer une insuffisance respiratoire après une chirurgie ou un geste invasif majeur, et quelles mesures modifiables mettre en place pour l’éviter ?

Méthode

Élaboration structurée de recommandations de pratique par un groupe d’experts international et pluridisciplinaire de 25 membres issus de quatre continents. Le groupe a analysé la littérature disponible, complété les lacunes par l’avis d’experts, puis rédigé des propositions d’action affinées par tours de vote successifs. Les 54 propositions initiales ont été ramenées à 13 recommandations, jugées largement applicables et peu susceptibles de retarder la prise en charge, et 15 suggestions à retenir de façon sélective. Le travail a été cadré sur les facteurs de risque modifiables avant et après le geste et sur la faisabilité de mise en œuvre.

Résultats clés

  • Recourir systématiquement à des outils de dépistage du risque respiratoire.
  • Encourager l’arrêt du tabac et reconsidérer la date de l’intervention chez les patients présentant une infection respiratoire symptomatique.
  • Mobiliser les patients précocement et privilégier la position demi-assise ou assise ; maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire.
  • Utiliser les techniques d’assistance respiratoire non invasive pour limiter le recours à la ventilation invasive, limiter la sédation profonde et favoriser l’extubation précoce.

Limites

  • Ces énoncés reflètent l’interprétation par des experts d’un ensemble de données large et hétérogène : ce ne sont pas des recommandations graduées sur des essais randomisés dédiés.
  • Une partie des propositions comble des lacunes de la littérature par un avis d’experts, avec le risque de subjectivité que cela comporte.
  • Le texte propose un cadre destiné à être évalué comme ensemble de mesures ciblées sur le risque ; son efficacité réelle reste à démontrer.
En pratique : ce texte donne, à défaut de recommandations fondées sur des essais, une liste cohérente de mesures applicables dès la consultation d’anesthésie et en salle de surveillance post-interventionnelle : dépistage outillé du risque respiratoire, arrêt du tabac, report d’une intervention en cas d’infection respiratoire symptomatique, lever précoce, position redressée, soins de bouche, assistance respiratoire non invasive et sédation allégée. La faisabilité de mise en œuvre faisait partie des critères de sélection du groupe. Leur bénéfice combiné attend en revanche d’être confirmé par des travaux dédiés.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations EMHG

Consensus guideline from the European Malignant Hyperthermia Group on perioperative management of patients with an inherited primary disorder of skeletal muscle

Br J Anaesth · 30 juillet 2026 · recommandations de consensus

Les anomalies périopératoires des patients atteints d'une maladie musculaire héréditaire ressemblent parfois à une crise d'hyperthermie maligne, et la littérature disponible sur leur prise en charge est contradictoire et souvent dépassée. Le Groupe européen d'hyperthermie maligne (EMHG) publie des recommandations issues d'une revue de la littérature et d'un processus formel de consensus. Le texte associe des recommandations générales, valables pour toute myopathie nécessitant une anesthésie ou une sédation procédurale, et des recommandations propres à chaque grande famille de myopathie.

Article original ↗

Question clinique

Comment conduire l'anesthésie ou la sédation d'un patient porteur d'une maladie primitive héréditaire du muscle strié, dont les manifestations périopératoires peuvent évoquer une crise d'hyperthermie maligne ?

Méthode

Le Groupe européen d'hyperthermie maligne (EMHG) a conduit une revue de la littérature disponible, puis élaboré ses propositions par un processus formel de consensus, relu lors de ses réunions annuelles et de ses ateliers. Le champ couvre les maladies héréditaires dont l'atteinte siège en aval de la jonction neuromusculaire, classées selon la CIM-11-CM.

Résultats clés

  • Le texte est organisé en deux niveaux : des recommandations et suggestions générales applicables à tout patient myopathe devant recevoir une anesthésie ou une sédation procédurale, puis des recommandations, suggestions et points de vigilance propres à chaque myopathie.
  • Les familles traitées séparément sont les myopathies congénitales, mitochondriales et métaboliques, les dystrophies musculaires, les myotonies et les paralysies périodiques familiales.
  • La motivation affichée est de mettre fin aux avis contradictoires reçus par les équipes qui interrogent les centres d'hyperthermie maligne avant une intervention.

Limites

  • Il s'agit d'un consensus d'experts : ces affections sont rares et les données d'essais y sont très limitées, ce qui laisse une part d'appréciation importante.
  • Le résumé ne détaille pas le niveau de preuve attaché à chaque proposition : la consultation du texte intégral est indispensable avant d'appliquer une conduite à une myopathie donnée.
  • Le diagnostic précis de la myopathie conditionne le choix des recommandations à suivre, ce qui suppose un bilan génétique ou neurologique disponible avant l'intervention.
En pratique : ce texte devient la référence à ouvrir en consultation pré-anesthésique devant une maladie musculaire héréditaire, plutôt que de se fier à des avis anciens ou divergents. Il invite à identifier précisément la myopathie en cause, puisque la conduite proposée diffère d'une famille à l'autre. Sa lecture intégrale est nécessaire : les recommandations générales ne dispensent pas des points de vigilance propres à chaque affection.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · HISTAP

HIgh versus STAndard blood Pressure target in hypertensive high-risk patients undergoing elective major abdominal surgery: the HISTAP multicenter randomized clinical trial

Intensive Care Med · 29 juin 2026 · Essai randomisé multicentrique, 630 patients hypertendus

Chez des hypertendus de 60 ans ou plus opérés d’une chirurgie abdominale majeure programmée, l’essai HISTAP a comparé deux cibles de pression artérielle moyenne peropératoire : au moins 80 mmHg ou au moins 65 mmHg. Le critère principal composite — décès ou au moins une défaillance d’organe majeure après l’opération — est survenu chez 38,1 % des patients de la cible haute contre 48,9 % de ceux de la cible basse (RR 0,78 ; IC95 % 0,65–0,93 ; p = 0,006). Le bénéfice tient principalement à une insuffisance rénale aiguë moins fréquente, 23,5 % contre 33,7 %.

Critère composite (décès ou défaillance d’organe majeure) : 38,1 % avec une cible d’au moins 80 mmHg contre 48,9 % avec une cible d’au moins 65 mmHg (RR 0,78 ; IC95 % 0,65–0,93 ; p = 0,006)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’hypertendu âgé opéré d’une chirurgie abdominale lourde, faut-il viser une pression artérielle moyenne plus haute que le seuil habituel de 65 mmHg pour éviter les défaillances d’organe postopératoires ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique mené dans 18 centres de mars 2023 à avril 2025. Patients de 60 ans ou plus, hypertendus sous traitement à domicile, opérés d’une chirurgie abdominale majeure programmée et porteurs d’au moins un autre critère de risque. Cible de pression artérielle moyenne peropératoire d’au moins 80 mmHg ou d’au moins 65 mmHg, avec monitorage hémodynamique continu et remplissage protocolisé dans les deux groupes. Critère de jugement principal composite : mortalité postopératoire et survenue d’au moins une défaillance d’organe majeure. Sur 636 patients randomisés, 6 ont été exclus pour annulation de l’intervention et 630 ont été analysés en intention de traiter (âge médian 74 ans, intervalle interquartile 69–79).

Résultats clés

  • Les cibles ont été effectivement séparées : pression artérielle moyenne peropératoire de 88 ± 9 mmHg dans le groupe cible haute et de 77 ± 7 mmHg dans le groupe cible basse.
  • Critère composite (décès ou défaillance d’organe majeure) : 38,1 % avec une cible d’au moins 80 mmHg contre 48,9 % avec une cible d’au moins 65 mmHg (RR 0,78 ; IC95 % 0,65–0,93 ; p = 0,006), soit environ 10 patients à prendre en charge avec la cible haute pour éviter un événement du critère composite.
  • Insuffisance rénale aiguë : 23,5 % dans le groupe cible haute contre 33,7 % dans le groupe cible basse (p = 0,005). Selon le résumé, la différence sur le critère principal provient surtout de ces atteintes rénales légères à modérées.

Limites

  • Critère principal composite dont le bénéfice repose pour l’essentiel sur une composante peu sévère, l’insuffisance rénale aiguë légère à modérée : l’essai n’était pas dimensionné pour la mortalité seule.
  • Le résumé ne précise ni le détail des défaillances d’organe prises une à une, ni les doses de vasopresseurs et de solutés reçues, ni les événements indésirables liés à une pression plus haute.
  • Population sélectionnée (hypertendus de 60 ans ou plus à risque, chirurgie abdominale programmée) sous monitorage hémodynamique continu et remplissage protocolisé : les résultats ne se transposent pas tels quels à une anesthésie sans cathéter artériel ni à la chirurgie en urgence.
En pratique : chez l’hypertendu âgé opéré de l’abdomen avec monitorage continu, viser une pression artérielle moyenne d’au moins 80 mmHg plutôt que 65 mmHg réduit les défaillances d’organe postopératoires. Le gain porte surtout sur des atteintes rénales peu sévères et non sur la mortalité, qui n’était pas le critère principal. C’est un argument solide pour personnaliser le seuil bas selon le terrain tensionnel, plutôt que d’appliquer 65 mmHg à tous.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · suivi à long terme · RELIEF

Perioperative intravenous fluid and chronic kidney disease: long-term follow-up of the Restrictive versus Liberal Fluid Therapy in Major Abdominal Surgery (RELIEF) randomised trial

Br J Anaesth · 23 juin 2026 · 1 670 participants revus, analyse post hoc

L’essai RELIEF avait montré qu’un remplissage peropératoire restrictif augmentait le risque d’insuffisance rénale aiguë après chirurgie abdominale majeure ; restait à savoir si cette atteinte aiguë laissait des séquelles rénales durables. Les participants ont été revus entre 90 jours et 48 mois après l’intervention, à la recherche d’une insuffisance rénale chronique de stade 3 ou plus, apparue ou aggravée. L’incidence est comparable entre les deux stratégies, 56 % après remplissage restrictif et 53,4 % après remplissage libéral, et les critères secondaires portant sur le débit de filtration glomérulaire ne diffèrent pas davantage.

Insuffisance rénale chronique de stade 3 ou plus, nouvelle ou aggravée : 56 % après remplissage restrictif (422/754) contre 53,4 % après remplissage libéral (409/766) — rapport de cotes ajusté 1,13 ; IC95 % 0,91–1,41
Article original ↗

Question clinique

L’insuffisance rénale aiguë plus fréquente sous remplissage peropératoire restrictif se traduit-elle, des années plus tard, par davantage d’insuffisance rénale chronique ?

Méthode

Suivi à long terme des participants de l’essai randomisé RELIEF, inclus de mai 2013 à septembre 2016 et répartis entre un remplissage peropératoire restrictif et un remplissage libéral pour une chirurgie abdominale majeure. Le recueil a porté sur la période allant de 90 jours à 48 mois après l’intervention. Critère de jugement principal : insuffisance rénale chronique de stade 3 ou plus, apparue ou aggravée, l’aggravation étant définie par la perte d’au moins un stade chez les participants déjà au stade 3 ou plus avant l’opération. Critères secondaires : débit de filtration glomérulaire estimé le plus bas enregistré et variation maximale par rapport à la valeur initiale. Des données de suivi ont été obtenues pour 1 670 des 2 983 participants de l’analyse en intention de traiter modifiée de l’essai d’origine (âge moyen 69 ans, intervalle 58–75 ; 47 % de femmes), et l’analyse principale sur 754 participants du bras restrictif et 766 du bras libéral.

Résultats clés

  • Insuffisance rénale chronique de stade 3 ou plus, nouvelle ou aggravée : 56 % après remplissage restrictif (422/754) contre 53,4 % après remplissage libéral (409/766) — rapport de cotes ajusté 1,13 ; IC95 % 0,91–1,41.
  • Résultat inchangé dans les analyses de sensibilité.
  • Aucune différence non plus sur les critères secondaires relatifs au débit de filtration glomérulaire estimé.

Limites

  • Analyse post hoc d’un essai qui n’avait pas été conçu pour ce critère rénal à distance ; la conclusion est elle-même présentée comme limitée par ce cadre.
  • Un peu plus de la moitié seulement des participants d’origine ont pu être revus, ce qui expose à une perte de suivi sélective.
  • L’intervalle de confiance du rapport de cotes ajusté monte jusqu’à 1,41 : l’absence de différence observée ne démontre pas l’absence de tout effet.
En pratique : le surcroît d’insuffisance rénale aiguë observé sous remplissage peropératoire restrictif dans RELIEF ne s’accompagne pas, dans ce suivi, d’un excès d’insuffisance rénale chronique jusqu’à quatre ans après l’intervention. Cela n’autorise pas à relâcher la vigilance sur la volémie au bloc, puisque l’atteinte aiguë garde ses conséquences propres à court terme. Le message est plutôt rassurant sur le devenir rénal à distance, sans plaider pour l’une ou l’autre stratégie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SNaPP

Sugammadex versus neostigmine for reversal of neuromuscular blockade and postoperative pulmonary complications (SNaPP): an international, randomised, controlled, phase 4 trial

Lancet Respir Med · 9 juin 2026 · Essai randomisé pragmatique de phase 4, 3 498 adultes, 44 hôpitaux

Chez 3 498 adultes opérés d’une chirurgie abdominale ou thoracique sous anesthésie générale, antagoniser la curarisation par sugammadex plutôt que par néostigmine a réduit les complications pulmonaires postopératoires ou le décès jusqu’à la sortie : 19,0 % contre 21,5 %. Le bénéfice tient presque entièrement à un moindre nombre d’atélectasies et le résultat frôle le seuil de significativité. Mortalité, pneumonies et inhalations étaient comparables entre les deux groupes.

Complications pulmonaires postopératoires ou décès : 19,0 % sous sugammadex contre 21,5 % sous néostigmine (risque relatif 0,88 ; IC95 % 0,771,00 ; p = 0,049)
Article original ↗

Question clinique

En fin d’intervention, antagoniser un bloc neuromusculaire induit par un curare aminostéroïde avec du sugammadex plutôt qu’avec de la néostigmine réduit-il les complications pulmonaires postopératoires ou la mortalité ?

Méthode

Essai pragmatique, international, multicentrique, randomisé de phase 4 mené dans 44 hôpitaux. Étaient admissibles les adultes de 40 ans et plus opérés d’une chirurgie abdominale ou thoracique sous anesthésie générale d’au moins deux heures, avec une hospitalisation postopératoire prévue d’au moins une nuit. Randomisation 1:1 entre sugammadex et néostigmine par voie intraveineuse, à la dose choisie par l’anesthésiste, pour antagoniser une curarisation par rocuronium ou vécuronium. Patients, évaluateurs et comité d’adjudication des critères de jugement étaient en aveugle. Critère principal : complications pulmonaires postopératoires ou décès jusqu’à la sortie de l’hôpital, ou jusqu’au septième jour postopératoire si le patient était encore hospitalisé. Population en intention de traiter : 3 498 patients (1 745 sous sugammadex, 1 753 sous néostigmine).

Résultats clés

  • Complications pulmonaires postopératoires ou décès : 19,0 % sous sugammadex contre 21,5 % sous néostigmine (risque relatif 0,88 ; IC95 % 0,771,00 ; p = 0,049).
  • Atélectasies : 18,4 % contre 21,1 % (risque relatif 0,86 ; IC95 % 0,76–0,99 ; p = 0,030). C’est la seule composante du critère principal qui diffère.
  • Pneumonies : 2,1 % contre 2,2 % (risque relatif 0,98 ; IC95 % 0,62–1,53). Inhalations : 0,2 % contre 0,4 % (risque relatif 0,57 ; IC95 % 0,17–1,96).
  • Décès : un patient sous sugammadex et deux sous néostigmine. Aucun syndrome de détresse respiratoire aiguë rapporté, aucun effet indésirable attribué au traitement.

Limites

  • Le p du critère principal vaut 0,049 et la borne haute de l’intervalle de confiance atteint 1,00 : la démonstration est fragile.
  • La réduction absolue du risque est faible et repose sur les atélectasies, dont la portée clinique est incertaine — les pneumonies, les inhalations et la mortalité ne diffèrent pas.
  • Essai pragmatique : les doses étaient laissées au choix de l’anesthésiste, ce qui reflète la pratique réelle mais ne permet pas d’analyser l’effet d’une profondeur donnée d’antagonisation.
  • Population limitée à la chirurgie abdominale ou thoracique longue chez des adultes de 40 ans et plus : les résultats ne se transposent pas d’emblée à la chirurgie courte ou ambulatoire.
En pratique : ce grand essai pragmatique donne un argument de plus, mais modeste, pour antagoniser au sugammadex les curarisations par rocuronium ou vécuronium en chirurgie abdominale ou thoracique longue. Le gain porte sur les atélectasies, pas sur les pneumonies, les inhalations ni la mortalité : pris seul, il ne suffit pas à trancher partout, d’autant que le seuil de significativité est atteint de justesse. Chez les patients à risque respiratoire, il rend toutefois le choix du sugammadex plus facile à défendre.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Intraoperative Driving Pressure-Guided High PEEP vs Standard Low PEEP for Postoperative Pulmonary Complications

JAMA · 24 février 2026 · Essai randomisé multicentrique, 1 435 opérés à risque respiratoire

Chez 1 435 adultes à risque respiratoire opérés d’une chirurgie abdominale ouverte, ventiler avec une PEP élevée ajustée sur la pression motrice et des manœuvres de recrutement n’a pas réduit les complications pulmonaires des cinq premiers jours : 19,8 % contre 17,4 % sous PEP basse standard. Tous les patients recevaient par ailleurs un petit volume courant. La stratégie à PEP élevée s’est accompagnée de plus d’hypotension peropératoire et d’un recours plus fréquent aux médicaments vasoactifs.

Complications pulmonaires dans les cinq premiers jours : 19,8 % sous PEP élevée guidée par la pression motrice contre 17,4 % sous PEP basse (différence absolue 2,5 % ; IC95 % −1,5 à 6,4 ; p = 0,23)
Article original ↗

Question clinique

Au bloc, chez l’adulte à risque de complications pulmonaires opéré d’une chirurgie abdominale ouverte, régler une PEP élevée individualisée pour obtenir la plus basse pression motrice possible, avec manœuvres de recrutement, vaut-il mieux qu’une PEP basse standard sans recrutement ?

Méthode

Essai randomisé mené dans 29 centres de cinq pays d’Europe, d’avril 2019 à décembre 2024, chez 1 435 adultes à risque accru de complications pulmonaires postopératoires programmés pour une chirurgie abdominale ouverte. Les patients recevaient une ventilation à PEP élevée guidée par la pression motrice — la différence entre pression de plateau et PEP — avec manœuvres de recrutement (718 patients), ou une ventilation à PEP basse standard sans recrutement (717 patients) ; tous étaient ventilés avec un petit volume courant. Critère principal : composite de complications pulmonaires dans les cinq premiers jours postopératoires (insuffisance respiratoire grave, bronchospasme, infection pulmonaire suspectée, infiltrats, pneumopathie d’inhalation, atélectasie, syndrome de détresse respiratoire aiguë, épanchement pleural, œdème pulmonaire cardiogénique, pneumothorax). Âge médian 66 ans (écart interquartile 57–74), 52 % de femmes.

Résultats clés

  • Complications pulmonaires dans les cinq premiers jours : 19,8 % sous PEP élevée guidée par la pression motrice contre 17,4 % sous PEP basse (différence absolue 2,5 % ; IC95 % −1,5 à 6,4 ; p = 0,23), soit 142 patients sur 718 contre 125 sur 717.
  • Hypotension peropératoire (baisse de la pression artérielle moyenne de plus de 20 % pendant plus de trois minutes) : 54,0 % sous PEP élevée contre 45,0 % sous PEP basse.
  • Recours à des médicaments vasoactifs : 32,0 % contre 18,8 %.
  • Désaturation peropératoire (SpO2 inférieure à 92 % pendant plus d’une minute) : 0,8 % sous PEP élevée contre 2,8 % sous PEP basse.

Limites

  • Les équipes au bloc ne pouvaient pas ignorer le réglage du respirateur.
  • Le critère principal est un composite large, qui met sur le même plan une atélectasie ou un épanchement pleural et une insuffisance respiratoire grave ; le résumé ne détaille pas le poids de chaque composante.
  • Population limitée à la chirurgie abdominale ouverte : les résultats ne se transposent pas à la cœlioscopie, à la chirurgie thoracique ni à l’obèse morbide.
  • La pression motrice servait de cible de réglage ; l’essai ne dit pas si d’autres méthodes d’individualisation de la PEP feraient mieux.
En pratique : chercher la pression motrice la plus basse au prix d’une PEP élevée et de manœuvres de recrutement n’améliore pas le devenir respiratoire après chirurgie abdominale ouverte, au prix de plus d’hypotension peropératoire et de médicaments vasoactifs. Cet essai ne soutient donc pas la généralisation au bloc d’un réglage de PEP guidé par la pression motrice ; le petit volume courant reste l’élément consensuel de la ventilation peropératoire protectrice. Les désaturations peropératoires étaient en revanche plus fréquentes sous PEP basse, ce qui laisse la place à un réglage adapté au cas par cas.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations · Association of Anaesthetists

Measurement and management of adult blood pressure in the peri-operative period: updated guidelines from the Association of Anaesthetists and the British and Irish Hypertension Society

Anaesthesia · 14 janvier 2026 · Recommandations actualisées, méthode Delphi modifiée

Ces recommandations actualisent le texte de 2016 sur la mesure de la pression artérielle et la prise en charge de l’hypertension avant une chirurgie programmée, en couvrant désormais toute la période périopératoire, de la décision opératoire au trentième jour après l’intervention. Elles précisent quand et comment mesurer la pression artérielle, à partir de quels seuils envisager un report et comment prendre en charge la pression artérielle pendant la période périopératoire. Un patient dont la normotension n’est pas documentée en médecine de ville peut être opéré si sa pression artérielle de consultation est inférieure à 180/120 mmHg, ou son automesure inférieure à 175/115 mmHg.

Orientation vers la chirurgie acceptée avec une pression artérielle de consultation inférieure à 160/100 mmHg, ou une automesure ou mesure ambulatoire inférieure à 155/95 mmHg datant de moins de douze mois ; sans mesure récente documentée, l’intervention programmée reste possible en dessous de 180/120 mmHg en consultation ou 175/115 mmHg en automesure
Article original ↗

Question clinique

Devant un adulte hypertendu ou à pression artérielle élevée en consultation d’anesthésie, quand et comment mesurer la pression artérielle, à partir de quel chiffre reporter une intervention programmée, et comment gérer la pression artérielle avant, pendant et après l’intervention ?

Méthode

Mise à jour planifiée des recommandations de 2016 sur la mesure de la pression artérielle de l’adulte et la prise en charge de l’hypertension avant chirurgie programmée. Un groupe de travail d’experts a conduit une revue ciblée de la littérature, puis formulé les recommandations par un processus Delphi modifié. Le champ couvre l’adulte opéré d’une chirurgie programmée, de la décision opératoire jusqu’au trentième jour postopératoire, à l’exclusion des chirurgies cardiothoracique, obstétricale et endocrinienne.

Résultats clés

  • Orientation vers la chirurgie acceptée avec une pression artérielle de consultation inférieure à 160/100 mmHg, ou une automesure ou mesure ambulatoire inférieure à 155/95 mmHg datant de moins de douze mois ; sans mesure récente documentée, l’intervention programmée reste possible en dessous de 180/120 mmHg en consultation ou 175/115 mmHg en automesure.
  • Le texte détaille quand et comment mesurer la pression artérielle en périopératoire, les seuils justifiant un report et la prise en charge de la pression artérielle avant, pendant et après l’intervention.
  • L’arrêt puis la reprise des antihypertenseurs, l’anesthésie générale et les techniques périmédullaires et locorégionales sont identifiés comme des sources de variations tensionnelles importantes, en particulier chez l’hypertendu.
  • Le texte insiste sur la coordination entre médecine de ville, équipes hospitalières et patient, pour éviter les consignes contradictoires.

Limites

  • Recommandations issues d’une revue ciblée et d’un accord d’experts, non d’essais randomisés : les seuils proposés n’ont pas été validés sur des critères de devenir postopératoire.
  • Le champ exclut la chirurgie cardiothoracique, obstétricale et endocrinienne, ainsi que l’urgence.
  • Les modalités d’orientation entre médecine de ville et hôpital dépendent de l’organisation du système de santé où le texte a été élaboré.
En pratique : une pression artérielle élevée isolée en consultation d’anesthésie ne justifie pas à elle seule un report tant qu’elle reste sous 180/120 mmHg lorsque aucune mesure récente n’est documentée. Ces seuils donnent un cadre chiffré, facile à opposer à une demande de report, mais ils reposent sur un accord d’experts et non sur des essais. Le texte rappelle par ailleurs que la période concernée va de la décision opératoire au trentième jour postopératoire.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Méta-analyse

Peri-operative risk of non-cardiac surgery in patients with aortic stenosis: a systematic review and meta-analysis

Anaesthesia · 12 décembre 2025 · 19 études, 100 486 patients

Le rétrécissement aortique est reconnu comme un facteur de risque en chirurgie non cardiaque, mais les données disponibles restaient discordantes sur l’ampleur de ce risque. Cette revue systématique avec méta-analyse a réuni 19 études et 100 486 patients pour estimer la mortalité hospitalière ou à 30 jours, puis 14 études comparatives pour la confronter à celle des opérés sans valvulopathie. La mortalité atteint 9,6 % lorsque le rétrécissement est serré, et le risque relatif de décès associé à la valvulopathie s’établit à 1,58.

Mortalité hospitalière ou à 30 jours : 3,8 % (IC95 % 3,7–3,9) en cas de rétrécissement aortique quel qu’en soit le degré et 9,6 % (IC95 % 7,7–12,1) en cas de forme serrée · risque relatif de décès 1,58 (IC95 % 1,18–2,12) par rapport aux opérés sans rétrécissement aortique
Article original ↗

Question clinique

Quel est, chiffres à l’appui, le risque de mortalité et de complications périopératoires chez un patient porteur d’un rétrécissement aortique opéré d’une chirurgie non cardiaque ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse. Critère de jugement principal : mortalité toutes causes, hospitalière ou à 30 jours, chez les patients porteurs d’un rétrécissement aortique opérés d’une chirurgie non cardiaque. Critères secondaires : infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral, confusion postopératoire, maladie thromboembolique veineuse et insuffisance rénale aiguë. Au total, 19 études portant sur 100 486 patients ont servi à estimer la mortalité brute, et 14 études comparatives rassemblant 2 885 254 patients à comparer les opérés avec et sans rétrécissement aortique.

Résultats clés

  • Mortalité hospitalière ou à 30 jours : 3,8 % (IC95 % 3,7–3,9) en cas de rétrécissement aortique quel qu’en soit le degré et 9,6 % (IC95 % 7,7–12,1) en cas de forme serrée.
  • Par rapport aux opérés sans rétrécissement aortique, la mortalité est plus élevée : risque relatif 1,58 (IC95 % 1,18–2,12 ; p < 0,001).
  • Le rétrécissement aortique est également associé à davantage d’infarctus du myocarde postopératoires (risque relatif 1,79 ; IC95 % 1,2–2,67 ; p < 0,001) et d’insuffisance cardiaque (risque relatif 2,06 ; IC95 % 1,19–3,59 ; p < 0,001).

Limites

  • Méta-analyse d’études observationnelles : elle établit une association et ne démontre pas que le rétrécissement aortique soit la cause directe de la surmortalité ; la part qui revient à la valvulopathie et celle qui revient aux comorbidités associées ne peuvent pas être distinguées.
  • Les intervalles de confiance des risques relatifs sont larges, ce qui reflète l’hétérogénéité des populations et des définitions retenues d’une étude à l’autre.
  • Le résumé ne détaille ni le type de chirurgie, ni le caractère programmé ou urgent de l’intervention, ni les résultats des critères secondaires restants ; le texte appelle lui-même à préciser quelles interventions exposent le plus.
En pratique : ces chiffres donnent un ordre de grandeur utile en consultation d’anesthésie : près d’un opéré sur dix meurt à l’hôpital ou dans les 30 jours lorsque le rétrécissement aortique est serré, contre moins de 4 % tous degrés confondus. Ils incitent à connaître précisément le degré de sévérité avant une chirurgie non cardiaque et à renforcer la surveillance périopératoire, comme le suggère le texte lui-même. Ils ne disent pas, en revanche, qu’une intervention sur la valve avant la chirurgie améliore ce pronostic : il s’agit d’une association observée, non d’un essai.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PRETREAT

Proactive vs Reactive Treatment of Hypotension During Surgery: The PRETREAT Randomized Clinical Trial

JAMA · 2 décembre 2025 · Essai randomisé, 3 247 opérés, arrêt pour futilité

Chez 3 247 adultes opérés d’une chirurgie non cardiaque programmée, viser au bloc des pressions artérielles moyennes d’autant plus hautes que le risque d’hypotension était élevé n’a pas amélioré le handicap fonctionnel à six mois. L’essai a été interrompu pour futilité avant le terme prévu. Le score de handicap WHODAS s’établissait à 17,7 dans le groupe proactif et à 18,2 dans le groupe habituel, et aucun des 23 critères secondaires ne séparait les deux stratégies.

Handicap fonctionnel à six mois (échelle WHODAS) : 17,7 sous stratégie proactive contre 18,2 sous prise en charge habituelle (différence moyenne −0,5 ; intervalle de crédibilité à 95 % −1,9 à 0,9)
Article original ↗

Question clinique

Anticiper l’hypotension peropératoire en relevant la cible de pression artérielle moyenne chez les patients les plus exposés réduit-il le handicap fonctionnel à distance d’une chirurgie non cardiaque, par rapport à la pratique habituelle qui corrige l’hypotension quand elle survient ?

Méthode

Essai randomisé conduit dans deux centres hospitaliers de recours chez des adultes opérés d’une chirurgie non cardiaque programmée. Randomisation 1:1 entre une stratégie proactive, avec une cible de pression artérielle moyenne fixée selon le risque prédit d’hypotension peropératoire (70 mmHg en cas de risque faible, 80 mmHg en cas de risque intermédiaire, 90 mmHg en cas de risque élevé), et la prise en charge habituelle laissée à l’anesthésiste, visant en règle à ne pas descendre sous 65 mmHg sans cible plus haute prédéfinie. Critère principal : handicap fonctionnel à six mois mesuré par la version en 12 items de l’échelle WHODAS (échelle de 0 à 100, un score élevé signalant plus de handicap), avec une différence minimale cliniquement importante fixée d’avance à 5 points. L’essai a été arrêté pour futilité après l’inclusion de 3 247 des 5 000 patients prévus (âge médian 59 ans, écart interquartile 44–69 ; 1 738 femmes, soit 53,5 %). Le risque d’hypotension était faible chez 677 patients (21 %), intermédiaire chez 1 814 (56 %) et élevé chez 756 (23 %).

Résultats clés

  • Handicap fonctionnel à six mois (échelle WHODAS) : 17,7 sous stratégie proactive contre 18,2 sous prise en charge habituelle (différence moyenne −0,5 ; intervalle de crédibilité à 95 % −1,9 à 0,9), très en deçà des 5 points jugés cliniquement importants.
  • Scores médians avant l’intervention comparables : 12,5 dans le groupe proactif et 14,6 dans le groupe habituel.
  • Aucun des 23 critères secondaires — qualité de vie, complications, mortalité à six mois — ne différait entre les groupes.

Limites

  • Arrêt prématuré pour futilité : la puissance pour les critères secondaires, notamment la mortalité, est réduite.
  • Deux centres seulement, en chirurgie programmée, chez une population d’âge médian 59 ans : le résultat ne se transpose pas d’emblée au patient âgé et fragile ou opéré en urgence.
  • Le groupe habituel évitait déjà une pression artérielle moyenne inférieure à 65 mmHg : l’essai compare deux stratégies de prévention, non une cible haute à l’absence de cible.
  • Le handicap fonctionnel à six mois dépend surtout de la chirurgie et de la maladie causale, ce qui peut diluer l’effet propre d’une stratégie tensionnelle.
En pratique : relever la cible de pression artérielle moyenne chez les patients jugés à risque d’hypotension n’améliore pas leur autonomie à six mois. Avec l’essai IMPROVE-multi, ces données invitent à s’en tenir à la cible habituelle d’au moins 65 mmHg et à traiter l’hypotension quand elle survient, plutôt qu’à personnaliser un chiffre. L’essai ne dit pas pour autant que l’hypotension peropératoire est sans conséquence : il montre seulement qu’une cible relevée d’avance ne fait pas mieux.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · IMPROVE-multi

Individualized Perioperative Blood Pressure Management in Patients Undergoing Major Abdominal Surgery: The IMPROVE-multi Randomized Clinical Trial

JAMA · 2 décembre 2025 · Essai randomisé multicentrique, 1 134 opérés à haut risque

Chez des opérés à haut risque de chirurgie abdominale majeure, une cible de pression artérielle moyenne calculée à partir de la pression nocturne mesurée avant l’intervention n’a pas fait mieux qu’une cible uniforme d’au moins 65 mmHg. Le critère principal — insuffisance rénale aiguë, lésion myocardique, arrêt cardiaque non fatal ou décès dans les sept premiers jours — est survenu chez 33,5 % des patients du groupe individualisé contre 30,5 % du groupe habituel. Aucun des 22 critères secondaires ne séparait les deux stratégies.

Critère principal à J7 : 33,5 % sous cible individualisée contre 30,5 % sous cible habituelle (risque relatif 1,10 ; IC95 % 0,931,30 ; p = 0,31)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’opéré à haut risque de complications après une chirurgie abdominale majeure, viser une pression artérielle moyenne propre à chaque patient, déduite de sa pression nocturne habituelle, vaut-il mieux que la cible uniforme d’au moins 65 mmHg ?

Méthode

Essai randomisé en simple aveugle mené dans 15 hôpitaux universitaires, chez des patients d’au moins 45 ans opérés d’une chirurgie abdominale programmée sous anesthésie générale d’au moins 90 minutes et porteurs d’au moins un critère de risque supplémentaire. Randomisation 1:1 entre une cible de pression artérielle moyenne fixée d’après la moyenne nocturne mesurée avant l’intervention par mesure ambulatoire automatisée et une prise en charge habituelle visant une pression artérielle moyenne d’au moins 65 mmHg. Sur 1 272 patients inclus, 1 142 ont été randomisés (571 par groupe) et 1 134 analysés (âge médian 66 ans, écart interquartile 59–73 ; 34,1 % de femmes). Critère principal : composite d’insuffisance rénale aiguë, de lésion myocardique aiguë, d’arrêt cardiaque non fatal ou de décès dans les sept premiers jours postopératoires. Vingt-deux critères secondaires étaient prévus.

Résultats clés

  • Critère principal à J7 : 33,5 % sous cible individualisée contre 30,5 % sous cible habituelle (risque relatif 1,10 ; IC95 % 0,931,30 ; p = 0,31), soit 190 patients sur 567 contre 173 sur 567.
  • Complications infectieuses dans les sept premiers jours : 15,9 % contre 17,1 % (p = 0,63).
  • Composite à 90 jours associant recours à l’épuration extrarénale, infarctus du myocarde, arrêt cardiaque non fatal ou décès : 5,7 % contre 3,5 % (p = 0,12), sans différence significative.
  • Aucun des 22 critères secondaires n’atteignait le seuil de significativité.

Limites

  • Essai en simple aveugle : les équipes au bloc connaissaient la cible assignée.
  • La stratégie individualisée reposait sur une mesure ambulatoire nocturne préopératoire, peu accessible en routine et impossible en urgence.
  • Le critère principal est un composite qui associe des événements définis sur la biologie (insuffisance rénale aiguë, lésion myocardique) à des événements cliniques beaucoup plus rares.
  • Population opérée en milieu universitaire, essentiellement en chirurgie abdominale programmée : la transposition à d’autres chirurgies n’est pas établie.
En pratique : chez l’opéré à haut risque d’une chirurgie abdominale majeure, rien ne justifie aujourd’hui de remplacer la cible habituelle d’au moins 65 mmHg par une cible personnalisée déduite de la pression nocturne. L’essai ne montre aucun bénéfice, ni sur le critère principal ni sur aucun des 22 critères secondaires. L’attention reste portée sur la prévention des épisodes d’hypotension prolongée, plutôt que sur un chiffre calculé patient par patient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PROTHOR

Effects of intraoperative higher versus lower positive end-expiratory pressure during one-lung ventilation for thoracic surgery on postoperative pulmonary complications (PROTHOR): a multicentre, international, randomised, controlled, phase 3 trial

Lancet Respir Med · 12 novembre 2025 · 2 200 patients, 74 centres, 28 pays

Pendant la ventilation unipulmonaire, deux stratégies s’opposent : ouvrir le poumon ventilé ou accepter l’atélectasie. Cet essai de phase 3 a comparé, chez 2 200 adultes opérés du thorax, une PEP de 10 cmH₂O avec manœuvres de recrutement répétées à une PEP de 5 cmH₂O sans recrutement systématique, le volume courant étant protecteur dans les deux groupes. Les complications pulmonaires des cinq premiers jours postopératoires sont aussi fréquentes de part et d’autre, mais les complications peropératoires, hypotensions et troubles du rythme surtout, sont nettement plus nombreuses sous PEP haute.

Complications pulmonaires dans les cinq premiers jours : 53,6 % sous PEP de 10 cmH₂O avec recrutement contre 56,4 % sous PEP de 5 cmH₂O (différence absolue −2,68 points ; IC95 % −6,36 à 1,01 ; p = 0,155)
Article original ↗

Question clinique

Pendant une ventilation unipulmonaire pour chirurgie thoracique, une stratégie d’ouverture du poumon — PEP élevée et manœuvres de recrutement — réduit-elle les complications pulmonaires postopératoires par rapport à une PEP basse laissant s’installer une atélectasie ?

Méthode

Essai randomisé international de phase 3 mené dans 74 centres de 28 pays. Adultes d’indice de masse corporelle inférieur à 35 kg/m², opérés du thorax à ciel ouvert ou par vidéothoracoscopie sous anesthésie générale avec sonde à double lumière, durée opératoire prévue supérieure à 60 minutes et ventilation unipulmonaire attendue plus longue que la ventilation des deux poumons. Répartition par tirage au sort en deux groupes : PEP de 10 cmH₂O avec manœuvres de recrutement périodiques, ou PEP de 5 cmH₂O sans recrutement de routine. Tous recevaient un volume courant de 5 ml/kg de poids prédit pendant la ventilation unipulmonaire et de 7 ml/kg pendant la ventilation des deux poumons ; les évaluateurs postopératoires ignoraient l’attribution. Critère de jugement principal : composite de complications pulmonaires survenues dans les cinq premiers jours postopératoires. Entre janvier 2017 et février 2024, 2 200 patients ont été répartis, 1 099 sous PEP haute et 1 101 sous PEP basse ; après exclusions post-randomisation, l’analyse en intention de traiter modifiée a porté sur 1 036 et 1 049 patients.

Résultats clés

  • Complications pulmonaires dans les cinq premiers jours : 53,6 % sous PEP de 10 cmH₂O avec recrutement contre 56,4 % sous PEP de 5 cmH₂O (différence absolue −2,68 points ; IC95 % −6,36 à 1,01 ; p = 0,155).
  • Complications peropératoires bien plus fréquentes sous PEP haute : 49,8 % contre 31,3 % (différence absolue 18,09 points ; IC95 % 14,41–21,77).
  • Dans le détail, hypotension chez 37,3 % des patients sous PEP haute contre 14,3 % sous PEP basse, et troubles du rythme nouveaux chez 9,9 % contre 3,9 %. À l’inverse, les manœuvres de sauvetage pour hypoxémie ont été plus souvent nécessaires sous PEP basse, 8,8 % contre 3,3 %.
  • Complications postopératoires extrapulmonaires comparables, 10,6 % contre 10,2 %, et nombre d’événements indésirables semblable, 209 contre 204.

Limites

  • Critère principal composite très large, allant de l’atélectasie et de l’épanchement pleural au syndrome de détresse respiratoire aiguë : le résumé ne donne pas le détail de chaque composante, si bien qu’un effet sur les complications les plus graves reste possible.
  • Deux réglages fixes ont été opposés, sans titration individuelle de la PEP ; le résultat ne dit rien d’une PEP adaptée patient par patient.
  • Les patients d’indice de masse corporelle égal ou supérieur à 35 kg/m² étaient exclus ; l’inclusion s’est étalée sur sept ans, période durant laquelle les pratiques chirurgicales ont pu évoluer.
En pratique : appliquer systématiquement une PEP de 10 cmH₂O avec manœuvres de recrutement pendant la ventilation unipulmonaire ne diminue pas les complications pulmonaires postopératoires, au prix de nettement plus d’hypotensions et de troubles du rythme au bloc. Une PEP basse expose en revanche à davantage de manœuvres de sauvetage pour hypoxémie. Le réglage gagne donc à être choisi au cas par cas, selon l’oxygénation et la tolérance hémodynamique du moment, plutôt qu’imposé par protocole.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations SFAR

Perioperative hemodynamic optimization - Adults including obstetrics

Anaesth Crit Care Pain Med · 30 octobre 2025 · Recommandations formalisées, méthode GRADE, 24 recommandations

La Société française d’anesthésie et de réanimation actualise ses recommandations de 2012 sur le remplissage vasculaire périopératoire et publie 24 recommandations d’optimisation hémodynamique chez l’adulte, obstétrique comprise. Élaborées par un comité de 27 experts selon la méthode GRADE, elles couvrent cinq champs : pression artérielle, volume d’éjection systolique et indices dynamiques, indices de perfusion tissulaire, expansion volémique hors transfusion associée ou non aux vasopresseurs et aux inotropes, et impact économique. Le niveau de preuve reste globalement faible : deux recommandations seulement s’appuient sur un niveau élevé.

Article original ↗

Question clinique

Comment conduire l’optimisation hémodynamique périopératoire de l’adulte — cible de pression artérielle, recours au débit cardiaque et aux indices dynamiques, place des indices de perfusion tissulaire, choix entre remplissage, vasopresseurs et inotropes — et à quel coût ?

Méthode

Recommandations formalisées d’experts élaborées par un comité de 27 experts, avec déclaration et suivi des liens d’intérêt et sans financement d’un industriel du médicament ou du dispositif médical. La littérature a été analysée selon la méthode GRADE, chaque question étant formulée au format PICO (population, intervention, comparaison, critère de jugement). Cinq champs ont été retenus : pression artérielle ; volume d’éjection systolique et indices dynamiques ; indices de perfusion tissulaire ; expansion volémique hors transfusion, vasopresseurs et inotropes ; impact économique. Le texte actualise les recommandations de 2012 sur la stratégie de remplissage vasculaire périopératoire et couvre l’adulte, obstétrique comprise.

Résultats clés

  • 24 recommandations ont été formulées, avec un accord élevé entre les experts.
  • Deux recommandations reposent sur un niveau de preuve élevé (GRADE 1) et huit sur un niveau de preuve faible (GRADE 2).
  • La méthode GRADE n’a pas pu s’appliquer à huit questions, dont les recommandations reposent sur un avis d’experts.
  • Six autres questions n’ont pas pu être tranchées.

Limites

  • Le niveau de preuve est faible pour la plus grande partie du texte : deux recommandations seulement atteignent le niveau le plus élevé.
  • Huit recommandations reposent sur un avis d’experts et six questions restent sans réponse, ce qui laisse une large part au choix de l’équipe.
  • Le résumé ne détaille pas le contenu des recommandations : leur mise en œuvre suppose la lecture du texte intégral.
En pratique : ces recommandations sont le texte de référence francophone pour régler la question hémodynamique au bloc, du choix de la cible tensionnelle à la place du monitorage du débit cardiaque et des vasopresseurs, y compris en obstétrique. Elles méritent une lecture intégrale et une transposition en protocole de service, en gardant à l’esprit que la majorité des propositions s’appuient sur un niveau de preuve faible ou sur un accord d’experts, et que six questions restent ouvertes.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · PHOENICS

Safety and efficacy of 6% hydroxyethyl starch in patients undergoing major surgery: The randomised controlled PHOENICS trial

Eur J Anaesthesiol · 24 octobre 2025 · 1 985 patients, 53 centres, 10 pays

L’hydroxyéthylamidon reste débattu depuis la mise en évidence d’une atteinte rénale sous fortes doses prolongées au cours du sepsis. En chirurgie abdominale programmée avec pertes sanguines attendues d’au moins 500 ml, cet essai en double aveugle a comparé un hydroxyéthylamidon à 6 % à un cristalloïde seul, chaque perfusion étant guidée par les paramètres hémodynamiques. La baisse maximale du débit de filtration glomérulaire estimé sur la cystatine C pendant les trois premiers jours postopératoires remplit le critère de non-infériorité, et le composite de mortalité et de complications majeures à 90 jours est identique dans les deux groupes.

Baisse maximale du débit de filtration glomérulaire estimé sur la cystatine C pendant les trois premiers jours : −3,4 ± 17,7 ml/min/1,73 m² sous hydroxyéthylamidon contre −1,0 ± 17,1 sous cristalloïde seul (p < 0,001 pour la non-infériorité) · composite mortalité et complications majeures à 90 jours : 35 % dans chaque groupe
Article original ↗

Question clinique

En chirurgie abdominale majeure programmée, l’usage peropératoire d’un hydroxyéthylamidon expose-t-il à plus d’atteinte rénale qu’un remplissage par cristalloïdes seuls ?

Méthode

Essai randomisé en double aveugle mené dans 53 centres de 10 pays européens. Patients de 40 à 85 ans, de statut ASA II ou III, opérés d’une chirurgie abdominale programmée avec des pertes sanguines attendues d’au moins 500 ml : 1 985 patients au total, 977 recevant un hydroxyéthylamidon 130/0,4 à 6 % et 981 un cristalloïde seul, la posologie étant guidée par la pression artérielle moyenne ou les autres paramètres hémodynamiques de routine. Critère de jugement principal : variation entre la valeur préopératoire et la valeur la plus basse du débit de filtration glomérulaire estimé à partir de la cystatine C au cours des trois premiers jours postopératoires, analysée en non-infériorité. Critère secondaire principal : composite de mortalité et de complications postopératoires majeures à 90 jours.

Résultats clés

  • Baisse maximale du débit de filtration glomérulaire estimé sur la cystatine C pendant les trois premiers jours : −3,4 ± 17,7 ml/min/1,73 m² sous hydroxyéthylamidon contre −1,0 ± 17,1 sous cristalloïde seul (p < 0,001 pour la non-infériorité).
  • Composite de mortalité et de complications majeures à 90 jours : 35 % des patients dans chaque groupe.
  • Aucune différence jugée cliniquement pertinente sur les critères de sécurité, fonction rénale à 90 jours comprise. À un an, la mortalité toutes causes n’était pas significativement différente : 8,6 % sous hydroxyéthylamidon et 10,1 % sous cristalloïde.

Limites

  • Le critère principal est une variation biologique du débit de filtration glomérulaire, pas un devenir rénal clinique ; l’écart-type, très large dans les deux groupes, reflète une forte dispersion individuelle.
  • Démonstration de non-infériorité sur une population opérée de façon programmée, de 40 à 85 ans et de statut ASA II ou III : elle ne s’étend ni au patient septique, ni au patient de réanimation, ni à des doses hors autorisation de mise sur le marché.
  • La mortalité à un an et les critères de sécurité sont des critères secondaires : l’essai n’était pas dimensionné pour les trancher.
En pratique : chez l’adulte opéré d’une chirurgie abdominale programmée hémorragique, un hydroxyéthylamidon à 6 % utilisé dans le cadre de son autorisation ne s’est pas accompagné d’une dégradation rénale supérieure à celle des cristalloïdes, ni de plus de complications à 90 jours. Ces données ne valent que pour ce contexte peropératoire et ne remettent pas en cause les restrictions d’emploi chez le patient septique ou en réanimation. Elles ne démontrent pas non plus de bénéfice : rien n’oblige à préférer un colloïde au bloc.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Continuous Vital Sign Monitoring at the Surgical Ward for Improved Outcomes After Major Noncardiac Surgery: A Randomized Clinical Trial

Anesth Analg · 1er juillet 2025 · 400 patients, essai randomisé

Chez 400 adultes opérés d'une chirurgie majeure non cardiaque, une surveillance continue sans fil des constantes vitales en salle d'hospitalisation, assortie d'alertes en temps réel sur les téléphones des soignants, a été comparée à la surveillance intermittente manuelle habituelle. La durée cumulée d'anomalies graves des constantes, critère de jugement principal, n'a pas été significativement réduite. La durée passée avec une SpO2 inférieure à 88 % a en revanche diminué de 47 minutes par jour en moyenne, et la proportion de patients ayant présenté au moins un événement indésirable dans les 30 jours était plus faible sous surveillance continue, résultat secondaire à confirmer.

Durée cumulée d'anomalies graves des constantes : 60 min/jour [25–136] sous surveillance continue contre 76 min/jour [28–192] (p = 0,19) · durée de SpO2 < 88 % : réduction moyenne de 47 minutes par jour (IC95 % 18–80 ; p = 0,02)
Article original ↗

Question clinique

Après une chirurgie majeure non cardiaque, la surveillance continue et sans fil des constantes vitales en salle d'hospitalisation, avec alerte immédiate des soignants, réduit-elle le temps passé en anomalie grave des constantes ?

Méthode

Essai randomisé chez des adultes opérés d'une chirurgie majeure non cardiaque, répartis entre la prise en charge habituelle (mesures manuelles intermittentes) et cette même prise en charge complétée d'un monitorage continu sans fil déclenchant des alertes en temps réel sur les téléphones des soignants. Le critère principal était la durée cumulée d'anomalies graves des constantes : désaturation, tachycardie et bradycardie, tachypnée et bradypnée, hypotension et hypertension. Les patients et les évaluateurs des critères de jugement étaient en aveugle du groupe d'attribution. Les critères secondaires comprenaient les événements indésirables survenus dans les 30 jours.

Résultats clés

  • 400 patients randomisés, 200 dans le groupe monitorage continu et 200 dans le groupe témoin.
  • Critère principal : durée médiane d'anomalies graves des constantes de 60 min/jour (intervalle interquartile 25–136) sous monitorage continu contre 76 min/jour (28–192) dans le groupe témoin, différence non significative (p = 0,19).
  • Durée passée avec une SpO2 inférieure à 88 % : réduction moyenne de 47 minutes par jour (IC95 % 18–80 ; p = 0,02).
  • Critère secondaire : au moins un événement indésirable dans les 30 jours chez 31,5 % des patients sous monitorage continu contre 42,5 % dans le groupe témoin (p = 0,02).
  • Événements indésirables graves à 30 jours : 29,5 % sous monitorage continu contre 34,5 % dans le groupe témoin, sans différence significative (p = 0,39).

Limites

  • Le critère principal mesure des durées d'anomalies des constantes, et non des complications cliniques : sa réduction ne garantirait pas un bénéfice pour le patient.
  • Avec 400 patients, l'essai n'est pas dimensionné pour démontrer un effet sur les événements cliniques graves.
  • La baisse des événements indésirables est un critère secondaire, observée alors que le critère principal est négatif : elle demande confirmation par un essai construit pour cela.
  • Les soignants qui recevaient les alertes connaissaient nécessairement le groupe d'attribution ; seuls les patients et les évaluateurs étaient en aveugle.
  • Le résultat dépend autant du dispositif que de l'organisation chargée de répondre aux alertes, qui n'est pas transposable telle quelle d'un service à l'autre.
En pratique : équiper les opérés d'un monitorage continu en salle d'hospitalisation n'a pas suffi, dans cet essai, à raccourcir la durée totale des anomalies graves des constantes, son critère principal. Les gains observés portent sur le temps passé en désaturation profonde et, parmi les critères secondaires, sur la fréquence des événements indésirables à 30 jours. Ces signaux sont encourageants mais insuffisants pour généraliser l'équipement : ils appellent un essai dimensionné sur des critères cliniques, et rappellent que l'alerte ne vaut que par la réponse organisée qu'elle déclenche.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse en réseau

Relative efficacy of prehabilitation interventions and their components: systematic review with network and component network meta-analyses of randomised controlled trials

BMJ · 22 janvier 2025 · 186 essais randomisés, 15 684 participants

La préhabilitation rassemble des interventions très diverses avant une chirurgie lourde : exercice, nutrition, entraînement cognitif, soutien psychosocial. Cette méta-analyse en réseau de 186 essais randomisés a comparé ces programmes entre eux, puis décomposé l’apport de chaque composante. L’exercice seul, la nutrition seule et les programmes associant exercice, nutrition et soutien psychosocial sont les plus susceptibles de réduire les complications et la durée de séjour, mais le niveau de certitude est faible à très faible pour la quasi-totalité des comparaisons.

Complications postopératoires, par rapport aux soins habituels : rapport de cotes 0,50 (IC95 % 0,39–0,64) pour l’exercice seul et 0,62 (IC95 % 0,50–0,77) pour la nutrition seule — certitude très faible
Article original ↗

Question clinique

Parmi les programmes de préhabilitation proposés avant une chirurgie majeure, lesquels, et lesquelles de leurs composantes, améliorent réellement les complications, la durée de séjour, la qualité de vie et la récupération physique ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse en réseau, complétée d’une méta-analyse en réseau par composantes, qui isole l’effet propre de chaque élément d’un programme. Six bases de données interrogées jusqu’en octobre 2023. Essais randomisés incluant des adultes préparés à une chirurgie majeure et comparés aux soins habituels : 186 essais et 15 684 participants. Critères jugés déterminants : complications postopératoires, durée de séjour, qualité de vie liée à la santé et récupération physique. La certitude des résultats a été évaluée par l’approche CINeMA, conçue pour les méta-analyses en réseau.

Résultats clés

  • Complications postopératoires, par rapport aux soins habituels : rapport de cotes 0,50 (IC95 % 0,39–0,64) pour l’exercice seul et 0,62 (IC95 % 0,50–0,77) pour la nutrition seule ; l’association exercice, nutrition et soutien psychosocial donne un rapport de cotes de 0,64 (IC95 % 0,45–0,92). Certitude très faible pour ces trois estimations.
  • Durée de séjour : réduction moyenne de 2,44 jours (IC95 % 1,04–3,85) avec l’association exercice et soutien psychosocial, de 0,93 jour (IC95 % 0,58–1,27) avec l’exercice seul et de 0,99 jour (IC95 % 0,48–1,49) avec la nutrition seule. L’association exercice et nutrition est, parmi ces estimations, la seule de certitude modérée, avec une réduction moyenne de 1,22 jour dont l’intervalle de confiance franchit l’absence d’effet (IC95 % −2,54 à 0,10).
  • Qualité de vie et récupération physique : l’association exercice, nutrition et soutien psychosocial arrive en tête, avec une différence moyenne de 3,48 points sur la composante physique du SF-36 (IC95 % 0,82–6,14) et de 43,43 mètres au test de marche de six minutes (IC95 % 5,96–80,91).
  • Dans l’analyse par composantes, l’exercice et la nutrition sont les deux éléments les plus susceptibles d’améliorer l’ensemble des critères déterminants. Leurs résultats restent stables lorsque les essais à risque de biais élevé sont exclus.

Limites

  • La certitude des données est globalement faible à très faible, en raison du risque de biais des essais inclus et de l’imprécision des estimations : les effets annoncés peuvent être nettement surestimés.
  • Les essais réunis portent sur des chirurgies, des durées de programme et des contenus très hétérogènes, ce qui limite la transposition à un patient donné.
  • Des essais multicentriques de puissance suffisante et à faible risque de biais restent nécessaires avant toute conclusion ferme.
En pratique : proposer avant une chirurgie majeure un programme d’exercice, éventuellement complété d’une prise en charge nutritionnelle, apparaît comme l’option la plus prometteuse pour limiter les complications et raccourcir le séjour. La faible certitude des données interdit toutefois d’en faire une obligation ou d’annoncer au patient un bénéfice chiffré. En consultation d’anesthésie, cela justifie d’orienter vers ces programmes quand ils existent, sans préjuger de l’ampleur du bénéfice.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations · consensus pluridisciplinaire

Elective peri-operative management of adults taking glucagon-like peptide-1 receptor agonists, glucose-dependent insulinotropic peptide agonists and sodium-glucose cotransporter-2 inhibitors: a multidisciplinary consensus statement: A consensus statement from the Association of Anaesthetists, Association of British Clinical Diabetologists, British Obesity and Metabolic Surgery Society, Centre for Perioperative Care, Joint British Diabetes Societies for Inpatient Care, Royal College of Anaesthetists, Society for Obesity and Bariatric Anaesthesia and UK Clinical Pharmacy Association

Anaesthesia · 9 janvier 2025 · Consensus pluridisciplinaire, méthode Delphi en trois tours

Ce consensus pluridisciplinaire fixe la conduite à tenir avant une chirurgie programmée chez les patients traités par analogues du récepteur du GLP-1, par agonistes mixtes du GLP-1 et du peptide insulinotrope dépendant du glucose, ou par inhibiteurs du SGLT2, traitements qui pourraient exposer à une inhalation ou à une acidocétose euglycémique en périopératoire. Les analogues du GLP-1 et les agonistes mixtes doivent être poursuivis avant l’intervention, accompagnés d’une évaluation du risque d’inhalation et de mesures destinées à le réduire avant, pendant et après la sédation ou l’anesthésie générale. Les inhibiteurs du SGLT2, à l’inverse, doivent être omis la veille et le jour de l’intervention.

Article original ↗

Question clinique

Faut-il interrompre avant une chirurgie programmée les analogues du récepteur du GLP-1, les agonistes mixtes du GLP-1 et du peptide insulinotrope dépendant du glucose, et les inhibiteurs du SGLT2, dont la prescription s’est largement étendue ?

Méthode

Texte de consensus pluridisciplinaire associant chirurgiens, anesthésistes, médecins, pharmaciens et personnes concernées par ces traitements. Après une revue ciblée de la littérature, les recommandations ont été produites puis validées par un processus Delphi modifié en trois tours. Le champ est celui de la prise en charge périopératoire de l’adulte en chirurgie programmée.

Résultats clés

  • Les patients traités par analogue du récepteur du GLP-1 ou par agoniste mixte du GLP-1 et du peptide insulinotrope dépendant du glucose poursuivent leur traitement avant l’intervention.
  • Ils doivent bénéficier d’une évaluation complète et d’une stratification du risque d’inhalation, puis de mesures périopératoires susceptibles de réduire ce risque avant, pendant et après la sédation ou l’anesthésie générale.
  • Les inhibiteurs du SGLT2 sont omis la veille et le jour de l’intervention.
  • Chez tous ces patients, les risques et les mesures de réduction du risque sont discutés avec le patient dans une démarche de décision partagée.

Limites

  • Il s’agit d’un accord d’experts pragmatique, formulé en attendant des données solides : aucune de ces propositions ne s’appuie sur un essai randomisé.
  • Le résumé ne détaille pas les mesures concrètes de réduction du risque d’inhalation retenues : leur mise en œuvre suppose la lecture du texte intégral.
  • Le champ se limite à l’adulte opéré d’une chirurgie programmée ; la chirurgie en urgence n’est pas couverte.
En pratique : devant un patient sous analogue du GLP-1, la consigne retenue est de poursuivre le traitement avant l’intervention, tout en considérant le patient comme exposé à un risque d’inhalation : évaluation individuelle du risque, puis mesures de réduction avant, pendant et après l’anesthésie. Les inhibiteurs du SGLT2, eux, sont omis la veille et le jour de l’intervention. Ces deux consignes sont assez simples pour figurer dans les documents de consultation d’anesthésie, mais elles reposent sur un accord d’experts et non sur des essais.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Anesthésie locorégionale & douleur

0 sorties
2026
▲ À connaître Méta-analyse

Effectiveness of Selective Cyclooxygenase-2 Inhibitors for Postoperative Pain Management Using Multidimensional Pain Assessment: A Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Controlled Trials

Anesthesiology · 9 septembre 2026 · 38 essais randomisés, 5 424 patients

Les inhibiteurs sélectifs de la cyclooxygénase-2 font partie de la plupart des protocoles d’analgésie multimodale, sans qu’on sache bien ce qu’ils apportent au-delà d’un score de douleur plus bas. Cette méta-analyse a rassemblé 38 essais randomisés et 5 424 adultes opérés, en retenant comme critère principal le retentissement de la douleur sur la vie quotidienne mesuré par un instrument validé. Sur les sept essais qui ont mesuré ce critère, la réduction moyenne dépasse de peu le seuil considéré comme cliniquement important, avec une certitude jugée modérée, et aucun excès d’événements indésirables n’a été observé. Les données sur la douleur chronique et la qualité de récupération vont dans le même sens, mais reposent sur peu d’essais et sur une certitude faible.

Retentissement de la douleur aiguë sur la vie quotidienne (Brief Pain Inventory, de 0 à 10 ; différence minimale cliniquement importante de 1,0) : différence moyenne de -1,1 point (IC95 % -1,4 à -0,8 ; 7 essais, certitude modérée) · qualité de récupération (QoR-9, de 0 à 18) : +0,84 (IC95 % 0,33 à 1,35 ; certitude faible)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte opéré, l’administration périopératoire d’un inhibiteur sélectif de la COX-2 améliore-t-elle la récupération, appréciée non par la seule intensité de la douleur mais par son retentissement sur les activités quotidiennes ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse d’essais randomisés comparant, chez l’adulte, un inhibiteur sélectif de la COX-2 administré par voie générale en périopératoire à un placebo, à un opioïde ou aux soins habituels. Trois bases ont été interrogées et 9 071 références examinées ; 38 essais totalisant 5 424 participants ont été retenus. Le critère principal était la douleur aiguë du premier mois postopératoire évaluée par un instrument multidimensionnel validé mesurant l’interférence de la douleur avec la vie quotidienne, par exemple le Brief Pain Inventory (de 0 à 10, une différence de 1,0 point étant considérée comme le minimum cliniquement important). Critères secondaires : douleur chronique, qualité de récupération et événements indésirables. Sélection, extraction, risque de biais et certitude des preuves ont été conduits en double.

Résultats clés

  • Critère principal : réduction du retentissement de la douleur aiguë de 1,1 point sur le Brief Pain Inventory (IC95 % -1,4 à -0,8 ; 7 essais, certitude modérée), soit au-delà du seuil de 1,0 point retenu comme cliniquement important.
  • Incidence de la douleur chronique : odds ratio 0,44 (IC95 % 0,21 à 0,93 ; 5 essais, certitude faible). En revanche, l’intensité de la douleur chronique ne différait pas de façon significative (différence moyenne -1,0 ; IC95 % -2,7 à 0,7 ; un seul essai, certitude très faible).
  • Qualité de récupération (QoR-9, de 0 à 18) : amélioration de 0,84 (IC95 % 0,33 à 1,35 ; 7 essais, certitude faible).
  • Saignement peropératoire légèrement moindre (différence moyenne -22 mL ; IC95 % -40 à -4 ; 3 essais, certitude faible).
  • Aucune différence sur les autres événements indésirables recherchés : insuffisance rénale aiguë, hémorragie digestive, retard de consolidation osseuse, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral et décès.

Limites

  • Le critère principal ne repose que sur 7 des 38 essais : peu d’études mesurent le retentissement de la douleur plutôt que sa seule intensité.
  • La certitude des preuves est modérée pour le critère principal, faible ou très faible pour tous les autres : les résultats sur la douleur chronique et la qualité de récupération demandent confirmation.
  • Les essais rassemblés portent sur des chirurgies, des molécules et des durées d’administration hétérogènes, sans que la dose ou la durée optimales puissent être déduites.
  • Les populations où la prescription est justement délicate — insuffisance rénale, risque cardiovasculaire élevé, chirurgie osseuse — sont peu représentées : l’absence d’excès d’événements indésirables ne peut pas leur être étendue.
En pratique : ces données soutiennent la place des coxibs dans l’analgésie multimodale de l’adulte opéré, avec un bénéfice qui ne se limite pas à un score de douleur plus bas mais touche la capacité du patient à reprendre ses activités. Le gain sur la douleur chronique et la qualité de récupération reste trop incertain pour être annoncé au patient. Chez l’insuffisant rénal, le patient à haut risque cardiovasculaire ou après chirurgie osseuse, la décision continue de se prendre au cas par cas : ces essais ne les ont guère inclus.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé de phase 2b

Phase 2b Trial of a NaV1.8 Inhibitor for Acute Pain

N Engl J Med · 30 juillet 2026 · Essai randomisé multicentrique contre placebo, 343 patients

Les canaux sodiques voltage-dépendants du système nerveux périphérique, qui participent à la transmission du message douloureux, sont une cible antalgique non opioïde. Cet essai de phase 2b a comparé, chez 343 patients souffrant après abdominoplastie, deux posologies orales de LTG-001, une association hydrocodone-paracétamol et un placebo, administrés pendant 48 heures. Les deux posologies de LTG-001 ont réduit la douleur davantage que le placebo sur le critère principal ; seule la forte dose s’est accompagnée d’une moindre consommation d’opioïdes de secours, avec toutefois davantage de fièvre et de malaises pré-syncopaux.

Somme pondérée des différences d’intensité douloureuse sur 48 heures : 185,30 à forte dose et 161,05 à faible dose contre 123,22 sous placebo · aucun opioïde de secours reçu : 52 % à forte dose contre 22 % sous placebo
Article original ↗

Question clinique

Un antalgique oral ciblant un canal sodique des nerfs périphériques peut-il soulager une douleur postopératoire modérée à intense sans recourir aux opioïdes ?

Méthode

Essai de phase 2b, multicentrique, randomisé en double aveugle, chez des patients présentant une douleur modérée à intense après abdominoplastie. Les participants étaient répartis par tirage au sort en quatre groupes de taille égale : LTG-001 à faible dose (charge de 300 mg puis 150 mg toutes les 12 heures), LTG-001 à forte dose (charge de 450 mg puis 300 mg toutes les 12 heures), association hydrocodone 5 mg et paracétamol 325 mg toutes les 6 heures, ou placebo toutes les 6 heures. Toutes les prises étaient orales et réparties sur 48 heures. Le critère principal était la somme pondérée par le temps des différences d’intensité douloureuse sur ces 48 heures (SPID48), calculée à partir d’une échelle numérique de 0 à 10 ; une valeur plus élevée traduit une douleur davantage réduite. Les critères secondaires comprenaient la quantité d’opioïdes de secours consommée, exprimée en équivalents milligrammes de morphine, et l’absence de tout recours à ces opioïdes. Au total, 343 patients ont été randomisés.

Résultats clés

  • Critère principal, somme pondérée des différences d’intensité douloureuse sur 48 heures : 185,30 (IC95 % 167,26–203,34) à forte dose, 161,05 (IC95 % 142,93–179,16) à faible dose, 164,08 (IC95 % 146,02–182,14) sous hydrocodone-paracétamol et 123,22 (IC95 % 105,23–141,21) sous placebo.
  • Différence moyenne par rapport au placebo : 37,82 à faible dose (p = 0,003) et 62,08 à forte dose (p < 0,001) ; elle était de 40,86 pour l’association hydrocodone-paracétamol.
  • Opioïdes de secours : seule la forte dose a fait mieux que le placebo (11,00 contre 18,35 équivalents milligrammes de morphine, p = 0,01), avec 52 % de patients n’ayant reçu aucun opioïde de secours contre 22 % sous placebo (p < 0,001).
  • Tolérance de la forte dose : fièvre chez 7 % des patients contre 2 % sous placebo, malaise pré-syncopal chez 6 % contre 1 %.

Limites

  • Essai de phase 2b : effectif limité, traitement de 48 heures seulement, critère principal fondé sur des scores de douleur rapportés.
  • Modèle chirurgical unique, l’abdominoplastie : rien ne préjuge de l’efficacité après chirurgie viscérale, orthopédique ou thoracique.
  • Aucun test statistique rapporté entre LTG-001 et l’association hydrocodone-paracétamol : aucune supériorité sur l’opioïde ne peut en être déduite.
  • Signaux de tolérance à suivre, notamment la fièvre et les malaises pré-syncopaux.
En pratique : rien ne change aujourd’hui dans la conduite de l’analgésie postopératoire, puisqu’il s’agit d’un essai de phase 2b sur un modèle chirurgical unique et de courte durée. L’essai conforte néanmoins l’intérêt de l’inhibition des canaux sodiques périphériques comme piste d’analgésie non opioïde, avec un effet mesurable sur la douleur et, à forte dose, sur le recours aux opioïdes de secours. La démonstration utile viendra des essais de phase 3, sur des chirurgies plus douloureuses et avec un recul suffisant sur la tolérance.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Regional anaesthesia and chronic postsurgical pain: a systematic review and network meta-analysis

Br J Anaesth · 9 juillet 2026 · 158 essais randomisés, 18 794 participants

Cette méta-analyse en réseau rassemble 158 essais randomisés et 18 794 participants pour estimer l'effet de l'anesthésie locorégionale sur la douleur chronique postchirurgicale, c'est-à-dire la douleur qui persiste au-delà de trois mois après l'intervention. Comparée à l'absence de bloc, l'ALR réduit l'incidence de cette douleur, avec un effet encore observé douze mois après la chirurgie, mais la certitude des preuves reste faible. La consommation d'opioïdes au long cours ne diffère pas significativement entre les groupes.

Incidence de la douleur chronique postchirurgicale sous ALR contre absence de bloc : RR 0,73 ; IC95 % 0,67–0,80 (certitude faible), effet observé jusqu'à 12 mois · consommation d'opioïdes : RR 0,88 ; IC95 % 0,61–1,28
Article original ↗

Question clinique

L'anesthésie locorégionale prévient-elle la douleur chronique postchirurgicale et l'usage prolongé d'opioïdes ? Et si oui, quelle technique, à quel moment et par quel mode d'administration ?

Méthode

Revue systématique conforme à PRISMA, avec méta-analyses appariées puis méta-analyse en réseau des essais randomisés évaluant l'ALR dans la prévention de la douleur chronique postchirurgicale, la recherche documentaire ayant été menée jusqu'en octobre 2025. Le réseau compare le type de bloc (périmédullaire ou périphérique), le moment de sa réalisation et son mode d'administration (cathéter ou injection unique). L'influence du type de chirurgie, du risque initial et du sexe a été étudiée par méta-régression. La certitude des preuves a été évaluée par les approches GRADE et CINeMA.

Résultats clés

  • 158 essais randomisés et 18 794 participants inclus.
  • Critère principal : l'ALR réduit l'incidence de la douleur chronique postchirurgicale par rapport à l'absence de bloc (RR 0,73 ; IC95 % 0,67–0,80), avec des effets observés jusqu'à douze mois après l'intervention. Certitude faible.
  • Réductions retrouvées dans plusieurs chirurgies prises séparément : mastectomie (RR 0,69 ; IC95 % 0,59–0,79), thoracotomie (RR 0,72 ; 0,55–0,96), chirurgie thoracique vidéo-assistée (RR 0,73 ; 0,56–0,96) et arthroplastie du genou (RR 0,71 ; 0,52–0,97).
  • Consommation d'opioïdes : pas de différence statistiquement significative (RR 0,88 ; IC95 % 0,61–1,28), certitude très faible.
  • Dans le réseau, les techniques périmédullaires réduisent la douleur chronique davantage que les techniques périphériques après thoracotomie (RR 0,64 ; IC95 % 0,49–0,83 contre RR 0,84 ; 0,73–0,96, chacune comparée à l'absence de bloc) et après chirurgie thoracique vidéo-assistée (RR 0,60 ; 0,45–0,80 contre RR 0,77 ; 0,63–0,94). Certitude faible à très faible.
  • La méta-régression ne montre aucune modification de l'effet selon le type de chirurgie, le sexe ou le risque initial.

Limites

  • La certitude des preuves est faible pour le critère principal et très faible pour la consommation d'opioïdes et pour les comparaisons du réseau.
  • La définition de la douleur chronique postchirurgicale et les délais de mesure varient d'un essai à l'autre, ce qui pèse sur l'estimation globale.
  • Une part des comparaisons entre techniques repose sur des données indirectes, et non sur des essais les ayant confrontées directement.
  • Le résumé rapporte des incidences, sans préciser l'intensité de la douleur persistante ni son retentissement fonctionnel.
En pratique : ces données renforcent l'idée qu'une anesthésie locorégionale bien conduite ne sert pas seulement le confort des premières heures : elle est associée à moins de douleur persistante jusqu'à un an, notamment après mastectomie, chirurgie thoracique et arthroplastie du genou. En chirurgie thoracique, les techniques périmédullaires apparaissent plus efficaces que les blocs périphériques sur ce critère, ce qui mérite d'entrer dans la balance au moment du choix. La faible certitude des preuves et l'absence d'effet démontré sur la consommation d'opioïdes invitent toutefois à présenter ce bénéfice comme probable plutôt qu'acquis.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ASRA

Use and safety of corticosteroid injections in joints and musculoskeletal soft tissue: guidelines from the American Society of Regional Anesthesia and Pain Medicine, the American Academy of Pain Medicine, the American Society of Interventional Pain Physicians, and the International Pain and Spine Intervention Society

Reg Anesth Pain Med · 6 juillet 2026 · recommandations de quatre sociétés savantes

Quatre sociétés savantes publient des recommandations sur l’usage et la sécurité des infiltrations de corticoïdes dans les articulations, les bourses et les tissus mous péri-articulaires chez l’adulte douloureux chronique. Le message central porte sur la dose : la moitié des doses couramment employées fait aussi bien à l’épaule qu’au genou. Le texte rappelle aussi le bénéfice de l’échoguidage sur la précision du geste et la durée courte du soulagement obtenu, de quelques semaines à quelques mois.

Épaule : 20 mg de triamcinolone sont aussi efficaces que 40 mg, en intra-articulaire comme dans la bourse sous-acromio-deltoïdienne · genou : 40 mg valent 80 mg
Article original ↗

Question clinique

Comment utiliser les infiltrations de corticoïdes dans les articulations et les tissus mous péri-articulaires : quelle dose, quelle technique de repérage, quel bénéfice attendu et quels risques ?

Méthode

Recommandations de pratique élaborées sous l’égide de l’American Society of Regional Anesthesia and Pain Medicine avec trois sociétés partenaires. Un groupe de travail a coordonné trois textes distincts : blocs périphériques et points gâchettes, articulations, et infiltrations neuraxiales, articulaires postérieures et sacro-iliaques ; celui-ci porte sur les articulations. Les experts ont revu la littérature puis rédigé des propositions graduées selon une version adaptée de l’échelle de l’US Preventive Services Task Force, validées par une méthode Delphi modifiée en quatre tours. Articulations couvertes : épaule, coude, main, poignet, hanche, genou et petites articulations des mains et des pieds.

Résultats clés

  • Aucune donnée solide ne permet de préférer un corticoïde à un autre.
  • L’échoguidage améliore la précision de l’injection et réduit la douleur du geste.
  • À l’épaule, 20 mg de triamcinolone sont aussi efficaces que 40 mg, en intra-articulaire comme dans la bourse sous-acromio-deltoïdienne. Au genou, 40 mg font aussi bien que 80 mg. À la hanche, la dose habituelle est de 40 mg de triamcinolone ou de méthylprednisolone.
  • Le soulagement obtenu est de courte durée : de quelques semaines à quelques mois.
  • Effets indésirables rapportés : élévation de la glycémie, freination surrénalienne, atteinte du cartilage articulaire, baisse de la densité minérale osseuse et infection articulaire postopératoire.

Limites

  • Les preuves disponibles sont hétérogènes selon l’articulation et souvent limitées au court terme ; le grade de chaque proposition n’est pas détaillé dans le résumé.
  • Une part des énoncés relève d’un consensus d’experts plutôt que d’essais comparatifs.
  • Le texte porte sur la douleur chronique de l’adulte : il ne traite ni de l’infiltration en contexte périopératoire immédiat, ni de l’enfant.
  • Les recommandations reflètent des pratiques et des présentations pharmaceutiques qui ne sont pas partout identiques.
En pratique : pour un anesthésiste qui pratique l’infiltration articulaire en consultation de la douleur, le point à retenir est la dose : la moitié de ce qui est souvent injecté à l’épaule ou au genou suffit, ce qui limite d’autant l’hyperglycémie, la freination surrénalienne et le retentissement osseux. L’échoguidage est à privilégier quand il est disponible. Le patient doit être prévenu que le bénéfice se compte en semaines ou en mois, ce qui impose de prévoir la suite plutôt que de répéter le geste.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Prophylactic interventions to prevent rebound pain after peripheral nerve block in adults: a systematic review and network meta-analysis of randomised controlled trials

Anaesthesia · 26 mai 2026 · méta-analyse en réseau, 24 essais, 2 130 patients

La douleur rebond — cette reprise brutale des douleurs à la levée d’un bloc périphérique — efface une partie du bénéfice de l’anesthésie locorégionale. Cette méta-analyse en réseau compare huit stratégies médicamenteuses de prévention sur 24 essais randomisés et 2 130 patients opérés sous bloc en injection unique. La dexaméthasone intraveineuse est la stratégie la mieux classée pour réduire la fréquence de la douleur rebond, tandis que la dexaméthasone et la dexmédétomidine périnerveuses en retardent surtout la survenue.

Fréquence de la douleur rebond : la dexaméthasone intraveineuse est classée première (SUCRA 0,91) et jugée « certainement supérieure » au groupe témoin, sur 24 essais et 2 130 patients
Article original ↗

Question clinique

Quel médicament administré à titre préventif limite le mieux la douleur rebond après un bloc nerveux périphérique en injection unique chez l’adulte ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau des essais randomisés menés chez l’adulte opéré sous bloc nerveux périphérique. Vingt-quatre essais, 2 130 patients et huit interventions ont été inclus. Critère principal : fréquence de la douleur rebond. Critères secondaires : délai de survenue et intensité de cette douleur, délai avant la première analgésie de secours, satisfaction, troubles du sommeil et effets indésirables liés au traitement. Le classement des stratégies est exprimé en SUCRA, surface sous la courbe de classement cumulé, d’autant plus proche de 1 que la stratégie arrive souvent en tête.

Résultats clés

  • La dexaméthasone intraveineuse a la plus forte probabilité de réduire la fréquence de la douleur rebond (SUCRA 0,91) et est jugée « certainement supérieure » au groupe témoin.
  • La dexaméthasone et la dexmédétomidine périnerveuses sont les mieux classées pour retarder la survenue de la douleur rebond et allonger le délai avant la première analgésie de secours.
  • L’administration préventive d’opioïdes est probablement moins efficace que l’absence de traitement préventif.
  • Le niveau de certitude des preuves s’échelonne de très faible à modéré selon les comparaisons.

Limites

  • Les résultats sont présentés sous forme de classement : le résumé ne donne ni risque relatif, ni différence absolue de fréquence de douleur rebond.
  • L’intensité de la douleur, la satisfaction et les troubles du sommeil ont été rapportés de façon trop hétérogène pour être regroupés.
  • Le réseau repose sur 24 essais pour huit interventions, avec des comparaisons indirectes et un niveau de certitude souvent faible.
  • Seuls les blocs en injection unique sont concernés ; la définition de la douleur rebond varie d’un essai à l’autre.
En pratique : chez un patient opéré sous bloc en injection unique, une dose de dexaméthasone intraveineuse apparaît comme la mesure préventive la mieux étayée contre la douleur rebond. La dexaméthasone périnerveuse en retarde la survenue, sans supériorité démontrée sur sa fréquence. Donner des opioïdes à titre préventif n’apparaît pas utile. Le niveau de preuve reste limité : ces choix complètent, sans la remplacer, l’information du patient sur le moment prévisible de la levée du bloc et la prescription d’une analgésie de relais.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Opioid-free vs. opioid-inclusive anaesthesia with or without regional anaesthesia for postoperative pain: a systematic review with network meta-analysis of randomised controlled trials

Anaesthesia · 5 janvier 2026 · 885 essais randomisés, méta-analyse en réseau

Cette méta-analyse en réseau rassemble 885 essais randomisés et compare six stratégies chez l'adulte : anesthésie sans opioïdes, avec rémifentanil seul ou avec d'autres opioïdes, chacune associée ou non à une anesthésie locorégionale. Les stratégies comportant une ALR se classent systématiquement en tête pour la douleur postopératoire. Lorsque l'ALR est en place, la différence entre anesthésie avec et sans opioïdes devient minime (certitude modérée) ; les approches sans opioïdes s'accompagnent en revanche de moins de nausées et de vomissements postopératoires.

L'ALR associée à une anesthésie sans opioïdes se classe en tête pour la douleur (SUCRA 93 % à 2 h, 85 % à 12 h et 75 % à 48 h, certitude faible) comme pour la consommation d'opioïdes (SUCRA supérieure à 98 %)
Article original ↗

Question clinique

L'anesthésie sans opioïdes tient-elle ses promesses sur la douleur postopératoire, et que devient son intérêt lorsqu'une anesthésie locorégionale est déjà réalisée ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse en réseau des essais randomisés conduits chez l'adulte, comparant six stratégies : anesthésie sans opioïdes, anesthésie avec rémifentanil seul et anesthésie avec d'autres opioïdes, chacune avec ou sans anesthésie locorégionale. Le critère de jugement principal était la douleur postopératoire ; les critères secondaires étaient la consommation postopératoire d'opioïdes, le délai de sortie de salle de surveillance post-interventionnelle, la durée d'hospitalisation et la survenue de complications. Les stratégies sont comparées entre elles par un classement fondé sur l'aire sous la courbe de classement cumulé (SUCRA) : plus la valeur est élevée, plus la stratégie se classe en tête, sans que cela mesure l'ampleur de la différence.

Résultats clés

  • 885 essais randomisés provenant de 59 pays ont été inclus.
  • Les stratégies comportant une ALR occupent constamment les premières places pour la douleur postopératoire. L'association ALR et anesthésie sans opioïdes atteint des valeurs SUCRA de 93 % à 2 h, 85 % à 12 h et 75 % à 48 h, toutes de certitude faible.
  • Quand une ALR est réalisée, les différences entre stratégies avec et sans opioïdes sont minimes (certitude modérée).
  • Pour la consommation d'opioïdes, l'association ALR et stratégie sans opioïdes se classe première à 2 h (certitude modérée), 12 h et 48 h (certitude faible), avec des valeurs SUCRA supérieures à 98 %.
  • Les stratégies sans ALR sont associées à des scores de douleur plus élevés et à des besoins en opioïdes plus importants. Les approches sans opioïdes, surtout combinées à une ALR, sont associées à moins de nausées et de vomissements postopératoires.

Limites

  • La certitude des preuves est faible pour la plupart des classements : ces résultats orientent la réflexion mais ne la tranchent pas.
  • Un classement SUCRA ordonne les stratégies sans dire de combien elles diffèrent ; le résumé ne donne pas d'estimation d'effet en valeur absolue.
  • L'ensemble réunit des essais très hétérogènes par le type de chirurgie, les protocoles anesthésiques et les techniques d'ALR, et une part des comparaisons est indirecte.
  • Les critères portent sur les premières heures et les premiers jours ; le devenir à distance, notamment la douleur chronique postchirurgicale, n'est pas abordé.
En pratique : le déterminant principal de l'analgésie postopératoire semble être la réalisation d'une anesthésie locorégionale, davantage que le choix d'épargner ou non les opioïdes pendant l'intervention. Quand un bloc efficace couvre le site opératoire, retirer les opioïdes peropératoires ne dégrade pas le contrôle de la douleur et réduit les nausées et vomissements : c'est là que la stratégie sans opioïdes trouve son intérêt le plus tangible. En l'absence d'ALR, aucune des deux approches ne s'impose, et la faible certitude des données invite à ne pas en faire une règle de service.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Eliminating opioid prescriptions from outpatient minimally invasive gynecologic surgery: a randomized trial

Nat Med · 5 janvier 2026 · Essai randomisé de non-infériorité, 110 patientes

Chez des patientes opérées en ambulatoire d’une cœlioscopie gynécologique mini-invasive, un essai randomisé en simple aveugle a comparé une ordonnance de sortie sans aucun opioïde à une ordonnance restrictive comportant cinq comprimés d’hydromorphone 1 mg, dans les deux cas associée à une analgésie multimodale. La douleur au premier jour postopératoire, critère principal, était comparable dans les deux groupes, de même qu’au septième jour, et aucune patiente du groupe sans opioïde n’a eu besoin d’une ordonnance de secours. Les nausées et vomissements étaient en revanche plus fréquents lorsque l’ordonnance comportait un opioïde.

Critère principal, douleur au premier jour postopératoire : 3,1 sans opioïde contre 3,5 avec opioïde (p = 0,31) · nausées et vomissements : 14,3 % sans opioïde contre 35,2 % avec opioïde (p = 0,01)
Article original ↗

Question clinique

Après une cœlioscopie gynécologique menée en ambulatoire, peut-on renoncer à prescrire un opioïde à la sortie sans dégrader le contrôle de la douleur ?

Méthode

Essai randomisé en simple aveugle, conduit dans un seul centre universitaire de recours. Des patientes sans antécédent douloureux chronique, opérées en ambulatoire d’une cœlioscopie gynécologique mini-invasive, recevaient en plus de l’analgésie multimodale soit une ordonnance de sortie sans opioïde, soit une ordonnance restrictive comportant cinq comprimés d’hydromorphone 1 mg. Le critère principal était la douleur rapportée par la patiente au premier jour postopératoire ; les critères secondaires (douleur, consommation totale d’opioïdes, mobilité, effets indésirables, recours aux urgences ou à une consultation, satisfaction) étaient recueillis au premier et au septième jour par un évaluateur en aveugle. Sur 110 patientes randomisées, 103 ont terminé l’étude : 49 sans opioïde et 54 avec opioïde.

Résultats clés

  • Critère principal, douleur au premier jour postopératoire : 3,1 sans opioïde contre 3,5 avec opioïde (p = 0,31).
  • Au septième jour, la douleur moyenne était de 1,0 sans opioïde contre 1,5 avec opioïde (p = 0,14) ; mobilité et satisfaction étaient comparables.
  • Nausées et vomissements : 14,3 % sans opioïde contre 35,2 % avec opioïde (p = 0,01).
  • Aucune patiente du groupe sans opioïde n’a nécessité d’ordonnance de secours d’opioïde. Dans le groupe avec opioïde, 27,8 % des patientes en avaient consommé au premier jour et 11,1 % au septième.

Limites

  • Essai monocentrique de faible effectif (103 patientes analysées), sans puissance pour les événements rares ni pour les analyses en sous-groupes.
  • Population très sélectionnée : femmes sans douleur chronique préexistante, chirurgie mini-invasive ambulatoire. Les résultats ne se transposent pas à une chirurgie plus lourde ni à une patiente déjà traitée par opioïdes.
  • Aveugle simple, et la marge de non-infériorité retenue n’est pas précisée dans le résumé publié.
En pratique : dans ce contexte précis, une ordonnance de sortie purement multimodale paraît suffire : la douleur rapportée n’est pas plus forte et aucune patiente n’a réclamé d’opioïde de secours. L’argument de tolérance est net, avec nettement moins de nausées et de vomissements. L’effectif modeste incite toutefois à garder une voie de secours joignable plutôt qu’à supprimer toute prescription par principe.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Single-shot perineural femoral nerve block and falls after lower limb orthopaedic surgery: a systematic review and meta-analysis

Br J Anaesth · 1er janvier 2026 · méta-analyse, 31 essais randomisés

La faiblesse du quadriceps induite par le bloc du nerf fémoral est connue, mais son retentissement sur le risque de chute restait discuté. Cette méta-analyse de 31 essais randomisés montre que les patients ayant reçu un bloc fémoral en injection unique chutent plus souvent dans les suites immédiates d’une chirurgie orthopédique du membre inférieur, avec un effet lié à la dose et un niveau de preuve modéré. L’augmentation du risque absolu reste faible, de l’ordre de un patient sur cent.

Chutes après bloc fémoral en injection unique : risque relatif 3,62 ; IC95 % 1,83–7,19 (p = 0,0002), soit une augmentation du risque absolu de 0,9 % (0,3–2 %)
Article original ↗

Question clinique

Le bloc du nerf fémoral en injection unique augmente-t-il le risque de chute, de dérobement du genou et de quasi-chute dans les jours qui suivent une chirurgie orthopédique du membre inférieur ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse conduites selon les recommandations MECIR et PRISMA, avec enregistrement préalable du protocole (PROSPERO CRD42023477892). MEDLINE, EMBASE, CINAHL et CENTRAL ont été interrogées, complétées par le suivi des citations et d’autres sources. Seuls les essais randomisés ont été retenus, avec extraction par des lecteurs indépendants et calcul d’un risque relatif groupé pour chaque critère. Le niveau de certitude a été évalué par la méthode GRADE. Les comparateurs étaient les techniques sans bloc moteur (bloc du canal des adducteurs, bloc du plan iliopsoas, infiltration d’anesthésique local), l’anesthésie périmédullaire et l’analgésie systémique.

Résultats clés

  • Toutes comparaisons réunies, sur 31 essais : risque de chute multiplié par 3,62 ; IC95 % 1,83–7,19 (p = 0,0002), avec un effet lié à la dose et une augmentation du risque absolu de 0,9 % (0,3–2 %).
  • Comparé aux techniques sans bloc moteur réunies : risque relatif 2,75 (p = 0,02). Comparé à l’anesthésie périmédullaire : 6,35 (p = 0,03). Comparé à l’analgésie systémique : 6,43 (p = 0,03).
  • Dérobement du genou : risque relatif 5,95 sur cinq essais. Quasi-chutes : 4,56 sur quatre essais.
  • Niveau de certitude modéré pour les chutes, très faible pour le dérobement et les quasi-chutes.

Limites

  • Les chutes sont des événements rares : l’intervalle de confiance du risque relatif est large et l’augmentation du risque absolu reste inférieure à deux cas pour cent patients.
  • Le dérobement et les quasi-chutes ne reposent que sur quelques essais, avec un niveau de certitude très faible ; leurs intervalles de confiance ne sont pas repris dans le résumé.
  • Les chutes étaient rarement le critère principal des essais inclus, ce qui expose à un recueil incomplet.
  • Le résumé ne détaille ni les doses ni les concentrations d’anesthésique local retenues pour l’analyse dose-effet, ni les protocoles de lever précoce des services concernés.
En pratique : ces données confortent le choix d’une technique épargnant la motricité — bloc du canal des adducteurs, bloc du plan iliopsoas ou infiltration — chaque fois qu’un lever précoce est prévu après chirurgie du membre inférieur. Quand le bloc fémoral reste préféré pour son efficacité analgésique, le risque de chute mérite d’être expliqué au patient et transmis à l’équipe soignante, avec un premier lever accompagné. L’augmentation du risque absolu reste faible : il s’agit d’organiser la rééducation, non de proscrire la technique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Méta-analyse

Transversus abdominis plane block for postoperative pain management and opioid sparing: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials

Br J Anaesth · 2 décembre 2025 · 123 essais randomisés

Cette méta-analyse rassemble 123 essais randomisés consacrés au bloc du plan du muscle transverse de l’abdomen (bloc TAP). Comparé à l’infiltration locale, le bloc TAP réduit les scores de douleur à 6, 12 et 24 h ainsi que la consommation cumulée de morphine sur 24 h. Face à l’analgésie péridurale, l’avantage se limite à la douleur à 12 h, et aucune différence n’apparaît avec la morphine intrathécale.

Douleur à 6 h contre infiltration locale : différence moyenne standardisée -0,89 ; IC95 % -1,35 à -0,43 · morphine cumulée à 24 h : -0,99 ; IC95 % -1,52 à -0,47
Article original ↗

Question clinique

Le bloc TAP apporte-t-il une analgésie et une épargne morphinique supérieures à celles des autres techniques disponibles après chirurgie abdominale ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse. MEDLINE, Embase et Cochrane CENTRAL ont été interrogées depuis leur création jusqu’en mai 2024. Ont été retenus les essais randomisés comparant le bloc TAP au placebo, à l’infiltration locale, à l’analgésie péridurale ou à la morphine intrathécale, et rapportant les scores de douleur postopératoires à 6, 12 ou 24 h ou la consommation cumulée de morphine à 24 h. Au total, 123 essais ont été inclus. Protocole enregistré (PROSPERO CRD42024374067).

Résultats clés

  • Contre placebo : réduction significative sur l’ensemble des critères étudiés, dont l’amplitude n’est pas détaillée dans le résumé.
  • Contre infiltration locale, différence moyenne standardisée des scores de douleur : -0,89 ; IC95 % -1,35 à -0,43 à 6 h (p < 0,001) ; -1,27 ; IC95 % -2,08 à -0,46 à 12 h (p = 0,002) ; -0,66 ; IC95 % -1,01 à -0,32 à 24 h (p < 0,001).
  • Morphine cumulée à 24 h contre infiltration locale : différence moyenne standardisée -0,99 ; IC95 % -1,52 à -0,47 (p < 0,001).
  • Contre analgésie péridurale : le seul avantage observé porte sur les scores de douleur à 12 h.
  • Contre morphine intrathécale : aucune différence significative sur aucun des critères retenus.

Limites

  • Les résultats sont exprimés en différences moyennes standardisées, qui ne se traduisent directement ni en points d’échelle de douleur ni en milligrammes de morphine.
  • Les essais diffèrent par le type de chirurgie, le volume et la concentration d’anesthésique local et la technique de repérage ; ces éléments ne sont pas détaillés dans le résumé.
  • L’absence de différence avec la morphine intrathécale ne vaut pas démonstration d’équivalence : la puissance de ces comparaisons n’est pas rapportée.
  • Aucun critère de récupération, de durée de séjour ou de douleur chronique postopératoire n’a été analysé.
En pratique : le bloc TAP garde toute sa place en chirurgie abdominale lorsque l’alternative est une simple infiltration pariétale, avec un gain net sur la douleur des 24 premières heures et sur la consommation de morphine. Face à la morphine intrathécale, aucune différence n’a été observée, ce qui en fait une option raisonnable quand la voie intrathécale n’est pas souhaitable, sans qu’une supériorité soit établie dans un sens ou dans l’autre. Face à l’analgésie péridurale, le bénéfice ne porte que sur un seul temps de mesure et ne justifie pas d’y renoncer quand elle est indiquée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Cryoanalgesia Increases Neuropathic Pain in Adults Undergoing Minimally Invasive Surgery: A 1-Year Follow-up of a Randomized Study

Ann Surg · 7 novembre 2025 · suivi à un an d'un essai randomisé

Un essai randomisé avait comparé, en chirurgie thoracique mini-invasive, un bloc intercostal seul à ce même bloc complété par une cryoablation de cinq à six nerfs intercostaux ; la cryoanalgésie n'y avait apporté aucun bénéfice sur la douleur précoce ni sur la consommation d'opioïdes. Le suivi à un an montre des scores de douleur neuropathique plus élevés après cryoanalgésie à 3, 6 et 12 mois. À 12 mois, 30 % des patients du groupe cryoanalgésie avaient un score LANSS évocateur de douleur neuropathique, contre 5 % de ceux qui n'avaient reçu que le bloc.

Douleur neuropathique (score LANSS supérieur ou égal à 12) à 12 mois : 30 % après cryoanalgésie contre 5 % après bloc intercostal seul (p = 0,002)
Article original ↗

Question clinique

La cryoanalgésie des nerfs intercostaux, ajoutée au bloc intercostal en chirurgie thoracique mini-invasive, expose-t-elle à une douleur neuropathique persistante ? Le signal observé à deux semaines dans l'essai initial se confirme-t-il à distance ?

Méthode

Suivi à un an d'un essai randomisé (NCT05348447) conduit chez des adultes opérés d'une chirurgie thoracique mini-invasive. Le groupe témoin recevait des blocs intercostaux de bupivacaïne et de lidocaïne ; le groupe cryoanalgésie recevait ces mêmes blocs, complétés par une cryoablation de cinq à six nerfs intercostaux, 120 secondes chacun. Les patients étaient revus à 3, 6 et 12 mois. La douleur neuropathique était dépistée par l'échelle LANSS (Leeds Assessment of Neuropathic Symptoms and Signs), un score supérieur ou égal à 12 la définissant, et son intensité mesurée par une échelle visuelle analogique.

Résultats clés

  • Données de suivi disponibles chez 76 patients à 3 mois (36 dans le groupe bloc seul, 40 dans le groupe cryoanalgésie), 82 à 6 mois (42 et 40) et 84 à 12 mois (44 et 40).
  • Score LANSS médian constamment plus élevé après cryoanalgésie : 10 contre 0,5 à 3 mois (p = 0,003), 8 contre 0 à 6 mois (p < 0,001) et 4,5 contre 0 à 12 mois (p < 0,001).
  • Proportion de patients dépistés comme ayant une douleur neuropathique (LANSS supérieur ou égal à 12) : 40 % contre 19 % à 3 mois (p = 0,031), 33 % contre 10 % à 6 mois (p = 0,010) et 30 % contre 5 % à 12 mois (p = 0,002).
  • Intensité douloureuse à l'échelle visuelle analogique plus élevée après cryoanalgésie à 3 et 6 mois (p = 0,012 et 0,028), sans différence significative à 12 mois (p = 0,168).

Limites

  • Les effectifs suivis sont modestes, de 76 à 84 patients selon le temps de mesure : les proportions reposent sur de petits nombres et leurs intervalles de confiance sont larges.
  • Le nombre de patients analysés varie d'un temps de suivi à l'autre, signe d'un suivi incomplet dont l'effet sur les résultats ne peut pas être écarté.
  • Le LANSS est un outil de dépistage de la douleur neuropathique, non un diagnostic clinique confirmé.
  • Ni les patients ni les soignants ne pouvaient ignorer la réalisation du geste, et ce suivi à long terme ne constituait pas le critère de jugement principal de l'essai initial.
En pratique : la cryoanalgésie intercostale, promue pour limiter la douleur après chirurgie thoracique mini-invasive, n'apportait déjà aucun bénéfice précoce dans cet essai et s'accompagne ici d'une douleur neuropathique plus fréquente et plus intense jusqu'à un an. En l'absence de gain démontré, sa proposition en routine ne paraît pas justifiée dans cette indication. Chez les patients déjà traités ainsi, une recherche active de symptômes neuropathiques lors des consultations de suivi est raisonnable.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Dexmedetomidine for Analgesia in Nonintubated Patients With Traumatic Rib Fractures: A Randomized Clinical Trial

JAMA Surg · 1er octobre 2025 · Essai randomisé contre placebo, 41 patients

Chez des traumatisés non intubés hospitalisés en réanimation pour au moins trois fractures de côtes, un essai randomisé en double aveugle contre placebo a évalué l’ajout d’une perfusion continue de dexmédétomidine à l’analgésie multimodale habituelle, pendant 48 heures au plus. Sur 41 patients, ni la douleur cotée sur 48 heures, critère principal, ni la consommation d’équivalents morphine orale n’ont été améliorées par la dexmédétomidine, pas plus que les complications pulmonaires ou la durée de séjour en réanimation. La perfusion a dû être interrompue chez 47,4 % des patients traités, pour effet indésirable ou à leur demande.

Douleur médiane sur 48 heures : 4 dans les deux groupes · équivalents morphine orale à 48 heures : 125,5 mg sous dexmédétomidine contre 87,1 mg sous placebo, sans épargne d’opioïdes démontrée
Article original ↗

Question clinique

Chez un traumatisé non intubé admis en réanimation pour fractures de côtes, l’ajout de dexmédétomidine à l’analgésie multimodale réduit-il la consommation d’opioïdes et la douleur ?

Méthode

Essai prospectif randomisé en double aveugle contre placebo, mené de juillet 2021 à octobre 2023 dans la réanimation d’un centre universitaire de traumatologie de niveau I. Étaient inclus des adultes traumatisés non intubés présentant au moins trois fractures de côtes ; étaient exclus un score de Glasgow inférieur à 14, une bradycardie, une hypotension, une grossesse, une cirrhose ou une consommation chronique d’opioïdes. Les patients recevaient, en plus de l’analgésie multimodale standard, une perfusion intraveineuse continue de dexmédétomidine (0,4 à 0,6 µg/kg par heure) ou de sérum salé isotonique pendant 48 heures au plus. Le critère principal était le score numérique de douleur sur 48 heures ; les critères secondaires comprenaient les équivalents morphine orale à 24 et 48 heures et les complications pulmonaires. Au total, 41 patients ont été inclus, dont 19 (46,3 %) sous dexmédétomidine, d’âge médian 62 ans et de score de gravité lésionnelle médian 20.

Résultats clés

  • Critère principal, douleur médiane sur 48 heures : 4 dans les deux groupes.
  • Équivalents morphine orale à 24 heures : 59,2 mg sous dexmédétomidine contre 54,9 mg sous placebo. À 48 heures : 125,5 mg contre 87,1 mg.
  • Complications pulmonaires et durée de séjour en réanimation comparables entre les deux groupes.
  • Perfusion interrompue chez 47,4 % des patients traités, pour effet indésirable ou à leur demande.

Limites

  • Effectif très faible (41 patients) et essai monocentrique : l’absence de bénéfice observée ne vaut pas démonstration d’une absence d’effet, un bénéfice modeste restant possible.
  • Le résumé publié ne rapporte pas de valeur de p pour les consommations d’opioïdes : les différences chiffrées doivent se lire comme descriptives.
  • Population restreinte aux patients vigilants, non intubés et sans consommation chronique d’opioïdes.
  • Le taux élevé d’interruption réduit l’exposition réelle au traitement étudié.
En pratique : ces données ne plaident pas pour ajouter de la dexmédétomidine à l’analgésie multimodale du traumatisé thoracique non intubé, ni pour la douleur ni pour l’épargne d’opioïdes. L’effectif est trop petit pour conclure à une inefficacité, mais la fréquence des interruptions pour intolérance pèse dans la balance. L’effort reste à porter sur l’analgésie locorégionale et les mesures multimodales déjà en place.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Intercostal or Paravertebral Block vs Thoracic Epidural in Lung Surgery: A Randomized Noninferiority Trial

JAMA Surg · 1er août 2025 · 450 patients, essai randomisé de non-infériorité

Après résection pulmonaire anatomique par thoracoscopie, deux techniques moins invasives ont été comparées à la péridurale thoracique chez 450 patients : un bloc paravertébral continu et un bloc intercostal en injection unique. Sur la douleur des trois premiers jours, seul le bloc intercostal atteint la non-infériorité ; le bloc paravertébral, lui, se révèle inférieur à la péridurale. La qualité de récupération est comparable dans les trois groupes, et les deux blocs réduisent la consommation d'opioïdes et facilitent la mobilisation.

Proportion moyenne de scores de douleur supérieurs ou égaux à 4 entre J0 et J2 : 20,7 % sous péridurale thoracique, 29,5 % sous bloc intercostal (non-infériorité démontrée) et 35,5 % sous bloc paravertébral (non-infériorité non démontrée)
Article original ↗

Question clinique

La péridurale thoracique reste la référence analgésique après chirurgie pulmonaire, mais ses effets indésirables s'accordent mal avec les programmes de réhabilitation améliorée. Un bloc paravertébral continu ou un bloc intercostal en injection unique peuvent-ils la remplacer sans perte de contrôle de la douleur ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique conduit dans onze hôpitaux, avec inclusions de mars 2021 à septembre 2023 chez des patients opérés d'une résection pulmonaire anatomique par thoracoscopie. Répartition en trois groupes de taille égale entre péridurale thoracique, bloc paravertébral continu et bloc intercostal en injection unique. Deux critères principaux : la douleur, définie par la proportion moyenne de scores supérieurs ou égaux à 4 entre le jour de l'intervention et le deuxième jour postopératoire, évaluée selon un schéma de non-infériorité (marge fixée à 17,5 % pour la limite supérieure de l'intervalle de confiance unilatéral à 98,65 %) ; et la qualité de récupération mesurée par le questionnaire QoR-15 aux premier et deuxième jours, évaluée selon un schéma de supériorité. Les critères secondaires comprenaient la consommation d'opioïdes, la mobilisation, les complications et la durée d'hospitalisation.

Résultats clés

  • 450 patients randomisés, 389 analysés en intention de traiter (âge moyen 66 ans, écart type 9 ; 208 femmes, soit 54 %) : 131 sous péridurale thoracique, 134 sous bloc paravertébral, 124 sous bloc intercostal.
  • Douleur : proportion moyenne de scores supérieurs ou égaux à 4 de 20,7 % (IC95 % 16,5–24,9) sous péridurale, 35,5 % (30,1–40,8) sous bloc paravertébral et 29,5 % (24,6–34,4) sous bloc intercostal.
  • Le bloc intercostal est non inférieur à la péridurale (limite supérieure de 16,1 % en intention de traiter et de 17,0 % en analyse per protocole, sous la marge de 17,5 %). Le bloc paravertébral lui est inférieur (limites supérieures de 22,4 % et 23,1 %).
  • Qualité de récupération comparable : score QoR-15 moyen de 104,96 (écart type 20,47) sous péridurale, 106,06 (17,94 ; p = 0,64) sous bloc paravertébral et 106,85 (21,11 ; p = 0,47) sous bloc intercostal.
  • Les deux blocs réduisent significativement la consommation d'opioïdes et améliorent la mobilisation par rapport à la péridurale, sans différence significative sur les complications. La durée d'hospitalisation est plus courte dans le groupe bloc intercostal.

Limites

  • sur 450 patients randomisés, 389 seulement figurent dans l'analyse en intention de traiter, ce qui reste important pour un essai de non-infériorité.
  • La marge de non-infériorité retenue est large : la limite observée pour le bloc intercostal en analyse per protocole (17,0 %) s'en approche de près.
  • Les techniques ne peuvent pas être masquées aux soignants, et les scores de douleur reposent sur la déclaration du patient.
  • Le résumé ne chiffre ni l'épargne en opioïdes, ni le gain de mobilisation, ni la durée de séjour : ces critères secondaires doivent être lus dans l'article.
En pratique : après résection pulmonaire par thoracoscopie, un bloc intercostal en injection unique offre une analgésie qui n'est pas inférieure à celle de la péridurale thoracique, avec moins d'opioïdes et une mobilisation plus précoce : c'est une option défendable pour un programme de réhabilitation améliorée. Le bloc paravertébral continu, lui, ne remplace pas la péridurale sur le contrôle de la douleur dans cet essai. Le choix reste à individualiser selon le geste chirurgical, le terrain et l'organisation du service, la péridurale gardant sa place quand une analgésie maximale est recherchée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Comparing the pericapsular nerve group block and fascia iliaca block for acute pain management in patients with hip fracture: a randomised clinical trial

Anaesthesia · 29 juillet 2025 · essai randomisé aux urgences, 64 patients

Le bloc du compartiment du fascia iliaca est la technique recommandée pour soulager une fracture de hanche à la phase aiguë. Cet essai randomisé a comparé, chez 64 patients pris en charge aux urgences pour une fracture de hanche douloureuse, ce bloc au bloc des nerfs péricapsulaires, dit bloc PENG. Le soulagement obtenu au cours de la première heure a été nettement supérieur avec le bloc PENG, sans différence sur le recours à la morphine de secours ni sur les effets indésirables.

Soulagement de la douleur pendant la première heure (SPID) : 62,7 % (IC95 % 52,9–72,4) avec le bloc PENG contre 38,0 % (IC95 % 30,7–45,4) avec le bloc du fascia iliaca · 24 patients sur 32 contre 7 sur 32 atteignent une baisse d’au moins la moitié
Article original ↗

Question clinique

À la phase aiguë d’une fracture de hanche, le bloc des nerfs péricapsulaires soulage-t-il mieux que le bloc du compartiment du fascia iliaca, actuellement recommandé ?

Méthode

Essai randomisé mené dans un service d’urgences chez des adultes admis pour fracture de hanche récente et rapportant une douleur au moins modérée. Les patients recevaient soit un bloc PENG (20 ml de lévobupivacaïne à 0,375 % avec 4 mg de dexaméthasone), soit un bloc du fascia iliaca par voie sous-inguinale (30 ml de lévobupivacaïne à 0,25 % avec 4 mg de dexaméthasone). Critère principal : le SPID, exprimé en pourcentage, soit la somme des différences d’intensité douloureuse mesurées sur échelle visuelle analogique pendant la première heure suivant le bloc ; plus il est élevé, plus le soulagement est important. Critères secondaires : nombre de patients atteignant 33 % et 50 % de SPID, dose d’opioïde de secours en équivalents morphine et effets indésirables. Sur 92 patients évalués, 64 ont été inclus, 32 par groupe.

Résultats clés

  • SPID sur la première heure : 62,7 % (IC95 % 52,9–72,4) dans le groupe bloc PENG contre 38,0 % (IC95 % 30,7–45,4) dans le groupe bloc du fascia iliaca. Différence rapportée : -24,7 % ; IC95 % -36,6 à -12,7 (p < 0,001), en faveur du bloc PENG.
  • Baisse d’au moins 50 % du SPID : 24 patients sur 32 avec le bloc PENG contre 7 sur 32 avec le bloc du fascia iliaca (p < 0,001).
  • Baisse d’au moins 33 % : 28 sur 32 contre 19 sur 32 (p = 0,022).
  • Ni la dose d’opioïde de secours ni la fréquence des effets indésirables ne diffèrent entre les groupes.

Limites

  • Effectif faible (64 patients) et critère principal limité à la première heure : l’essai ne dit rien de l’analgésie au-delà, du confort la nuit précédant l’intervention ni du délai opératoire.
  • Les deux blocs diffèrent à la fois par la cible, le volume et la concentration d’anesthésique local : la part respective de ces éléments dans le résultat ne peut pas être isolée.
  • Aucune différence n’apparaît sur la morphine de secours, ce qui relativise la portée clinique de l’écart mesuré sur les scores de douleur.
  • Aucune donnée n’est rapportée sur le délirium, la force du quadriceps ou le devenir fonctionnel, critères déterminants chez ces patients souvent âgés.
En pratique : chez un patient admis pour fracture de hanche douloureuse, le bloc PENG offre un soulagement plus franc que le bloc du fascia iliaca dans l’heure qui suit, pour un volume d’anesthésique local moindre. Il constitue une option intéressante quand l’équipe maîtrise la technique échoguidée. La démonstration reste toutefois limitée à la première heure et sans gain sur les opioïdes de secours : elle ne suffit pas, à elle seule, à remplacer le bloc du fascia iliaca dans les protocoles existants.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Erector spinae plane block versus paravertebral block for major oncological breast surgery: a multicentre randomised controlled trial

Br J Anaesth · 24 juillet 2025 · essai multicentrique en double insu, 292 patientes

Le bloc du plan du muscle érecteur du rachis est proposé en chirurgie mammaire comme une alternative plus simple et réputée plus sûre que le bloc paravertébral thoracique. Cet essai multicentrique en double insu a réparti 292 femmes opérées d’un cancer du sein entre les deux techniques : le recours à la morphine dans les deux premières heures a été nettement plus fréquent après bloc érecteur du rachis, et le critère de non-infériorité n’a pas été atteint. La couverture métamérique attendue était plus souvent incomplète avec cette technique.

Recours à la morphine dans les deux premières heures : 75,2 % après bloc érecteur du rachis contre 50,3 % après bloc paravertébral — non-infériorité non démontrée
Article original ↗

Question clinique

Pour l’analgésie d’une chirurgie mammaire carcinologique lourde, le bloc du plan du muscle érecteur du rachis fait-il aussi bien que le bloc paravertébral thoracique ?

Méthode

Essai prospectif multicentrique, randomisé et mené en double insu chez 292 femmes opérées d’une chirurgie mammaire majeure, réparties entre bloc du plan du muscle érecteur du rachis et bloc paravertébral thoracique. Critère principal, évalué selon un schéma de non-infériorité : proportion de patientes ayant reçu de la morphine au cours des deux premières heures postopératoires. Critères secondaires : scores de douleur, consommation de morphine, complications et satisfaction. Enregistrement : ClinicalTrials.gov NCT04827030.

Résultats clés

  • Morphine reçue dans les deux premières heures : 75,2 % des patientes du groupe bloc érecteur du rachis contre 50,3 % du groupe bloc paravertébral. Le critère de non-infériorité n’est pas atteint.
  • La consommation totale de morphine a été comparable entre les deux groupes.
  • Les scores de douleur ont été plus élevés après bloc érecteur du rachis, en particulier à la mobilisation.
  • La zone métamérique requise n’était pas couverte chez 55,9 % des patientes du groupe bloc érecteur du rachis, contre 20,4 % du groupe bloc paravertébral.
  • La satisfaction, élevée, a été comparable dans les deux groupes, et aucune complication grave n’a été observée.

Limites

  • Le critère principal est un recours précoce à la morphine sur deux heures, marqueur sensible aux protocoles locaux de titration et à la période de salle de surveillance post-interventionnelle.
  • La marge de non-infériorité retenue et les intervalles de confiance ne figurent pas dans le résumé : l’ampleur exacte de la différence doit être lue dans l’article.
  • Le volume, la concentration et le niveau d’injection retenus pour chaque technique conditionnent fortement les résultats et ne sont pas détaillés ici.
  • Le suivi rapporté est court : rien n’est dit de la douleur chronique post-mastectomie ni de la récupération à distance.
  • L’effectif n’autorise pas de conclusion sur les complications rares, au premier rang desquelles le pneumothorax attribué au bloc paravertébral.
En pratique : quand l’objectif est une analgésie complète après chirurgie mammaire carcinologique lourde, le bloc paravertébral thoracique reste la technique de référence : le bloc du plan du muscle érecteur du rachis laisse plus souvent une zone non couverte et expose à un recours plus fréquent à la morphine en salle de réveil. Cela ne condamne pas ce dernier, dont la réalisation est plus simple et la consommation totale de morphine comparable ; il peut rester le choix retenu lorsque le bloc paravertébral n’est pas praticable ou paraît trop risqué, à condition de prévoir une analgésie de relais dès le réveil.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · GAP

Gabapentin for Pain Management after Major Surgery: A Placebo-controlled, Double-blinded, Randomized Clinical Trial (the GAP Study)

Anesthesiology · 15 juillet 2025 · 1 196 patients, essai randomisé multicentrique

Chez 1 196 adultes opérés d'une chirurgie cardiaque, thoracique ou abdominale majeure, l'ajout de gabapentine à l'analgésie multimodale a été comparé à un placebo, en double insu : 600 mg avant l'intervention, puis 300 mg deux fois par jour pendant les deux jours suivants. La durée de séjour hospitalier, critère de jugement principal, n'a pas différé entre les deux groupes. La fréquence des événements indésirables graves n'a pas non plus différé.

Durée médiane de séjour : 5,94 jours sous gabapentine contre 6,15 jours sous placebo (HR 1,07 ; IC95 % 0,95–1,20 ; p = 0,26) · au moins un événement indésirable grave chez 31,7 % des patients sous gabapentine contre 32,6 % sous placebo
Article original ↗

Question clinique

Ajouter de la gabapentine à une analgésie multimodale, avant et après une chirurgie majeure, améliore-t-il les suites opératoires ? Cette pratique s'est répandue pour réduire la consommation d'opioïdes, alors que les données dans la chirurgie lourde restent rares.

Méthode

Essai randomisé multicentrique en double insu chez des adultes opérés d'une chirurgie cardiaque, thoracique ou abdominale majeure. Les patients recevaient soit de la gabapentine (600 mg avant l'intervention, puis 300 mg deux fois par jour pendant deux jours), soit un placebo, en complément du protocole d'analgésie multimodale habituel. Le critère de jugement principal était la durée de séjour hospitalier. Les critères secondaires comprenaient la douleur aiguë et chronique, la consommation totale d'opioïdes, les événements indésirables et la qualité de vie liée à la santé. Le suivi était quotidien jusqu'à la sortie, puis à 4 semaines et 4 mois.

Résultats clés

  • 1 196 participants randomisés : 500 en chirurgie cardiaque, 346 en chirurgie thoracique et 350 en chirurgie abdominale ; 600 dans le groupe gabapentine et 596 dans le groupe placebo.
  • Critère principal : durée médiane de séjour de 5,94 jours (intervalle interquartile 4,08–8,04) sous gabapentine contre 6,15 jours (4,22–8,97) sous placebo, soit un rapport de risque de sortie de 1,07 (IC95 % 0,95–1,20 ; p = 0,26).
  • Au total, 384 participants ont présenté au moins un événement indésirable grave : 31,7 % sous gabapentine contre 32,6 % sous placebo, avec des variations selon le type de chirurgie.

Limites

  • La durée de séjour dépend de nombreux facteurs sans rapport avec la douleur : c'est un critère principal peu sensible à l'effet analgésique d'une molécule.
  • Le schéma testé est court et à dose modérée ; il ne dit rien d'un traitement prolongé ou de doses plus élevées, dont la tolérance serait de surcroît moins bonne.
  • Le résumé ne chiffre ni la douleur, ni la consommation d'opioïdes, ni la douleur chronique à 4 mois : ces critères secondaires doivent être lus dans l'article.
  • Les trois types de chirurgie ont des trajectoires postopératoires très différentes, ce qui limite la portée d'un résultat global.
En pratique : l'ajout systématique de gabapentine au protocole d'analgésie multimodale d'une chirurgie majeure n'apporte pas de bénéfice sur la durée de séjour ni sur les événements indésirables graves. Cet essai retire l'argument principal d'une prescription systématique et invite à réserver la gabapentine à des situations individuelles argumentées, par exemple une composante neuropathique. Il ne dispense pas de vérifier dans l'article les résultats sur la douleur et la consommation d'opioïdes avant de modifier un protocole de service.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Regional anaesthesia modalities for primary total hip arthroplasty: a systematic review and component network meta-analysis

Br J Anaesth · 6 juin 2025 · méta-analyse en réseau, 87 essais randomisés

Quelle technique d’anesthésie locorégionale en injection unique privilégier pour une prothèse totale de hanche de première intention ? Cette méta-analyse en réseau de 87 essais randomisés classe les techniques sur la douleur statique et dynamique à 6 et 12 h et sur la consommation de morphine à 24 h. Les associations de deux techniques arrivent le plus souvent en tête, et le bloc PENG associé à l’infiltration se distingue en préservant la force musculaire, là où les blocs du nerf fémoral, du plexus lombaire et du fascia iliaca s’accompagnent d’un bloc moteur.

Douleur dynamique à 6 h : le bloc PENG associé à l’infiltration locale est classé premier (SUCRA 86,3 %) · morphine à 24 h : bloc du carré des lombes associé au bloc du fascia iliaca en tête (SUCRA 85,5 %), devant le bloc du plexus lombaire avec infiltration (82,2 %)
Article original ↗

Question clinique

Parmi les techniques d’anesthésie locorégionale en injection unique proposées pour une prothèse totale de hanche, lesquelles offrent la meilleure analgésie sans compromettre la force musculaire ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau par composantes. PubMed, Embase, Cochrane et Web of Science ont été interrogées depuis leur création jusqu’au 5 mai 2024, pour retenir les essais randomisés comparant entre elles différentes techniques en injection unique. Au total, 87 essais randomisés ont été inclus. Critères principaux : douleur statique et dynamique (échelle visuelle analogique) à 6 et 12 h et consommation totale de morphine à 24 h. Critères complémentaires : effets indésirables liés aux opioïdes, satisfaction, qualité de récupération et force musculaire du membre inférieur. Le classement des techniques est exprimé en SUCRA, surface sous la courbe de classement cumulé : plus la valeur est proche de 100 %, plus la technique est souvent la mieux placée. Protocole enregistré (PROSPERO CRD42024544358).

Résultats clés

  • Douleur statique à 6 h : bloc du nerf fémoral premier (SUCRA 92,8 %), puis bloc du plexus lombaire associé à l’infiltration locale (85,7 %). À 12 h, bloc du plexus lombaire avec infiltration premier (89,2 %), puis bloc du carré des lombes associé au bloc du fascia iliaca (84,8 %).
  • Douleur dynamique : bloc PENG associé à l’infiltration locale premier à 6 h (86,3 %), bloc du plexus lombaire avec infiltration premier à 12 h (83,4 %).
  • Morphine totale à 24 h : bloc du carré des lombes associé au bloc du fascia iliaca premier (85,5 %), devant le bloc du plexus lombaire avec infiltration (82,2 %) et le bloc PENG avec infiltration (76,5 %).
  • À l’analyse qualitative, le bloc du plexus lombaire, le bloc du fascia iliaca et le bloc du nerf fémoral s’accompagnent d’un bloc moteur plus fréquent du quadriceps ou des adducteurs.

Limites

  • Le SUCRA est une probabilité de classement : il dit quelle technique arrive souvent en tête, non l’ampleur de la différence ni sa pertinence clinique. Les différences chiffrées de score de douleur ou de milligrammes de morphine ne sont pas reprises dans le résumé.
  • Le retentissement moteur n’a fait l’objet que d’une analyse qualitative, sans mesure groupée ni données de chute.
  • Seules les techniques en injection unique ont été comparées : ni cathéter périnerveux, ni morphine intrathécale, ni protocole d’analgésie systémique moderne.
  • Les comparaisons reposent en partie sur des liens indirects du réseau, ce qui abaisse d’autant le niveau de certitude.
En pratique : pour une prothèse totale de hanche, associer un bloc à une infiltration locale paraît plus efficace qu’un bloc seul. Le bloc PENG associé à l’infiltration est le compromis le plus favorable quand la rééducation précoce est l’objectif, puisqu’il figure en tête sur la douleur à la mobilisation sans le bloc moteur observé avec les blocs fémoral, lombaire ou fascia iliaca. Ce classement reste indicatif : il ne dit pas de combien la douleur diffère d’une technique à l’autre et ne remplace pas un essai comparatif direct sur la récupération fonctionnelle.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Exploring the Additive or Synergistic Effects of the Systemic and Perineural Routes of Dexamethasone as Adjuncts to Supraclavicular Block: A Randomized Controlled Trial

Anesthesiology · 4 mars 2025 · essai à trois bras, 104 patients

La dexaméthasone prolonge les blocs périphériques par voie intraveineuse comme par voie périnerveuse, mais fallait-il combiner les deux ? Cet essai à trois bras a réparti 104 patients opérés du membre supérieur sous bloc supraclaviculaire entre dexaméthasone intraveineuse seule, association intraveineuse plus périnerveuse, et absence de dexaméthasone. Les deux stratégies avec dexaméthasone allongent la durée du bloc sensitif d’environ quatre heures par rapport au groupe témoin, sans qu’aucune différence n’apparaisse entre elles.

Durée du bloc sensitif : 21,3 h avec dexaméthasone intraveineuse, 20,6 h en y ajoutant la voie périnerveuse, 16,8 h sans dexaméthasone · différence entre les deux groupes dexaméthasone : 0,7 h ; IC95 % -2,5 à 3,9 (p = 0,670)
Article original ↗

Question clinique

Ajouter de la dexaméthasone périnerveuse à une dexaméthasone intraveineuse apporte-t-il un bénéfice supplémentaire sur la durée et la qualité d’un bloc supraclaviculaire ?

Méthode

Essai randomisé à trois bras chez des adultes opérés sous bloc supraclaviculaire pour ostéosynthèse de fracture du radius distal ou arthroplastie carpométacarpienne. Les patients recevaient de la dexaméthasone intraveineuse, une association dexaméthasone périnerveuse et intraveineuse, ou aucune dexaméthasone. Critère principal : durée du bloc sensitif. Critères secondaires : durée du bloc moteur, douleur rebond, douleur maximale à 8, 16, 24, 32, 40 et 48 h, consommation d’opioïdes de 0 à 24 h puis de 25 à 48 h, nausées et vomissements, sensation de brûlure du membre bloqué à 24 et 48 h. Analyse portant sur 104 patients : 37 sous dexaméthasone intraveineuse, 34 sous association, 33 témoins.

Résultats clés

  • Durée moyenne du bloc sensitif (écart-type) : 21,3 h (7,3) sous dexaméthasone intraveineuse, 20,6 h (6,1) sous association, 16,8 h (6,8) chez les témoins.
  • Par rapport aux témoins, allongement de 4,5 h ; IC95 % 1,3 à 7,7 (p = 0,006) avec la dexaméthasone intraveineuse, et de 3,8 h ; IC95 % 0,8 à 6,8 (p = 0,015) avec l’association.
  • Entre les deux groupes recevant de la dexaméthasone, aucune différence n’est observée : 0,7 h ; IC95 % -2,5 à 3,9 (p = 0,670).
  • Par rapport aux témoins, les deux stratégies réduisent de façon comparable les scores de douleur et la consommation d’opioïdes à 24 h, ainsi que la fréquence de la douleur rebond.
  • Sur aucun des critères étudiés l’ajout de la voie périnerveuse n’apporte de bénéfice supplémentaire.

Limites

  • Effectif modeste et essai présenté comme exploratoire : l’intervalle de confiance de la comparaison entre les deux groupes dexaméthasone laisse place à une différence allant jusqu’à près de quatre heures dans un sens comme dans l’autre. L’absence de différence observée n’équivaut donc pas à une démonstration d’équivalence.
  • Population et chirurgie très ciblées : membre supérieur, bloc supraclaviculaire, chirurgie de courte durée. La transposition à d’autres blocs n’est pas établie.
  • Les doses de dexaméthasone employées par chaque voie et l’anesthésique local utilisé ne figurent pas dans le résumé.
  • Aucune donnée de glycémie ni de tolérance à distance n’est rapportée.
En pratique : pour un bloc supraclaviculaire, une dose unique de dexaméthasone intraveineuse suffit à allonger le bloc sensitif d’environ quatre heures et à atténuer la douleur rebond ; y ajouter de la dexaméthasone dans la seringue d’anesthésique local n’a apporté aucun gain dans cet essai. Cela simplifie la préparation du bloc. L’effectif reste limité : un petit bénéfice de l’association ne peut pas être formellement exclu.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations

Commonly used interventional procedures for non-cancer chronic spine pain: a clinical practice guideline

BMJ · 19 février 2025 · recommandations de pratique clinique, méthode GRADE

Un panel international a évalué les gestes interventionnels couramment proposés dans la douleur rachidienne chronique évoluant depuis au moins trois mois, en dehors des causes cancéreuses et des rhumatismes inflammatoires. Pour la douleur axiale comme pour la douleur radiculaire, il émet des recommandations fortes contre tous les gestes examinés : radiofréquence articulaire ou du ganglion spinal, infiltrations épidurales, infiltrations articulaires et injections intramusculaires paravertébrales d'anesthésique local, de corticoïde ou de leur association. Ces conclusions ne concernent pas la douleur rachidienne aiguë.

Article original ↗

Question clinique

Quelle est l'efficacité comparée et la sécurité des gestes interventionnels courants — infiltrations rachidiennes, procédures d'ablation — dans la douleur rachidienne chronique, axiale ou radiculaire, non liée à un cancer ni à un rhumatisme inflammatoire ? Les recommandations existantes divergeaient sur leur place.

Méthode

Panel international réunissant quatre personnes vivant avec une douleur rachidienne chronique, dix cliniciens expérimentés dans sa prise en charge et huit méthodologistes, travaillant selon la méthode GRADE et les standards des recommandations dignes de confiance, avec un appui méthodologique extérieur. Les recommandations ont été formulées en adoptant la perspective du patient pris individuellement. Elles s'appuient sur une revue systématique avec méta-analyse en réseau des essais randomisés et sur une revue systématique des études observationnelles, portant sur les bénéfices et les risques de ces gestes.

Résultats clés

  • Douleur rachidienne axiale évoluant depuis au moins trois mois — recommandations fortes contre : la radiofréquence articulaire, associée ou non à une infiltration articulaire d'anesthésique local et de corticoïde ; l'infiltration épidurale d'anesthésique local, de corticoïde ou des deux ; l'infiltration articulaire d'anesthésique local, de corticoïde ou des deux ; l'injection intramusculaire d'anesthésique local, avec ou sans corticoïde.
  • Douleur radiculaire évoluant depuis au moins trois mois — recommandations fortes contre : la radiofréquence du ganglion spinal, associée ou non à une infiltration épidurale d'anesthésique local seul ou avec corticoïde ; l'infiltration épidurale d'anesthésique local, de corticoïde ou des deux.
  • Les gestes évalués couvrent les infiltrations des articulations postérieures cervicales et lombaires, de l'articulation sacro-iliaque, les infiltrations épidurales, la radiofréquence du ganglion spinal, la dénervation par radiofréquence des articulations postérieures et sacro-iliaques, et les injections intramusculaires paravertébrales.

Limites

  • Les recommandations ne s'appliquent ni à la douleur rachidienne aiguë, ni aux douleurs d'origine cancéreuse ou inflammatoire.
  • Le panel signale lui-même que de nouvelles recherches pourraient modifier ces conclusions, en particulier pour les gestes dont la certitude des preuves est faible ou très faible.
  • Les différences d'effet éventuelles selon les sous-types de douleur rachidienne chronique n'ont pas pu être établies.
  • Des critères qui comptent pour le patient sont mal rapportés dans les études disponibles : consommation d'opioïdes, reprise du travail, qualité du sommeil.
En pratique : devant une douleur rachidienne chronique non cancéreuse et non inflammatoire, ces recommandations conduisent à ne plus proposer par principe une infiltration ou une radiofréquence, et à réorienter la discussion vers les prises en charge non interventionnelles. Le message vaut aussi bien pour la douleur axiale que pour la douleur radiculaire, et pour l'ensemble des cibles anatomiques testées. Les patients déjà engagés dans un parcours interventionnel méritent une information claire sur le faible niveau de preuve qui le soutient, la douleur aiguë restant hors du champ de ce texte.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l'article original en lien.

Ventilation, SDRA & oxygénation

0 sorties
2026
◎ Veille Méta-analyse

Long-Term Mortality and Functional Outcomes After Extracorporeal Membrane Oxygenation in Critically Ill Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis

Crit Care Med · 31 août 2026 · 163 études, 78 053 adultes

Annoncer un pronostic à la famille d’un patient sous ECMO se fait souvent sans chiffre de référence au-delà de la sortie de réanimation. Cette méta-analyse rassemble 163 études et 78 053 adultes pour estimer la mortalité à six mois et au-delà, séparément selon la modalité d’assistance ; elle agrège des pronostics observés, sans comparer l’ECMO à une autre prise en charge. La mortalité à un an va d’un peu plus d’un tiers sous ECMO veino-veineuse à près de trois patients sur quatre après réanimation cardio-pulmonaire extracorporelle. Le devenir fonctionnel des survivants, lui, n’est rapporté que dans une étude sur quatre et avec des outils disparates.

Mortalité à un an : 37,2 % (IC95 % 30,0 à 45,1) sous ECMO veino-veineuse, 55,2 % (IC95 % 50,2 à 60,1) sous ECMO veino-artérielle et 74,4 % (IC95 % 71,4 à 77,2) après réanimation cardio-pulmonaire extracorporelle
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de réanimation traité par ECMO, quelle est la mortalité toutes causes à distance, et que sait-on du devenir fonctionnel des survivants selon la modalité d’assistance et l’indication ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse (cinq bases interrogées jusqu’en mars 2025, enregistrement PROSPERO CRD420251002639). Étaient éligibles les essais randomisés et les études observationnelles rapportant la mortalité ou le devenir fonctionnel à six mois ou plus chez des adultes traités par ECMO. Deux relecteurs ont extrait les données indépendamment. La mortalité a été agrégée par un modèle à effets aléatoires, avec des analyses en sous-groupes prévues d’avance selon la modalité d’ECMO et l’indication, et des analyses de sensibilité sur les données manquantes. Les critères fonctionnels, trop hétérogènes, ont fait l’objet d’une synthèse narrative. Au total, 163 études et 78 053 adultes ont été inclus, dont 59 454 patients issus de 156 études ont contribué aux méta-analyses de mortalité.

Résultats clés

  • Mortalité agrégée à un an sous ECMO veino-veineuse : 37,2 % (IC95 % 30,0 à 45,1), sur 13 des 33 études de cette modalité.
  • Sous ECMO veino-artérielle : 55,2 % (IC95 % 50,2 à 60,1), sur 42 des 55 études.
  • Après réanimation cardio-pulmonaire extracorporelle : 74,4 % (IC95 % 71,4 à 77,2), sur 14 des 24 études.
  • Le devenir fonctionnel n’était rapporté que dans 38 des 163 études (23,3 %), chez 7 876 survivants, avec des instruments disparates : Cerebral Performance Category dans 20 études sur 38, échelle d’incapacité de l’OMS (WHODAS) dans 5, échelle de Rankin modifiée dans 5.

Limites

  • La synthèse rassemble essais randomisés et études observationnelles et agrège des taux de mortalité sans groupe comparateur : ces chiffres décrivent le pronostic des populations traitées, ils ne mesurent pas l’effet de l’ECMO sur la survie.
  • Les trois modalités répondent à des indications différentes, chez des patients dont la gravité n’est pas comparable : ces taux ne permettent pas de comparer les techniques entre elles.
  • Seule une minorité d’études par modalité a pu contribuer à l’estimation à un an, et le devenir fonctionnel n’est documenté que dans une étude sur quatre : la récupération des survivants reste mal connue.
  • L’hétérogénéité des populations, des périodes et des pratiques limite la transposition de ces moyennes à un patient donné.
En pratique : ces estimations donnent des ordres de grandeur utiles pour parler du pronostic à un an avec les proches et pour situer une décision d’assistance, en gardant à l’esprit qu’il s’agit de moyennes issues d’études observationnelles et non d’une prédiction individuelle. L’écart entre modalités ne dit rien de leur efficacité respective : elles répondent à des indications différentes. Enfin, le devenir fonctionnel n’est rapporté que dans une minorité d’études et avec des outils disparates : la littérature actuelle renseigne mal sur l’autonomie des survivants.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé · X-COPD

Extracorporeal CO(2) elimination for acute exacerbation of severe COPD requiring invasive mechanical ventilation: a randomized controlled trial (the X-COPD trial)

Crit Care · 3 septembre 2026 · 18 patients inclus sur 192 prévus, essai arrêté

L’épuration extracorporelle du CO₂ est proposée depuis des années pour extuber plus tôt les patients ventilés pour une exacerbation de BPCO et leur éviter les complications de la ventilation invasive. Cet essai randomisé devait inclure 192 patients ; il a été interrompu par le promoteur pour des raisons financières après 18 inclusions. La durée de ventilation invasive a été plus courte dans le groupe traité, mais le critère principal, composite, n’est pas interprétable avec un tel effectif. La question reste donc ouverte, et l’essai est signalé ici pour ce qu’il est : un signal, non une démonstration.

Durée de ventilation invasive : 7,1 jours sous épuration extracorporelle contre 24,3 jours en ventilation seule (différence moyenne -17,2 jours ; p = 0,043) · critère principal composite à J60 : 0 patient sur 8 contre 3 sur 9 (différence de risque -33 % ; IC95 % -65 à 6 % ; p = 0,21)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ventilé pour une exacerbation grave de BPCO avec insuffisance respiratoire hypercapnique, une épuration extracorporelle du CO₂ permettant une extubation précoce améliore-t-elle le devenir à deux mois par rapport à la poursuite de la ventilation invasive seule ?

Méthode

Essai randomisé conduit dans trois centres. Étaient inclus des adultes en insuffisance respiratoire hypercapnique aiguë due à une exacerbation de BPCO, sous ventilation mécanique invasive, chez qui l’extubation avait échoué ou était impossible dans les 24 premières heures suivant l’intubation. Ils étaient répartis entre épuration extracorporelle du CO₂ — avec un dispositif capable d’éliminer plus de la moitié de la production moyenne de CO₂ — et absence d’épuration. Critère principal : critère composite associant décès ou handicap grave au 60e jour. L’inclusion prévue était de 192 patients ; l’essai a été arrêté prématurément par le promoteur pour des raisons financières après la randomisation de 18 patients : 8 dans le groupe épuration et 10 en ventilation seule, dont 9 évaluables pour le critère principal.

Résultats clés

  • Critère principal composite à J60 : survenue chez 0 des 8 patients traités par épuration extracorporelle contre 3 des 9 patients évaluables du groupe témoin, soit 33 % (différence de risque -33 % ; IC95 % -65 à 6 % ; p = 0,21).
  • Durée de ventilation invasive plus courte sous épuration : 7,1 jours (écart type 2,0) contre 24,3 jours (écart type 21,4) ; médianes de 7,0 et 16,0 jours ; différence moyenne de -17,2 jours (p = 0,043).
  • Dans une analyse exploratoire faite après coup, les jours vivant sans assistance au 29e jour étaient plus nombreux sous épuration : 17 jours (écart type 4) contre 8 jours (écart type 7) ; p = 0,011.
  • Aucune pneumopathie acquise sous ventilation dans le groupe traité, contre 3 patients dans le groupe témoin. La sédation a pu être arrêtée plus tôt sous épuration.
  • Une hémorragie grave est survenue chez 1 des 8 patients traités, soit 12,5 %.

Limites

  • 18 patients inclus sur les 192 prévus : l’essai est arrêté bien avant d’avoir la puissance nécessaire, et le critère principal n’est pas conclusif.
  • Avec des effectifs de cet ordre, un seul événement déplace le résultat : les différences observées, y compris sur la durée de ventilation, peuvent tenir au hasard ou à un déséquilibre initial entre les groupes.
  • L’analyse des jours sans assistance a été conduite après coup : elle est exploratoire et ne peut pas être présentée comme un bénéfice démontré.
  • L’absence d’aveugle, l’arrêt pour raisons financières et le nombre restreint de centres limitent la portée de l’ensemble.
  • Une hémorragie grave sur huit patients traités rappelle que le risque hémorragique de la technique ne peut pas être apprécié sur un si petit nombre.
En pratique : cet essai ne change rien à la prise en charge de l’exacerbation grave de BPCO ventilée, et l’épuration extracorporelle du CO₂ n’a pas sa place hors protocole de recherche ou situation d’exception. Il vaut d’être connu parce qu’il montre où en est la question : le seul essai randomisé récent s’est arrêté avant d’avoir pu conclure. Les auteurs appellent à un essai multicentrique correctement dimensionné ; d’ici là, la conduite habituelle de la ventilation reste inchangée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ATS

Noninvasive respiratory support for adult patients with acute respiratory failure: an official American Thoracic Society Clinical Practice Guideline

Am J Respir Crit Care Med · 1er septembre 2026 · Recommandations de pratique clinique, méthode GRADE

L’American Thoracic Society publie des recommandations qui couvrent pour la première fois l’ensemble des supports respiratoires non invasifs — oxygénothérapie nasale à haut débit, ventilation non invasive et pression positive continue — au cours de l’insuffisance respiratoire aiguë de l’adulte. Le panel pluridisciplinaire, qui a suivi la méthode GRADE en s’appuyant sur plusieurs revues systématiques et méta-analyses en réseau, traite quatre questions : insuffisance respiratoire hypoxémique, insuffisance respiratoire hypercapnique, préoxygénation avant intubation et support après extubation. Il recommande fortement le haut débit nasal dans l’hypoxémie aiguë, la ventilation non invasive dans l’hypercapnie aiguë, et l’un ou l’autre pour préoxygéner avant une intubation.

Article original ↗

Question clinique

Quel support respiratoire non invasif proposer, et à quel patient, au cours d’une insuffisance respiratoire aiguë de l’adulte ?

Méthode

Recommandations de pratique clinique élaborées par un panel pluridisciplinaire selon la méthode GRADE, à partir de plusieurs revues systématiques et méta-analyses en réseau. Quatre questions au format population-intervention-comparateur-critère ont été traitées : insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique, préoxygénation avant intubation trachéale et support respiratoire après extubation au décours d’une réanimation. Chaque proposition est assortie de sa force, forte ou conditionnelle.

Résultats clés

  • Insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique : recommandation forte en faveur de l’oxygénothérapie nasale à haut débit, recommandation conditionnelle pour la ventilation non invasive ou la pression positive continue, sous réserve d’une surveillance rapprochée du besoin d’intensifier le support. L’argument principal est la réduction du recours à l’intubation.
  • Insuffisance respiratoire aiguë hypercapnique : recommandation forte en faveur de la ventilation non invasive, pour réduire la mortalité et le recours à la ventilation invasive. Le haut débit nasal n’est proposé, de façon conditionnelle, qu’en cas d’hypercapnie moins marquée et d’acidémie modérée (par exemple pH supérieur à 7,25), à condition de pouvoir surveiller étroitement et passer rapidement à la ventilation non invasive.
  • Préoxygénation avant intubation trachéale : recommandation forte en faveur du haut débit nasal ou de la ventilation non invasive, pour prévenir l’hypoxémie péri-intubation.
  • Après extubation au décours d’une réanimation : proposition fondée sur le risque, avec le haut débit nasal chez les patients à faible risque et la ventilation non invasive chez les patients à haut risque, pour réduire le besoin de réintubation.

Limites

  • Un texte de recommandations n’est pas un résultat d’essai : plusieurs propositions sont conditionnelles et reflètent un niveau de preuve limité.
  • Le seuil de pH cité pour le haut débit nasal dans l’hypercapnie est donné à titre d’exemple et non comme une limite validée.
  • La mise en œuvre dépend de la tolérance de l’interface et des moyens de surveillance disponibles, ce que le panel invite explicitement à prendre en compte.
  • Les quatre questions retenues ne couvrent pas toutes les situations d’insuffisance respiratoire aiguë de l’adulte.
En pratique : la ligne est claire, et elle est simple à retenir : haut débit nasal en première intention dans l’hypoxémie aiguë, ventilation non invasive dans l’hypercapnie aiguë, l’un ou l’autre pour préoxygéner avant une intubation, et un choix guidé par le risque de réintubation après extubation. La condition posée à chaque fois est la même : surveiller de près et ne pas tarder à intensifier le support en cas d’échec.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · RATE

Standard-dose unfractionated heparin versus low-dose unfractionated heparin and low-molecular-weight heparin in extracorporeal life support (RATE): an open-label, randomised, non-inferiority trial

Lancet · 7 juillet 2026 · Essai de non-infériorité ouvert, 330 patients, sept réanimations néerlandaises

Sous ECMO, l’usage est d’anticoaguler par héparine non fractionnée à dose pleine, au prix d’un risque hémorragique élevé, sans qu’aucun essai de taille suffisante n’ait jamais comparé les cibles d’anticoagulation. Cet essai ouvert a réparti au sort 330 adultes sous ECMO veino-veineuse ou veino-artérielle entre héparine non fractionnée à dose standard, héparine non fractionnée à dose réduite et héparine de bas poids moléculaire à dose curative. Le critère principal composite, associant hémorragie grave, complication thromboembolique grave et décès à six mois, est survenu chez 81 % des patients sous dose standard, 72 % sous dose réduite et 75 % sous héparine de bas poids moléculaire, ce qui établit la non-infériorité des deux stratégies allégées. Les hémorragies graves étaient moins fréquentes sous anticoagulation réduite, sans excès de thromboses, mais ces écarts n’atteignaient pas le seuil de significativité.

Critère composite à six mois : 81 % sous héparine non fractionnée à dose standard, 72 % à dose réduite (différence absolue −9,1 points ; IC95 % −20,3 à 2,1) et 75 % sous héparine de bas poids moléculaire (−6,1 points ; −17,2 à 5,0)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient sous assistance extracorporelle, une anticoagulation moins intense — héparine non fractionnée à dose réduite ou héparine de bas poids moléculaire à dose curative — est-elle aussi sûre que l’héparine non fractionnée à dose standard, qui expose à davantage d’hémorragies ?

Méthode

Essai randomisé ouvert de non-infériorité à trois bras, mené dans sept réanimations néerlandaises. Les adultes de 18 ans ou plus sous ECMO veino-veineuse ou veino-artérielle, sans indication vitale à une anticoagulation à dose pleine telle qu’une valve mitrale mécanique, étaient répartis au sort entre héparine non fractionnée intraveineuse à dose standard (TCA porté à 2,0–2,5 fois la valeur de base), héparine non fractionnée intraveineuse à dose réduite (1,5–2,0 fois) ou héparine de bas poids moléculaire sous-cutanée à dose curative. Le critère principal était un composite associant hémorragie grave sous assistance, complication thromboembolique grave sous assistance et décès toutes causes à six mois, analysé en intention de traiter. La non-infériorité était retenue si la borne supérieure de l’IC95 % de la différence absolue de risque restait inférieure à 7,5 points de pourcentage. Les inclusions se sont étendues du 22 octobre 2020 au 12 septembre 2024.

Résultats clés

  • 330 patients randomisés, 110 par bras ; 320 analysés à six mois, d’âge médian 56 ans (intervalle interquartile 45–65), dont 70 % d’hommes.
  • Critère principal composite : 87 patients sur 107 (81 %) sous dose standard, 78 sur 108 (72 %) sous dose réduite, soit une différence absolue de −9,1 points (IC95 % −20,3 à 2,1), et 79 sur 105 (75 %) sous héparine de bas poids moléculaire, soit −6,1 points (−17,2 à 5,0). La non-infériorité est atteinte pour les deux stratégies allégées.
  • Hémorragies graves : 63 patients (58 %) sous dose réduite et 62 (59 %) sous héparine de bas poids moléculaire, contre 70 (65 %) sous dose standard ; écart non significatif.
  • Complications thromboemboliques graves : 11 patients (10 %) sous dose réduite et 9 (9 %) sous héparine de bas poids moléculaire, contre 12 (11 %) sous dose standard ; aucun excès apparent.
  • Décès à six mois : 54 patients (50 %) sous dose standard, 45 (42 %) sous dose réduite et 46 (44 %) sous héparine de bas poids moléculaire.

Limites

  • Essai ouvert : la connaissance du bras attribué a pu influencer les seuils transfusionnels, la recherche de thrombose et les décisions de sevrage de l’assistance.
  • Le critère principal est un composite dominé par des événements très fréquents : la non-infériorité globale ne démontre pas, composante par composante, un bénéfice sur les hémorragies ou sur la mortalité.
  • Avec 330 patients et une marge de non-infériorité de 7,5 points, les intervalles de confiance restent larges : les différences observées en faveur des doses réduites ne sont pas démontrées.
  • Les patients ayant une indication vitale à une anticoagulation à dose pleine étaient exclus : le résultat ne s’applique pas à eux.
  • L’anticoagulation était pilotée sur le TCA, dans sept centres d’un seul pays ; la transposition à d’autres modalités de surveillance n’est pas établie.
En pratique : c’est le premier essai correctement dimensionné sur les cibles d’anticoagulation en ECMO, et il autorise à abaisser la cible de TCA, ou à recourir à une héparine de bas poids moléculaire à dose curative, chez les patients sans indication vitale à une anticoagulation à dose pleine. La tendance à moins d’hémorragies graves, sans excès de thromboses, va dans le même sens sans être démontrée. Pour un patient donné, le choix se discute selon le type d’assistance, le risque hémorragique et les habitudes de surveillance du service.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · MARCH

Carbocisteine or Hypertonic Saline for Acute Respiratory Failure

N Engl J Med · 10 juin 2026 · Essai randomisé factoriel, 1956 patients

Chez 1956 patients ventilés pour une insuffisance respiratoire aiguë avec des sécrétions difficiles à évacuer, la carbocistéine par voie entérale et les aérosols de sérum salé hypertonique ont été évalués selon un plan factoriel, en plus des soins habituels. Aucun des deux n’a raccourci la durée de ventilation mécanique : HR ajusté 0,96 (IC95 % 0,87–1,05) pour la carbocistéine et 1,00 (IC95 % 0,91–1,10) pour le sérum salé hypertonique. Chacun s’est en revanche accompagné d’un excès de complications : hémorragies digestives hautes sous carbocistéine, bronchoconstrictions et hypoxémies pendant les aérosols.

Durée de ventilation mécanique : HR ajusté 0,96 (IC95 % 0,87–1,05) sous carbocistéine et 1,00 (IC95 % 0,91–1,10) sous sérum salé hypertonique · hémorragie digestive haute : 1,4 % contre 0,2 % · hypoxémie pendant l’aérosol : 4,1 % contre 0,3 %
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient ventilé pour une insuffisance respiratoire aiguë dont les sécrétions bronchiques sont difficiles à évacuer, un mucomodificateur par voie entérale ou des aérosols de sérum salé hypertonique raccourcissent-ils la ventilation mécanique ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé et ouvert, de plan factoriel 2 par 2. Ont été inclus 1956 patients d’au moins 16 ans, ventilés pour une insuffisance respiratoire aiguë avec des sécrétions difficiles à évacuer. En plus des soins habituels et pour 28 jours au plus, ils ont reçu de la carbocistéine (750 mg trois fois par jour par voie entérale, 486 patients), des aérosols de sérum salé hypertonique à 6 ou 7 % (4 ml quatre fois par jour, 485 patients), les deux traitements (492 patients) ou les soins habituels seuls (493 patients). Critère principal : durée de ventilation mécanique, de la randomisation à la première reprise durable d’une respiration spontanée sans assistance. Les comparaisons principales opposaient l’ensemble des patients recevant de la carbocistéine à ceux n’en recevant pas, et de même pour le sérum salé hypertonique.

Résultats clés

  • Aucune interaction entre les deux traitements (HR 1,01 ; IC95 % 0,83–1,22 ; p = 0,91), ce qui autorise l’analyse séparée de chaque comparaison.
  • Carbocistéine : durée médiane de ventilation 186,1 heures (IC95 % 168,3–196,6) contre 172,7 heures (IC95 % 165,2–190,4) sans carbocistéine ; HR ajusté 0,96 (IC95 % 0,87–1,05 ; p = 0,34).
  • Sérum salé hypertonique : 184,5 heures (IC95 % 165,6–194,1) contre 174,3 heures (IC95 % 166,9–192,7) ; HR ajusté 1,00 (IC95 % 0,91–1,10 ; p = 0,98).
  • Hémorragie digestive haute cliniquement importante : 13 patients sur 965 sous carbocistéine (1,4 %) contre 2 sur 966 (0,2 %) ; risque relatif 6,51 (IC95 % 1,47–28,76 ; p = 0,01).
  • Sous sérum salé hypertonique : bronchoconstriction conduisant à un bronchodilatateur chez 23 patients sur 967 (2,4 %) contre 4 sur 964 (0,4 %) ; risque relatif 5,73 (IC95 % 1,99–16,52 ; p = 0,001). Hypoxémie pendant la nébulisation chez 40 patients sur 967 (4,1 %) contre 3 sur 964 (0,3 %) ; risque relatif 13,29 (IC95 % 4,12–42,83 ; p < 0,001).
  • Un seul effet indésirable grave rattaché au traitement a été rapporté, dans le groupe recevant les deux interventions.

Limites

  • Essai ouvert : ni la prise entérale ni l’aérosol ne peuvent être masqués, et la durée de ventilation dépend de décisions de sevrage prises en connaissance du traitement reçu.
  • Une seule posologie de carbocistéine et une seule modalité d’aérosol ont été évaluées : l’essai ne dit rien d’autres schémas.
  • L’inclusion reposait sur un jugement clinique, celui de sécrétions difficiles à évacuer, dont l’appréciation varie d’une équipe à l’autre.
  • Les complications rapportées sont peu fréquentes en valeur absolue, ce qui rend les risques relatifs élevés mais entourés d’intervalles de confiance larges.
En pratique : chez le patient ventilé encombré, ni la carbocistéine entérale ni les aérosols de sérum salé hypertonique n’écourtent la ventilation mécanique, et chacun s’accompagne de complications propres : hémorragie digestive haute d’un côté, bronchoconstriction et désaturation pendant l’aérosol de l’autre. Leur prescription de principe n’a plus de justification dans cette situation. L’essai ne juge que ces deux traitements et ne dit rien des autres moyens de drainage bronchique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Réanalyse bayésienne d’essai randomisé · RELAx

Effect of a Lower Vs. Higher Positive End-Expiratory Pressure Strategy on Clinically Relevant Outcomes in ICU Patients Without Acute Respiratory Distress Syndrome: Bayesian Re-analysis of the REstricted Vs. Liberal Positive End-Expiratory Pressure in Patients Without Acute Respiratory Distress Syndrome (RELAx) Randomized Clinical Trial

Crit Care Med · 31 mars 2026 · Réanalyse post hoc, 980 patients de réanimation

L’essai RELAx avait conclu à la non-infériorité d’une PEP basse chez les patients de réanimation ventilés pour une autre raison qu’un SDRA. Cette relecture bayésienne de ses 980 patients estime la probabilité qu’une PEP basse fasse réellement mieux qu’une PEP de 8 cmH2O. Sur le critère principal, les jours vivant sans ventilation mécanique à J28, l’avantage reste modeste et incertain, la probabilité de supériorité de la PEP basse allant de 75 à 78 % selon l’a priori retenu. Dans deux sous-groupes exploratoires — patients admis pour une autre raison qu’un arrêt cardiaque, patients intubés pour une autre raison qu’une insuffisance respiratoire —, la probabilité d’un bénéfice de la PEP basse dépassait 90 %.

Jours vivant sans ventilation mécanique à J28, rapport de cotes en faveur de la PEP basse : 1,08 (intervalle de crédibilité 95 % : 0,871,35) · probabilité de supériorité de 75 à 78 %
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients de réanimation ventilés pour une autre raison qu’un SDRA, avec quelle probabilité une stratégie de PEP basse fait-elle mieux qu’une PEP plus élevée ? L’analyse fréquentiste initiale de RELAx avait conclu à la non-infériorité, sans dire si un bénéfice était plausible.

Méthode

Réanalyse bayésienne post hoc de l’essai de non-infériorité multicentrique RELAx, conduit d’octobre 2017 à mars 2019 dans huit réanimations. Les 980 patients de l’analyse initiale, tous attendus sous ventilation invasive au moins 24 heures pour une raison autre qu’un SDRA, avaient été répartis au sort entre la PEP la plus basse possible, de 0 à 5 cmH2O, et une PEP de 8 cmH2O. Le critère principal était le nombre de jours vivant sans ventilation mécanique à J28 (ventilator-free days) ; les critères secondaires étaient la mortalité à J28 et la durée de ventilation. Plusieurs a priori ont été testés pour vérifier la stabilité des estimations.

Résultats clés

  • Jours vivant sans ventilation mécanique à J28, rapport de cotes en faveur de la PEP basse : 1,08 (intervalle de crédibilité 95 % : 0,871,35), estimations concordantes d’un a priori à l’autre, probabilité de supériorité de 75 à 78 %.
  • Mortalité à J28 : probabilité d’un bénéfice de la PEP basse comprise entre 72 et 89 % selon l’a priori.
  • Durée de ventilation : probabilité d’un bénéfice de la PEP basse de 11 à 28 % seulement, donc une tendance plutôt favorable à la PEP plus élevée sur ce critère.
  • Chez les patients admis pour une autre raison qu’un arrêt cardiaque, ou intubés pour une autre raison qu’une insuffisance respiratoire, la probabilité d’un bénéfice de la PEP basse dépassait 90 %.

Limites

  • Analyse post hoc : elle réinterprète les données déjà recueillies, sans nouveau patient ni nouvelle randomisation.
  • L’intervalle de crédibilité du critère principal contient l’absence de différence : une probabilité de supériorité de 75 à 78 % reste loin d’une démonstration.
  • Les sous-groupes où la probabilité de bénéfice dépasse 90 % relèvent d’une analyse exploratoire et demandent confirmation par un essai dédié.
  • Les résultats portent sur huit réanimations et sur les pratiques ventilatoires de la période 2017–2019.
En pratique : chez un patient ventilé sans SDRA, ces données ne font apparaître aucun désavantage à viser la PEP la plus basse compatible avec l’oxygénation, et suggèrent un bénéfice plus probable chez ceux qui ne sont pas intubés pour une cause respiratoire ou un arrêt cardiaque. Le degré de certitude reste faible et ces observations de sous-groupes ne fixent pas de conduite à tenir. Elles invitent surtout à ne pas appliquer une PEP uniforme à l’ensemble des patients ventilés.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SOHO

High-Flow or Standard Oxygen in Acute Hypoxemic Respiratory Failure

N Engl J Med · 17 mars 2026 · Essai randomisé multicentrique, 1116 patients

Dans l’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, l’oxygénothérapie nasale à haut débit est largement employée pour tenter d’éviter l’intubation. Cet essai multicentrique en ouvert a réparti 1116 patients hypoxémiques, définis par un rapport PaO2/FiO2 au plus égal à 200, une fréquence respiratoire supérieure à 25 cycles par minute et un infiltrat pulmonaire, entre haut débit nasal et oxygénothérapie standard. La mortalité à 28 jours, critère principal, a été identique dans les deux groupes. L’intubation à 28 jours, critère secondaire, était en revanche un peu moins fréquente sous haut débit, avec un intervalle de confiance qui frôle la limite de signification.

Mortalité à 28 jours : 14,6 % sous haut débit contre 14,6 % sous oxygénothérapie standard (différence −0,05 point ; IC95 % −4,21 à 4,10 ; p = 0,98) · intubation à 28 jours : 42,4 % contre 48,4 %
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient en insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, l’oxygénothérapie nasale à haut débit réduit-elle la mortalité par rapport à l’oxygénothérapie standard ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé en ouvert. Étaient inclus des patients en insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, définie par un rapport de la pression partielle artérielle en oxygène sur la fraction inspirée d’oxygène au plus égal à 200, une fréquence respiratoire supérieure à 25 cycles par minute et un infiltrat pulmonaire à l’imagerie thoracique. Ils recevaient soit une oxygénothérapie nasale à haut débit, soit une oxygénothérapie standard. Le critère principal était le décès au 28e jour. Au total, 1116 patients ont été randomisés et 1110 analysés : 556 sous haut débit et 554 sous oxygénothérapie standard.

Résultats clés

  • Critère principal, mortalité à 28 jours : 14,6 % (81 des 556 patients) sous haut débit contre 14,6 % (81 des 554) sous oxygénothérapie standard ; différence −0,05 point ; IC95 % −4,21 à 4,10 ; p = 0,98.
  • Intubation à 28 jours : 42,4 % (236 des 556) contre 48,4 % (268 des 554) ; différence −5,93 points ; IC95 % −11,78 à −0,08.
  • Événements indésirables graves survenus en ventilation spontanée, arrêt cardiaque ou pneumothorax : 13 patients (2,3 %) sous haut débit contre 6 patients (1,1 %) sous oxygénothérapie standard.

Limites

  • Essai en ouvert : la décision d’intuber, critère secondaire, reste soumise au jugement du clinicien qui connaît le traitement reçu.
  • La borne supérieure de l’intervalle de confiance de la différence d’intubation touche presque zéro (−0,08 point) : le bénéfice est fragile et porte sur un critère secondaire.
  • Population hétérogène d’insuffisance respiratoire hypoxémique, sans détail par cause dans le résumé publié.
  • Les événements indésirables graves en ventilation spontanée sont numériquement plus nombreux sous haut débit, sur de faibles effectifs.
En pratique : l’oxygénothérapie nasale à haut débit ne fait pas baisser la mortalité de l’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique : à 28 jours, elle est identique à celle obtenue sous oxygénothérapie standard. Elle garde sa place pour le confort et s’accompagne d’un peu moins d’intubations, mais ce gain porte sur un critère secondaire et reste de faible ampleur. L’essentiel demeure la surveillance rapprochée et le choix du bon moment pour intuber, quel que soit le dispositif d’oxygénation.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Effect of Automated Closed-Loop Ventilation vs Protocolized Conventional Ventilation on Ventilator-Free Days in Critically Ill Adults: A Randomized Clinical Trial

JAMA · 10 mars 2026 · Essai randomisé, 1201 patients analysés, 7 réanimations

Chez 1201 adultes de réanimation ventilés depuis moins d’une heure, une ventilation automatisée en boucle fermée a été comparée à une ventilation conventionnelle protocolisée. Le nombre de jours vivant sans ventilation mécanique à J28 n’a pas différé : 16,7 jours en médiane contre 16,3 (odds ratio 0,91 ; IC95 % 0,77–1,06 ; p = 0,23), sans différence de mortalité à 28 jours ni de durée de ventilation chez les survivants. La qualité de la ventilation délivrée était meilleure sous boucle fermée, mais ce bénéfice ne se traduit pas sur le devenir des patients.

Jours vivant sans ventilation mécanique à J28 : 16,7 jours en médiane sous ventilation en boucle fermée contre 16,3 jours sous ventilation conventionnelle protocolisée (odds ratio 0,91 ; IC95 % 0,77–1,06 ; p = 0,23)
Article original ↗

Question clinique

Mettre en route d’emblée une ventilation automatisée en boucle fermée, qui ajuste seule les réglages du respirateur, augmente-t-il le nombre de jours vivant sans ventilation mécanique par rapport à une ventilation conventionnelle conduite selon un protocole ?

Méthode

Essai international multicentrique randomisé, mené dans 7 réanimations, avec inclusion d’octobre 2020 à juin 2025 et suivi à 90 jours. Étaient éligibles les adultes intubés depuis moins d’une heure dont la ventilation était attendue pour 24 heures ou plus. Sur 1514 patients tirés au sort, 1201 (79 %) ont été analysés en intention de traiter modifiée (âge médian 63 ans ; 36 % de femmes) : 602 sous ventilation automatisée en boucle fermée et 599 sous ventilation conventionnelle protocolisée. Les deux groupes suivaient les mêmes protocoles de sédation et de sevrage. Critère principal : nombre de jours vivant sans ventilation invasive à J28.

Résultats clés

  • Critère principal : 16,7 jours en médiane sous boucle fermée (écart interquartile 0,0–26,1) contre 16,3 jours (écart interquartile 0,0–26,5) ; odds ratio 0,91 (IC95 % 0,77–1,06 ; p = 0,23).
  • Aucune différence sur les deux composantes du critère principal, c’est-à-dire la durée de ventilation chez les survivants et la mortalité à 28 jours.
  • Parmi les critères secondaires, seule la qualité de la ventilation délivrée est meilleure sous boucle fermée.
  • Les hypercapnies et hypoxémies graves ont été moins fréquentes sous boucle fermée et les traitements de sauvetage, surtout le décubitus ventral, moins souvent nécessaires ; ces écarts ne sont plus statistiquement significatifs après ajustement pour les comparaisons multiples.

Limites

  • Essai ouvert : le mode ventilatoire ne peut pas être masqué à l’équipe soignante.
  • Un patient tiré au sort sur cinq n’entre pas dans l’analyse principale, ce qui fragilise l’interprétation malgré le caractère prédéfini de l’analyse en intention de traiter modifiée.
  • Sept services seulement, avec un comparateur déjà protocolisé et de bonne qualité : la marge de progrès offerte à l’automate y était étroite.
  • Un seul système automatisé a été évalué ; les résultats ne valent pas nécessairement pour d’autres dispositifs.
En pratique : l’automatisation des réglages du respirateur tient ses promesses sur la qualité de la ventilation délivrée, mais elle n’allonge pas les jours vivant sans ventilation mécanique et ne réduit pas la mortalité face à une ventilation conventionnelle bien protocolisée. Elle peut être vue comme une aide à l’application des réglages protecteurs, non comme un moyen d’améliorer le devenir des patients. Là où la ventilation n’est pas protocolisée, la question reste ouverte.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Effect of driving pressure-limiting strategies on outcomes of patients with ARDS: a meta-analysis of randomized controlled trials

Crit Care · 5 mars 2026 · Méta-analyse, 4 essais, 431 patients

Quatre essais randomisés, soit 431 patients atteints d’un SDRA, ont comparé une stratégie visant à limiter la pression motrice, ajoutée à la ventilation protectrice, à la ventilation protectrice seule. Ces stratégies ne sont pas parvenues à abaisser la pression motrice de façon significative après la randomisation, et elles n’ont modifié ni la mortalité (35,7 % contre 39,0 % ; RR 0,63 ; IC95 % 0,20–1,94 ; p = 0,28) ni les jours vivant sans ventilation mécanique. Seule la durée de séjour en réanimation a été plus courte dans le groupe intervention (différence moyenne de −2,40 jours ; IC95 % −3,31 à −1,49 ; p = 0,004).

Mortalité de toute cause : 35,7 % sous stratégie limitant la pression motrice contre 39,0 % sous ventilation protectrice seule (RR 0,63 ; IC95 % 0,20–1,94 ; p = 0,28) · durée de séjour en réanimation : différence moyenne de −2,40 jours (IC95 % −3,31 à −1,49)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient atteint d’un SDRA déjà ventilé de façon protectrice, ajouter une stratégie destinée à limiter la pression motrice (driving pressure) est-il réalisable, et améliore-t-il le devenir ?

Méthode

Méta-analyse d’essais randomisés, enregistrée sur PROSPERO, à partir d’une recherche dans PubMed, Scopus et CENTRAL complétée par les références des articles retenus. Étaient inclus les essais opposant, chez des patients atteints de SDRA, une stratégie de limitation de la pression motrice ajoutée à la ventilation protectrice (réduction du volume courant, titration de la pression expiratoire positive, ou les deux) à la ventilation protectrice seule. Quatre essais totalisant 431 patients ont été retenus. Critères étudiés : faisabilité de l’intervention, mortalité de toute cause, jours vivant sans ventilation mécanique et durée de séjour en réanimation.

Résultats clés

  • Faisabilité : les différences moyennes de pression motrice après randomisation sont de −2,17, −2,09 et −2,15 cmH2O aux jours 1, 2 et 3, sans écart statistiquement significatif entre les groupes. L’intervention n’a donc pas réellement abaissé la pression motrice.
  • Mortalité de toute cause : 35,7 % dans le groupe intervention contre 39,0 % dans le groupe témoin (RR 0,63 ; IC95 % 0,20–1,94 ; p = 0,28).
  • Jours vivant sans ventilation mécanique : aucune différence entre les groupes (p = 0,88).
  • Durée de séjour en réanimation plus courte dans le groupe intervention : différence moyenne de −2,40 jours (IC95 % −3,31 à −1,49 ; p = 0,004).

Limites

  • Quatre essais et 431 patients seulement : l’intervalle de confiance du risque relatif de décès va de 0,20 à 1,94, c’est-à-dire d’un bénéfice important à un excès de décès. Ces données ne permettent de conclure dans aucun sens.
  • Les stratégies regroupées sont hétérogènes : réduction du volume courant, titration de la pression expiratoire positive, ou association des deux.
  • Puisque la pression motrice n’a pas été abaissée de façon significative, la méta-analyse renseigne davantage sur la faisabilité de ces stratégies que sur l’effet d’une pression motrice réellement plus basse.
  • Le gain isolé sur la durée de séjour en réanimation, sans effet parallèle sur la mortalité ni sur la durée de ventilation, demande une interprétation prudente.
En pratique : chez un patient de SDRA déjà ventilé de façon protectrice, abaisser encore la pression motrice se révèle difficile à obtenir au lit du malade, et les essais disponibles ne montrent ni bénéfice ni préjudice sur la mortalité ou la durée de ventilation. Le faible effectif interdit de trancher. La pression motrice garde son intérêt comme paramètre de surveillance, mais ces données ne permettent pas d’en faire la cible d’une stratégie ventilatoire à part entière.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Oxygenation Targets and Long-Term Cognitive and Pulmonary Functions in Hypoxemic Respiratory Failure: A Clinical Trial

Am J Respir Crit Care Med · 1er mars 2026 · Suivi à un an de deux essais randomisés, 417 survivants évalués

Ce suivi à un an réunit deux essais d’oxygénation en réanimation, soit 3654 patients tirés au sort entre une cible de PaO2 de 60 mmHg et une cible de 90 mmHg au cours d’une insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique. Chez les 417 survivants évalués, la fonction cognitive est semblable dans les deux groupes (différence moyenne ajustée de 2 points ; IC95 % −2 à 6). La capacité de diffusion du monoxyde de carbone est en revanche plus basse après une cible de 60 mmHg (68 % de la valeur prédite contre 73 % ; différence moyenne ajustée de −5 points de pourcentage ; IC95 % −9 à −1).

Capacité de diffusion du monoxyde de carbone à un an : 68 % de la valeur prédite sous cible de PaO2 à 60 mmHg contre 73 % sous cible à 90 mmHg (différence moyenne ajustée de −5 points de pourcentage ; IC95 % −9 à −1) · score cognitif global : différence moyenne ajustée de 2 points (IC95 % −2 à 6)
Article original ↗

Question clinique

Chez les survivants d’une insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, une cible de PaO2 de 60 mmHg pendant le séjour en réanimation retentit-elle, un an plus tard, sur la fonction cognitive ou sur la fonction pulmonaire, par rapport à une cible de 90 mmHg ?

Méthode

Analyse prévue à l’avance du suivi à un an de deux essais randomisés portant sur les cibles d’oxygénation en réanimation, l’un chez des patients en insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, l’autre au cours de la COVID-19. Sur 3654 patients tirés au sort, 1916 (52,4 %) étaient vivants à un an et 1244 (64,9 %) étaient éligibles à l’évaluation. Deux critères étaient prévus à un an : la fonction cognitive, mesurée par le score global de la batterie RBANS (Repeatable Battery for the Assessment of Neuropsychological Status), et la fonction pulmonaire, exprimée en pourcentage de la valeur prédite de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone.

Résultats clés

  • 417 survivants sur 1244 éligibles (33,5 %) ont été évalués, soit 11,4 % de la population initiale des deux essais.
  • Score cognitif global : 78 (écart-type 19) chez 187 survivants du groupe cible basse contre 76 (écart-type 21) chez 188 survivants du groupe cible haute ; différence moyenne ajustée de 2 points (IC95 % −2 à 6).
  • Capacité de diffusion du monoxyde de carbone : 68 % de la valeur prédite (écart-type 22) chez 192 survivants du groupe cible basse contre 73 % (écart-type 25) chez 195 survivants du groupe cible haute ; différence moyenne ajustée de −5 points de pourcentage (IC95 % −9 à −1).

Limites

  • Un survivant éligible sur trois seulement a été évalué, soit 11,4 % de la population initiale : le risque de sélection est important et peut agir dans les deux sens.
  • Il s’agit de critères de suivi, prévus à l’avance mais secondaires par rapport à la mortalité, qui était le critère principal des essais d’origine.
  • La portée clinique d’un écart de 5 points de pourcentage de capacité de diffusion n’est pas établie, et l’intervalle de confiance touche presque la valeur nulle.
  • Le mécanisme d’une moindre capacité de diffusion après une cible d’oxygénation basse n’est pas éclairci par ce travail.
En pratique : viser une PaO2 de 60 mmHg plutôt que 90 mmHg chez l’adulte en insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique ne s’accompagne pas d’une atteinte cognitive plus marquée à un an. Le signal d’une capacité de diffusion un peu plus basse mérite d’être connu, sans suffire à écarter les cibles basses : il repose sur une minorité de survivants évalués. Ces données invitent surtout à intégrer le devenir respiratoire à distance dans l’évaluation des stratégies d’oxygénation.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · RSI

Ketamine or Etomidate for Tracheal Intubation of Critically Ill Adults

N Engl J Med · 9 décembre 2025 · Essai randomisé multicentrique, 2365 patients

L’étomidate est soupçonné de longue date, sur la foi d’études observationnelles, d’augmenter la mortalité des patients de réanimation intubés en urgence. Cet essai randomisé mené dans quatorze services d’urgences et de réanimation a comparé kétamine et étomidate pour l’induction de l’anesthésie chez 2365 adultes gravement malades devant être intubés. La mortalité hospitalière à 28 jours, critère principal, n’a pas différé entre les deux hypnotiques. Le collapsus cardiovasculaire pendant l’intubation était en revanche plus fréquent sous kétamine.

Décès hospitalier à 28 jours : 28,1 % sous kétamine contre 29,1 % sous étomidate (différence ajustée −0,8 point ; IC95 % −4,5 à 2,9 ; p = 0,65) · collapsus cardiovasculaire pendant l’intubation : 22,1 % contre 17,0 %
Article original ↗

Question clinique

Chez un adulte gravement malade intubé en urgence, le choix de la kétamine plutôt que de l’étomidate pour l’induction diminue-t-il le risque de décès ?

Méthode

Essai randomisé conduit dans quatorze services d’urgences et de réanimation. Des adultes gravement malades devant bénéficier d’une intubation trachéale étaient répartis par tirage au sort entre kétamine et étomidate pour l’induction de l’anesthésie. Le critère principal était le décès hospitalier de toute cause au 28e jour. Le critère secondaire était le collapsus cardiovasculaire pendant l’intubation, défini par une pression artérielle systolique inférieure à 65 mmHg, l’introduction ou l’augmentation d’un vasopresseur, ou un arrêt cardiaque. Au total, 2365 patients ont été randomisés : 1176 dans le groupe kétamine et 1189 dans le groupe étomidate.

Résultats clés

  • Critère principal, décès hospitalier à 28 jours : 28,1 % (330 des 1173 patients) sous kétamine contre 29,1 % (345 des 1186) sous étomidate ; différence ajustée sur le centre −0,8 point ; IC95 % −4,5 à 2,9 ; p = 0,65.
  • Collapsus cardiovasculaire pendant l’intubation : 22,1 % (260 des 1176) sous kétamine contre 17,0 % (202 des 1189) sous étomidate ; différence 5,1 points ; IC95 % 1,9 à 8,3.
  • Les critères de sécurité prévus au protocole étaient comparables dans les deux groupes.

Limites

  • L’équipe qui intube connaît nécessairement l’agent administré, ce qui peut influencer la prise en charge hémodynamique autour de l’intubation.
  • Le surcroît de collapsus cardiovasculaire sous kétamine porte sur un critère secondaire : il est cohérent avec la physiologie attendue mais demande confirmation.
  • Population hétérogène d’urgences et de réanimation ; les doses effectivement administrées ne sont pas détaillées dans le résumé publié.
  • Le critère principal se limite à la mortalité hospitalière au 28e jour, sans devenir fonctionnel à distance.
En pratique : le soupçon porté par les études observationnelles sur la surmortalité liée à l’étomidate n’est pas retrouvé ici : à 28 jours, aucune différence de mortalité n’apparaît entre les deux hypnotiques. Le choix de l’agent d’induction peut donc rester guidé par l’hémodynamique du patient et les habitudes de l’équipe. Le collapsus plus fréquent observé sous kétamine rappelle qu’il faut préparer vasopresseur et remplissage avant toute intubation, quel que soit l’hypnotique retenu.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations DAS

Difficult Airway Society 2025 guidelines for management of unanticipated difficult tracheal intubation in adults

Br J Anaesth · 7 novembre 2025 · Recommandations et consensus d’experts, 65 propositions

La Difficult Airway Society actualise ses recommandations sur la prise en charge d’une intubation trachéale difficile imprévue chez l’adulte. Issues d’une revue systématique ayant retenu 1241 articles et d’une procédure Delphi en trois tours, elles comptent 65 propositions portant sur l’évaluation et la planification des voies aériennes, le maintien de l’oxygénation, l’induction en séquence rapide, la voie aérienne difficile pour raison physiologique, l’obésité, les facteurs humains, l’échographie au lit du patient, la traçabilité et la formation. L’algorithme linéaire est conservé — intubation, dispositif supraglottique, ventilation au masque facial, puis abord cervical antérieur en urgence — avec un accent nouveau mis sur la réussite dès la première tentative plutôt que sur la gestion de l’échec.

Article original ↗

Question clinique

Comment conduire la prise en charge d’une intubation trachéale difficile imprévue chez l’adulte, et sur quoi faire porter l’effort en priorité ?

Méthode

Recommandations multidisciplinaires fondées sur les preuves et sur un consensus d’experts, élaborées par la Difficult Airway Society. Le travail a associé une revue systématique ayant retenu 1241 articles et une procédure Delphi en trois tours. Douze membres du groupe de travail ont tenu 65 réunions sur trois ans ; vingt experts externes ont guidé les propositions relatives à l’abord cervical antérieur en urgence, et seize experts internationaux ainsi que les membres de la société ont relu le texte. Au total, 65 recommandations ont été formulées.

Résultats clés

  • L’algorithme linéaire est maintenu : intubation trachéale (plan A), ventilation par dispositif supraglottique (plan B), ventilation au masque facial (plan C), abord cervical antérieur en urgence (plan D), avec progression dès qu’une étape échoue.
  • La continuité de l’apport d’oxygène tout au long de la prise en charge des voies aériennes devient un principe directeur.
  • L’objectif affiché est de maximiser les chances de réussite dès la première tentative, plutôt que d’organiser la gestion de l’échec.
  • La ventilation doit être confirmée par capnographie à courbe.
  • Les propositions couvrent aussi l’évaluation et la planification, la période qui suit l’intubation, l’induction en séquence rapide, la voie aérienne difficile pour raison physiologique, l’obésité, les facteurs humains, l’échographie au lit du patient, la traçabilité, la formation et l’entraînement.

Limites

  • Consensus d’experts adossé à une revue systématique : le niveau de preuve varie d’une proposition à l’autre et n’est pas détaillé dans le résumé publié.
  • Le texte traite de l’adulte et de l’intubation difficile imprévue ; il ne couvre ni la voie aérienne difficile prévue ni l’enfant.
  • L’application suppose un matériel immédiatement disponible et un entraînement régulier, en particulier pour l’abord cervical antérieur en urgence.
En pratique : la structure de l’algorithme ne change pas, du plan A au plan D, et l’on progresse dès qu’une étape échoue. Le déplacement d’accent mérite en revanche d’être intégré : tout est organisé pour réussir la première tentative et ne jamais interrompre l’oxygénation, la capnographie à courbe restant la preuve de la ventilation. C’est l’occasion de revoir le chariot d’intubation difficile, la répartition des rôles dans l’équipe et l’entraînement à l’abord cervical antérieur.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Effectiveness and safety of prolonged prone positioning in adult patients with acute respiratory distress syndrome (ARDS): a systematic review and meta-analysis

Crit Care · 6 novembre 2025 · 9 études, 1 045 patients

Prolonger les séances de décubitus ventral jusqu’à 24 heures ou plus est proposé dans le SDRA modéré à grave, sans que le bénéfice en soit établi. Cette revue systématique réunit neuf études et 1 045 patients, dont deux petits essais randomisés et deux études non randomisées à risque de biais faible à modéré, la plupart portant sur des SDRA liés au COVID-19. La mortalité à 90 jours ne diffère pas significativement entre séances prolongées et séances plus courtes, et aucun critère secondaire, oxygénation ou effets indésirables, ne sépare les deux stratégies. La certitude des données est faible à très faible : bénéfice comme risque restent plausibles.

Mortalité à 90 jours, décubitus ventral d’au moins 24 heures contre séances plus courtes : HR 0,72 ; IC95 % 0,411,25 sur 641 patients, différence non significative
Article original ↗

Question clinique

Dans le SDRA modéré à grave, prolonger une séance de décubitus ventral jusqu’à 24 heures ou plus améliore-t-il la survie et l’oxygénation par rapport aux séances plus courtes, et au prix de quelles complications ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’essais randomisés et d’études observationnelles ayant comparé, chez l’adulte en SDRA, un décubitus ventral de moins de 24 heures à un décubitus ventral d’au moins 24 heures. La recherche a couvert MEDLINE, CENTRAL, ClinicalTrials.gov, ISRCTN, ICTRP et le registre Cochrane COVID-19, jusqu’au 3 juillet 2025. Le risque de biais a été évalué par ROB-2 pour les essais randomisés et ROBINS-I V2 pour les études non randomisées. Le critère principal était la mortalité, les critères secondaires l’amélioration de l’oxygénation et les effets indésirables ; les résultats ont été groupés par un modèle à effets aléatoires et la certitude appréciée selon GRADE.

Résultats clés

  • Sur 19 986 références examinées, 9 études totalisant 1 045 patients ont été retenues. Quatre d’entre elles avaient un risque de biais faible à modéré : deux petits essais randomisés (112 patients) et deux études non randomisées (581 patients).
  • Mortalité à 90 jours : HR 0,72 ; IC95 % 0,411,25 sur 641 patients, soit aucun effet significatif.
  • Aucune différence significative non plus sur les critères secondaires, qu’il s’agisse de l’oxygénation ou des effets indésirables.
  • L’hétérogénéité mesurée était nulle (I² à 0 %), mais son propre intervalle de confiance allait de 0 à 89 % : une hétérogénéité importante ne peut pas être écartée.
  • La majorité des patients inclus avaient un SDRA lié au COVID-19.

Limites

  • Le corpus repose sur deux petits essais randomisés et sur des études non randomisées : la certitude des données est jugée faible à très faible.
  • La puissance statistique est insuffisante et les intervalles très larges : l’absence de différence observée ne démontre ni bénéfice ni innocuité, et un effet délétère reste possible.
  • La prédominance des SDRA liés au COVID-19 limite la transposition aux autres causes de SDRA.
  • Le mélange d’essais randomisés et d’études observationnelles expose à des biais résiduels de sélection et d’indication.
En pratique : ces données ne permettent pas de recommander d’allonger systématiquement les séances de décubitus ventral au-delà de 24 heures en dehors d’une étude clinique. Elles ne condamnent pas non plus la pratique : le manque de puissance laisse ouverte la possibilité d’un bénéfice comme d’un excès de complications. La durée des séances reste donc une décision au cas par cas, en tenant compte du risque d’escarres et de la charge de surveillance, dans l’attente d’essais de taille suffisante.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Selective Decontamination of the Digestive Tract during Ventilation in the ICU

N Engl J Med · 29 octobre 2025 · Essai randomisé par grappes, 9289 patients, 26 réanimations

Vingt-six réanimations ont été tirées au sort pour appliquer, sur deux périodes de douze mois, la décontamination digestive sélective ou les soins habituels aux patients sous ventilation mécanique ; 9289 patients ont été analysés. La mortalité hospitalière à 90 jours a été de 27,9 % avec la décontamination contre 29,5 % avec les soins habituels (odds ratio 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 ; p = 0,27). Les bactériémies et les isolats de bactéries résistantes ont été moins fréquents sous décontamination, mais la non-infériorité écologique sur l’apparition de nouvelles bactéries résistantes n’a pas été confirmée.

Mortalité hospitalière à 90 jours : 27,9 % sous décontamination digestive sélective contre 29,5 % sous soins habituels (odds ratio 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 ; p = 0,27) · bactéries résistantes isolées : 16,8 % contre 26,8 %
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients de réanimation sous ventilation mécanique, la décontamination digestive sélective réduit-elle la mortalité hospitalière, et au prix de quel effet sur l’écologie bactérienne du service ?

Méthode

Essai randomisé par grappes et en bascule : 26 réanimations réparties sur deux pays ont été tirées au sort pour appliquer la décontamination digestive sélective ou les soins habituels, sur deux périodes successives de douze mois. Les patients du groupe décontamination recevaient des antimicrobiens par voie orale et gastrique pendant toute la durée de la ventilation, ainsi qu’un antibiotique intraveineux les quatre premiers jours. Sur 20 000 patients, 9289 ont été inclus dans l’essai randomisé et 10 711 dans une évaluation écologique observationnelle. Critère principal : décès hospitalier de toute cause à 90 jours. Les critères microbiologiques de l’évaluation écologique ont été testés en non-infériorité, avec une marge de 2 points de pourcentage.

Résultats clés

  • Critère principal : 1175 décès sur 4215 patients (27,9 %) sous décontamination contre 1494 sur 5065 (29,5 %) sous soins habituels (odds ratio 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 ; p = 0,27).
  • Nouvelles bactériémies : 4,9 % contre 6,8 % (différence moyenne ajustée −1,30 point de pourcentage ; IC95 % −2,55 à −0,05).
  • Bactéries résistantes isolées : 16,8 % contre 26,8 % (différence moyenne ajustée −9,60 points de pourcentage ; IC95 % −12,40 à −6,80).
  • Dans l’évaluation écologique, la non-infériorité de la décontamination n’a pas été confirmée pour l’apparition de nouvelles bactéries résistantes.
  • Effets indésirables rattachés à la stratégie : 12 patients (0,3 %) sous décontamination, aucun sous soins habituels ; effets indésirables graves chez 47 patients (1,1 %) contre 59 (1,2 %).

Limites

  • La randomisation porte sur les services et non sur les patients : les effectifs comparés sont inégaux (4215 contre 5065) et l’évolution des pratiques entre les deux périodes de douze mois ne peut pas être entièrement écartée.
  • Stratégie appliquée à l’échelle du service, donc ouverte : soignants et prescripteurs savaient quelle période était en cours.
  • Le volet écologique est observationnel : son résultat de non-infériorité non confirmée invite à la prudence, sans démontrer pour autant une aggravation des résistances.
  • Les données proviennent de réanimations de deux pays seulement ; leur transposition à des services dont l’écologie bactérienne diffère n’est pas établie.
En pratique : chez les patients ventilés en réanimation, la décontamination digestive sélective ne réduit pas la mortalité hospitalière à 90 jours. Elle s’accompagne de moins de bactériémies et de moins d’isolats résistants pendant les périodes concernées, mais sa sécurité écologique à plus long terme n’est pas démontrée. Ces données ne justifient pas d’en généraliser l’emploi comme mesure de routine.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations · sociétés savantes britanniques

British societies guideline on the management of emergencies in patients on extracorporeal membrane oxygenation

Intensive Care Med · 6 octobre 2025 · Recommandations nationales, huit sociétés savantes

Chez un patient sous ECMO, les modifications circulatoires induites par l’assistance font que les algorithmes habituels de réanimation avancée ne sont pas toujours applicables. Réunissant l’ensemble des centres d’ECMO du Royaume-Uni et huit sociétés savantes nationales, ce texte a été construit à partir de l’analyse des données disponibles, puis d’une méthode Delphi modifiée. Il porte sur la reconnaissance de l’arrêt cardiaque sous assistance, la hiérarchisation des tâches au sein de l’équipe et le dépannage précoce du circuit en vue des gestes de sauvetage essentiels. Il s’adresse à tous les soignants et à tous les types d’ECMO, et suppose une formation adaptée.

Article original ↗

Question clinique

Comment reconnaître et traiter une urgence vitale chez un patient sous ECMO, alors que l’assistance modifie la circulation et brouille les repères habituels de la réanimation cardio-pulmonaire ?

Méthode

Recommandations nationales élaborées par un groupe de travail réunissant l’ensemble des centres d’ECMO du Royaume-Uni et huit sociétés savantes. Les données disponibles ont été analysées, puis les propositions soumises à une méthode Delphi modifiée jusqu’à obtention d’un accord. Le texte couvre tous les types d’ECMO et s’adresse à l’ensemble des personnels concernés.

Résultats clés

  • La reconnaissance de l’arrêt cardiaque chez un patient assisté fait l’objet d’un chapitre propre : les modifications circulatoires liées à l’ECMO rendent les critères habituels moins fiables.
  • La hiérarchisation des tâches et des rôles au sein de l’équipe est placée au même rang que les gestes eux-mêmes.
  • Le dépannage précoce du circuit d’ECMO figure parmi les trois axes retenus, en vue des interventions de sauvetage essentielles.
  • Les algorithmes standard de réanimation avancée ne sont pas tenus pour applicables en toute circonstance chez ces patients.
  • Le texte s’applique à tous les types d’ECMO et à tous les soignants, et doit être utilisé avec une formation adaptée.

Limites

  • La base de preuves dans ce domaine est mince : l’accord d’experts par méthode Delphi y supplée largement.
  • Le résumé ne restitue pas le niveau de preuve attaché à chaque proposition ; il faut se reporter au texte intégral.
  • Les recommandations ont été conçues pour une organisation de soins précise, structurée en centres d’ECMO identifiés : leur transposition demande de tenir compte des filières locales.
  • Leur portée dépend entièrement de la formation des équipes, ce que le texte souligne lui-même.
En pratique : ce texte donne un cadre pour rédiger ou revoir la conduite à tenir devant une urgence sous ECMO : qui fait quoi, comment affirmer l’arrêt cardiaque chez un patient assisté, quelle place donner au dépannage du circuit. Il n’a d’effet qu’une fois décliné en procédure locale et répété en simulation. Pour une équipe qui débute l’ECMO, c’est un point de départ commode ; pour un centre installé, une occasion de confronter ses propres protocoles.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · UK-ROX

Conservative Oxygen Therapy in Mechanically Ventilated Critically Ill Adult Patients: The UK-ROX Randomized Clinical Trial

JAMA · 5 août 2025 · Essai pragmatique randomisé, 16 500 patients, 97 réanimations

Dans 97 réanimations, 16 500 adultes ventilés et sous oxygène ont été tirés au sort entre une stratégie conservatrice, visant une saturation de 90 % (fourchette 88 à 92 %), et une oxygénothérapie laissée à l’appréciation du clinicien. L’exposition à l’oxygène a bien été réduite de 29 % dans le groupe conservateur, mais la mortalité à 90 jours a été de 35,4 % contre 34,9 % (différence de risque ajustée 0,7 point ; IC95 % −0,7 à 2,0 ; p = 0,28). Aucun critère secondaire ne sépare les deux stratégies.

Mortalité toutes causes à 90 jours : 35,4 % sous stratégie conservatrice contre 34,9 % sous oxygénothérapie habituelle (différence de risque ajustée 0,7 point de pourcentage ; IC95 % −0,7 à 2,0 ; p = 0,28)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ventilé en réanimation, limiter l’apport d’oxygène en visant une saturation de 90 % réduit-il la mortalité à 90 jours par rapport à l’oxygénothérapie habituelle ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique, mené dans 97 réanimations, avec inclusion de mai 2021 à novembre 2024 et suivi achevé en février 2025. Ont été inclus 16 500 adultes sous ventilation mécanique recevant de l’oxygène (âge médian 60 ans ; 38,2 % de femmes). Le groupe conservateur (n = 8258) recevait la fraction inspirée d’oxygène la plus basse permettant de maintenir une saturation de 90 % (fourchette 88 à 92 %) ; le groupe habituel (n = 8242) était oxygéné selon le jugement du clinicien. Critère principal : mortalité de toute cause à 90 jours, disponible pour 16 394 patients (8211 et 8183).

Résultats clés

  • La stratégie a bien été appliquée : l’exposition à l’oxygène a été inférieure de 29 % dans le groupe conservateur.
  • Critère principal : 2908 décès à 90 jours (35,4 %) dans le groupe conservateur contre 2858 (34,9 %) dans le groupe habituel ; différence de risque ajustée 0,7 point de pourcentage (IC95 % −0,7 à 2,0 ; p = 0,28).
  • Aucune différence significative sur la durée de séjour en réanimation ou à l’hôpital chez les survivants, sur les jours vivant sans soutien d’organe à J30, ni sur la mortalité aux autres temps de mesure.

Limites

  • Essai ouvert et pragmatique : le groupe témoin n’avait pas de cible imposée, si bien que l’écart réellement obtenu entre les deux stratégies dépend des habitudes de chaque service.
  • Population large et hétérogène, tous motifs d’admission confondus ; l’essai n’était pas conçu pour trancher dans des sous-groupes particuliers.
  • Le critère principal est la mortalité : le devenir fonctionnel et cognitif à distance n’est pas rapporté ici.
  • Les données du critère principal manquent pour une centaine de patients.
En pratique : viser systématiquement une saturation de 90 % chez l’adulte ventilé ne fait pas mieux que l’oxygénothérapie habituelle sur la mortalité à 90 jours, alors même que l’exposition à l’oxygène a été nettement abaissée. Rien dans cet essai n’impose donc d’adopter une cible basse uniforme en réanimation. Les situations où une cible d’oxygénation particulière est recommandée ne sont pas tranchées ici.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé de phase 2b · STAT

Treatment with Allogeneic Mesenchymal Stromal Cells for Moderate to Severe Acute Respiratory Distress Syndrome: A Double-Blind, Placebo-controlled, Multicenter Phase 2b Clinical Trial (STAT)

Am J Respir Crit Care Med · 29 juillet 2025 · Phase 2b contre placebo, 120 patients

Les cellules stromales mésenchymateuses d’origine médullaire avaient fait la preuve de leur innocuité dans le SDRA, mais pas de leur efficacité. Cet essai de phase 2b, en double insu contre placebo, a réparti au sort 120 patients ventilés pour un SDRA avec rapport PaO2/FiO2 inférieur à 250 mmHg entre une dose unique intraveineuse de cellules et un placebo. La variation de l’index d’oxygénation dans les 36 heures suivant l’administration, critère principal, ne diffère pas entre les deux groupes, ni dans l’ensemble de la cohorte ni chez les 101 patients dont le SDRA était lié au COVID-19 ; la mortalité ne diffère pas significativement à 14, 28, 60 ni 180 jours. Des analyses de marqueurs plasmatiques et d’expression génique font apparaître des sous-groupes de réponse différente, piste qui reste à explorer.

Critère principal, variation de l’index d’oxygénation dans les 36 heures suivant l’injection : aucune différence entre cellules et placebo, chez les 120 patients comme chez les 101 patients au SDRA lié au COVID-19 · aucune différence significative de mortalité à 14, 28, 60 et 180 jours
Article original ↗

Question clinique

Une dose unique de cellules stromales mésenchymateuses d’origine médullaire améliore-t-elle l’oxygénation et le devenir des patients ventilés pour un SDRA modéré à grave ? Les essais antérieurs avaient établi la tolérance du produit, sans répondre à la question de son efficacité.

Méthode

Essai prospectif multicentrique, randomisé, en double insu contre placebo, de phase 2b. Cent vingt patients ventilés pour un SDRA, avec un rapport PaO2/FiO2 inférieur à 250 mmHg, ont reçu soit une dose unique intraveineuse de 10 millions de cellules stromales mésenchymateuses d’origine médullaire par kilogramme de poids corporel prédit, soit un placebo. Le critère principal était la variation de l’index d’oxygénation au cours des 36 heures suivant l’administration. Les inclusions ont débuté en janvier 2020.

Résultats clés

  • Du fait de la pandémie, 101 des 120 patients (84 %) avaient un SDRA lié au COVID-19.
  • Les deux groupes ne différaient pas à l’inclusion par la gravité, ni dans l’ensemble de la cohorte ni dans le sous-groupe COVID-19.
  • Critère principal : aucune différence de variation de l’index d’oxygénation sur 36 heures, dans la cohorte entière comme dans le sous-groupe COVID-19.
  • Mortalité : aucune différence significative à 14, 28, 60 ni 180 jours.
  • Les analyses de protéines plasmatiques et d’expression génique ont identifié des sous-groupes de patients dont la réponse clinique au traitement différait.

Limites

  • Essai de phase 2b sur 120 patients : la puissance est insuffisante pour la mortalité, et l’absence de différence observée ne démontre pas une absence d’effet.
  • La population est dominée par le SDRA lié au COVID-19, ce qui limite la transposition aux SDRA d’autre origine.
  • Une seule dose et un seul produit cellulaire ont été testés : rien ne peut être conclu d’un autre schéma d’administration.
  • Le critère principal est physiologique et à très court terme ; les sous-groupes définis par les marqueurs relèvent d’analyses exploratoires et demandent confirmation.
En pratique : la thérapie cellulaire par cellules stromales mésenchymateuses n’a pas de place dans le traitement du SDRA en dehors d’un essai clinique. Cet essai ne retrouve ni gain d’oxygénation à court terme ni gain de survie, y compris dans le SDRA lié au COVID-19. La piste n’est pas fermée pour autant : des marqueurs plasmatiques pourraient désigner les patients susceptibles d’en tirer bénéfice, ce qu’il reste à démontrer.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PROMIZING

Proportional-Assist Ventilation for Minimizing the Duration of Mechanical Ventilation

N Engl J Med · 13 juin 2025 · Essai randomisé international, 573 patients

Chez des patients ventilés depuis au moins 24 heures, capables d’un support ventilatoire partiel mais pas encore prêts au sevrage, la ventilation assistée proportionnelle avec gain ajustable a été comparée à l’aide inspiratoire. Sur 573 patients randomisés dans 23 centres répartis dans sept pays, le délai jusqu’au sevrage réussi de la ventilation mécanique, critère principal, n’a pas différé entre les deux modes. Les jours vivant sans ventilation, les réintubations, les trachéotomies et la mortalité à 90 jours, tous critères secondaires, étaient également comparables.

Délai médian jusqu’au sevrage réussi de la ventilation mécanique : 7,3 jours (IC95 % 6,2–9,7) en ventilation assistée proportionnelle contre 6,8 jours (IC95 % 5,4–8,8) en aide inspiratoire (p = 0,58)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient de réanimation encore ventilé mais pas prêt au sevrage, la ventilation assistée proportionnelle raccourcit-elle la durée de ventilation mécanique par rapport à l’aide inspiratoire ?

Méthode

Essai clinique international randomisé. Étaient inclus des adultes ventilés depuis au moins 24 heures, capables d’un support ventilatoire partiel en aide inspiratoire mais pas encore prêts à être sevrés. Ils étaient répartis par tirage au sort entre ventilation assistée proportionnelle avec gain ajustable, réglée pour obtenir un travail respiratoire normal, et aide inspiratoire, réglée pour obtenir une fréquence respiratoire et un volume courant normaux. Le critère principal était le délai entre la randomisation et le sevrage réussi de la ventilation mécanique. Dans 23 centres répartis dans sept pays, 722 patients ont été inclus, dont 573 randomisés et analysés.

Résultats clés

  • Critère principal, délai médian jusqu’au sevrage réussi de la ventilation mécanique : 7,3 jours (IC95 % 6,2–9,7) en ventilation assistée proportionnelle contre 6,8 jours (IC95 % 5,4–8,8) en aide inspiratoire (p = 0,58).
  • Critères secondaires comparables : jours vivant sans ventilation, réintubations, trachéotomies, et mortalité à 90 jours de 29,6 % en ventilation assistée proportionnelle contre 26,6 % en aide inspiratoire.
  • Variation de la dose d’équivalent midazolam au 28e jour par rapport à la dose initiale : −1,51 ± 3,28 mg par kilogramme en ventilation assistée proportionnelle contre 0,04 ± 0,97 mg par kilogramme en aide inspiratoire (moyennes et écarts-types).
  • Événements indésirables graves : 31 patients (10,8 %) contre 28 patients (9,8 %), p = 0,79.

Limites

  • Le mode ventilatoire est visible de l’équipe soignante, qui décide aussi du moment du sevrage : l’essai ne pouvait pas être mené en aveugle.
  • Sur 722 patients inclus, 573 seulement ont été randomisés, ce qui limite la représentativité de la population analysée.
  • Essai de supériorité négatif : l’absence de différence observée ne démontre pas l’équivalence des deux modes.
  • La moindre consommation de sédatifs est un résultat descriptif : les écarts-types sont larges, aucun test n’est rapporté dans le résumé publié et aucun bénéfice clinique n’en découle.
En pratique : rien ne justifie de préférer la ventilation assistée proportionnelle à l’aide inspiratoire pour raccourcir la ventilation mécanique : délais de sevrage, réintubations et mortalité se superposent. L’aide inspiratoire, mieux connue et disponible sur tous les respirateurs, reste le mode de support partiel par défaut. La moindre consommation de sédatifs observée sous ventilation assistée proportionnelle est à confirmer avant d’en faire un argument de choix.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · RESCUE-3

Temporary Transvenous Diaphragm Neurostimulation for Weaning from Mechanical Ventilation (RESCUE-3): A Randomized Clinical Trial

Am J Respir Crit Care Med · 11 juin 2025 · Essai international arrêté prématurément, 216 patients

La dysfonction diaphragmatique entretient les échecs de sevrage de la ventilation mécanique. Cet essai international ouvert a réparti au sort 216 patients ventilés depuis au moins 96 heures, prêts au sevrage mais ayant échoué à au moins deux tentatives, entre une neurostimulation transveineuse du diaphragme deux fois par jour et les soins habituels. À J30, 70 % des patients stimulés étaient sevrés contre 61 % de ceux recevant les soins habituels, et la durée de ventilation était plus courte de 2,5 jours, avec un intervalle de crédibilité qui englobe encore l’absence d’effet. Les événements indésirables graves étaient toutefois plus fréquents sous stimulation, 36 % contre 24 %, et l’essai a été interrompu dès le premier bilan intermédiaire.

Sevrage réussi à J30 : 70 % sous neurostimulation du diaphragme contre 61 % sous soins habituels (HR ajusté 1,34 ; intervalle de crédibilité 95 % 1,011,78 ; probabilité a posteriori de supériorité 97,9 %)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient dont le sevrage de la ventilation mécanique échoue de façon répétée, une stimulation transveineuse des nerfs phréniques, destinée à renforcer le diaphragme, augmente-t-elle les chances de sevrage ? La stimulation améliore la force diaphragmatique, mais son effet sur le devenir des patients restait incertain.

Méthode

Essai international multicentrique, ouvert et randomisé. Étaient inclus des adultes ventilés depuis au moins 96 heures, répondant aux critères de disposition au sevrage et ayant échoué à deux tentatives de sevrage ou plus. Ils recevaient soit une neurostimulation transveineuse du diaphragme deux fois par jour, soit les soins habituels. Le critère principal était le sevrage réussi à J30 ; les critères secondaires, la durée de ventilation et la mortalité à J30. L’analyse principale, préspécifiée, était bayésienne et empruntait l’information d’un essai randomisé de phase II antérieur, en la pondérant à la baisse pour tenir compte des différences entre essais. L’essai a été interrompu au premier bilan intermédiaire, après randomisation de 200 patients, en raison de la lenteur des inclusions et de contraintes financières ; 216 patients figurent dans la population en intention de traiter modifiée, 102 stimulés et 114 témoins.

Résultats clés

  • Sevrage réussi à J30 : 71 patients (70 %) sous stimulation contre 69 (61 %) sous soins habituels ; HR ajusté 1,34 (intervalle de crédibilité 95 % 1,011,78), probabilité a posteriori de supériorité 97,9 %.
  • Durée de ventilation : différence ajustée de −2,5 jours (intervalle de crédibilité 95 % −5,0 à 0,1), probabilité a posteriori de supériorité 97,1 %.
  • Événements indésirables graves : 36 % des patients stimulés contre 24 % des témoins.
  • Mortalité à J30 : 9,8 % contre 10,5 % ; HR ajusté 0,74 (intervalle de crédibilité 95 % 0,371,46), probabilité a posteriori de supériorité 80,6 %.

Limites

  • L’essai a été arrêté dès le premier bilan intermédiaire, pour lenteur des inclusions et contraintes financières : l’effectif final est réduit et les estimations moins stables.
  • L’analyse principale emprunte l’information d’un essai de phase II antérieur : le résultat ne repose pas sur les seules données de cet essai.
  • Essai ouvert, alors que la décision de sevrage et d’extubation reste en partie subjective : un biais sur le critère principal ne peut pas être écarté.
  • L’intervalle de crédibilité du critère principal frôle l’absence d’effet, et celui de la durée de ventilation englobe encore une différence nulle.
  • La fréquence plus élevée d’événements indésirables graves sous stimulation doit être mise en regard du bénéfice attendu.
En pratique : chez un patient en impasse de sevrage après plusieurs échecs, la neurostimulation transveineuse du diaphragme apparaît comme une piste crédible, sans être établie : le gain de sevrage à J30 est probable au sens bayésien, mais il provient d’un essai interrompu tôt et adossé en partie à un essai antérieur. L’excès d’événements indésirables graves invite à la prudence. En l’état, la technique relève d’une utilisation encadrée, dans des équipes rompues à sa pose, et ne modifie pas la conduite habituelle du sevrage.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SESAR

Inhaled Sedation in Acute Respiratory Distress Syndrome: The SESAR Randomized Clinical Trial

JAMA · 13 mai 2025 · Essai de phase 3, 687 patients, 37 réanimations

Chez 687 adultes ventilés pour un SDRA précoce modéré à sévère, la sédation inhalée par sévoflurane a été comparée à la sédation intraveineuse par propofol, pendant sept jours au plus. Les patients sédatés au sévoflurane ont eu moins de jours vivant sans ventilation mécanique à J28 (différence médiane de −2,1 jours ; IC95 % −3,6 à −0,7) et une survie à 90 jours plus basse (47,1 % contre 55,7 % ; HR de décès 1,31 ; IC95 % 1,05–1,62). L’essai ne soutient donc pas la sédation inhalée comme stratégie de première intention dans cette population.

Jours vivant sans ventilation mécanique à J28 : différence médiane de −2,1 jours (IC95 % −3,6 à −0,7) · survie à 90 jours : 47,1 % sous sévoflurane contre 55,7 % sous propofol (HR de décès 1,31 ; IC95 % 1,05–1,62)
Article original ↗

Question clinique

Chez un patient ventilé pour un SDRA modéré à sévère, la sédation inhalée par sévoflurane améliore-t-elle le devenir par rapport à la sédation intraveineuse par propofol ?

Méthode

Essai de phase 3, randomisé, ouvert, avec évaluation des critères en aveugle, conduit de mai 2020 à octobre 2023 dans 37 réanimations, avec un suivi de 90 jours. Ont été inclus 687 adultes (âge moyen 65 ans, écart-type 12 ; 30 % de femmes) présentant un SDRA précoce modéré à sévère, défini par un rapport PaO2/FiO2 inférieur à 150 mmHg sous une pression expiratoire positive de 8 cmH2O. La sédation a reposé sur le sévoflurane inhalé chez 346 patients et sur le propofol intraveineux chez 341, pendant sept jours au plus. Critère principal : nombre de jours vivant sans ventilation mécanique à J28. Critère secondaire principal : survie à 90 jours.

Résultats clés

  • Critère principal : jours vivant sans ventilation mécanique à J28 : différence médiane de −2,1 jours (IC95 % −3,6 à −0,7) en défaveur du sévoflurane ; rapport de risque standardisé 0,76 (IC95 % 0,50–0,97). La médiane est de 0,0 jour dans les deux groupes (écart interquartile 0,0–11,9 sous sévoflurane et 0,0–18,7 sous propofol).
  • Survie à 90 jours : 47,1 % sous sévoflurane contre 55,7 % sous propofol (HR de décès 1,31 ; IC95 % 1,05–1,62).
  • Parmi les critères secondaires, mortalité à J7 plus élevée sous sévoflurane : 19,4 % contre 13,5 % (risque relatif 1,44 ; IC95 % 1,02–2,03).
  • Jours vivant hors réanimation à J28 moins nombreux sous sévoflurane : différence médiane de −2,5 jours (IC95 % −3,7 à −1,4).
  • La durée totale de sédation a été identique dans les deux groupes : 7 jours en médiane (écart interquartile 4–7).

Limites

  • Essai ouvert : la voie d’administration de la sédation ne peut pas être masquée aux soignants, même si les critères ont été évalués en aveugle.
  • Le critère principal vaut 0,0 jour en médiane dans les deux groupes : la différence porte sur l’ensemble de la distribution, ce qui la rend moins parlante au lit du malade.
  • Le mécanisme du surcroît de mortalité précoce observé sous sévoflurane n’est pas établi par l’essai.
  • La population se limite au SDRA précoce modéré à sévère : rien n’est dit des autres usages de la sédation inhalée, notamment de courte durée.
En pratique : chez un patient ventilé pour un SDRA modéré à sévère, cet essai ne plaide pas pour remplacer le propofol par le sévoflurane inhalé : les jours vivant sans ventilation sont moins nombreux et la survie à 90 jours plus basse. La sédation inhalée ne peut plus être proposée comme stratégie de première intention dans cette situation. Les autres usages de la sédation inhalée, en dehors du SDRA constitué, ne sont pas tranchés par cet essai.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse en réseau

Preoxygenation strategies for intubation of patients who are critically ill: a systematic review and network meta-analysis of randomised trials

Lancet Respir Med · 21 mars 2025 · Méta-analyse en réseau, 15 essais, 3420 patients

Cette méta-analyse en réseau rassemble 15 essais randomisés et 3420 patients de réanimation ou d’urgence, et compare trois façons de préoxygéner avant une intubation trachéale : ventilation non invasive en pression positive, oxygénothérapie nasale à haut débit et masque facial. La ventilation non invasive réduit l’hypoxémie pendant l’intubation par rapport au masque facial (RR 0,51 ; IC95 % 0,39–0,65 ; niveau de preuve élevé) et par rapport au haut débit nasal (RR 0,73 ; IC95 % 0,55–0,98 ; niveau modéré), le haut débit nasal faisant lui-même mieux que le masque facial (RR 0,69 ; IC95 % 0,54–0,88). Aucune de ces stratégies ne modifie le taux de succès à la première tentative ni la mortalité.

Hypoxémie pendant l’intubation : RR 0,51 (IC95 % 0,39–0,65) pour la ventilation non invasive contre le masque facial, 0,69 (IC95 % 0,54–0,88) pour l’oxygénothérapie nasale à haut débit contre le masque facial, et 0,73 (IC95 % 0,55–0,98) pour la ventilation non invasive contre le haut débit nasal
Article original ↗

Question clinique

Quelle méthode de préoxygénation protège le mieux de l’hypoxémie lors de l’intubation trachéale d’un adulte en état critique : la ventilation non invasive en pression positive, l’oxygénothérapie nasale à haut débit ou le masque facial ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau à effets aléatoires, sur cinq bases de données interrogées jusqu’au 31 octobre 2024, sans restriction de langue. Étaient retenus les essais randomisés comparant deux à deux la ventilation non invasive en pression positive, l’oxygénothérapie nasale à haut débit et le masque facial chez des adultes en état critique devant être intubés en réanimation ou aux urgences. Sur 6900 références, 48 ont été lues en texte intégral et 15 essais totalisant 3420 patients ont été inclus. Critères étudiés : hypoxémie pendant l’intubation, succès de l’intubation à la première tentative, effets indésirables graves et mortalité de toute cause. Le risque de biais a été jugé selon l’outil Cochrane et le niveau de preuve selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Hypoxémie pendant l’intubation : la ventilation non invasive fait mieux que le masque facial (RR 0,51 ; IC95 % 0,39–0,65 ; p < 0,0001 ; niveau de preuve élevé) et probablement mieux que le haut débit nasal (RR 0,73 ; IC95 % 0,55–0,98 ; p = 0,032 ; niveau modéré).
  • Le haut débit nasal fait mieux que le masque facial sur ce même critère (RR 0,69 ; IC95 % 0,54–0,88 ; p = 0,0064 ; niveau de preuve élevé).
  • Aucune stratégie ne modifie le succès de l’intubation à la première tentative (niveau de preuve faible pour toutes les comparaisons) ni la mortalité de toute cause (niveau très faible à modéré).
  • Effets indésirables graves : la ventilation non invasive fait probablement mieux que le masque facial (RR 0,30 ; IC95 % 0,12–0,77 ; p = 0,011 ; niveau modéré) et peut-être mieux que le haut débit nasal (RR 0,32 ; IC95 % 0,11–0,91 ; p = 0,035 ; niveau faible) ; le haut débit nasal ne se distingue pas du masque facial (RR 0,95 ; IC95 % 0,60–1,51 ; p = 0,83 ; niveau faible).

Limites

  • Une partie des comparaisons est indirecte, reconstituée par le réseau plutôt que mesurée dans un essai ; c’est le cas notamment de plusieurs estimations à niveau de preuve faible.
  • Les essais inclus diffèrent par leurs populations, leurs opérateurs et leur définition de l’hypoxémie, ce qui limite la portée des estimations regroupées.
  • Les effets indésirables graves reposent sur peu d’événements, d’où des intervalles de confiance larges.
  • L’analyse ne permet pas de désigner les patients chez qui le gain attendu est le plus net, ni de tenir compte du risque d’inhalation propre à chaque méthode.
En pratique : avant l’intubation d’un adulte en état critique, préoxygéner au masque facial seul expose plus souvent à une hypoxémie que la ventilation non invasive ou l’oxygénothérapie nasale à haut débit. Sur ce critère, la ventilation non invasive arrive en tête, le haut débit nasal venant ensuite. Ce bénéfice porte sur la désaturation pendant la procédure, pas sur le succès de la première tentative ni sur la survie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse en réseau

Videolaryngoscope designs for tracheal intubation in adults: a systematic review with network meta-analysis of randomised controlled trials

Anaesthesia · 11 mars 2025 · 294 essais randomisés, 44 284 patients

Cette méta-analyse en réseau rassemble 294 essais randomisés et 44 284 patients intubés sous anesthésie générale afin de comparer entre eux les principaux types de laryngoscopes. Les trois familles de vidéolaryngoscopes — lame à canal, lame Macintosh et lame hyperangulée — réduisent toutes le risque d’échec de la première tentative d’intubation par rapport à la laryngoscopie directe, avec un niveau de certitude modéré. Les mandrins vidéo, eux, ne se distinguent pas de la laryngoscopie directe, sur des données de faible certitude. Les comparaisons entre vidéolaryngoscopes, elles, ne permettent pas de désigner un dispositif supérieur aux autres.

Échec de la première tentative d’intubation, par rapport à la laryngoscopie directe — lame à canal : rapport de cotes 0,37 (intervalle de crédibilité 95 % : 0,270,50) · lame Macintosh : 0,45 (0,310,64) · lame hyperangulée : 0,51 (0,390,68)
Article original ↗

Question clinique

La vidéolaryngoscopie fait mieux que la laryngoscopie directe, mais les dispositifs sont nombreux et de conception très différente. Lequel de ces types de lames offre le moins d’échecs à la première tentative d’intubation sous anesthésie générale ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau, sur six bases de données, des essais randomisés ayant comparé entre eux, chez des patients d’au moins 16 ans intubés sous anesthésie générale, les vidéolaryngoscopes à canal, les vidéolaryngoscopes à lame Macintosh, les vidéolaryngoscopes à lame hyperangulée, les mandrins vidéo et les laryngoscopes directs. Le critère principal était la fréquence des échecs de la première tentative d’intubation ; les critères secondaires comprenaient l’échec d’intubation, la difficulté d’intubation, la vue glottique, le délai d’intubation et les complications. Au total, 294 études et 44 284 patients ont été inclus, avec évaluation du niveau de certitude des données.

Résultats clés

  • Échec de la première tentative d’intubation, par rapport à la laryngoscopie directe : lame à canal, rapport de cotes 0,37 (intervalle de crédibilité 95 % : 0,270,50) ; lame Macintosh, 0,45 (0,310,64) ; lame hyperangulée, 0,51 (0,390,68). Certitude modérée pour ces trois résultats, les lames à canal occupant le premier rang du classement.
  • Mandrins vidéo : pas de différence significative avec la laryngoscopie directe, rapport de cotes 0,67 (0,163,00), certitude faible.
  • Les trois conceptions de vidéolaryngoscopes réduisent aussi les échecs des deuxième et troisième tentatives, la probabilité d’intubation difficile, la fréquence des intubations œsophagiennes et les lésions des voies aériennes, et améliorent la vue glottique.
  • Les lames à canal et les lames hyperangulées améliorent la vue glottique par rapport aux vidéolaryngoscopes à lame Macintosh.

Limites

  • Les comparaisons entre vidéolaryngoscopes reposent largement sur des liens indirects du réseau : aucune conclusion ferme ne peut être tirée sur la supériorité d’un dispositif sur un autre.
  • La population est celle de l’intubation sous anesthésie générale : ces résultats ne peuvent pas être transposés tels quels à l’intubation en réanimation, aux urgences ou en pré-hospitalier.
  • Chaque famille regroupe des matériels et des opérateurs d’expérience différents, que le classement par type de lame ne distingue pas.
  • Pour les mandrins vidéo, l’intervalle est très large et la certitude faible : l’absence de différence observée ne démontre pas une équivalence.
En pratique : pour une intubation programmée sous anesthésie générale, le choix d’un vidéolaryngoscope, quelle que soit sa lame, réduit le risque d’échec d’emblée et de traumatisme des voies aériennes par rapport à la laryngoscopie directe. Le classement place les lames à canal en tête, mais l’écart entre conceptions reste trop incertain pour justifier de changer de matériel au seul vu de ces données. Mieux vaut privilégier le dispositif dont l’équipe a l’habitude et rester attentif au fait que ces résultats ne couvrent pas l’intubation en urgence.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Sepsis & infections graves

0 sorties
2026
▲ À connaître Méta-analyse

Mortality Effect of Peripheral Perfusion-Guided Resuscitation in Vasodilatory Shock: A Systematic Review and Dual Frequentist-Bayesian Meta-Analysis of Randomized Trials

Crit Care Med · 11 septembre 2026 · 7 essais randomisés, 2 408 patients

Guider la réanimation d’un choc septique sur le temps de recoloration cutanée plutôt que sur la lactatémie est une stratégie simple, proposée depuis l’essai ANDROMEDA-SHOCK et reprise par plusieurs essais depuis. Cette méta-analyse en rassemble sept, soit 2 408 adultes, et a été conduite selon deux cadres statistiques prévus d’avance. L’estimation de la mortalité à 28 jours est plus basse avec cette stratégie, mais l’intervalle de confiance franchit la valeur d’absence d’effet : le résultat n’atteint pas le seuil de signification dans l’analyse fréquentiste principale. L’analyse bayésienne va dans le même sens sans trancher sur l’ampleur du bénéfice.

Mortalité à 28 jours : risque relatif 0,87 (IC95 % 0,76 à 1,01 ; p = 0,06 ; certitude modérée, I² = 0 %) · probabilité a posteriori d’un risque relatif inférieur à 1 : 97,2 %
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en choc vasoplégique, conduire la réanimation hémodynamique sur la perfusion périphérique — en pratique le temps de recoloration cutanée — réduit-il la mortalité à 28 jours par rapport aux soins habituels ou à une stratégie guidée par la lactatémie ?

Méthode

Revue systématique (PubMed, Embase, Cochrane CENTRAL, Scopus, des origines à novembre 2025) des essais randomisés comparant une réanimation guidée par la perfusion périphérique aux soins habituels ou à une réanimation guidée par la lactatémie. Tous les essais éligibles avaient inclus des patients en choc septique. Le risque de biais a été évalué par l’outil Cochrane RoB 2 et la certitude des preuves par la méthode GRADE. Deux analyses prévues d’avance ont été menées de front : un modèle fréquentiste à effets aléatoires, principal, et un modèle bayésien hiérarchique testé sous plusieurs hypothèses de distribution a priori. Sept essais ont été inclus, totalisant 2 408 patients. Critère principal : la mortalité à 28 jours.

Résultats clés

  • Analyse fréquentiste principale : risque relatif de mortalité à 28 jours de 0,87 (IC95 % 0,76 à 1,01 ; p = 0,06), certitude modérée. L’intervalle de confiance franchit la valeur d’absence d’effet.
  • Aucune hétérogénéité entre les essais (I² = 0 %).
  • Analyse bayésienne prévue d’avance : probabilité a posteriori de 97,2 % que le risque relatif soit inférieur à 1, résultat globalement stable sous les différentes hypothèses a priori testées.
  • Les deux essais les plus grands et les moins exposés au risque de biais étaient, pris séparément, non significatifs.

Limites

  • Sept essais et 2 408 patients seulement : l’effectif cumulé reste insuffisant pour trancher sur un bénéfice de mortalité de cette ampleur.
  • La concordance de direction entre les deux cadres statistiques ne remplace pas un résultat significatif : une probabilité a posteriori élevée décrit la crédibilité d’un effet, pas son importance clinique.
  • Les protocoles diffèrent d’un essai à l’autre par le comparateur, le rythme des mesures et les seuils retenus, et la mesure du temps de recoloration reste dépendante de l’observateur.
  • Tous les essais portaient sur le choc septique : le résultat ne s’étend pas aux autres chocs vasoplégiques, malgré l’intitulé de la question posée.
En pratique : le temps de recoloration cutanée garde sa place au lit du malade comme repère de perfusion périphérique, sans coût ni matériel, et rien dans ces données n’invite à y renoncer. En revanche, elles ne démontrent pas qu’une réanimation guidée sur ce paramètre fait survivre davantage de patients en choc septique : le signal est concordant mais l’ampleur du bénéfice reste indéterminée. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’abandonner la lactatémie comme repère de la réanimation initiale.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Mortality effect of albumin fluid resuscitation in adults with septic shock: a systematic review and dual frequentist-bayesian meta-analysis of randomised trials

Crit Care · 6 juillet 2026 · Revue systématique de 7 essais randomisés, 3273 patients

Cette méta-analyse a rassemblé sept essais randomisés, soit 3273 adultes, comparant au cours du choc septique un remplissage vasculaire comportant de l’albumine à un remplissage reposant sur les cristalloïdes. Au terme du suivi le plus long disponible, jusqu’à 90 jours, l’albumine s’accompagne d’une réduction relative de 10 % de la mortalité toutes causes, sans hétérogénéité entre les essais et avec une estimation bayésienne qui va dans le même sens. Le niveau de preuve reste faible, car trois essais seulement recrutaient spécifiquement des patients en choc septique, les autres données provenant de sous-groupes ou de strates extraites.

Mortalité toutes causes au terme du suivi le plus long : RR 0,90 ; IC95 % 0,83 à 0,99 ; p = 0,02 ; I² = 0 % (7 essais, 3273 patients) — niveau de preuve faible selon GRADE
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en choc septique, un remplissage vasculaire comportant de l’albumine réduit-il la mortalité par rapport à un remplissage reposant sur les cristalloïdes ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’essais randomisés, menée selon une double approche fréquentiste et bayésienne, conforme à la méthode PRISMA et à un protocole enregistré à l’avance. Les bases PubMed, Embase, CENTRAL et Scopus ont été interrogées depuis leur création jusqu’en février 2026. Étaient retenus les essais comparant, chez l’adulte en choc septique, une stratégie de remplissage comportant de l’albumine à une stratégie reposant sur les cristalloïdes. Le critère de jugement principal était la mortalité toutes causes au terme du suivi le plus long disponible, jusqu’à 90 jours. Sept essais ont été inclus, totalisant 3273 patients ; trois d’entre eux recrutaient principalement des patients en choc septique, les données des autres provenant de sous-groupes ou de strates extraites. L’analyse reposait sur des modèles à effets aléatoires, des analyses en sous-groupes et des méthodes bayésiennes.

Résultats clés

  • Mortalité toutes causes au terme du suivi le plus long : RR 0,90 ; IC95 % 0,83 à 0,99 ; p = 0,02 ; I² = 0 % (7 essais, 3273 patients) — niveau de preuve faible selon GRADE.
  • L’analyse bayésienne, avec l’a priori faiblement informatif retenu comme analyse principale, donne une probabilité a posteriori de réduction de la mortalité de 94,7 %.
  • Les analyses en sous-groupes prévues à l’avance, selon la forme d’albumine, la stratégie d’administration et l’albuminémie initiale des essais, ne mettent en évidence aucune modification de l’effet.

Limites

  • Le niveau de preuve est jugé faible selon GRADE : les données sont indirectes et imprécises.
  • Trois essais seulement recrutaient principalement des patients en choc septique ; pour les autres, les résultats proviennent de sous-groupes ou de strates extraites, ce qui expose à un biais de sélection.
  • La borne supérieure de l’intervalle de confiance touche presque la valeur neutre : la réduction de mortalité pourrait être très faible.
  • L’analyse ne permet de préciser ni la forme d’albumine, ni la dose, ni le moment d’administration, ni les patients chez qui le bénéfice serait le plus net.
  • Une méta-analyse d’essais hétérogènes ne remplace pas un essai conçu pour cette question, que la conclusion de ce travail appelle explicitement.
En pratique : ces données rendent plausible un bénéfice de l’albumine sur la mortalité du choc septique, sans l’établir. Elles ne justifient pas d’en faire le soluté de remplissage de première intention et ne désignent pas non plus les patients qui en tireraient le plus de bénéfice, les analyses en sous-groupes n’ayant mis en évidence aucune modification de l’effet. La réponse viendra d’un essai conçu spécifiquement pour le choc septique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · SHAMROC

Effects of an early restrictive versus liberal fluid strategy on long-term patient-centered outcomes in sepsis-induced hypotension: an open-label, randomized controlled trial

Am J Respir Crit Care Med · 1er juillet 2026 · Suivi à long terme de l’essai CLOVERS, 702 participants analysés

Ce suivi prospectif de l’essai CLOVERS a comparé le devenir à distance des patients pris en charge pour une hypotension survenue au cours d’un sepsis, selon qu’ils avaient reçu d’emblée une stratégie de remplissage restrictive ou une stratégie libérale. Chez les 702 participants analysés à 6 mois, les deux stratégies donnent des résultats voisins pour la fonction cognitive, les fonctions exécutives, l’autonomie, la mobilité et la qualité de vie. Les mesures répétées à 12 mois ne montrent pas davantage de différence.

Fonction cognitive à 6 mois (MoCA-Blind, différence de moyennes tronquées) : 0,11 ; IC95 % −1,44 à 1,70 · qualité de vie (EQ-5D-5L) : −0,01 ; IC95 % −0,07 à 0,06
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients ayant présenté une hypotension au cours d’un sepsis, la stratégie de remplissage des premières heures modifie-t-elle le devenir cognitif, fonctionnel et la qualité de vie des survivants ?

Méthode

Évaluation prospective préspécifiée du devenir à 6 et 12 mois des participants de l’essai randomisé ouvert CLOVERS, qui comparait une stratégie de remplissage restrictive à une stratégie libérale au cours d’une hypotension d’origine septique. Sur les 1563 participants de CLOVERS, 898 (57 %) ont été inclus dans ce suivi ; 196 ont été perdus de vue et 702 ont été analysés à 6 mois, dont 431 survivants et 271 patients décédés. Les analyses préspécifiées reposaient sur des moyennes tronquées à 50 %, afin d’éviter que les décès ne produisent une censure informative.

Résultats clés

  • Fonction cognitive à 6 mois (MoCA-Blind, différence de moyennes tronquées) : 0,11 ; IC95 % −1,44 à 1,70 · qualité de vie (EQ-5D-5L) : −0,01 ; IC95 % −0,07 à 0,06.
  • Fonctions exécutives (test de complétion de phrases de Hayling) : 0,38 ; IC95 % −0,97 à 1,76.
  • Autonomie pour les actes de la vie quotidienne : 0,03 ; IC95 % −0,84 à 0,90 ; mobilité (score PROMIS) : 0,72 ; IC95 % −2,20 à 3,64.
  • Les mesures réalisées à 12 mois ne diffèrent pas non plus entre les deux groupes.

Limites

  • Seuls 898 des 1563 participants de CLOVERS ont été inclus dans ce suivi et 196 ont été perdus de vue : la précision des estimations s’en trouve réduite et une sélection des patients évalués reste possible.
  • L’essai d’origine était ouvert, ce qui expose les évaluations fonctionnelles à un biais de mesure.
  • Les moyennes tronquées à 50 % permettent de tenir compte des patients décédés, mais elles fournissent des différences moins directement interprétables qu’un score moyen chez les survivants.
  • Il s’agit du prolongement d’un seul essai : les résultats ne se transposent pas à d’autres façons de conduire le remplissage initial.
En pratique : la crainte qu’une restriction précoce du remplissage laisse davantage de séquelles cognitives ou physiques chez les survivants d’un sepsis n’est pas étayée par ce suivi. Le choix entre remplissage restrictif et remplissage libéral peut donc rester guidé par les éléments hémodynamiques des premières heures, sans argument tiré du devenir à distance. La précision des estimations ne permet toutefois pas d’exclure une différence de faible ampleur.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé en grappes

4% Tetrasodium EDTA to Prevent Central Venous Access Device-Associated Complications: A Randomized Clinical Trial

JAMA · 23 juin 2026 · Essai pragmatique en grappes avec permutation, 1468 patients de réanimation

Cet essai pragmatique a comparé, dans six réanimations, un verrou d’EDTA tétrasodique à 4 % au verrou habituel (sérum physiologique, ou citrate à 4 % pour les lignes d’hémodialyse) dans les lumières inutilisées des cathéters veineux centraux. Le critère principal composite — infection liée au cathéter, obstruction nécessitant de l’altéplase ou retrait pour obstruction — est survenu moins souvent avec l’EDTA. Parmi les composantes, seule l’obstruction traitée par altéplase différait significativement entre les groupes.

Critère composite : 13,1 contre 19,9 événements pour 1000 jours-cathéter (rapport de taux ajusté 0,68 ; IC95 % 0,47–0,96 ; p = 0,03)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de réanimation porteur d’un cathéter veineux central, remplir les lumières inutilisées par un verrou d’EDTA tétrasodique à 4 % — anticoagulant, antimicrobien et actif sur le biofilm — réduit-il les infections et les obstructions ?

Méthode

Essai pragmatique multicentrique en grappes avec permutation (chaque réanimation utilise une solution pendant 3,5 mois, puis l’autre après un mois de suivi), en triple insu grâce à des seringues préremplies identiques et masquées. Six hôpitaux participaient, dont trois généraux et trois universitaires, et les inclusions se sont déroulées de mars 2022 à septembre 2024. Étaient admissibles les adultes de plus de 18 ans porteurs d’un cathéter veineux central dont au moins une lumière n’était pas utilisée. Le critère de jugement principal était le taux d’incidence d’un composite associant bactériémie liée au cathéter, obstruction nécessitant l’administration d’altéplase et retrait du cathéter pour obstruction. Huit critères secondaires étaient prévus, dont les trois composantes prises séparément.

Résultats clés

  • Sur 1574 patients admissibles, 1468 ont été analysés (âge moyen 60 ans, écart-type 16,0 ; 37,7 % de femmes) : 696 sous EDTA et 772 sous verrou habituel.
  • Critère principal : 13,1 événements pour 1000 jours-cathéter (74 événements) sous EDTA contre 19,9 pour 1000 jours-cathéter (126 événements) dans le groupe témoin. En analyse multivariée ajustée, rapport de taux 0,68 ; IC95 % 0,47–0,96 ; p = 0,03.
  • Parmi les trois composantes, seule l’obstruction nécessitant de l’altéplase différait significativement : 66 événements contre 112, soit 11,67 contre 17,73 pour 1000 jours-cathéter (rapport de taux 0,66 ; IC95 % 0,46–0,96).

Limites

  • Le bénéfice du composite tient à sa composante mécanique : l’essai ne démontre pas de réduction des infections liées au cathéter prises isolément.
  • Le comparateur n’était pas unique : sérum physiologique dans la plupart des cas, citrate à 4 % pour les lignes d’hémodialyse.
  • Randomisation par grappes avec permutation dans six centres seulement : les pratiques locales de pose et d’entretien des cathéters pèsent sur les taux observés.
  • L’analyse principale est ajustée ; les taux bruts, bien que concordants, ne suffisent pas à eux seuls à conclure.
En pratique : pour les lumières inutilisées d’un cathéter veineux central en réanimation, le verrou d’EDTA tétrasodique à 4 % apparaît comme une alternative crédible au sérum physiologique, avec moins de cathéters obstrués à déboucher à l’altéplase. Le gain porte avant tout sur la perméabilité : l’essai ne permet pas d’affirmer qu’il prévient les infections liées au cathéter. Son adoption relève d’une décision de service, en tenant compte du coût et de la disponibilité de seringues préremplies.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · ARISE FLUIDS

Vasopressors or Fluids in Early Septic Shock

N Engl J Med · 11 juin 2026 · Essai randomisé, 1 000 patients

Faut-il, devant un choc septique au service d’accueil des urgences, remplir davantage ou introduire plus tôt les vasopresseurs ? Cet essai a réparti au hasard 1 000 adultes entre une stratégie restrictive en volume avec vasopresseurs précoces et une stratégie plus généreuse en remplissage avec vasopresseurs plus tardifs. Malgré une différence nette de prise en charge — environ un litre de cristalloïdes en moins sur les 24 premières heures —, le nombre médian de jours vivant hors de l’hôpital à 90 jours a été le même dans les deux groupes. Seul l’œdème pulmonaire a été plus rare sous stratégie restrictive.

Jours vivant hors de l’hôpital à J90 : médiane 76 dans le groupe vasopresseurs contre 76 dans le groupe remplissage (différence 0,0 jour ; IC95 % −2,7 à 2,7 ; p = 1,00) · œdème pulmonaire : 0,6 % contre 5,0 %
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte se présentant aux urgences en choc septique, une réanimation initiale reposant sur un remplissage restreint et des vasopresseurs précoces améliore-t-elle le devenir par rapport à un remplissage plus large avec introduction plus tardive des vasopresseurs ?

Méthode

Essai randomisé en ouvert. Les adultes admis aux urgences pour un choc septique ont été répartis au hasard entre un groupe « vasopresseurs » (volumes de remplissage restreints et vasopresseurs précoces) et un groupe « remplissage » (volumes plus importants, vasopresseurs plus tardifs), la stratégie étant appliquée pendant au moins 6 heures et jusqu’à 24 heures. Le critère de jugement principal était le nombre de jours vivant hors de l’hôpital entre la randomisation et le 90e jour. Sur 1 000 patients randomisés (499 et 501), 963 ont pu être analysés en intention de traiter (481 et 482), le consentement n’ayant pas été obtenu pour 37 d’entre eux.

Résultats clés

  • Les deux stratégies ont bien été différenciées : sur les 24 premières heures, le groupe vasopresseurs a reçu moins de solutés intraveineux (différence médiane −1 108 mL ; IC95 % −1 395 à −850) et la proportion de patients recevant des vasopresseurs y a été supérieure de 18,9 points de pourcentage (IC95 % 13,3 à 24,5).
  • Critère principal — jours vivant hors de l’hôpital à J90 : médiane 76 dans le groupe vasopresseurs contre 76 dans le groupe remplissage (différence 0,0 jour ; IC95 % −2,7 à 2,7 ; p = 1,00).
  • Les écarts interquartiles étaient superposables : 55 à 83 jours dans le groupe vasopresseurs, 55 à 82 jours dans le groupe remplissage.
  • Sécurité : les événements indésirables ont été de fréquence comparable, à l’exception de l’œdème pulmonaire : 0,6 % contre 5,0 % (p < 0,001).

Limites

  • Essai en ouvert : soignants et patients connaissaient la stratégie attribuée, ce qui peut influencer les décisions de sortie et donc le critère principal.
  • La stratégie n’était imposée que sur les 6 à 24 premières heures ; la suite de la prise en charge était laissée libre.
  • Le critère principal, composé de la survie et de la durée d’hospitalisation, dépend aussi de l’organisation des soins et n’est pas la mortalité.
  • La différence de volume entre les deux bras, environ un litre, reste modérée : l’essai ne dit rien de stratégies plus extrêmes dans un sens ou dans l’autre.
En pratique : devant un choc septique aux urgences, le choix entre un remplissage plus large d’emblée et une introduction précoce des vasopresseurs ne modifie pas le devenir à trois mois : les deux façons de faire restent défendables et peuvent être adaptées au patient et aux moyens disponibles. La stratégie restreinte en volume s’accompagne de nettement moins d’œdèmes pulmonaires, 0,6 % contre 5,0 %, ce qui peut peser chez un patient dont la tolérance au remplissage est limitée. Rien ici ne justifie pour autant de restreindre le remplissage chez un patient qui y répond.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CLEANSE

HA-330 hemoadsorption in septic shock requiring high-dose norepinephrine: a multicenter randomized controlled trial (CLEANSE)

Crit Care · 11 juin 2026 · Essai randomisé interrompu prématurément, 128 patients

Cet essai randomisé a évalué l’ajout de deux séances de 3 heures d’hémoadsorption par cartouche HA-330 au traitement habituel du choc septique nécessitant au moins 0,2 µg/kg/min de noradrénaline. Interrompu avant terme pour lenteur des inclusions et contraintes de financement, il n’a inclus que 128 patients sur les 206 prévus. La mortalité à 28 jours est de 44 % dans le groupe hémoadsorption contre 58 % dans le groupe traitement habituel, un écart qui n’atteint pas le seuil de signification statistique, et aucun des critères secondaires rapportés ne sépare les deux groupes.

Mortalité à 28 jours : 44 % (28/63) avec hémoadsorption contre 58 % (38/65) sous traitement habituel ; RR 0,76 ; IC95 % 0,54 à 1,07 ; p = 0,16
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients en choc septique nécessitant de fortes doses de vasopresseurs, l’adjonction d’une hémoadsorption des médiateurs de l’inflammation au traitement habituel réduit-elle la mortalité à 28 jours ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique conduit dans deux centres de recours, chez des patients en choc septique recevant au moins 0,2 µg/kg/min de noradrénaline. Les participants étaient répartis par tirage au sort dans un rapport de 1 pour 1 entre traitement habituel seul et traitement habituel complété par deux séances de 3 heures d’hémoadsorption au moyen de la cartouche HA-330. Le critère de jugement principal était la mortalité à 28 jours. L’essai a été arrêté lors de la deuxième analyse intermédiaire prévue, pour lenteur des inclusions et contraintes de financement, avant d’atteindre l’effectif prévu de 206 participants : 128 patients ont été inclus, 65 dans le groupe traitement habituel et 63 dans le groupe hémoadsorption. L’âge médian était de 67 ans et les caractéristiques initiales étaient globalement comparables.

Résultats clés

  • Mortalité à 28 jours : 44 % (28/63) avec hémoadsorption contre 58 % (38/65) sous traitement habituel ; RR 0,76 ; IC95 % 0,54 à 1,07 ; p = 0,16.
  • Analyse de survie sur le même critère : HR 0,68 ; IC95 % 0,44 à 1,07 ; p = 0,09.
  • Aucune différence sur les jours vivant sans soutien d’organe, la levée du choc, les doses de vasopresseurs ni les marqueurs de l’inflammation.
  • Dans un modèle de Cox ajusté a posteriori sur l’interleukine 6 et sur le score d’intensité vasopressive à l’inclusion, le rapport de risque de décès à 28 jours était de 0,62 ; IC95 % 0,39 à 0,97 ; p = 0,037. Cette analyse exploratoire ne permet pas de conclure à un bénéfice.
  • Aucun événement indésirable grave n’a été rapporté dans l’un ou l’autre groupe.

Limites

  • Essai interrompu avant d’atteindre l’effectif prévu : avec 128 patients au lieu de 206, la puissance est insuffisante pour trancher, et l’écart absolu observé de 14 points de pourcentage reste compatible avec l’absence d’effet.
  • L’interruption précoce d’un essai expose à surestimer un effet constaté lors d’une analyse intermédiaire.
  • Deux centres seulement participaient : la transposition à d’autres organisations de soins et à d’autres profils de patients demande de la prudence.
  • Le modèle de Cox ajusté sur l’interleukine 6 est une analyse conduite après coup : elle sert à formuler une hypothèse, non à établir un bénéfice.
En pratique : l’hémoadsorption par HA-330 ne peut pas être retenue aujourd’hui comme traitement adjuvant du choc septique à fortes doses de vasopresseurs, faute de bénéfice démontré sur la mortalité. L’écart observé va dans le sens d’un effet, mais il provient d’un essai arrêté tôt et trop petit pour conclure. L’analyse ajustée sur l’interleukine 6 laisse penser qu’une sélection des patients sur leur profil inflammatoire mériterait d’être étudiée, ce qui reste une hypothèse à éprouver dans un essai conçu pour cela.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Consensus d’experts · Lancet Commission

The Lancet Commission on Sepsis: transforming sepsis care and outcomes

Lancet · 22 avril 2026 · Rapport d’une commission internationale pluridisciplinaire

Le Lancet publie le rapport de sa commission internationale sur le sepsis, document de synthèse et de cadrage établi par un groupe pluridisciplinaire. Le rapport examine l’épidémiologie du sepsis et les facteurs cliniques, biologiques et organisationnels qui pèsent sur sa prise en charge, depuis la prévention de l’infection et son repérage précoce jusqu’au suivi des patients qui en réchappent. Il propose un cadre couvrant l’ensemble de ce parcours, adapté aux différences de moyens entre systèmes de santé, et fait une place explicite aux conséquences à long terme de la maladie.

Article original ↗

Question clinique

Comment organiser, à l’échelle internationale, la prévention, le repérage, le traitement et le suivi du sepsis, alors que les définitions, les outils diagnostiques et les moyens disponibles varient fortement d’un système de santé à l’autre ?

Méthode

Rapport d’une commission du Lancet, c’est-à-dire un travail de synthèse et de propositions conduit par un panel international pluridisciplinaire réunissant des compétences sur le sepsis et l’infection, en immunologie, en santé mondiale, en diagnostic, en essais cliniques, en développement du médicament et en sciences des données. Il ne s’agit ni d’un essai clinique ni d’une méta-analyse, mais d’un document de cadrage destiné à orienter la recherche et l’organisation des soins.

Résultats clés

  • La commission procède à une évaluation systématique de l’épidémiologie du sepsis et des facteurs cliniques, biologiques et organisationnels qui déterminent sa prise en charge.
  • Elle en dégage les principales limites actuelles et propose des solutions à l’échelle mondiale.
  • Elle recommande un cadre continu allant de la prévention des infections et du repérage précoce, à tous les niveaux de recours, jusqu’au traitement puis au suivi des patients, adapté aux différences entre systèmes de santé.
  • Le détail des constats et des propositions figure dans le texte intégral, seul document de référence.

Limites

  • Un rapport de commission n’est pas un texte de recommandations de pratique clinique : il oriente la recherche et l’organisation des soins, il ne fixe pas de conduite à tenir au lit du patient.
  • La portée mondiale du document conduit à des propositions générales, qui demandent à être déclinées selon les moyens et l’organisation de chaque système de santé.
  • Les constats reposent sur une synthèse d’experts et non sur la comparaison prospective de stratégies : leur effet sur le devenir des patients reste à démontrer.
En pratique : ce rapport ne modifie pas la conduite d’un choc septique au lit du patient, mais il dessine le cadre dans lequel s’inscriront les recommandations et les essais des prochaines années. Le message qui intéresse le plus directement le réanimateur est que la prise en charge est pensée comme un continuum : elle commence avant l’admission, par la prévention et le repérage de l’infection, et ne s’arrête pas à la sortie de réanimation. Sa lecture est surtout utile à qui participe à l’organisation des filières de repérage et de prise en charge de l’infection grave.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Consensus d’experts · SCCM-ESICM

Clinical Criteria for the Definition of Refractory Septic Shock: A Joint Delphi Consensus from the Society of Critical Care Medicine (SCCM) and European Society of Intensive Care Medicine (ESICM)

Crit Care Med · 24 mars 2026 · Consensus Delphi international, 56 experts

La forme la plus grave du choc septique n’avait jusqu’ici aucune définition partagée, ce qui compliquait autant la décision au lit du malade que la construction des essais. Un consensus Delphi conduit conjointement par la Society of Critical Care Medicine et la Société européenne de réanimation a retenu 13 critères cliniques parmi 29 énoncés soumis à 56 experts. Le choc septique réfractaire y est caractérisé par une hyperlactatémie persistante et/ou un temps de recoloration cutanée allongé, chez un patient qui ne répond plus au remplissage et reçoit plus de 0,5 µg/kg/min d’équivalent noradrénaline.

Définition retenue : hyperlactatémie persistante et/ou temps de recoloration cutanée allongé, chez un patient non répondeur au remplissage et recevant plus de 0,5 µg/kg/min d’équivalent noradrénaline · 13 critères retenus sur 29 énoncés soumis
Article original ↗

Question clinique

Sur quels critères cliniques définir le choc septique réfractaire, afin d’harmoniser le diagnostic, la prise en charge, le pronostic et la conception des futurs essais ?

Méthode

Revue de la littérature, prises de position d’un comité d’experts, puis procédure Delphi en cinq tours menée jusqu’à stabilité des réponses. Le panel, constitué conjointement par la Society of Critical Care Medicine et la Société européenne de réanimation, réunissait des réanimateurs de plusieurs pays, professions et disciplines : 57 invitations ont abouti à 56 participants. Le consensus était acquis lorsqu’au moins 75 % des experts se prononçaient dans les trois niveaux les plus hauts ou les plus bas d’une échelle de Likert à sept points, ou selon les réponses aux questions à choix unique ou multiple. Le comité de pilotage avait proposé 34 énoncés, dont 5 ont été rejetés après le deuxième tour ; parmi les 29 énoncés retenus, issus de huit domaines, 13 ont atteint le consensus.

Résultats clés

  • Critères retenus pour définir le choc septique réfractaire : marqueurs de défaillance d’organe (accord de 75 %, deux tours) et marqueurs de perfusion tissulaire (91,1 %, deux tours), dont la lactatémie (94,6 %, deux tours) et le temps de recoloration cutanée (76,8 %, deux tours).
  • Évaluation de la réponse au remplissage après la réanimation initiale : accord de 92,9 %, obtenu après cinq tours.
  • Seuil de vasopresseurs : administration de drogues vasoactives à une dose supérieure à 0,5 µg/kg/min d’équivalent noradrénaline (accord de 75,0 %, trois tours).
  • L’échographie en réanimation est le seul examen diagnostique à avoir atteint le consensus (92,9 %, trois tours), pour l’évaluation des situations où un choc mixte est suspecté.
  • Définition retenue : hyperlactatémie persistante et/ou temps de recoloration cutanée allongé, chez un patient non répondeur au remplissage et recevant plus de 0,5 µg/kg/min d’équivalent noradrénaline, avec évaluation échographique lorsqu’un choc mixte est suspecté. Au total, 13 critères retenus sur 29 énoncés soumis.

Limites

  • Un consensus d’experts reflète l’opinion d’un panel : il ne constitue pas une preuve expérimentale et n’a pas encore été validé sur des données de patients.
  • Plus de la moitié des énoncés soumis n’ont pas atteint le consensus, ce qui laisse plusieurs zones d’incertitude.
  • La valeur pronostique de cette définition, et son aptitude à sélectionner les patients pour un essai ou pour une thérapeutique de sauvetage, restent à démontrer.
  • Le seuil de 0,5 µg/kg/min d’équivalent noradrénaline suppose une conversion homogène entre vasopresseurs, qui varie selon les équipes.
En pratique : ce texte donne un langage commun pour désigner le patient qui échappe à la réanimation habituelle du choc septique, utile en transmission, en staff et pour discuter une thérapeutique de sauvetage. Les repères sont simples et disponibles au lit du malade : lactate, temps de recoloration cutanée, réponse au remplissage, dose de vasopresseurs exprimée en équivalent noradrénaline, et échographie dès qu’un mécanisme mixte est suspecté. Il ne dit rien, en revanche, de ce qu’il faut faire une fois l’étiquette posée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations · Surviving Sepsis Campaign

Surviving Sepsis Campaign: International Guidelines for Management of Sepsis and Septic Shock 2026

Crit Care Med · 23 mars 2026 · Recommandations internationales · 129 énoncés, 69 experts de 23 pays

La Surviving Sepsis Campaign, initiative commune de la Society of Critical Care Medicine et de la Société européenne de réanimation, publie la mise à jour de ses recommandations sur le sepsis et le choc septique de l’adulte, cinq ans après l’édition 2021. Le texte comprend 129 énoncés, dont 46 inédits, et introduit un vocabulaire gradué du degré de certitude diagnostique : sepsis certain, probable, possible ou improbable. Cette gradation commande désormais le délai d’administration des anti-infectieux, l’urgence immédiate étant réservée aux situations où l’infection est probable ou certaine, ou en présence d’un choc.

Article original ↗

Question clinique

Comment reconnaître et traiter le sepsis et le choc septique de l’adulte, à l’hôpital comme dans les périodes qui l’encadrent immédiatement ?

Méthode

Recommandations de pratique élaborées par un panel de 69 experts issus de 23 pays, dont 38 % exercent ou ont exercé dans un pays à revenu faible ou intermédiaire. Le texte compte 129 énoncés, dont 46 portent sur des questions non traitées dans l’édition 2021, les autres reprenant ou actualisant celle-ci. Chaque énoncé est gradué en recommandation forte ou conditionnelle selon le niveau de preuve. La publication est simultanée dans Critical Care Medicine et Intensive Care Medicine.

Résultats clés

  • Un vocabulaire commun gradue la probabilité diagnostique en sepsis certain, probable, possible ou improbable, et structure l’ensemble du texte.
  • Anti-infectieux : administration immédiate, idéalement dans l’heure, en cas de choc septique possible, probable ou certain, ainsi qu’en cas de sepsis probable ou certain sans choc (recommandation forte).
  • Sepsis seulement possible, sans choc : le panel propose, de façon conditionnelle, une évaluation rapide dans les 3 heures — anamnèse, examen clinique et examens complémentaires — pour distinguer les causes infectieuses des autres avant de décider d’un traitement anti-infectieux.
  • Remplissage : cristalloïdes balancés préférés au sérum salé isotonique à 0,9 % ; au-delà des 30 mL/kg initiaux, une stratégie libérale ou restrictive peut être choisie selon le patient.
  • Hémodynamique : la noradrénaline reste le vasopresseur de première intention, et la cible initiale de pression artérielle moyenne reste 65 mmHg plutôt qu’une valeur plus élevée (recommandations fortes).
  • Faible probabilité d’infection : le panel propose, de façon conditionnelle, de différer les anti-infectieux en gardant le patient sous surveillance rapprochée.
  • Corticothérapie : des corticoïdes intraveineux sont proposés dans le choc septique, de façon conditionnelle et sur un niveau de preuve faible.
  • La continuité des soins après l’hospitalisation, y compris la réadaptation physique et psychologique, fait l’objet d’un chapitre étoffé.

Limites

  • Une part importante des énoncés repose sur un niveau de preuve faible ou très faible et relève donc de recommandations conditionnelles.
  • Le délai de 3 heures ouvert au sepsis seulement possible n’a pas été validé par un essai randomisé dédié : il traduit un arbitrage entre risque de retard thérapeutique et exposition inutile aux anti-infectieux.
  • Les recommandations concernent l’adulte ; un texte distinct traite du sepsis de l’enfant.
  • Le détail des 129 énoncés et de leur argumentaire ne peut être résumé ici : le texte intégral reste la référence.
En pratique : le réflexe « antibiotique dans l’heure pour tout le monde » se nuance : il reste impératif devant un choc ou un sepsis probable, mais devant un tableau seulement possible sans choc, les recommandations autorisent à prendre jusqu’à 3 heures pour écarter une cause non infectieuse. Le socle hémodynamique ne bouge pas : cristalloïdes balancés, noradrénaline d’emblée, cible de pression artérielle moyenne à 65 mmHg. Le texte intégral mérite une lecture complète, en particulier ses chapitres sur la désescalade anti-infectieuse et le suivi après la réanimation.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · Tigris

Polymyxin B haemoadsorption in endotoxic septic shock (Tigris): a multicentre, open-label, Bayesian, randomised, controlled, phase 3 trial

Lancet Respir Med · 23 mars 2026 · Essai randomisé bayésien de phase 3, 157 patients, 19 hôpitaux

Chez les patients en choc septique avec activité endotoxinique élevée et défaillance multiviscérale, deux séances d’hémoadsorption par cartouche de polymyxine B ont été comparées au seul traitement standard. Dans ce petit essai mené selon un cadre bayésien, la mortalité à 28 jours était de 39 % sous polymyxine B contre 45 % sous traitement standard, avec une probabilité a posteriori de bénéfice de 95,3 %, mais un intervalle de crédibilité qui n’exclut pas l’absence d’effet. Le signal est plus net à 90 jours. Le recrutement, très sélectif, a nécessité le dépistage de 14 890 patients pour 157 inclusions.

Mortalité à 28 jours : 39 % sous polymyxine B contre 45 % sous traitement standard (odds ratio ajusté 0,67 ; intervalle de crédibilité à 95 % 0,391,08 ; probabilité a posteriori de bénéfice 95,3 %) · à 90 jours : odds ratio 0,54 (0,320,87), probabilité 99,4 %
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en choc septique à forte activité endotoxinique avec défaillance multiviscérale, l’épuration extracorporelle de l’endotoxine par cartouche de polymyxine B réduit-elle la mortalité ?

Méthode

Essai randomisé en ouvert, de phase 3, mené dans 19 hôpitaux entre le 30 septembre 2019 et le 10 avril 2025. Étaient inclus les adultes en choc septique sous vasopresseurs, avec défaillance de plusieurs organes et une activité endotoxinique comprise entre 0,60 et 0,89 unité. La randomisation se faisait selon un rapport 2:1 entre deux séances d’hémoadsorption de polymyxine B ajoutées au traitement standard et le traitement standard seul. Chaque séance durait 90 à 120 minutes, avec un débit sanguin de 80 à 120 mL/min, les deux séances étant séparées de 22 heures. Le critère principal était la mortalité à 28 jours en intention de traiter, la mortalité à 90 jours étant le critère secondaire principal. La conception et l’analyse suivaient un cadre bayésien, avec une loi a priori sur l’effet du traitement issue d’un sous-groupe de l’essai antérieur EUPHRATES. Sur 14 890 patients dépistés, 157 ont été inclus : 106 dans le groupe polymyxine B et 51 dans le groupe témoin (66 femmes, soit 42 %, et 91 hommes, soit 58 %).

Résultats clés

  • Critère principal — mortalité à 28 jours : 41 décès, soit 39 %, sous polymyxine B contre 23 décès, soit 45 %, sous traitement standard (odds ratio ajusté sur le score APACHE II 0,67 ; intervalle de crédibilité à 95 % 0,391,08 ; probabilité a posteriori de bénéfice 95,3 %).
  • Mortalité à 90 jours : odds ratio 0,54 (intervalle de crédibilité à 95 % 0,320,87), probabilité a posteriori de bénéfice 99,4 %.
  • Sécurité : un événement indésirable grave est survenu chez 30 des 100 patients évaluables du groupe polymyxine B, soit 30 %, contre 11 des 51 patients témoins, soit 22 %, l’intervalle de confiance de la différence incluant zéro (IC95 % −22 à 6 points). Deux événements graves ont été rattachés au traitement : l’un à la polymyxine B, l’autre à la pose du cathéter.

Limites

  • Effectif très réduit : 157 patients inclus pour 14 890 dépistés, ce qui traduit une population très sélectionnée et interroge la transposition au malade tout-venant.
  • Sur le critère principal, l’intervalle de crédibilité à 95 % englobe l’absence d’effet : la conclusion repose sur une probabilité a posteriori, calculée à partir d’une loi a priori tirée d’un sous-groupe d’un essai antérieur, ce qui rend le résultat dépendant de ce choix.
  • Essai en ouvert, sans procédure simulée dans le groupe témoin ; seule l’équipe de recherche était en insu de l’attribution.
  • La sélection repose sur la mesure de l’activité endotoxinique, technique qui n’est pas disponible dans la plupart des réanimations.
  • Essai financé par un industriel du domaine.
En pratique : ce résultat ne modifie pas la prise en charge du choc septique aujourd’hui : l’hémoadsorption de polymyxine B suppose de disposer d’un dosage d’activité endotoxinique et d’un dispositif dédié, et le critère principal ne permet pas d’affirmer un bénéfice. Il rouvre cependant la discussion sur l’épuration ciblée de l’endotoxine, à condition de sélectionner les patients sur un marqueur biologique, après un essai antérieur dont seul un sous-groupe allait dans ce sens. À suivre, sans transposition au chevet du malade en dehors d’un protocole.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PRONTO

Procalcitonin testing combined with NEWS2 evaluation compared with usual care based on NEWS2 for identification of sepsis and antibiotic initiation in the emergency department in England and Wales (PRONTO): a multicentre, randomised, controlled, open-label, phase 3 trial

Lancet Respir Med · 22 mars 2026 · Essai randomisé de phase 3, 5 453 patients analysés, 20 services d’urgence

Mettre un dosage rapide de procalcitonine à la disposition des urgentistes, en complément du score d’alerte précoce NEWS2, permet-il de mieux reconnaître le sepsis et de prescrire moins d’antibiotiques ? Chez 5 453 adultes suspects de sepsis, la proportion de patients recevant une antibiothérapie intraveineuse dans les trois heures est restée inchangée : 48,4 % contre 48,2 %. En revanche, la mortalité à 28 jours, second critère principal évalué en non-infériorité, a été plus basse dans le groupe guidé par la procalcitonine : 13,6 % contre 16,6 %. Cette différence reste inexpliquée : aucune analyse prévue au protocole ne l’éclaire.

Antibiothérapie intraveineuse dans les 3 heures : 48,4 % contre 48,2 % (différence ajustée −0,08 point ; IC95 % −2,58 à 2,42 ; p = 0,95) · mortalité à 28 jours : 13,6 % contre 16,6 % (différence ajustée −3,12 points ; IC90 % −4,68 à −1,57 ; p = 0,0009)
Article original ↗

Question clinique

Aux urgences, chez l’adulte pris en charge pour suspicion de sepsis, l’adjonction d’un dosage rapide de procalcitonine au score d’alerte précoce NEWS2 améliore-t-elle la reconnaissance du sepsis et permet-elle de réduire la prescription d’antibiotiques sans majorer la mortalité ?

Méthode

Essai randomisé en ouvert, à deux bras parallèles, conduit dans 20 services d’urgence d’Angleterre et du pays de Galles entre le 20 novembre 2020 et le 1er novembre 2023. Les patients de 16 ans ou plus suspects de sepsis ont été répartis 1:1 entre la prise en charge habituelle, fondée sur le NEWS2, et une prise en charge guidée par la procalcitonine associée au NEWS2, selon un algorithme purement indicatif que les cliniciens restaient libres de suivre, d’ignorer ou d’amender. Les deux critères de jugement principaux étaient l’introduction d’une antibiothérapie intraveineuse dans les 3 heures suivant le tri (recherche de supériorité) et la mortalité à 28 jours (recherche de non-infériorité, marge de 2,5 points de pourcentage sur la différence de risque, intervalle de confiance à 90 %). Sur 7 667 patients randomisés, 5 453 disposaient des données des deux critères principaux et ont constitué la population d’analyse (2 715 en prise en charge habituelle, 2 738 en prise en charge guidée).

Résultats clés

  • Premier critère principal — antibiothérapie intraveineuse dans les 3 heures : 48,4 % (1 325/2 738) contre 48,2 % (1 308/2 715), différence ajustée −0,08 point (IC95 % −2,58 à 2,42 ; p = 0,95). La stratégie n’a donc pas modifié la prescription précoce d’antibiotiques.
  • Second critère principal — mortalité à 28 jours : 13,6 % (372/2 738) contre 16,6 % (450/2 715), différence ajustée −3,12 points (IC90 % −4,68 à −1,57 ; p = 0,0009). La borne supérieure étant à la fois inférieure à la marge de non-infériorité et à zéro, la non-infériorité et la supériorité sont conclues au seuil unilatéral de 5 %.
  • Le résultat de procalcitonine n’a été pris en compte dans la décision que chez 64,7 % (1 771/2 738) des patients du groupe guidé.
  • Aucune analyse de sous-groupe, de sensibilité ou secondaire prévue au protocole n’explique la différence de mortalité.
  • Sécurité : 180 événements indésirables, dont 96 chez 57 patients (1,9 %) en prise en charge habituelle et 84 chez 66 patients (2,2 %) en prise en charge guidée. Un seul événement indésirable grave a été rapporté comme probablement ou certainement lié au dosage lui-même.

Limites

  • Essai en ouvert, sans insu pour les patients, les investigateurs ni les évaluateurs des critères.
  • La mortalité était évaluée en non-infériorité ; la supériorité n’était pas l’hypothèse testée en premier lieu et reste inexpliquée par les analyses prévues.
  • L’algorithme n’était qu’indicatif et le résultat n’a été utilisé que dans les deux tiers des cas : l’intervention réellement délivrée reste hétérogène.
  • Une part notable des patients randomisés n’a pas pu être incluse dans l’analyse principale faute de données sur les deux critères (7 667 randomisés, 5 453 analysés), ce qui expose à un biais de sélection.
  • Le recrutement a débuté pendant la période de la Covid-19, dont l’influence sur la prescription d’antibiotiques et la mortalité ne peut être écartée.
En pratique : mettre la procalcitonine à disposition aux urgences ne fait pas prescrire moins d’antibiotiques ni plus vite : sur l’objectif qui justifiait le dosage, l’essai est négatif. La baisse de mortalité observée est de grande ampleur pour une intervention diagnostique, mais elle reste inexpliquée : elle appelle une confirmation avant de fonder une politique de service sur ce seul résultat. En attendant, la décision d’antibiothérapie devant une suspicion de sepsis reste clinique, et un dosage de procalcitonine ne doit pas retarder l’antibiotique chez un patient en état de choc.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Inhaled Antibiotics to Treat Ventilator-Associated Pneumonia: A Systematic Review and Meta-Analysis

Crit Care Med · 16 mars 2026 · 32 essais randomisés, analyse de sensibilité sur 41 études non randomisées

Cette méta-analyse rassemble 32 essais randomisés ayant testé l’ajout d’un antibiotique inhalé au traitement des pneumonies acquises sous ventilation mécanique. Comparé au placebo ou à l’absence d’aérosol, l’antibiotique inhalé augmente la guérison clinique et l’éradication microbiologique, et s’accompagne d’une mortalité plus basse. Le bénéfice n’apparaît que dans les essais consacrés aux seules pneumonies sous ventilation, pas dans ceux qui mêlaient plusieurs types de pneumonie.

Guérison clinique : RR 1,24 ; IC95 % 1,07–1,43 (16 essais, n = 1425) · mortalité toutes causes : RR 0,84 ; IC95 % 0,71–0,98 (21 essais, n = 1855)
Article original ↗

Question clinique

Ajouter un antibiotique administré par voie inhalée au traitement intraveineux d’une pneumonie acquise sous ventilation mécanique améliore-t-il la guérison et la survie ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse à effets aléatoires, recherche menée dans cinq bases jusqu’au 31 mai 2025. L’analyse principale porte sur 32 essais randomisés comparant un antibiotique inhalé en adjuvant à un placebo, à l’absence d’aérosol ou à l’antibiothérapie intraveineuse ; 41 études non randomisées servent d’analyse de sensibilité. Ce travail est complété par des analyses en sous-groupes, une méta-régression, une analyse séquentielle des essais et une cotation GRADE de la qualité des preuves.

Résultats clés

  • Contre placebo ou absence d’aérosol : guérison clinique RR 1,24 ; IC95 % 1,07–1,43 (16 essais, n = 1425) et mortalité toutes causes RR 0,84 ; IC95 % 0,71–0,98 (21 essais, n = 1855), résultats retrouvés dans les analyses de sensibilité incluant les études non randomisées.
  • Dans les seuls essais consacrés aux pneumonies acquises sous ventilation : guérison clinique RR 1,29 ; IC95 % 1,10–1,52 (11 essais, n = 775) et mortalité RR 0,77 ; IC95 % 0,65–0,90 (15 essais, n = 1152). Aucun bénéfice significatif dans les essais mêlant plusieurs populations de pneumonie, et la méta-régression retient ce caractère comme modificateur d’effet.
  • Éradication microbiologique plus fréquente : RR 1,42 ; IC95 % 1,27–1,58 (20 essais, n = 1805). Apparition de nouvelles résistances moins fréquente : RR 0,20 ; IC95 % 0,06–0,64, mais sur 4 essais et 182 patients seulement.
  • Toujours contre placebo ou absence d’aérosol : pas de différence sur la durée de séjour en réanimation, la durée de ventilation ni les autres effets indésirables.
  • Comparé à l’antibiothérapie intraveineuse, et sur des données très limitées : durée de ventilation raccourcie de 2,11 jours (IC95 % −3,73 à −0,49 jour ; 3 essais, n = 322) et moins de néphrotoxicité (RR 0,42 ; IC95 % 0,26–0,68 ; 3 essais, n = 292).

Limites

  • Les essais inclus sont nombreux mais petits : les comparaisons reposent souvent sur quelques centaines de patients, et certaines sur moins de 200.
  • Les molécules, les doses, les dispositifs de nébulisation et les définitions de la guérison clinique diffèrent d’un essai à l’autre.
  • La comparaison directe avec l’antibiothérapie intraveineuse est qualifiée d’exploratoire et ne permet pas de substituer l’aérosol à la voie veineuse.
  • Le résultat sur les nouvelles résistances, très favorable, repose sur un effectif trop faible pour être tenu pour acquis.
En pratique : chez un patient ventilé traité pour une pneumonie acquise sous ventilation mécanique, l’ajout d’un antibiotique inhalé au traitement intraveineux apparaît comme une option raisonnable : la guérison clinique et l’éradication microbiologique sont plus fréquentes, sans excès d’effets indésirables. Le signal sur la mortalité est encourageant mais provient d’essais de petite taille et ne suffit pas à en faire un standard. L’aérosol reste un adjuvant : rien ici ne justifie de renoncer à la voie intraveineuse.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · ImmunoSep

Precision Immunotherapy to Improve Sepsis Outcomes: The ImmunoSep Randomized Clinical Trial

JAMA · 3 mars 2026 · Essai randomisé de phase 2 contre placebo, 276 patients analysés

Cet essai randomisé en double insu a testé une immunothérapie choisie selon le profil biologique du patient : anakinra par voie intraveineuse en cas de syndrome d’activation macrophagique, interféron gamma recombinant humain par voie sous-cutanée en cas d’immunoparalysie induite par le sepsis. Chez 276 patients en sepsis avec pneumonie ou bactériémie, la proportion de malades dont le score SOFA baisse d’au moins 1,4 point à J9 est de 35,1 % sous immunothérapie ciblée et de 17,9 % sous placebo. La mortalité à 28 jours n’est pas modifiée de façon statistiquement significative.

Baisse d’au moins 1,4 point du score SOFA à J9 : 35,1 % (46/131) sous immunothérapie ciblée contre 17,9 % (26/145) sous placebo ; différence 17,2 % ; IC95 % 6,8 à 27,2 ; p = 0,002
Article original ↗

Question clinique

Chez des patients en sepsis, une immunothérapie choisie en fonction du profil immunitaire — syndrome d’activation macrophagique d’un côté, immunoparalysie de l’autre — fait-elle régresser la défaillance d’organe au neuvième jour ?

Méthode

Essai randomisé, en double insu, avec double placebo, mené dans 6 pays. Étaient admissibles des patients en sepsis selon la définition Sepsis-3 présentant une pneumonie communautaire, nosocomiale ou acquise sous ventilation mécanique, ou une bactériémie, et dont la biologie montrait soit un syndrome d’activation macrophagique (ferritine sanguine supérieure à 4420 ng/mL), soit une immunoparalysie induite par le sepsis (ferritine inférieure ou égale à 4420 ng/mL et moins de 5000 récepteurs HLA-DR sur les monocytes CD45/CD14). Le groupe immunothérapie recevait de l’anakinra par voie intraveineuse en cas de syndrome d’activation macrophagique, ou de l’interféron gamma recombinant humain par voie sous-cutanée en cas d’immunoparalysie, avec le placebo de l’autre voie ; le groupe témoin recevait les deux placebos. Le traitement était poursuivi jusqu’à 15 jours. Le critère de jugement principal était une baisse d’au moins 1,4 point du score SOFA moyen entre l’inclusion et J9. Sur 672 patients évalués, 281 ont été randomisés et 276 analysés ; l’âge moyen était de 70 ans et le score SOFA médian à l’inclusion de 9, avec un intervalle interquartile de 7 à 11.

Résultats clés

  • Baisse d’au moins 1,4 point du score SOFA à J9 : 35,1 % (46/131) sous immunothérapie ciblée contre 17,9 % (26/145) sous placebo ; différence 17,2 % ; IC95 % 6,8 à 27,2 ; p = 0,002.
  • La mortalité à 28 jours, critère secondaire, ne diffère pas de façon statistiquement significative entre les deux groupes.
  • Au total, 1069 événements indésirables graves survenus sous traitement ont été rapportés ; une augmentation des anémies a été notée sous anakinra et des hémorragies sous interféron gamma recombinant humain.

Limites

  • Essai de phase 2 : les 276 patients analysés permettent de juger un critère intermédiaire, non la mortalité.
  • Le critère principal est une variation du score SOFA à J9 ; son lien avec le devenir des patients n’est pas établi ici, puisque la mortalité à 28 jours n’est pas modifiée.
  • L’admissibilité reposait sur deux dosages, ferritine et expression monocytaire de HLA-DR, dont la disponibilité en routine et le délai de rendu conditionnent toute application.
  • Deux traitements très différents sont réunis dans une même comparaison : l’essai ne permet pas d’apprécier séparément l’effet de l’anakinra et celui de l’interféron gamma recombinant humain.
  • Les événements indésirables graves ont été nombreux, avec un excès d’anémies sous anakinra et d’hémorragies sous interféron gamma.
En pratique : cet essai montre qu’un traitement immunomodulateur choisi d’après le profil biologique du patient fait régresser la défaillance d’organe à J9 au cours du sepsis. Il ne justifie pas de modifier la prise en charge aujourd’hui : le bénéfice porte sur un critère intermédiaire, la mortalité n’est pas modifiée et ni le dosage de la ferritine ni la mesure de l’expression monocytaire de HLA-DR ne sont accessibles partout en urgence. Il indique en revanche la direction des essais à venir, où le sepsis sera abordé par profils immunitaires plutôt que comme une entité unique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Recommandations · Global Alliance for Infections in Surgery

Necrotizing soft-tissue infections survival guide in adult patients: A position statement by the Global Alliance for Infections in Surgery

J Trauma Acute Care Surg · 17 décembre 2025 · Prise de position pluridisciplinaire

Cette prise de position pluridisciplinaire décrit la conduite à tenir de première ligne devant une infection nécrosante des tissus mous chez l’adulte, affection d’évolution rapide souvent accompagnée de signes de toxicité générale et d’une défaillance multiviscérale progressive. Le texte rappelle que tout retard de diagnostic ou de traitement expose à des conséquences graves et que la prise en charge repose sur un parage chirurgical précoce emportant l’ensemble des tissus nécrosés, une antibiothérapie dirigée et un soutien hémodynamique. Le document insiste sur la collaboration entre chirurgiens, réanimateurs et infectiologues, dès la prise en charge initiale puis pour la cicatrisation et la reconstruction.

Article original ↗

Question clinique

Quelle conduite tenir en première ligne devant une infection nécrosante des tissus mous chez l’adulte, du diagnostic au contrôle chirurgical de la source et à la prise en charge des défaillances ?

Méthode

Prise de position fondée sur les données disponibles, établie par un groupe de travail pluridisciplinaire réuni par la Global Alliance for Infections in Surgery. Son objet déclaré est de décrire les meilleures pratiques de prise en charge de première ligne des infections nécrosantes des tissus mous de l’adulte. Il ne s’agit ni d’un essai ni d’une méta-analyse, mais d’un texte de synthèse destiné à la pratique.

Résultats clés

  • Le diagnostic doit être porté sans délai : la progression locale est rapide et souvent mortelle, et tout retard de diagnostic ou de traitement expose à des conséquences lourdes.
  • Le traitement associe un parage chirurgical adapté, une antibiothérapie dirigée et un soutien hémodynamique.
  • Le parage chirurgical précoce, avec exérèse complète des tissus nécrosés et amputation lorsqu’elle est nécessaire, est présenté comme indispensable pour diminuer la mortalité et les autres complications.
  • La prise en charge initiale suppose une collaboration étroite entre chirurgiens, réanimateurs et infectiologues ; les parages étendus posent ensuite des problèmes de cicatrisation, de conservation de la fonction, de reconstruction et de résultat esthétique, qui prolongent ce travail commun.

Limites

  • Il s’agit d’une prise de position d’un groupe de travail : elle synthétise les pratiques jugées optimales et ne repose pas sur la comparaison randomisée de stratégies.
  • Le texte porte sur l’adulte et ne préjuge pas de la conduite à tenir chez l’enfant.
  • Ces infections restent rares et très hétérogènes, ce qui limite le niveau de preuve disponible pour chacune des mesures proposées.
En pratique : devant une infection des tissus mous qui s’étend rapidement ou s’accompagne de signes généraux marqués, l’enjeu est d’alerter le chirurgien sans attendre la confirmation du diagnostic : le texte rappelle qu’un retard de diagnostic ou de traitement expose à des conséquences graves. Le rôle du réanimateur ne se limite pas au soutien hémodynamique et à l’antibiothérapie ; il s’inscrit dans une prise en charge commune avec le chirurgien et l’infectiologue, poursuivie bien après le premier parage. Ce texte ne remplace pas un protocole local, mais il en fournit la trame.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · ANDROMEDA-SHOCK-2

Personalized Hemodynamic Resuscitation Targeting Capillary Refill Time in Early Septic Shock: The ANDROMEDA-SHOCK-2 Randomized Clinical Trial

JAMA · 9 décembre 2025 · Essai randomisé, 1 467 patients analysés, 86 centres de 19 pays

Dans le choc septique de moins de quatre heures, cet essai a comparé une réanimation hémodynamique personnalisée, guidée par le temps de recoloration cutanée et complétée par la pression pulsée, la pression artérielle diastolique, la réponse au remplissage et l’échographie au lit du malade, à la prise en charge habituelle. Sur un critère hiérarchisé associant mortalité, durée des suppléances vitales et durée de séjour à 28 jours, la stratégie personnalisée l’emporte de peu : rapport de duels gagnés de 1,16. L’avantage vient surtout d’une durée de suppléance d’organe plus courte, non d’une baisse de la mortalité.

Critère principal hiérarchisé à 28 jours : rapport de duels gagnés 1,16 (IC95 % 1,021,33 ; p = 0,04), soit 48,9 % de duels gagnés par la stratégie personnalisée contre 42,1 %
Article original ↗

Question clinique

À la phase précoce du choc septique, une réanimation hémodynamique personnalisée, ayant pour objectif la normalisation du temps de recoloration cutanée, fait-elle mieux que la prise en charge habituelle ?

Méthode

Essai randomisé mené dans 86 centres de 19 pays, entre mars 2022 et avril 2025, dernier suivi en juillet 2025. Les patients étaient inclus dans les quatre premières heures d’un choc septique et répartis entre une réanimation personnalisée guidée par le temps de recoloration cutanée (n = 720) — associant évaluation de la pression pulsée, de la pression artérielle diastolique, de la réponse au remplissage et échocardiographie au lit du malade pour régler solutés, vasopresseurs et inotropes — et la prise en charge habituelle (n = 747). Le critère principal était un critère hiérarchisé à 28 jours : d’abord la mortalité, puis la durée des suppléances vitales (drogues vasoactives, ventilation mécanique, épuration extrarénale), puis la durée de séjour hospitalier. Il était analysé en comparant toutes les paires de patients possibles, stratifiées sur le score APACHE II médian à l’admission, et exprimé en rapport de duels gagnés (win ratio). Sur 1 501 patients randomisés, 1 467 ont été analysés (âge moyen 66 ans, écart-type 17 ; 43,3 % de femmes).

Résultats clés

  • Critère principal hiérarchisé à 28 jours : rapport de duels gagnés 1,16 (IC95 % 1,021,33 ; p = 0,04), soit 48,9 % de duels gagnés par la stratégie personnalisée contre 42,1 % — 131 131 duels gagnés contre 112 787.
  • Décomposition du critère : les duels départagés par le décès représentaient 19,1 % contre 17,8 %, ceux départagés par la durée des suppléances vitales 26,4 % contre 21,1 %, et ceux départagés par la durée de séjour 3,4 % contre 3,2 %.
  • Le bénéfice observé tient donc principalement à une durée de suppléance d’organe plus courte ; aucune réduction de mortalité n’est démontrée.

Limites

  • Essai en ouvert : le protocole personnalisé ne peut être appliqué en insu, ce qui expose les critères de durée de suppléance et de séjour aux décisions des soignants.
  • La marge est étroite : la borne inférieure de l’intervalle de confiance est proche de 1 et le degré de signification reste faible (p = 0,04).
  • Un critère hiérarchisé ne permet pas d’attribuer le résultat à l’une de ses composantes prise isolément.
  • L’intervention associe plusieurs éléments — mesure du temps de recoloration, évaluation de la réponse au remplissage, échographie — sans qu’on puisse savoir lequel a pésé ; la prise en charge habituelle n’était pas standardisée.
En pratique : le temps de recoloration cutanée, mesuré de façon standardisée et intégré à une évaluation hémodynamique structurée, est un objectif de réanimation défendable à la phase précoce du choc septique : il ne demande aucun matériel et s’accompagne ici de suppléances d’organe plus courtes. Le résultat ne permet pas d’annoncer un gain de survie, et l’ampleur du bénéfice reste modeste. La leçon utilisable au quotidien est moins le chiffre que la méthode : réévaluer régulièrement la perfusion périphérique et la réponse au remplissage plutôt que de poursuivre un remplissage aveugle.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · TARTARE-2S

Targeted Tissue Perfusion Versus Macrocirculatory-Guided Standard Care in Patients With Septic Shock: A Randomized Clinical Trial-The TARTARE-2S Trial

Crit Care Med · 17 octobre 2025 · Essai randomisé ouvert, 219 patients en choc septique

Cet essai ouvert a comparé, chez deux cent dix-neuf patients en choc septique avec un lactate supérieur à 3 mmol/L, une réanimation guidée par la perfusion tissulaire — temps de recoloration cutanée, température de la peau, lactate, avec une pression artérielle moyenne tolérée entre 50 et 65 mmHg — à une prise en charge guidée par les objectifs hémodynamiques habituels. Le nombre de jours vivants à 30 jours avec un lactate normal et sans vasopresseur ni inotrope n’a pas augmenté. La mortalité à 30 jours et les effets indésirables graves étaient comparables.

Jours vivants sur 30 avec lactate normal et sans vasopresseur ni inotrope : médiane 23 (intervalle interquartile 10–27) contre 22 (1–27) ; différence des médianes 0,59 ; IC95 % −3 à 4
Article original ↗

Question clinique

Dans le choc septique, piloter la réanimation sur des signes de perfusion tissulaire en acceptant une pression artérielle moyenne plus basse que celle recommandée fait-il mieux qu’une prise en charge guidée par la macrocirculation ?

Méthode

Essai randomisé en groupes parallèles, ouvert, avec suivi à 30 jours, mené de 2016 à 2022 dans trois réanimations universitaires européennes ; randomisation stratifiée sur le centre et sur l’existence d’une hypertension artérielle chronique. Deux cent dix-neuf patients en choc septique avec lactate supérieur à 3 mmol/L ont été répartis entre la stratégie guidée par la perfusion tissulaire (n = 111 : temps de recoloration cutanée, température cutanée périphérique, lactate artériel, pression artérielle moyenne de 50 à 65 mmHg) et la prise en charge de référence (n = 108, objectifs hémodynamiques de la Surviving Sepsis Campaign 2012). Le critère de jugement principal était le nombre de jours vivants au cours des 30 premiers jours avec un lactate normal et sans vasopresseur ni inotrope.

Résultats clés

  • Critère principal analysé chez 194 patients : 97 (87,4 %) dans le groupe perfusion tissulaire et 97 (89,8 %) dans le groupe de référence.
  • Médiane de 23 jours (intervalle interquartile 10–27) contre 22 jours (1–27) ; différence des médianes 0,59 ; IC95 % −3 à 4 — différence non significative.
  • Mortalité à 30 jours : 24 patients (24,7 %) contre 27 (27,8 %). Les autres critères secondaires — composantes prises séparément, jours vivants sans suppléance d’organe à 30 jours — ne différaient pas non plus.
  • Les effets indésirables graves étaient comparables entre les groupes, alors que la pression artérielle moyenne était effectivement plus basse dans le groupe guidé par la perfusion tissulaire.

Limites

  • Effectif modeste et recrutement étalé sur six ans dans trois centres seulement : l’essai n’a pas la puissance de conclure sur la mortalité.
  • Essai ouvert, ce qui expose les décisions thérapeutiques quotidiennes à un biais.
  • Le comparateur reprend les objectifs de 2012, antérieurs aux recommandations actuelles.
  • Le critère principal, composite et peu utilisé ailleurs, rend la comparaison avec les autres essais de réanimation du choc septique délicate.
En pratique : cet essai ne montre pas de bénéfice à piloter la réanimation du choc septique sur des signes de perfusion périphérique en acceptant une pression artérielle moyenne de 50 à 65 mmHg. Il n’apporte pas non plus de signal de danger : tolérer une pression plus basse chez un patient dont la perfusion tissulaire se corrige n’a pas augmenté la mortalité ni les événements graves. Avec deux cent dix-neuf patients, ces résultats nourrissent la discussion sur les objectifs de pression sans la trancher.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · GAME CHANGER

Cefiderocol versus standard therapy for hospital-acquired and health-care-associated Gram-negative bacterial bloodstream infection (the GAME CHANGER trial): an open-label, parallel-group, randomised trial

Lancet Infect Dis · 6 octobre 2025 · Essai randomisé de non-infériorité, 504 patients analysés, 17 hôpitaux

Le céfidérocol, céphalosporine sidérophore active in vitro sur les bacilles à Gram négatif résistants aux carbapénèmes, a été comparé au traitement antibiotique habituel chez 504 adultes ayant une bactériémie à bacille à Gram négatif nosocomiale ou liée aux soins. La mortalité toutes causes à 14 jours a été de 8 % sous céfidérocol contre 7 % sous traitement standard, ce qui établit la non-infériorité avec une marge de 10 points. Aucune supériorité n’a été observée, ni dans l’ensemble de la population, ni dans le quart de patients infectés par une bactérie résistante aux carbapénèmes.

Mortalité toutes causes à 14 jours : 8 % sous céfidérocol contre 7 % sous traitement standard (différence absolue 1 point ; IC95 % −3 à 6), non-infériorité démontrée avec une marge de 10 points
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ayant une bactériémie à bacille à Gram négatif acquise à l’hôpital ou liée aux soins, le céfidérocol est-il au moins aussi efficace que l’antibiothérapie standard pour éviter le décès à 14 jours ?

Méthode

Essai randomisé en ouvert, à groupes parallèles, mené dans 17 hôpitaux universitaires de plus de 500 lits, en Australie, en Malaisie, à Singapour, à Taïwan, en Thaïlande et en Turquie, entre le 12 novembre 2019 et le 31 octobre 2023. Les adultes dont l’hémoculture était positive avec des bacilles à Gram négatif visibles à l’examen direct ont été répartis 1:1 entre céfidérocol (2 g par voie intraveineuse toutes les 8 heures) et antibiothérapie standard choisie par l’équipe soignante, avec stratification sur la gravité des comorbidités et la région. Le critère principal était la mortalité toutes causes 14 jours après la randomisation, avec une marge de non-infériorité de 10 points de pourcentage ; la supériorité ne devait être testée qu’en cas de non-infériorité établie. Sur 513 participants inclus (256 et 257), 504 ont constitué la population d’analyse principale, 9 ayant retiré leur consentement ou n’ayant pas fait pousser de bacille à Gram négatif aérobie.

Résultats clés

  • Critère principal — mortalité toutes causes à 14 jours : 20 décès sur 250, soit 8 %, sous céfidérocol, contre 17 sur 254, soit 7 %, sous traitement standard (différence absolue 1 point ; IC95 % −3 à 6). La non-infériorité est établie avec une marge de 10 points.
  • Bactéries résistantes aux carbapénèmes : 127 patients sur 504, soit 25 %. Dans ce sous-groupe, 9 décès sur 64 (14 %) sous céfidérocol contre 6 sur 63 (10 %) sous traitement standard (différence 5 points ; IC95 % −7 à 16).
  • Aucune supériorité du céfidérocol n’a été observée, ni dans la population principale ni dans le sous-groupe résistant aux carbapénèmes.
  • Sécurité : les événements indésirables ont été comparables, mais les cinq événements graves jugés probablement ou possiblement liés au traitement à l’étude sont tous survenus sous céfidérocol : confusion, stupeur, frissons solennels, perturbation du bilan hépatique et éruption cutanée. Tous ont régressé sans traitement, sauf l’éruption qui a nécessité hydrocortisone et antihistaminiques.

Limites

  • Essai en ouvert : patients, cliniciens et investigateurs connaissaient le traitement attribué.
  • Le comparateur était laissé au choix des équipes : sa composition varie d’un centre à l’autre.
  • Le sous-groupe résistant aux carbapénèmes ne compte que 127 patients : ses intervalles de confiance sont larges et ne permettent pas de conclure ; d’autres données restent nécessaires pour cette indication.
  • Les données manquantes ont été imputées.
  • La mortalité à 14 jours est un critère précoce ; le résumé ne rapporte pas de critère de guérison microbiologique ni de suivi prolongé.
  • Essai soutenu en partie par le fabricant de la molécule.
En pratique : le céfidérocol peut être utilisé sans perte de chances dans une bactériémie à bacille à Gram négatif nosocomiale ou liée aux soins, mais il ne fait pas mieux que l’antibiothérapie habituelle : rien ne justifie de le placer en première intention quand une option classique reste active. Son intérêt demeure celui d’un recours en cas de résistance avérée, et cet essai ne tranche pas cette situation précise, faute d’effectifs suffisants. Garder la molécule pour les impasses thérapeutiques reste la conduite la plus cohérente avec le bon usage des antibiotiques.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · MULTI-CAP

Combined use of a multiplex PCR and serum procalcitonin to reduce antibiotic exposure in critically ill patients with community-acquired pneumonia: the MULTI-CAP randomized controlled trial

Intensive Care Med · 15 juillet 2025 · Essai multicentrique ouvert, 385 patients de réanimation

Chez des adultes non immunodéprimés admis en réanimation pour une pneumonie aiguë communautaire, une stratégie associant une PCR multiplex respiratoire à large spectre au dosage de la procalcitonine a été comparée à la seule démarche microbiologique conventionnelle, avec dans les deux groupes un arrêt des antibiotiques guidé par la procalcitonine. Le nombre de jours vivant sans antibiotique à J28, critère de jugement principal, ne diffère pas entre les deux groupes. La durée cumulée d’antibiothérapie, critère secondaire, est en revanche plus courte de 3 jours dans le groupe expérimental, sans différence sur les événements indésirables graves.

Jours vivant sans antibiotique à J28 (médiane) : 19,0 contre 19,0 ; différence 0,0 ; IC95 % −4,0 à 4,0 · durée cumulée d’antibiothérapie : 3 jours de moins ; IC95 % −5,1 à −0,9
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients admis en réanimation pour une pneumonie aiguë communautaire, une identification microbiologique rapide par PCR multiplex, couplée au suivi de la procalcitonine sérique, permet-elle de diminuer l’exposition aux antibiotiques ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique mené dans 20 services, en groupes parallèles, ouvert, conçu pour démontrer une supériorité. Des adultes non immunodéprimés admis en réanimation pour une pneumonie communautaire ont été répartis par tirage au sort entre deux démarches diagnostiques. Dans le groupe expérimental, une PCR multiplex respiratoire à large spectre complétait les examens microbiologiques habituels et un algorithme d’arrêt ou de désescalade précoce des antibiotiques s’appuyait sur son résultat et sur la procalcitonine ; le groupe témoin ne disposait que des examens habituels. Dans les deux groupes, l’arrêt des antibiotiques était discuté dès le 3e jour puis chaque jour jusqu’au 7e, selon la valeur et la cinétique de la procalcitonine. Le critère de jugement principal était le nombre de jours vivant sans aucun antibiotique entre l’inclusion et J28. Les inclusions ont eu lieu d’octobre 2018 à mars 2022 : 406 patients ont été randomisés et 385 étaient analysables en intention de traiter.

Résultats clés

  • Jours vivant sans antibiotique à J28 (médiane) : 19,0 contre 19,0 ; différence 0,0 ; IC95 % −4,0 à 4,0 · durée cumulée d’antibiothérapie : 3 jours de moins ; IC95 % −5,1 à −0,9.
  • Les intervalles interquartiles du critère principal étaient de 0,0 à 24,0 jours dans le groupe expérimental et de 7,0 à 22,0 jours dans le groupe témoin.
  • Les événements indésirables graves ne diffèrent pas entre les deux groupes.

Limites

  • Essai ouvert : la décision d’arrêter les antibiotiques pouvait être influencée par la connaissance du groupe d’attribution.
  • Le critère principal est très dispersé d’un patient à l’autre, ce qui limite la capacité de l’essai à mettre en évidence une différence modeste.
  • Les inclusions se sont étalées sur plus de trois ans, période pendant laquelle l’épidémiologie respiratoire et les habitudes d’antibiothérapie ont beaucoup varié.
  • Les patients immunodéprimés étaient exclus : les résultats ne leur sont pas applicables, alors que l’apport du diagnostic moléculaire pourrait y être différent.
  • Le raccourcissement de la durée cumulée d’antibiothérapie est un résultat secondaire, qui ne suffit pas à conclure à un bénéfice de la stratégie.
En pratique : ajouter une PCR multiplex respiratoire à une démarche déjà guidée par la procalcitonine ne fait pas gagner de jours sans antibiotique chez le patient de réanimation admis pour une pneumonie communautaire. Le gain observé sur la durée cumulée d’antibiothérapie est un résultat secondaire, qui justifie de poursuivre l’évaluation sans autoriser à généraliser l’examen. L’essai rappelle surtout que l’essentiel de l’épargne d’antibiotiques tient à la réévaluation quotidienne du traitement, appliquée ici dans les deux groupes.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · OPTPRESS

Efficacy of targeting high mean arterial pressure for older patients with septic shock (OPTPRESS): a multicentre, pragmatic, open-label, randomised controlled trial

Intensive Care Med · 13 mai 2025 · Essai randomisé pragmatique, 518 patients, 29 hôpitaux japonais

Chez le patient âgé en choc septique, souvent hypertendu de longue date, on est tenté de viser une pression artérielle moyenne plus élevée que les 65 mmHg habituels. Cet essai a comparé une cible de 80 à 85 mmHg à une cible de 65 à 70 mmHg chez 518 patients de 65 ans ou plus admis en réanimation. Il a été interrompu prématurément à l’analyse intermédiaire, celle-ci faisant apparaître un excès de décès dans le groupe à cible haute : 39,3 % contre 28,6 % à 90 jours. Aucun sous-groupe, pas même celui des hypertendus connus, n’a tiré bénéfice de la cible élevée.

Mortalité toutes causes à 90 jours : 39,3 % sous cible haute contre 28,6 % sous cible standard (différence de risque 10,7 points ; IC95 % 2,618,9)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient de 65 ans ou plus en choc septique, viser une pression artérielle moyenne élevée plutôt que la cible habituelle de 65 mmHg améliore-t-il la survie ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique en ouvert, mené dans 29 hôpitaux du Japon, où l’hypertension artérielle chronique touche 66,9 % des sujets âgés. Les patients de 65 ans ou plus admis en réanimation pour un choc septique ont été répartis 1:1, entre le 1er juillet 2021 et le 12 décembre 2023, vers une cible haute de pression artérielle moyenne (80 à 85 mmHg) ou une cible standard (65 à 70 mmHg). La cible était maintenue pendant 72 heures ou jusqu’à l’arrêt des vasopresseurs. Le critère de jugement principal était la mortalité toutes causes à 90 jours ; les critères secondaires comprenaient les jours sans suppléance d’organe et les événements indésirables.

Résultats clés

  • L’essai a été arrêté avant son terme à l’analyse intermédiaire, celle-ci faisant apparaître un risque lié à la stratégie de cible haute. Au total, 518 patients avaient été inclus : 258 en cible haute et 260 en cible standard.
  • Critère principal — mortalité toutes causes à 90 jours : 39,3 % sous cible haute contre 28,6 % sous cible standard (différence de risque 10,7 points ; IC95 % 2,618,9), soit 101 décès contre 74.
  • Le nombre de jours sans épuration extrarénale à 28 jours a été plus faible dans le groupe à cible haute.
  • Aucun bénéfice clinique n’a été observé, pour aucun critère, dans aucune sous-population — y compris chez les patients dont l’hypertension artérielle chronique était connue.

Limites

  • Essai en ouvert, sans insu possible sur la cible tensionnelle.
  • L’arrêt précoce pour risque tend à majorer l’ampleur apparente de l’effet : la différence de 10,7 points est à lire avec cette réserve, même si son intervalle de confiance exclut zéro.
  • Population âgée d’une seule aire géographique, dans un système de soins où l’hypertension chronique est particulièrement fréquente.
  • Le résumé ne précise pas les doses de vasopresseurs réellement atteintes dans chaque groupe, ni le mécanisme du surcroît de mortalité.
En pratique : chez le patient âgé en choc septique, y compris hypertendu connu, il n’y a pas lieu de pousser la pression artérielle moyenne au-delà de la cible usuelle de 65 mmHg : cet essai montre au contraire un excès de mortalité et moins de jours vivant sans épuration extrarénale. L’argument de l’hypertension ancienne, souvent avancé au lit du malade pour monter la cible, n’est pas étayé par les analyses de sous-groupes. La conduite raisonnable reste d’individualiser à la hausse seulement sur des signes de mauvaise perfusion persistante, et non par principe.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · TESTS

The efficacy and safety of thymosin α1 for sepsis (TESTS): multicentre, double blinded, randomised, placebo controlled, phase 3 trial

BMJ · 15 janvier 2025 · Essai de phase 3 contre placebo, 1106 adultes

Cet essai de phase 3, mené en double insu contre placebo, a évalué la thymosine alpha 1, immunomodulateur injecté par voie sous-cutanée toutes les 12 heures pendant sept jours, chez 1106 adultes en sepsis défini selon les critères Sepsis-3. La mortalité toutes causes à 28 jours, critère de jugement principal, est de 23,4 % sous thymosine alpha 1 et de 24,1 % sous placebo. Aucun critère secondaire ni aucun critère de sécurité ne distingue les deux groupes.

Mortalité toutes causes à 28 jours : 23,4 % (127/542) sous thymosine alpha 1 contre 24,1 % (132/547) sous placebo ; HR 0,99 ; IC95 % 0,77 à 1,27 ; p = 0,93
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en sepsis, un traitement immunomodulateur par thymosine alpha 1 diminue-t-il la mortalité toutes causes à 28 jours ?

Méthode

Essai de phase 3 multicentrique, en double insu, contre placebo, conduit dans 22 centres entre septembre 2016 et décembre 2020. Des adultes de 18 à 85 ans répondant aux critères Sepsis-3 ont été répartis par tirage au sort dans un rapport de 1 pour 1 entre thymosine alpha 1 (552 patients) et placebo (554 patients), par blocs stratifiés sur l’âge (moins de 60 ans, ou 60 ans et plus) et sur le centre. Le produit était injecté par voie sous-cutanée toutes les 12 heures pendant sept jours, sauf sortie de réanimation, décès ou retrait du consentement. Le critère de jugement principal était la mortalité toutes causes à 28 jours, analysée chez les participants ayant reçu au moins une dose : sur les 1106 adultes inclus, 1089 ont été analysés, soit 542 sous thymosine alpha 1 et 547 sous placebo.

Résultats clés

  • Mortalité toutes causes à 28 jours : 23,4 % (127/542) sous thymosine alpha 1 contre 24,1 % (132/547) sous placebo ; HR 0,99 ; IC95 % 0,77 à 1,27 ; p = 0,93.
  • Aucun critère secondaire ni aucun critère de sécurité ne diffère statistiquement entre les deux groupes.
  • Les analyses de sous-groupes prévues au protocole font apparaître une interaction avec l’âge (moins de 60 ans : HR 1,67 ; IC95 % 1,04 à 2,67 ; 60 ans et plus : HR 0,81 ; IC95 % 0,61 à 1,09 ; p d’interaction = 0,01) et avec le diabète (diabétiques : HR 0,58 ; IC95 % 0,35 à 0,99 ; non diabétiques : HR 1,16 ; IC95 % 0,87 à 1,53 ; p d’interaction = 0,04).

Limites

  • Les interactions observées avec l’âge et le diabète proviennent d’analyses de sous-groupes : elles portent sur des effectifs réduits, vont dans des sens opposés et demandent confirmation avant toute conclusion.
  • Les inclusions ont eu lieu dans 22 centres d’un même pays et se sont étalées sur plus de quatre ans, période pendant laquelle les pratiques ont pu évoluer.
  • Le devenir à plus long terme des survivants n’est pas rapporté ici.
  • Le sepsis recouvre des situations très diverses : un immunomodulateur appliqué à l’ensemble des patients peut manquer un effet limité à certains profils biologiques.
En pratique : il n’y a pas d’argument pour utiliser la thymosine alpha 1 au cours du sepsis : cet essai de phase 3, conduit en double insu chez plus de mille patients, ne retrouve aucune réduction de la mortalité à 28 jours. Le signal défavorable observé chez les patients de moins de 60 ans, bien qu’issu d’un sous-groupe, invite à la prudence là où la molécule est disponible. Comme pour les autres immunomodulateurs, la question n’est plus de traiter tout le monde, mais de savoir repérer au préalable les patients dont le profil immunitaire justifierait ce type d’intervention.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Hémodynamique, choc & remplissage

0 sorties
2026
▲ À connaître Essai randomisé · TRANSPORT

Early red blood cell transfusion strategy in septic shock among patients with cancer: the TRANSPORT randomized controlled trial

Intensive Care Med · 19 août 2026 · Essai randomisé multicentrique, 187 patients, arrêt prématuré

Chez l’adulte atteint d’un cancer solide ou d’une hémopathie et admis en choc septique avec un lactate supérieur à 2,0 mmol/L et une hémoglobine inférieure à 9,0 g/dL, cet essai multicentrique a comparé, pendant les 48 premières heures, un seuil transfusionnel libéral de 9,0 g/dL à un seuil restrictif de 7,0 g/dL. La réduction du lactate à 12 heures, critère de jugement principal, a été obtenue chez 52 % des patients du groupe libéral et 50 % du groupe restrictif, sans différence significative. L’essai a été interrompu avant son terme pour des raisons de sécurité : les événements thrombotiques artériels ou veineux ont été plus fréquents sous stratégie libérale, 13 % contre 1 %. La supériorité de la stratégie libérale n’est donc pas démontrée, et rien ne justifie de préférer d’emblée l’une ou l’autre.

Réduction du lactate à 12 heures : 52 % sous stratégie libérale contre 50 % sous stratégie restrictive (OR 1,07 ; IC95 % 0,60–1,90 ; p = 0,82) · événements thrombotiques : 13 % contre 1 % (p = 0,001)
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient de réanimation porteur d’un cancer et admis en choc septique avec une anémie, une transfusion précoce plus généreuse améliore-t-elle l’oxygénation tissulaire, appréciée par la décroissance du lactate ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique de supériorité mené dans 18 centres. Étaient inclus les adultes porteurs d’une hémopathie maligne ou d’un cancer solide, en choc septique, avec un lactate supérieur à 2,0 mmol/L et une hémoglobine inférieure à 9,0 g/dL. Les patients recevaient, pendant les 48 premières heures de la réanimation, des culots globulaires selon un seuil d’hémoglobine libéral (9,0 g/dL) ou restrictif (7,0 g/dL). Le critère de jugement principal était la réduction du lactate à 12 heures, définie par une normalisation du lactate ou une baisse relative de 30 % par rapport à la valeur initiale. Les principaux critères secondaires étaient les infections acquises en réanimation, les événements thrombotiques artériels et veineux, et la mortalité à 28 jours.

Résultats clés

  • L’essai visait 260 patients mais a été arrêté prématurément pour des raisons de sécurité : 187 patients ont été inclus, 93 dans le groupe libéral et 94 dans le groupe restrictif.
  • Critère principal : réduction du lactate à 12 heures chez 52 % des patients du groupe libéral et 50 % du groupe restrictif (OR 1,07 ; IC95 % 0,60–1,90 ; p = 0,82).
  • Événements thrombotiques artériels ou veineux plus fréquents dans le groupe libéral : 13 % contre 1 % (p = 0,001).
  • Mortalité à 28 jours : 46 % dans le groupe libéral et 53 % dans le groupe restrictif (p = 0,34), différence non significative.

Limites

  • L’arrêt prématuré laisse l’essai sous-dimensionné : 187 patients inclus sur les 260 prévus, ce qui limite la portée des comparaisons, y compris celle de la mortalité.
  • Le critère principal est un marqueur biologique à 12 heures, et non un critère clinique ; son absence de différence ne préjuge pas du devenir des patients.
  • Le déséquilibre observé des événements thrombotiques repose sur de très petits effectifs : sa portée réelle reste incertaine.
  • La population est particulière — choc septique chez des patients en cancérologie ou en hématologie —, ce qui restreint la transposition aux autres patients de réanimation.
En pratique : chez un patient de cancérologie ou d’hématologie admis en choc septique et anémique, rien dans cet essai n’incite à remonter l’hémoglobine à 9 g/dL dans les 48 premières heures : la décroissance du lactate est la même qu’avec un seuil à 7 g/dL. L’excès d’événements thrombotiques observé sous stratégie libérale reste incertain sur de tels effectifs, mais il invite à la prudence avant de transfuser au-delà du seuil habituel. En l’état, la stratégie restrictive garde sa place et aucun des deux seuils ne peut être préféré d’emblée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · CHIPS

Cold and Room-Temperature Platelets in Cardiac Surgery: The CHIPS Randomized Clinical Trial

JAMA · 17 août 2026 · Essai randomisé adaptatif de non-infériorité, 27 centres, 989 patients analysés

Les plaquettes sont habituellement conservées entre 20 et 24 °C pendant cinq à sept jours ; la conservation entre 1 et 6 °C permettrait de prolonger cette durée. Chez 989 patients, enfants et adultes, qui saignaient activement au cours d’une chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle, les plaquettes conservées au froid jusqu’à 21 jours se sont révélées non inférieures aux plaquettes conservées à température ambiante sur un score d’efficacité hémostatique, et ce pour toutes les durées de conservation testées. Le débit des drains thoraciques à 24 heures était comparable, mais les reprises chirurgicales ont été plus fréquentes avec les plaquettes conservées au froid.

Score d’efficacité hémostatique (de 1 à 5, une valeur élevée traduisant un saignement plus important) : différence moyenne de 0,09 (intervalle de crédibilité à 95 % −0,06 à 0,23) pour une marge de non-infériorité de 1 point · débit des drains thoraciques à 24 heures : 8,9 ml/kg contre 8,4 ml/kg
Article original ↗

Question clinique

La durée de conservation courte des plaquettes à température ambiante est une contrainte permanente pour les dépôts de sang et explique une part des pénuries. Jusqu’à quelle durée de conservation au froid les plaquettes gardent-elles une efficacité hémostatique comparable lorsqu’elles sont transfusées à un patient qui saigne au bloc ?

Méthode

Essai de phase 3, multicentrique, randomisé, partiellement en aveugle, adaptatif, de non-infériorité, conçu pour explorer plusieurs durées de conservation. Il a inclus des patients pédiatriques et adultes opérés d’une chirurgie cardiaque avec circulation extracorporelle programmée, dans 27 centres, de décembre 2021 à mars 2025. Randomisation 2:1 entre plaquettes conservées au froid pendant 21 jours au maximum et plaquettes conservées à température ambiante, entre 20 et 24 °C, pendant 7 jours au maximum. Le critère de jugement principal était un score d’efficacité hémostatique allant de 1 à 5, une valeur élevée traduisant un saignement plus important, avec une marge de non-infériorité de 1 point ; le succès était acquis dès qu’au moins une durée de conservation d’au moins 7 jours atteignait une probabilité a posteriori de non-infériorité de 97,5 % ou plus. Le critère secondaire était le débit des drains thoraciques à 24 heures.

Résultats clés

  • Sur 1 000 patients transfusés, 989 ont été analysés : 650 pour les plaquettes conservées au froid et 339 pour celles conservées à température ambiante. L’âge moyen était de 42,1 ans (ÉT 30,1) et 67,8 % des patients étaient des hommes.
  • Critère principal : non-infériorité établie pour toutes les durées de conservation au froid, avec une probabilité supérieure à 99,9 %. Toutes durées confondues, la différence moyenne de score par rapport aux plaquettes à température ambiante était de 0,09 (intervalle de crédibilité à 95 % −0,06 à 0,23), pour une marge de non-infériorité de 1 point.
  • Débit médian des drains thoraciques à 24 heures : 8,9 ml/kg (IQR 5,2–15,4) avec les plaquettes conservées au froid contre 8,4 ml/kg (IQR 5,5–15,9) ; différence des médianes 0,4 (IC95 % −1,0 à 1,5), sans différence statistiquement significative.
  • Analyse post hoc regroupant toutes les durées de conservation au froid : score d’efficacité hémostatique moyen de 3,08 (ÉT 1,15) contre 2,99 (ÉT 1,10).
  • Sécurité : pas de différence sur les événements thrombotiques veineux ou artériels, les effets indésirables liés à la transfusion, le syndrome de détresse respiratoire aiguë, l’insuffisance rénale, le choc septique et la mortalité ; les reprises chirurgicales ont en revanche été plus fréquentes dans le groupe conservation au froid.

Limites

  • L’excès de reprises chirurgicales dans le groupe conservation au froid n’est pas chiffré dans le résumé : sa portée ne peut pas être appréciée ici et doit être lue dans l’article.
  • Le critère principal est un score d’efficacité hémostatique en partie fondé sur l’appréciation clinique, dans un essai seulement partiellement mené en aveugle.
  • Le résultat vaut pour le saignement chirurgical actif en chirurgie cardiaque et ne se transpose pas à la transfusion prophylactique ni aux autres causes d’hémorragie.
  • La population mêle enfants et adultes, avec un âge moyen assorti d’une dispersion très large ; les résultats par tranche d’âge ne sont pas rapportés dans le résumé.
En pratique : pour un anesthésiste-réanimateur, la portée immédiate est logistique plus que clinique : si les plaquettes conservées au froid jusqu’à 21 jours arrêtent le saignement aussi bien que les plaquettes conventionnelles, la disponibilité du produit pourrait s’améliorer nettement, y compris dans les structures qui ne peuvent pas en garder en stock aujourd’hui. La conduite transfusionnelle au bloc, elle, ne change pas. Le signal sur les reprises chirurgicales invite à suivre les données complémentaires avant de généraliser.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé en grappes · TRACTION

Hospital Policy of Tranexamic Acid to Reduce Transfusion in Major Noncardiac Surgery

N Engl J Med · 10 juin 2026 · Essai en grappes en double insu, 8273 patients

Cet essai a comparé, à l’échelle d’hôpitaux entiers et en double insu, une politique d’administration peropératoire d’acide tranexamique à un placebo chez des patients opérés d’une chirurgie non cardiaque majeure à risque élevé de transfusion. La proportion de patients transfusés en globules rouges pendant le séjour a baissé d’environ un quart. La fréquence des événements thromboemboliques veineux à 90 jours était identique dans les deux groupes et répondait au critère de non-infériorité prévu.

Transfusion de globules rouges pendant le séjour : 7,4 % sous acide tranexamique contre 9,8 % sous placebo (risque relatif 0,73 ; IC95 % 0,61–0,86 ; différence ajustée −2,7 points de pourcentage ; IC95 % −4,2 à −1,4)
Article original ↗

Question clinique

Administrer systématiquement de l’acide tranexamique à tous les opérés d’une chirurgie non cardiaque majeure à risque de transfusion diminue-t-il le recours aux globules rouges sans augmenter les thromboses veineuses ?

Méthode

Essai multicentrique randomisé en grappes avec permutation, en double insu, contre placebo. Les hôpitaux étaient affectés toutes les quatre semaines à une politique établissement d’acide tranexamique peropératoire ou de placebo. Les deux critères de jugement principaux étaient l’efficacité, jugée sur la transfusion de globules rouges pendant le séjour de l’intervention, et la sécurité, jugée sur le diagnostic de maladie thromboembolique veineuse dans les 90 jours, analysée en non-infériorité avec une borne supérieure prédéfinie de 1,46 pour l’intervalle de confiance à 95 % du risque relatif. Les analyses ont utilisé des modèles mixtes tenant compte du plan en grappes avec permutation.

Résultats clés

  • 8273 patients ont pu être évalués pour les deux critères principaux, dans 10 hôpitaux. La chirurgie carcinologique représentait 60,5 % des interventions (5002 sur 8273).
  • Transfusion de globules rouges : 7,4 % des patients (306 sur 4156) sous acide tranexamique contre 9,8 % (403 sur 4117) sous placebo ; risque relatif 0,73 ; IC95 % 0,61–0,86 ; différence ajustée −2,7 points de pourcentage ; IC95 % −4,2 à −1,4.
  • Maladie thromboembolique veineuse à 90 jours : 2,1 % (86 sur 4128) sous acide tranexamique contre 2,1 % (85 sur 4052) sous placebo ; risque relatif 0,96 ; IC95 % 0,65–1,38 ; différence ajustée −0,1 point de pourcentage ; IC95 % −0,9 à 0,7. Le critère de non-infériorité est atteint.

Limites

  • Le bénéfice porte sur le recours à la transfusion, pas sur la mortalité ni sur les complications postopératoires graves.
  • La réduction absolue est de quelques points de pourcentage, dans une population déjà sélectionnée sur un risque élevé de transfusion.
  • La chirurgie carcinologique domine le recrutement : la transposition à d’autres chirurgies lourdes demande de la prudence.
  • La non-infériorité sur la maladie thromboembolique veineuse a été jugée sur une borne de 1,46 : elle n’exclut pas un excès de faible ampleur.
  • La randomisation portait sur des périodes d’établissement : elle évalue une politique de service, non une prescription patient par patient.
En pratique : chez un opéré d’une chirurgie non cardiaque majeure à risque hémorragique, l’acide tranexamique peropératoire prescrit de façon systématique évite des transfusions sans excès d’événements thromboemboliques à 90 jours. C’est un argument fort pour inscrire la molécule dans les protocoles de bloc, y compris en chirurgie carcinologique. L’essai ne montre pas de bénéfice sur la mortalité et n’a pas été conçu pour cela.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé en grappes · TOWAR

Prehospital Resuscitation with Type O Whole Blood for Trauma and Hemorrhage

N Engl J Med · 18 mai 2026 · Essai pragmatique de phase 3, 44 bases héliportées

Cet essai pragmatique a réparti 44 bases de transport héliporté entre la transfusion préhospitalière de sang total de groupe O, jusqu’à deux unités, et celle de produits sanguins séparés — plasma, globules rouges ou les deux — chez le traumatisé en état de choc hémorragique. La mortalité toutes causes à 30 jours n’a pas été plus basse avec le sang total. Une sous-étude observationnelle n’a pas retrouvé d’effet de la durée de conservation du sang total sur la mortalité.

Mortalité toutes causes à 30 jours : 25,9 % avec le sang total contre 20,5 % avec les produits séparés (odds ratio ajusté 1,24 ; IC95 % 0,87–1,76 ; p = 0,24)
Article original ↗

Question clinique

Chez le traumatisé en choc hémorragique transfusé avant l’arrivée à l’hôpital, le sang total de groupe O fait-il mieux que les produits sanguins séparés ? La durée de conservation du sang total modifie-t-elle le devenir ?

Méthode

Essai pragmatique multicentrique de phase 3, randomisé en grappes : 44 bases de transport médicalisé héliporté ont été réparties selon un rapport de 2 pour 1 entre l’administration préhospitalière de sang total (jusqu’à deux unités) et celle de produits sanguins séparés selon l’indication, par blocs d’un mois. Le critère de jugement principal était le décès de toute cause dans les 30 jours suivant la randomisation. Une sous-étude observationnelle a comparé le devenir selon la durée de conservation du sang total transfusé.

Résultats clés

  • Sur 1020 patients admissibles transportés par ces bases, 715 relevaient du sang total et 305 des produits séparés ; 695 et 298 respectivement ont été inclus dans l’analyse principale.
  • Mortalité à 30 jours : 25,9 % dans le groupe sang total contre 20,5 % dans le groupe produits séparés (odds ratio ajusté 1,24 ; IC95 % 0,87–1,76 ; p = 0,24) : la supériorité attendue du sang total n’est pas démontrée.
  • Aucune différence notable entre les groupes sur les événements indésirables.
  • Dans la sous-étude observationnelle consacrée à la durée de conservation, la mortalité à 30 jours était de 27,1 % chez 210 patients ayant reçu du sang total conservé 15 à 21 jours, contre 26,4 % chez 443 patients ayant reçu du sang conservé 1 à 14 jours (odds ratio ajusté 0,99 ; IC95 % 0,74–1,32).

Limites

  • L’intervalle de confiance du critère principal reste large : l’essai n’exclut ni un bénéfice modeste ni un excès de mortalité avec le sang total.
  • Randomisation par grappes de bases, avec alternance mensuelle : les groupes sont déséquilibrés en effectifs et la comparaison repose sur un ajustement.
  • La transfusion était limitée à deux unités de sang total avant l’arrivée à l’hôpital ; le résultat ne dit rien d’une stratégie poursuivie plus largement à l’hôpital.
  • La sous-étude sur la durée de conservation est observationnelle : elle décrit une association, elle ne démontre pas l’absence d’effet.
  • Le transport était héliporté dans tous les cas, ce qui limite la transposition aux transports terrestres.
En pratique : la supériorité du sang total de groupe O sur les produits sanguins séparés restait incertaine en transfusion préhospitalière du traumatisé ; cet essai ne retrouve pas de mortalité à 30 jours plus basse avec le sang total. Ce qui compte reste de transfuser tôt, le produit disponible étant choisi selon l’organisation locale. La durée de conservation, jusqu’à trois semaines, ne semble pas peser sur le devenir, mais cette partie du travail n’était pas randomisée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · LEVOECMO

Levosimendan to Facilitate Weaning From ECMO in Patients With Severe Cardiogenic Shock: The LEVOECMO Randomized Clinical Trial

JAMA · 6 janvier 2026 · Essai randomisé en double aveugle contre placebo, 11 réanimations, 205 patients

Chez 205 adultes en choc cardiogénique grave mais jugé potentiellement réversible, assistés par ECMO veino-artérielle depuis moins de 48 heures, le lévosimendan administré précocement n’a pas raccourci le délai de sevrage de l’assistance. Le sevrage a été obtenu dans les 30 jours chez 68,3 % des patients de chaque groupe, sans différence non plus sur la durée d’assistance, la durée de séjour en réanimation ni la mortalité à 60 jours. Les arythmies ventriculaires ont en revanche été plus fréquentes sous lévosimendan.

Sevrage réussi de l’ECMO dans les 30 jours : 68,3 % sous lévosimendan contre 68,3 % sous placebo (différence de risque 0,0 % ; IC95 % −12,8 à 12,7) · arythmies ventriculaires : 17,8 % contre 8,7 %
Article original ↗

Question clinique

Le lévosimendan, inodilatateur au délai d’action prolongé, est parfois administré pour aider à sevrer une ECMO veino-artérielle, sur la foi de données observationnelles. Administré dès le début de l’assistance, raccourcit-il réellement le délai de sevrage ?

Méthode

Essai randomisé en double aveugle contre placebo, mené dans 11 services de réanimation, incluant entre août 2021 et septembre 2024 des adultes en choc cardiogénique aigu ayant débuté une ECMO veino-artérielle dans les 48 heures précédentes. Les patients recevaient du lévosimendan à 0,15 µg/kg par minute, dose portée à 0,20 µg/kg par minute après deux heures (n = 101), ou un placebo (n = 104). Le critère de jugement principal était le délai jusqu’au sevrage réussi de l’ECMO dans les 30 jours suivant la randomisation. Les critères secondaires comprenaient les jours vivant sans ECMO, sans ventilation mécanique et sans défaillance d’organe, les durées de séjour, les événements indésirables graves et la mortalité toutes causes à 30 et 60 jours.

Résultats clés

  • Population : 205 patients (âge médian 58 ans ; IQR 50–67 ; 149 hommes, soit 72,7 %). Les causes principales du choc étaient la postcardiotomie (79 patients, 38,5 %), l’infarctus du myocarde (56, 27,3 %) et la myocardite (28, 13,7 %). La dose a été augmentée comme prévu chez 93 % des patients sous lévosimendan et 96 % de ceux sous placebo.
  • Critère principal : sevrage réussi dans les 30 jours chez 69 des 101 patients sous lévosimendan (68,3 %) et 71 des 104 sous placebo (68,3 %) ; différence de risque 0,0 % (IC95 % −12,8 à 12,7), rapport de risque de sous-répartition 1,02 (IC95 % 0,74–1,39 ; p = 0,92).
  • Critères secondaires sans différence significative : durée médiane d’ECMO 5 jours (IQR 4–7) contre 6 jours (IQR 4–11 ; p = 0,53), durée moyenne de séjour en réanimation 18 jours (ÉT 15) contre 19 jours (ÉT 15 ; p = 0,42), mortalité à 60 jours 27,7 % contre 25,0 % (différence de risque 2,7 % ; IC95 % −9,0 à 15,3 ; p = 0,78).
  • Sécurité : arythmies ventriculaires chez 18 patients sous lévosimendan (17,8 %) contre 9 sous placebo (8,7 %) ; différence de risque absolue 9,2 % (IC95 % 0,4–18,1).

Limites

  • Avec 205 patients, l’intervalle de confiance de la différence de risque va de −12,8 à 12,7 % : un effet de faible amplitude, dans un sens comme dans l’autre, n’est pas exclu.
  • Les résultats valent pour une administration précoce, dans les 48 heures suivant l’implantation, et ne disent rien d’une administration au moment même de la tentative de sevrage.
  • La population mêle des causes de choc très différentes, de la postcardiotomie à la myocardite, sans puissance pour analyser ces sous-groupes.
  • La décision de sevrer dépend de protocoles de service qui ne sont pas entièrement standardisables.
En pratique : administrer systématiquement du lévosimendan dès la mise en route d’une ECMO veino-artérielle pour faciliter le sevrage n’est pas étayé par cet essai, qui trouve exactement le même taux de sevrage dans les deux groupes et davantage d’arythmies ventriculaires sous traitement. Une administration plus tardive, décidée au cas par cas au moment de la tentative de sevrage, n’a pas été évaluée ici et reste une question ouverte. En l’état, la prescription précoce de principe ne trouve pas de justification.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · TOP

Liberal or Restrictive Postoperative Transfusion in Patients at High Cardiac Risk: The TOP Randomized Clinical Trial

JAMA · 23 décembre 2025 · Essai randomisé en simple insu, 1428 opérés à haut risque cardiaque

Cet essai a comparé, chez 1428 patients à haut risque cardiaque devenus anémiques après une chirurgie vasculaire ou digestive lourde, une stratégie transfusionnelle libérale (seuil d’hémoglobine à 10 g/dL) à une stratégie restrictive (seuil à 7 g/dL). La fréquence à 90 jours du critère composite associant décès, infarctus du myocarde, revascularisation coronaire, insuffisance rénale aiguë et accident vasculaire cérébral ischémique ne différait pas entre les deux stratégies. Un critère secondaire, les complications cardiaques hors infarctus, était moins fréquent sous stratégie libérale.

Décès, infarctus, revascularisation coronaire, insuffisance rénale aiguë ou accident vasculaire cérébral ischémique à 90 jours : 9,1 % sous stratégie libérale contre 10,1 % sous stratégie restrictive (risque relatif 0,90 ; IC95 % 0,65–1,24)
Article original ↗

Question clinique

Chez un opéré à haut risque cardiaque qui devient anémique après une chirurgie lourde, faut-il transfuser plus tôt que ne le prévoit le seuil habituel de 7 g/dL d’hémoglobine ?

Méthode

Essai randomisé de supériorité, en groupes parallèles et en simple insu, mené de février 2018 à mars 2023 dans 16 centres hospitaliers pour anciens combattants. Il a porté sur 1428 adultes à haut risque cardiaque opérés d’une chirurgie vasculaire ou digestive majeure et dont l’hémoglobine postopératoire était inférieure à 10 g/dL ont été répartis entre une stratégie libérale (transfusion dès une hémoglobine inférieure à 10 g/dL, 714 patients) et une stratégie restrictive (seuil de 7 g/dL, 714 patients). Le critère de jugement principal était un composite associant décès toutes causes, infarctus du myocarde, revascularisation coronaire, insuffisance rénale aiguë et accident vasculaire cérébral ischémique dans les 90 jours suivant la randomisation. Cinq critères secondaires étaient prévus, dont un composite de complications cardiaques hors infarctus (troubles du rythme, insuffisance cardiaque, arrêt cardiaque non fatal).

Résultats clés

  • 1424 patients analysés (âge moyen 69,9 ans, écart-type 7,9 ; 1393 hommes, soit 97,8 %) ; 1297 (91,1 %) avaient eu une chirurgie vasculaire. L’écart moyen d’hémoglobine entre les deux stratégies était de 2,0 g/dL au cinquième jour.
  • Critère de jugement principal : 9,1 % (61 sur 670) sous stratégie libérale contre 10,1 % (71 sur 700) sous stratégie restrictive ; risque relatif 0,90 ; IC95 % 0,65–1,24.
  • Critère secondaire des complications cardiaques hors infarctus, l’un des cinq critères secondaires : 5,9 % (38 sur 647) sous stratégie libérale contre 9,9 % (67 sur 678) sous stratégie restrictive ; risque relatif 0,59 ; IC99 % 0,36–0,98.

Limites

  • La population est presque exclusivement masculine et suivie dans un réseau hospitalier particulier : la transposition à l’ensemble des opérés à risque cardiaque n’est pas acquise.
  • Plus de neuf patients sur dix relevaient d’une chirurgie vasculaire ; la chirurgie digestive est peu représentée.
  • Le résultat sur les complications cardiaques hors infarctus est un critère secondaire parmi cinq : il suggère une piste, il ne démontre pas un bénéfice.
  • Essai en simple insu, avec des critères en partie dépendants de la surveillance exercée.
  • L’intervalle de confiance du critère principal n’exclut pas une différence cliniquement utile dans un sens comme dans l’autre.
En pratique : abaisser le seuil transfusionnel à 7 g/dL reste défendable après chirurgie vasculaire ou digestive lourde, même chez un patient à haut risque cardiaque : transfuser dès 10 g/dL n’a pas diminué les décès ni les événements ischémiques à 90 jours. Le signal favorable à la stratégie libérale sur les complications cardiaques hors infarctus porte sur un critère secondaire et ne justifie pas à lui seul de changer de seuil. La décision reste individuelle, guidée par la tolérance clinique de l’anémie plus que par un chiffre.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Mortality effect of higher versus lower blood pressure targets in vasodilatory shock: an updated systematic review and meta-analysis

Crit Care · 23 novembre 2025 · Méta-analyse, 4 essais randomisés, 3 873 patients

Cette méta-analyse réunit les quatre essais randomisés ayant comparé, chez l’adulte en choc vasoplégique, une cible de pression artérielle moyenne haute — de l’ordre de 80 mmHg — à une cible basse, de l’ordre de 65 mmHg. Sur 3 873 patients, la cible haute s’accompagne d’une augmentation de 10 % du risque relatif de décès à 28 jours, avec une tendance de même ampleur à 90 jours. Aucun sous-groupe n’en tire bénéfice, y compris les patients âgés et les hypertendus chroniques, et la cible haute s’accompagne aussi de moins de jours vivant sans épuration extrarénale et de plus d’arythmies. La certitude des preuves est jugée modérée, et ces résultats plaident pour s’en tenir aux cibles basses.

Mortalité à 28 jours sous cible haute : RR 1,10 ; IC95 % 1,01–1,19 ; p = 0,03 · mortalité à 90 jours : RR 1,10 ; IC95 % 1,00–1,22 ; p = 0,05
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en choc vasoplégique sous vasopresseurs, viser une pression artérielle moyenne plus élevée que le seuil habituel de 65 mmHg modifie-t-il la mortalité et le devenir rénal ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’essais randomisés, conduite selon PRISMA et enregistrée avant analyse sur PROSPERO. Les bases PubMed, Embase, CENTRAL et Scopus ont été interrogées depuis leur origine jusqu’en juillet 2025. Étaient retenus les essais comparant, chez l’adulte en choc vasoplégique, un bras à cible de pression artérielle moyenne haute — en règle générale autour de 80 mmHg, ou le bras physiologiquement le plus haut de l’essai — à un bras à cible basse, en règle générale autour de 65 mmHg. Le critère de jugement principal était la mortalité toutes causes. L’analyse a fait appel à des modèles à effets aléatoires, à des analyses en sous-groupes et à des méthodes bayésiennes.

Résultats clés

  • Quatre essais randomisés, 3 873 patients au total.
  • Mortalité à 28 jours augmentée de 10 % en relatif avec la cible haute : RR 1,10 ; IC95 % 1,01–1,19 ; p = 0,03.
  • Même tendance à 90 jours : RR 1,10 ; IC95 % 1,00–1,22 ; p = 0,05.
  • Moins de jours vivant sans épuration extrarénale avec la cible haute : différence moyenne −1,64 jour ; IC95 % −3,05 à −0,23 ; p = 0,02. Plus d’arythmies : RR 1,32 ; IC95 % 1,01–1,72 ; p = 0,04.
  • Aucune analyse en sous-groupe ne fait apparaître de bénéfice de la cible haute, pas même chez les patients d’âge avancé ou hypertendus chroniques.
  • L’analyse bayésienne va dans le même sens, avec une probabilité a posteriori de préjudice de 97,8 % pour la mortalité à 28 jours et 98,7 % à 90 jours.

Limites

  • Quatre essais seulement, de protocoles et de populations hétérogènes ; la certitude des preuves est jugée modérée, et non élevée.
  • La borne supérieure de l’intervalle de confiance frôle 1 à 90 jours (IC95 % 1,00–1,22) : le signal est cohérent mais fragile sur ce terme.
  • Les analyses en sous-groupes, notamment celle des hypertendus chroniques, restent exploratoires et manquent de puissance pour exclure un bénéfice individuel.
  • La comparaison porte sur des cibles fixes ; elle ne dit rien d’une pression artérielle individualisée, piste qui reste à évaluer.
En pratique : ces données confortent la cible de pression artérielle moyenne autour de 65 mmHg comme réglage par défaut du choc vasoplégique, et découragent de monter systématiquement la noradrénaline pour atteindre 80 mmHg, y compris chez le patient âgé ou hypertendu chronique. La contrepartie d’une cible haute ne se limite pas à la mortalité : moins de jours vivant sans épuration extrarénale et davantage d’arythmies. Cela ne ferme pas la porte à une cible relevée chez un patient donné, sur des arguments propres à lui, mais cette décision ne peut plus s’appuyer sur une règle générale.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ESICM

ESICM guidelines on circulatory shock and hemodynamic monitoring 2025

Intensive Care Med · 14 novembre 2025 · Recommandations internationales, 50 énoncés

La Société européenne de réanimation actualise ses recommandations sur le diagnostic du choc et le monitorage hémodynamique de l’adulte de réanimation. Un panel international a traité des questions au format PICO selon la méthode GRADE, et a publié 50 énoncés : gradués quand les données le permettaient, sous forme de bonnes pratiques non graduées dans le cas contraire. L’ensemble réaffirme l’examen de la perfusion cutanée, l’évaluation de la précharge dépendance avant tout remplissage supplémentaire et l’échocardiographie en première intention.

Article original ↗

Question clinique

Comment reconnaître un état de choc chez l’adulte de réanimation et quels outils de monitorage hémodynamique utiliser, à quel moment ?

Méthode

Recommandations de pratique clinique élaborées par un panel international d’experts réuni par la Société européenne de réanimation. Les questions ont été formulées au format PICO (population, intervention, comparateur, critère de jugement) et les preuves évaluées selon la méthode GRADE. En l’absence de données solides, le panel a émis des énoncés de bonne pratique non gradués. Au total, 50 énoncés portent sur le diagnostic du choc et le monitorage hémodynamique.

Résultats clés

  • La perfusion cutanée doit être surveillée par le temps de recoloration cutanée, que l’on peut compléter par la température de la peau et la recherche de marbrures (bonne pratique non graduée).
  • Chez un patient porteur d’un cathéter veineux central, la saturation veineuse centrale en oxygène et la différence veino-artérielle de pression partielle en dioxyde de carbone doivent être mesurées de façon répétée (bonne pratique non graduée).
  • Devant un choc qui persiste après le remplissage initial, la précharge dépendance doit être évaluée avant de poursuivre le remplissage (bonne pratique non graduée) ; il est recommandé de préférer pour cela les variables dynamiques aux marqueurs statiques de précharge, lorsqu’elles sont applicables (énoncé gradué).
  • Chez les patients qui ne répondent pas au traitement initial, le débit cardiaque ou le volume d’éjection systolique doivent être surveillés, et la pression artérielle mesurée par cathéter artériel en cas de choc non répondeur ou nécessitant un vasopresseur (bonnes pratiques non graduées). La pression veineuse centrale est mesurée lorsqu’un cathéter veineux central est en place.
  • Le panel suggère de recourir à l’échocardiographie comme examen d’imagerie de première intention pour déterminer le type de choc (énoncé gradué) ; les profils échocardiographiques de dysfonction ventriculaire gauche et droite peuvent avoir une valeur pronostique (bonne pratique non graduée).

Limites

  • Une grande partie des énoncés sont des bonnes pratiques non graduées, faute de preuves suffisantes : ils traduisent un accord d’experts plus qu’une démonstration.
  • Les recommandations portent sur le diagnostic et la surveillance, non sur les stratégies thérapeutiques elles-mêmes.
  • Elles s’adressent à l’adulte de réanimation et ne préjugent pas de la conduite à tenir au bloc opératoire ou en pédiatrie.
  • Ces énoncés portent sur des outils de mesure : un moniteur ne modifie le devenir du patient que par les décisions qu’il permet de prendre, ce que ce texte n’évalue pas.
En pratique : ce texte donne une trame simple pour la prise en charge d’un choc : examiner la perfusion cutanée au lit du malade, suivre lactate, saturation veineuse centrale en oxygène et différence veino-artérielle en dioxyde de carbone, et vérifier la précharge dépendance par une variable dynamique avant chaque remplissage supplémentaire. L’échocardiographie est suggérée comme examen d’imagerie de première intention pour identifier le type de choc, ce qui suppose une compétence disponible sur place. La faible force de la plupart des énoncés laisse une marge de jugement clinique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · BigpAK-2

A preventive care strategy to reduce moderate or severe acute kidney injury after major surgery (BigpAK-2); a multinational, randomised clinical trial

Lancet · 13 novembre 2025 · Essai randomisé adaptatif, 34 hôpitaux, 1 180 patients

Chez des adultes opérés d’une chirurgie lourde et identifiés à haut risque rénal par des facteurs de risque cliniques et des biomarqueurs urinaires de stress tubulaire, une stratégie de prévention inspirée des recommandations KDIGO a été comparée aux soins habituels. Cette stratégie associait un monitorage hémodynamique avancé, l’optimisation de la volémie et de l’hémodynamique, l’éviction des médicaments néphrotoxiques et des produits de contraste, et la prévention de l’hyperglycémie. Une insuffisance rénale aiguë modérée ou grave est survenue dans les 72 heures chez 14,4 % des patients du groupe intervention contre 22,3 % de ceux recevant les soins habituels, sans excès d’événements indésirables.

Insuffisance rénale aiguë modérée ou grave dans les 72 heures : 14,4 % avec la stratégie préventive contre 22,3 % avec les soins habituels (odds ratio 0,57 ; IC95 % 0,40–0,79 ; p = 0,0002) · nombre de sujets à traiter 12 (7–33)
Article original ↗

Question clinique

L’insuffisance rénale aiguë postopératoire est fréquente et lourde de conséquences, mais les mesures de prévention recommandées sont rarement appliquées. Cibler, grâce à des biomarqueurs urinaires, les patients réellement à risque et leur appliquer un ensemble de mesures simples réduit-il la survenue d’une atteinte rénale ?

Méthode

Essai randomisé adaptatif multicentrique mené dans 34 hôpitaux européens, du 25 novembre 2020 au 21 juin 2024. Les adultes opérés d’une chirurgie lourde et jugés à haut risque d’insuffisance rénale aiguë sur des facteurs de risque cliniques prédéfinis et des biomarqueurs urinaires de stress tubulaire étaient assignés aux soins habituels ou à une stratégie de prévention reprenant les recommandations KDIGO : monitorage hémodynamique avancé, optimisation de la volémie et de l’hémodynamique, éviction des néphrotoxiques et des produits de contraste, prévention de l’hyperglycémie. Le critère de jugement principal était la survenue d’une insuffisance rénale aiguë modérée ou grave dans les 72 heures suivant l’intervention, analysée en intention de traiter. La sécurité reposait sur la comparaison des événements indésirables entre les deux groupes.

Résultats clés

  • Sur 7 873 patients dépistés, 1 180 (15,0 %) ont été randomisés : 589 (49,9 %) dans le groupe intervention et 591 (50,1 %) dans le groupe soins habituels ; 1 176 ont pu être analysés pour le critère principal.
  • Critère principal : insuffisance rénale aiguë modérée ou grave chez 84 patients (14,4 %) du groupe intervention contre 131 (22,3 %) du groupe soins habituels ; odds ratio 0,57 (IC95 % 0,40–0,79 ; p = 0,0002), soit un nombre de sujets à traiter de 12 (7–33).
  • Sécurité : aucune différence entre les groupes. Les événements les plus fréquents étaient la fibrillation atriale (8,8 % contre 9,7 %), les arythmies retentissant sur l’hémodynamique (7,2 % contre 8,6 %), les saignements ou hémorragies significatifs (6,0 % contre 5,3 %) et les reprises chirurgicales non programmées (5,1 % contre 6,5 %).

Limites

  • Le critère principal est la survenue d’une insuffisance rénale aiguë à 72 heures : le résumé ne rapporte ni le recours à l’épuration extrarénale, ni la fonction rénale à distance, ni la mortalité.
  • Il s’agit d’un ensemble de mesures appliquées simultanément : l’essai ne permet pas de dire laquelle porte le bénéfice.
  • L’intervention ne peut pas être menée en aveugle, ce qui expose à des différences de surveillance entre les groupes.
  • Seuls 15,0 % des patients dépistés ont été randomisés : le résultat vaut pour une population sélectionnée par biomarqueurs, dont le dosage n’est pas disponible partout.
  • L’essai a été financé par un industriel du diagnostic (bioMérieux).
En pratique : chez l’opéré lourd repéré à haut risque rénal, appliquer après l’intervention un ensemble de mesures simples — monitorage hémodynamique, optimisation de la volémie et de l’hémodynamique, éviction des néphrotoxiques et des produits de contraste, contrôle de la glycémie — a fait passer le risque d’insuffisance rénale aiguë modérée ou grave à 72 heures de 22,3 % à 14,4 %, sans excès d’événements indésirables. Le bénéfice démontré porte sur la survenue de l’atteinte rénale précoce et non sur le devenir à distance. L’application concrète suppose un accès aux biomarqueurs urinaires pour la sélection, mais les mesures elles-mêmes relèvent de la surveillance postopératoire ordinaire.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations · AABB et ICTMG

Platelet Transfusion: 2025 AABB and ICTMG International Clinical Practice Guidelines

JAMA · 19 août 2025 · Recommandations internationales, méthode GRADE

Deux sociétés transfusionnelles internationales ont repris, selon la méthode GRADE, 21 essais randomisés et 13 études observationnelles consacrés à la transfusion de plaquettes chez l’adulte et l’enfant. Les données indiquent qu’une stratégie restrictive n’augmente probablement ni la mortalité ni les saignements par rapport à une stratégie libérale, dans l’ensemble des populations examinées. Le texte fixe des seuils chiffrés situation par situation et énonce plusieurs indications où la transfusion n’est pas recommandée, notamment en chirurgie cardiovasculaire sans thrombopénie ni hémorragie majeure.

Article original ↗

Question clinique

Chez quels patients, et à partir de quel chiffre de plaquettes, la transfusion plaquettaire apporte-t-elle un bénéfice ? Le texte vise à remplacer des habitudes hétérogènes par des seuils explicites, dans les situations où la transfusion de plaquettes est courante.

Méthode

Recommandations de pratique clinique élaborées conjointement par l’AABB et l’ICTMG, selon la méthode GRADE, à partir de 21 essais randomisés et de 13 études observationnelles là où les données randomisées étaient limitées. La comparaison de référence oppose les stratégies transfusant peu de plaquettes (restrictives) à celles qui en transfusent davantage (libérales). Les définitions de la stratégie restrictive variant d’un essai à l’autre, les recommandations sont formulées comme des repères pratiques. Les seuils sont exprimés en giga-plaquettes par litre (G/l, soit 109/l ; 10 G/l correspond à 10 000/mm3).

Résultats clés

  • Constat général : les stratégies restrictives n’entraînent probablement pas d’augmentation de la mortalité ni des saignements par rapport aux stratégies libérales, dans les populations prédéfinies. L’incidence d’hématome rachidien après ponction lombaire chez le patient thrombopénique est apparue extrêmement faible.
  • Recommandations fortes, niveau de preuve élevé ou modéré — transfuser en cas de thrombopénie centrale sans saignement sous chimiothérapie ou après allogreffe de cellules souches en dessous de 10 G/l ; chez le nouveau-né ayant une thrombopénie de consommation sans saignement majeur en dessous de 25 G/l ; avant ponction lombaire en dessous de 20 G/l. À l’inverse, la transfusion n’est pas recommandée en cas de thrombopénie de consommation liée à la dengue sans saignement majeur.
  • Recommandations conditionnelles, niveau de preuve faible ou très faible — transfuser en dessous de 10 G/l chez l’adulte ayant une thrombopénie de consommation sans saignement majeur et avant pose de cathéter veineux central en site compressible ; en dessous de 20 G/l avant un geste de radiologie interventionnelle à faible risque et de 50 G/l avant un geste à haut risque ; en dessous de 50 G/l avant une chirurgie lourde non neuraxiale.
  • Situations où la transfusion n’est pas recommandée (recommandations conditionnelles) : pas de transfusion prophylactique chez l’adulte non hémorragique après autogreffe de cellules souches ou en cas d’aplésie médullaire ; pas de transfusion en chirurgie cardiovasculaire, circulation extracorporelle comprise, chez un patient sans thrombopénie et sans hémorragie majeure ; pas de transfusion en cas d’hémorragie intracrânienne non opérée chez l’adulte dont les plaquettes dépassent 100 G/l, y compris sous antiagrégant.

Limites

  • La majorité des recommandations sont conditionnelles et reposent sur un niveau de preuve faible ou très faible : elles orientent la décision sans la trancher.
  • Les définitions de la stratégie restrictive diffèrent d’un essai à l’autre, ce qui limite la portée des seuils proposés et explique leur caractère pragmatique.
  • Le texte compare des stratégies transfusionnelles ; il ne traite pas de la place des alternatives médicamenteuses, dont la conclusion invite seulement à tenir compte au cas par cas.
  • Plusieurs situations fréquentes en réanimation restent sans données randomisées suffisantes pour être tranchées.
En pratique : ces seuils donnent des repères utilisables au bloc comme en réanimation, en particulier pour ne pas transfuser avant une ponction lombaire au-dessus de 20 G/l, ni avant un cathéter veineux central en site compressible au-dessus de 10 G/l. Deux situations méritent d’être retenues parce qu’elles vont à l’encontre d’habitudes répandues : la transfusion systématique de plaquettes en chirurgie cardiovasculaire sans thrombopénie ni hémorragie majeure, et la transfusion après hémorragie intracrânienne non opérée chez un adulte dont les plaquettes dépassent 100 G/l, y compris sous antiagrégant, ne sont pas recommandées. Le niveau de preuve restant modeste pour la plupart des seuils, le contexte clinique global garde sa place dans la décision.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ESICM

European Society of Intensive Care Medicine Clinical Practice Guideline on fluid therapy in adult critically ill patients: Part 3-fluid removal at de-escalation phase

Intensive Care Med · 19 août 2025 · Recommandations de pratique clinique, méthode GRADE

Troisième volet des recommandations européennes sur la gestion des liquides chez l’adulte de réanimation, ce texte traite du retrait des liquides une fois la phase aiguë du choc passée. À partir de 13 essais randomisés, le groupe de travail émet trois recommandations conditionnelles : désescalader le remplissage plutôt que de ne pas le faire, organiser le retrait des liquides par diurétiques selon un protocole plutôt que de s’en remettre aux soins habituels, et ne pas recourir en routine à l’ultrafiltration ou à la soustraction extracorporelle en l’absence d’autre indication à l’épuration extrarénale. Le niveau de preuve reste faible à modéré et les populations particulières ne peuvent pas être traitées séparément.

Article original ↗

Question clinique

Une fois le choc stabilisé et le remplissage devenu inutile, les liquides accumulés doivent-ils être activement retirés ? Et si oui, par quel moyen : diurétiques selon un protocole, ou soustraction extracorporelle ?

Méthode

Recommandations de pratique clinique de la Société européenne de médecine intensive et de réanimation (ESICM), troisième des trois volets consacrés à la gestion des liquides chez l’adulte de réanimation. Le groupe de travail associait des cliniciens, des méthodologistes et des représentants de patients. La recherche bibliographique a porté sur les essais randomisés publiés chez l’adulte jusqu’en février 2025, et la méthode GRADE a servi à évaluer le niveau de certitude des preuves puis à formuler les recommandations. Les conclusions reposent sur 13 essais randomisés.

Résultats clés

  • Trois recommandations, toutes conditionnelles.
  • Désescalader le remplissage plutôt que de ne pas le faire, chez l’adulte de réanimation une fois passée la phase aiguë de remplissage (niveau de certitude faible).
  • Retirer les liquides par diurétiques selon un protocole plutôt que selon les soins habituels, après la phase aiguë de remplissage (niveau de certitude modéré).
  • Ne pas recourir en routine à l’ultrafiltration ou à la soustraction extracorporelle après la phase aiguë de remplissage, en l’absence d’autre indication à l’épuration extrarénale (niveau de certitude faible).

Limites

  • Les trois recommandations sont conditionnelles : elles orientent la décision sans l’imposer, et laissent une large place au jugement clinique.
  • Les données étaient insuffisantes pour se prononcer sur le retrait des liquides dans des populations particulières.
  • Le résumé ne rapporte ni seuil chiffré de balance hydrique ni délai à partir duquel engager la désescalade : ces modalités sont à chercher dans le texte complet.
En pratique : chez le patient stabilisé qui n’a plus besoin d’être rempli, ces recommandations invitent à poser explicitement la question du retrait des liquides accumulés et à l’organiser par un protocole de diurétiques plutôt qu’au coup par coup. Elles déconseillent en revanche de mettre en route une épuration extracorporelle dans le seul but de soustraire de l’eau. Le niveau de certitude restant faible à modéré, le rythme et l’objectif de cette désescalade se décident au cas par cas, sous surveillance hémodynamique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Early Use of Norepinephrine in High-risk Patients Undergoing Major Abdominal Surgery: A Randomized Controlled Trial

Anesthesiology · 4 août 2025 · Essai randomisé monocentrique, 473 patients analysés

Chez des adultes de plus de 50 ans, classés ASA II ou plus et opérés d’une chirurgie abdominale majeure, une perfusion continue de noradrénaline débutée dès l’induction a été comparée à des bolus itératifs d’éphédrine administrés en cas d’hypotension. Les épisodes d’hypotension peropératoire ont été beaucoup plus rares sous noradrénaline, et une complication médico-chirurgicale est survenue dans les 30 jours chez 44 % des patients de ce groupe contre 58 % du groupe éphédrine. Les complications pulmonaires ont suivi la même tendance ; les autres critères secondaires ne différaient pas.

Complication médico-chirurgicale dans les 30 jours : 44 % sous noradrénaline contre 58 % sous éphédrine · complications pulmonaires : 17 % contre 31 %
Article original ↗

Question clinique

L’hypotension peropératoire prédit fortement les suites compliquées d’une chirurgie abdominale majeure, et la période qui suit immédiatement l’induction en est un moment critique peu étudié. Prévenir cette hypotension par une perfusion de vasopresseur débutée d’emblée, plutôt que la corriger par bolus quand elle survient, améliore-t-il les suites opératoires ?

Méthode

Essai randomisé monocentrique incluant des adultes de plus de 50 ans, de classe ASA II ou plus, opérés d’une chirurgie abdominale majeure. Dans le groupe éphédrine, des bolus itératifs (3 mg/ml) étaient titrés à l’induction en cas d’hypotension peropératoire. Dans le groupe noradrénaline, une perfusion intraveineuse continue (0,016 mg/ml) était débutée dès l’induction au débit de 0,48 mg par heure, puis titrée en cas d’hypotension. Le critère de jugement principal était la survenue de toute complication médico-chirurgicale dans les 30 jours, définie par un score de Clavien-Dindo de 1 ou plus. Les critères secondaires comprenaient la durée de séjour, l’insuffisance rénale aiguë, la mortalité à un mois et les complications cardiovasculaires, respiratoires, neurologiques et infectieuses. Les évaluateurs ignoraient le groupe d’affectation.

Résultats clés

  • 500 patients randomisés, 473 analysés en intention de traiter.
  • Épisodes cumulés d’hypotension peropératoire : 35 (15 %) dans le groupe noradrénaline contre 176 (74 %) dans le groupe éphédrine (p < 0,001).
  • Critère principal : complication médico-chirurgicale à 30 jours chez 103 patients (44 %) sous noradrénaline contre 137 (58 %) sous éphédrine ; risque relatif rapporté 0,58 (IC95 % 0,40–0,83 ; p = 0,004).
  • Critères secondaires : aucune différence significative, sauf pour les complications pulmonaires, moins fréquentes sous noradrénaline — 40 patients (17 %) contre 74 (31 %) ; risque relatif 0,46 (IC95 % 0,29–0,70 ; p < 0,001).

Limites

  • Essai monocentrique, avec des pratiques d’induction et de remplissage qui lui sont propres ; la transposition à d’autres organisations demande confirmation.
  • Le critère principal, un score de Clavien-Dindo de 1 ou plus, englobe des événements de gravité très différente, du simple écart au décours postopératoire attendu à la complication grave.
  • Les mesures d’association rapportées comme des risques relatifs (0,58 pour le critère principal, 0,46 pour les complications pulmonaires) ne correspondent pas au rapport des pourcentages publiés ; elles coïncident en revanche avec les odds ratios calculés à partir de ces mêmes pourcentages. Se reporter à l’article pour le modèle d’analyse retenu.
  • La comparaison porte sur deux stratégies qui diffèrent à la fois par la molécule et par le mode d’administration : on ne peut pas séparer l’effet du vasopresseur choisi de celui de la perfusion continue préventive.
  • Aucun bénéfice n’est démontré sur la mortalité à un mois ni sur l’insuffisance rénale aiguë.
En pratique : chez l’opéré âgé ou comorbide prévu pour une chirurgie abdominale lourde, débuter dès l’induction une perfusion continue titrée de noradrénaline plutôt que d’attendre la chute tensionnelle pour donner des bolus d’éphédrine réduit nettement le temps passé en hypotension et s’accompagne, dans cet essai, de moins de complications à 30 jours. Le résultat provient d’un seul centre et repose sur un critère composite très inclusif : il rend cette stratégie défendable quand l’organisation le permet, sans la tenir pour définitivement établie. Il suppose de disposer d’une voie dédiée et d’une dilution prête à l’emploi dès l’induction.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · FARES-II

Prothrombin Complex Concentrate vs Frozen Plasma for Coagulopathic Bleeding in Cardiac Surgery: The FARES-II Multicenter Randomized Clinical Trial

JAMA · 27 mai 2025 · Essai randomisé de non-infériorité, 12 centres, 420 patients analysés

Chez des adultes opérés du cœur qui saignaient par déficit en facteurs de coagulation après l’arrêt de la circulation extracorporelle, l’administration d’un concentré de complexe prothrombinique à quatre facteurs a été comparée à celle de plasma congelé. La réponse hémostatique a été jugée efficace chez 77,9 % des patients recevant le concentré contre 60,4 % de ceux recevant du plasma, un résultat qui satisfait à la fois le critère de non-infériorité et celui de supériorité. Les patients traités par concentré ont aussi reçu moins de produits sanguins et présenté moins d’événements indésirables graves.

Réponse hémostatique efficace : 77,9 % sous concentré de complexe prothrombinique contre 60,4 % sous plasma congelé (différence 17,6 % ; IC95 % 8,7–26,4 ; p < 0,001) · insuffisance rénale aiguë : 10,3 % contre 18,8 %
Article original ↗

Question clinique

Lorsqu’un patient saigne en fin de chirurgie cardiaque par déficit acquis en facteurs de coagulation, le plasma congelé reste le traitement de référence. Le concentré de complexe prothrombinique à quatre facteurs, d’administration plus rapide et de volume bien moindre, fait-il au moins aussi bien ?

Méthode

Essai randomisé de non-infériorité en ouvert, mené dans 12 hôpitaux, incluant des adultes de 18 ans ou plus ayant développé un saignement lié à un déficit en facteurs de coagulation après l’arrêt de la circulation extracorporelle, entre novembre 2022 et mai 2024. Au bloc, 265 patients ont été assignés au concentré de complexe prothrombinique (1 500 UI jusqu’à 60 kg, 2 000 UI au-delà) et 263 au plasma congelé (3 unités jusqu’à 60 kg, 4 unités au-delà) ; une seconde dose était autorisée dans les 24 heures, seul le plasma pouvant ensuite être utilisé. Le critère de jugement principal était la réponse hémostatique, considérée efficace en l’absence de tout geste d’hémostase entre la 60e minute et la 24e heure suivant le début du traitement, avec une marge de non-infériorité de 10 % puis, en cas de succès, un test de supériorité. Suivi jusqu’au 30e jour postopératoire.

Résultats clés

  • Sur 538 patients inclus, 420 sont entrés dans l’analyse principale (âge médian 66 ans ; IQR 57–73 ; 74 % d’hommes) ; 296 d’entre eux (70 %) avaient eu une chirurgie complexe.
  • Critère principal : réponse hémostatique efficace chez 77,9 % des 213 patients sous concentré de complexe prothrombinique contre 60,4 % des 207 patients sous plasma congelé (différence 17,6 % ; IC95 % 8,7–26,4 ; p < 0,001 pour la non-infériorité et pour la supériorité). Rapporté à cette différence absolue, environ six patients doivent être traités par concentré plutôt que par plasma pour une réponse hémostatique efficace supplémentaire.
  • Transfusions de produits sanguins allogéniques, culots globulaires, plaquettes et unités de plasma hors protocole comprises : moyenne de 6,6 unités (IC95 % 5,7–7,7) contre 9,3 unités (IC95 % 8,0–10,8) ; différence 2,7 (IC95 % 1,0–4,4 ; p = 0,002).
  • Sécurité : événements indésirables graves chez 36,2 % des patients sous concentré contre 98 patients (47,3 %) sous plasma (RR 0,76 ; IC95 % 0,61–0,96 ; p = 0,02). Insuffisance rénale aiguë chez 22 patients (10,3 %) contre 39 (18,8 %) (RR 0,55 ; IC95 % 0,34–0,89 ; p = 0,02).

Limites

  • Essai mené en ouvert : le critère principal repose sur la décision de réaliser ou non un geste d’hémostase, sensible à la connaissance du traitement reçu.
  • Une partie des 538 patients inclus ne figure pas dans l’analyse principale, qui en retient 420.
  • La baisse des événements indésirables graves et de l’insuffisance rénale aiguë porte sur des critères secondaires : elle est cohérente avec la moindre charge volémique, mais demande confirmation.
  • Les résultats valent pour la coagulopathie de fin de circulation extracorporelle et ne se transposent pas d’emblée aux autres hémorragies périopératoires.
En pratique : devant un saignement par déficit en facteurs de coagulation après circulation extracorporelle, le concentré de complexe prothrombinique apparaît comme une alternative préférable au plasma congelé, avec une hémostase plus souvent obtenue et moins de produits sanguins transfusés. Le signal favorable sur l’insuffisance rénale aiguë et les événements indésirables graves reste un résultat secondaire, à interpréter comme un argument de plus et non comme une démonstration. Ce choix suppose d’avoir organisé la disponibilité du produit au bloc et un protocole de dosage adapté au poids.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ESICM

European Society of Intensive Care Medicine (ESICM) 2025 clinical practice guideline on fluid therapy in adult critically ill patients: part 2-the volume of resuscitation fluids

Intensive Care Med · 31 mars 2025 · Recommandations internationales, quatre recommandations conditionnelles

Ce deuxième volet des recommandations européennes sur le remplissage vasculaire traite du volume à administrer à la phase précoce d’une insuffisance circulatoire aiguë chez l’adulte de réanimation. Le panel suggère, dans le sepsis et le choc septique, d’administrer jusqu’à 30 mL/kg de cristalloïdes à la phase initiale, avec un ajustement au contexte clinique et des réévaluations fréquentes, puis une approche individualisée à la phase d’optimisation. Il suggère une stratégie restrictive dans le choc hémorragique traumatique et déconseille le remplissage comme traitement de première intention du choc cardiogénique gauche.

Article original ↗

Question clinique

Quel volume de soluté administrer à la phase précoce d’une insuffisance circulatoire aiguë chez l’adulte de réanimation, selon le type de choc ?

Méthode

Recommandations de pratique clinique d’un panel international réuni par la Société européenne de réanimation, consacrées au seul volume du remplissage précoce. Les questions ont été formulées au format PICO et les preuves évaluées selon la méthode GRADE. Le texte aboutit à quatre recommandations conditionnelles et quatre énoncés de bonne pratique non gradués ; pour deux questions, aucune recommandation n’a pu être formulée.

Résultats clés

  • Dans le sepsis et le choc septique, le panel suggère d’administrer jusqu’à 30 mL/kg de cristalloïdes par voie intraveineuse à la phase initiale, en adaptant au contexte clinique et en réévaluant fréquemment (certitude des preuves très faible). À la phase d’optimisation, il suggère une approche individualisée (certitude très faible).
  • À la phase d’optimisation, le panel ne se prononce ni pour ni contre une stratégie restrictive ou libérale : la certitude d’une absence d’effet est jugée modérée.
  • Dans le choc hémorragique, une stratégie restrictive est suggérée après traumatisme fermé (certitude modérée) comme après plaie pénétrante (certitude faible). Dans le choc hémorragique non traumatique, le remplissage est guidé par les paramètres hémodynamiques et biologiques (bonne pratique non graduée).
  • Dans le choc cardiogénique gauche, le remplissage n’est pas recommandé comme traitement de première intention. En cas de tamponnade, les solutés sont administrés avec prudence jusqu’au traitement définitif ; dans l’embolie pulmonaire aiguë, ils sont guidés par les marqueurs indirects de congestion du cœur droit (bonnes pratiques non graduées).
  • Aucune recommandation n’a pu être formulée pour l’insuffisance circulatoire associée au syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Limites

  • La certitude des preuves est très faible pour les énoncés qui concernent le sepsis, c’est-à-dire la situation la plus fréquente : le seuil de 30 mL/kg reste une suggestion, non un objectif à atteindre.
  • Plusieurs énoncés sont des bonnes pratiques non graduées, fondées sur l’accord du panel.
  • Le texte ne traite que du volume : le choix du soluté fait l’objet du premier volet.
  • Deux questions restent sans réponse, dont celle de l’insuffisance circulatoire au cours du syndrome de détresse respiratoire aiguë.
En pratique : le repère de 30 mL/kg est maintenu à la phase initiale du sepsis, mais explicitement comme un ordre de grandeur à ajuster et à réévaluer, non comme une dose à perfuser par principe. Au-delà de cette phase, aucune donnée ne permet de trancher entre restrictif et libéral : la décision revient à l’évaluation répétée du patient. Devant un choc hémorragique traumatique, un choc cardiogénique gauche ou une embolie pulmonaire, le remplissage large n’a pas sa place.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ACCP

Transfusion of Fresh Frozen Plasma and Platelets in Critically Ill Adults: An American College of Chest Physicians Clinical Practice Guideline

Chest · 10 mars 2025 · Recommandations de pratique clinique, méthode GRADE

L’American College of Chest Physicians publie sept recommandations sur la transfusion de plaquettes et de plasma frais congelé chez l’adulte de réanimation, qu’il saigne ou non, et avant les gestes invasifs courants. La revue des données n’a retenu que seize études, dont un seul essai randomisé, et le niveau de certitude des preuves est très faible pour chacune des sept questions posées. Le panel estime que la plupart des patients tirent bénéfice de ne pas recevoir ces produits sanguins, et réserve la transfusion aux malades à haut risque hémorragique ou chez qui un saignement serait catastrophique. Toutes les recommandations sont conditionnelles : elles appellent une évaluation du rapport bénéfice-risque au cas par cas plutôt qu’un seuil automatique.

Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de réanimation thrombopénique ou coagulopathique, quand faut-il transfuser des plaquettes ou du plasma frais congelé : en présence d’un saignement, à titre préventif en dehors de tout saignement, et avant les gestes invasifs pratiqués en réanimation ?

Méthode

Recommandation de pratique clinique élaborée par un panel d’experts autour de sept questions structurées au format PICO (population, intervention, comparateur, critère de jugement). La certitude des preuves a été appréciée selon la méthode GRADE, et le consensus sur le libellé des recommandations obtenu par une technique Delphi modifiée. La recherche initiale a repéré 7 172 études ; 100 articles ont été lus et 16 retenus, soit un essai randomisé et quinze études observationnelles.

Résultats clés

  • Sept recommandations, toutes conditionnelles, appuyées sur une certitude des preuves jugée très faible pour l’ensemble des questions.
  • Seize études seulement remplissaient les critères d’inclusion, dont un seul essai randomisé pour quinze études observationnelles.
  • Les gestes couverts sont ceux du quotidien de la réanimation : pose de cathéter veineux central ou de cathéter artériel, ponction lombaire, ponction pleurale, ponction d’ascite, fibroscopie bronchique.
  • Le panel conclut que, compte tenu des risques connus de la transfusion et du bénéfice mal démontré des plaquettes et du plasma frais congelé, la plupart des patients gagnent à ne pas être transfusés ; la transfusion se discute lorsque le risque hémorragique est élevé ou qu’un saignement serait catastrophique.

Limites

  • Le corpus est presque entièrement observationnel : un seul essai randomisé pour sept questions, d’où une certitude très faible et des recommandations toutes conditionnelles.
  • Le résumé ne fournit pas de seuil chiffré de plaquettes ni de valeur d’INR au-delà desquels s’abstenir : la décision reste individuelle.
  • Une recommandation conditionnelle fondée sur des preuves très faibles peut être révisée dès la parution d’essais randomisés.
En pratique : ce texte invite à renoncer à la transfusion réflexe de plaquettes ou de plasma frais congelé avant un cathéter central, une ponction lombaire ou une fibroscopie chez un patient de réanimation qui ne saigne pas. Le raisonnement attendu est une appréciation explicite du risque hémorragique du geste et du malade, et non l’application d’un chiffre seuil. La certitude des preuves étant très faible, ces recommandations orientent la réflexion sans trancher les situations à haut risque, où la transfusion garde sa place.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations · Association of Anaesthetists

Association of Anaesthetists guidelines: the use of blood components and their alternatives

Anaesthesia · 9 janvier 2025 · Recommandations multidisciplinaires, consensus Delphi

L’anémie, le saignement et la transfusion sont tous trois associés à des suites périopératoires plus défavorables, et les pratiques transfusionnelles ont beaucoup évolué en dix ans sous l’effet de grands essais randomisés et des progrès de l’hémovigilance. Un groupe de travail multidisciplinaire et multi-sociétés a actualisé ces recommandations par revues ciblées de la littérature puis consensus Delphi en trois tours, et retient douze recommandations principales. Elles insistent sur l’organisation qui conditionne la sécurité de la transfusion et la mise à disposition des produits sanguins en temps utile, sur la nécessité de protocoles d’hémorragie majeure adaptés à chaque contexte clinique, et sur les stratégies permettant d’éviter la transfusion, de limiter le saignement et de gérer les traitements anticoagulants.

Article original ↗

Question clinique

Comment utiliser aujourd’hui les produits sanguins labiles et leurs alternatives chez un patient exposé à une hémorragie majeure ou à une transfusion périopératoire ? Le texte actualise des recommandations à la lumière d’une décennie d’essais randomisés et de l’évolution de l’hémovigilance.

Méthode

Recommandations élaborées par un groupe de travail multidisciplinaire, réunissant plusieurs sociétés savantes. La démarche a associé des revues ciblées de la littérature à un processus Delphi en trois tours, dont sont issues douze recommandations principales. Le résumé ne fait pas état d’une cotation formelle du niveau de preuve du type GRADE.

Résultats clés

  • Douze recommandations principales ont fait l’objet d’un accord du groupe de travail.
  • Premier axe : les facteurs d’organisation qui conditionnent la sécurité de la transfusion et l’obtention des produits sanguins en temps utile.
  • Deuxième axe : la nécessité de protocoles d’hémorragie majeure adaptés aux différents contextes cliniques, plutôt qu’un protocole unique.
  • Troisième axe : les stratégies permettant d’éviter le recours à la transfusion, de limiter le saignement et de gérer les traitements anticoagulants.

Limites

  • Le résumé disponible expose les axes des recommandations mais n’en détaille ni le libellé ni les seuils chiffrés : la lecture du texte intégral est indispensable pour les appliquer.
  • La méthode repose sur un consensus d’experts par Delphi ; le niveau de preuve associé à chaque recommandation n’est pas rapporté dans le résumé.
  • Le texte a été conçu pour une organisation transfusionnelle donnée ; les circuits d’approvisionnement et les produits disponibles varient d’un système de santé à l’autre.
En pratique : ce texte sert surtout de point de repère pour vérifier qu’un bloc dispose bien de protocoles d’hémorragie majeure distincts selon le contexte, d’un circuit d’obtention rapide des produits sanguins et d’une conduite écrite pour les anticoagulants. Il rappelle que limiter le saignement et éviter le recours à la transfusion font partie intégrante de la stratégie. Les recommandations elles-mêmes doivent être lues dans le texte intégral avant d’être transposées à une organisation donnée.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Neuroréanimation & traumatologie

0 sorties
2026
◎ Veille Essai randomisé pilote · NEURO-CONDA

Early inhaled isoflurane sedation in neurocritical patients with invasive intracranial pressure monitoring: the NEURO-CONDA randomized pilot trial

Crit Care · 28 mai 2026 · Essai randomisé pilote en ouvert, 30 patients

La sédation par halogéné est peu utilisée en neuroréanimation, par crainte d’une élévation de la pression intracrânienne. Cet essai pilote a réparti au hasard 30 patients porteurs d’un monitorage invasif de la pression intracrânienne, sans hypertension intracrânienne au moment de l’inclusion, entre sédation précoce par isoflurane et sédation par propofol. La sédation a été efficace chez la totalité des patients des deux groupes, aucun effet indésirable grave n’est survenu, et pression intracrânienne comme pression de perfusion cérébrale sont restées stables sous isoflurane, sans majoration des vasopresseurs. L’effectif ne permet que de conclure à la faisabilité.

Efficacité de la sédation : 100 % dans les deux groupes sur toute la période d’étude · aucun effet indésirable médicamenteux grave, sur 30 patients
Article original ↗

Question clinique

Chez le patient de neuroréanimation porteur d’un monitorage invasif de la pression intracrânienne et sans hypertension intracrânienne, une sédation précoce par isoflurane inhalé est-elle efficace et sûre par rapport au propofol ?

Méthode

Essai de phase IV, randomisé, en ouvert, en groupes parallèles, mené dans une seule réanimation de recours entre mai 2024 et octobre 2025. Les adultes de neuroréanimation nécessitant un monitorage de la pression intracrânienne, et sans hypertension intracrânienne, recevaient par tirage au sort du propofol ou de l’isoflurane. Les critères de jugement principaux étaient l’efficacité de la sédation, appréciée par l’échelle RASS et l’index bispectral, et la tolérance, définie par la survenue d’effets indésirables médicamenteux graves : élévation persistante de la pression intracrânienne ou pression de perfusion cérébrale inférieure à 60 mmHg imposant d’augmenter les vasopresseurs. La nociception et les paramètres systémiques ont été recueillis jusqu’à 72 heures. Analyse en intention de traiter.

Résultats clés

  • 30 patients inclus, 15 par groupe, caractéristiques initiales comparables ; 19 avaient un traumatisme crânien.
  • Efficacité de la sédation : 100 % dans les deux groupes sur toute la période d’étude.
  • Aucun effet indésirable médicamenteux grave dans l’un ou l’autre groupe.
  • Pression intracrânienne et pression de perfusion cérébrale restées stables dans le groupe isoflurane, sans recours à des doses de vasopresseurs plus élevées.

Limites

  • Essai pilote de 30 patients dans un seul centre : l’effectif permet d’évaluer la faisabilité et de repérer des événements fréquents, pas d’exclure un risque rare ni de comparer un devenir clinique.
  • Essai en ouvert, sans insu ; les critères de jugement comportent une part d’appréciation.
  • Les patients en hypertension intracrânienne étaient exclus : rien ne permet d’étendre ces résultats à la situation où la crainte est la plus forte.
  • Le suivi se limite à 72 heures ; le devenir neurologique à distance n’a pas été évalué.
En pratique : cet essai ne justifie pas de changer de sédatif en neuroréanimation, mais il lève une part de la réticence à l’égard des halogénés chez le patient cérébro-lésé monitoré et sans hypertension intracrânienne : sur 72 heures, pression intracrânienne et pression de perfusion sont restées stables. La prudence demeure entière en cas d’hypertension intracrânienne, situation non étudiée. Des essais de plus grande taille sont nécessaires avant d’envisager l’isoflurane comme sédation de première intention dans cette population.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Analyse post hoc d’essai randomisé

Prehospital tranexamic acid bolus improves outcomes in traumatic brain injury: A Bayesian reanalysis of the prehospital TXA for TBI trial

J Trauma Acute Care Surg · 22 mai 2026 · Réanalyse bayésienne, traumatisme crânien modéré à grave, pré-hospitalier

Cette relecture bayésienne reprend l’essai randomisé qui comparait, en pré-hospitalier chez le traumatisé crânien modéré à grave, un bolus d’acide tranexamique de 1 g suivi d’une perfusion de 1 g, un bolus unique de 2 g, et un placebo. Elle exprime les résultats en probabilités de bénéfice plutôt qu’en tests : le bolus unique de 2 g atteint une probabilité de 95,3 % d’améliorer le devenir fonctionnel à 6 mois et 95,3 % de réduire la mortalité à 28 jours, tandis que le schéma bolus-perfusion reste sous 50 % de probabilité de bénéfice pour tous les critères. Il s’agit d’une analyse exploratoire, qui ne remplace pas un essai conçu pour cette comparaison.

Bolus unique de 2 g contre placebo : probabilité d’un meilleur devenir fonctionnel à 6 mois 95,3 % · probabilité d’une mortalité plus basse à 28 jours 95,3 % · à 6 mois 70,7 %
Article original ↗

Question clinique

Chez le traumatisé crânien modéré à grave, l’acide tranexamique administré dès la prise en charge pré-hospitalière améliore-t-il le devenir, et l’un des deux schémas d’administration est-il préférable ?

Méthode

Analyse post hoc de l’essai randomisé pré-hospitalier d’acide tranexamique dans le traumatisme crânien, qui comportait trois bras : bolus de 1 g suivi d’une perfusion de 1 g (schéma standard), bolus unique de 2 g, et placebo. Des modèles de régression bayésiens ont été construits pour estimer, sous forme de probabilités a posteriori, l’association entre administration précoce en pré-hospitalier et devenir fonctionnel neurologique à 6 mois, mortalité à 28 jours et mortalité à 6 mois. Une probabilité a posteriori se lit comme la vraisemblance, au vu des données, que le traitement fasse mieux que le comparateur ; elle ne se confond pas avec un seuil de significativité. Niveau de preuve annoncé par la revue : thérapeutique, niveau III.

Résultats clés

  • Tous schémas confondus, l’acide tranexamique pré-hospitalier atteint une probabilité de 78,1 % d’améliorer le devenir fonctionnel neurologique à 6 mois par rapport au placebo.
  • Bolus unique de 2 g contre placebo : probabilité d’un meilleur devenir fonctionnel à 6 mois 95,3 % · probabilité d’une mortalité plus basse à 28 jours 95,3 % · à 6 mois 70,7 %.
  • Schéma standard bolus-perfusion contre placebo : probabilité de bénéfice inférieure à 50 % pour l’ensemble des critères examinés.

Limites

  • Analyse post hoc d’un essai qui n’avait pas été dimensionné pour comparer les deux schémas d’administration entre eux : les résultats sont générateurs d’hypothèses, non confirmatoires.
  • Une probabilité a posteriori élevée indique la direction de l’effet, pas son ampleur : le résumé ne rapporte ni différence absolue de mortalité, ni effectif par groupe.
  • Le choix des lois a priori conditionne les probabilités obtenues ; les données de tolérance, notamment thrombotiques, ne sont pas détaillées dans le résumé.
En pratique : cette relecture ne modifie pas à elle seule les protocoles pré-hospitaliers, mais elle nourrit l’hypothèse qu’un bolus unique de 2 g d’acide tranexamique, simple à administrer en intervention, serait préférable au schéma bolus puis perfusion chez le traumatisé crânien. L’intérêt de l’acide tranexamique dans cette indication et le schéma d’administration optimal restent incertains : trancher demanderait un essai conçu pour cette comparaison.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

Guidelines for Neuroprognostication in Critically ill Adults with Acute Ischemic Stroke

Neurocrit Care · 6 avril 2026 · Recommandations GRADE, revue systématique de 518 articles

Ces recommandations passent en revue les éléments cliniques et les modèles de prédiction utilisés pour annoncer le pronostic d’un adulte de réanimation admis pour un accident vasculaire cérébral ischémique. Un seul prédicteur a été jugé moyennement fiable : l’amélioration neurologique survenant dans les 24 heures suivant la revascularisation, qui annonce un bon devenir fonctionnel ; aucun autre élément pris isolément n’a été retenu comme fiable pour prédire la mortalité ou le devenir fonctionnel. Le reste du texte énonce des principes de bonne pratique pour l’entretien avec le patient et ses proches.

Article original ↗

Question clinique

Lorsqu’on informe un adulte de réanimation atteint d’un accident vasculaire cérébral ischémique, ou ses proches, quels prédicteurs peuvent être considérés comme fiables pour annoncer un mauvais devenir fonctionnel à trois mois ou plus ?

Méthode

Revue systématique narrative avec méthodologie GRADE, portant sur des patients admis en réanimation après un accident vasculaire cérébral ischémique — surveillance après geste de revascularisation, infarctus hémisphérique étendu, instabilité cardiorespiratoire. Les prédicteurs candidats, variables cliniques et modèles multivariés, ont été sélectionnés sur leur pertinence clinique et sur l’existence d’un corpus suffisant. Les recommandations reposent sur la qualité des preuves, la balance entre conséquences souhaitables et indésirables, les valeurs et préférences, et la consommation de ressources ; les principes généraux sont formulés en recommandations de bonne pratique.

Résultats clés

  • 518 articles remplissaient les critères d’éligibilité pour fonder les recommandations.
  • L’amélioration neurologique précoce, dans les 24 heures suivant la revascularisation, a été retenue comme un prédicteur moyennement fiable d’un bon devenir fonctionnel.
  • Aucun autre prédicteur pris isolément n’a été jugé fiable, ni pour la mortalité, ni pour le devenir fonctionnel.
  • Principes de bonne pratique : ne pas annoncer le pronostic trop tôt, écarter les facteurs de confusion, recourir à une évaluation multimodale, anticiper la récupération de la déglutition et la décanulation après trachéotomie, et informer le patient porteur d’un infarctus hémisphérique étendu et ses proches avant l’aggravation neurologique attendue.

Limites

  • Il s’agit d’une revue systématique narrative : les prédicteurs examinés ont été choisis par le groupe de travail sur leur pertinence clinique et sur l’existence de données exploitables, et non par un recensement exhaustif des marqueurs publiés.
  • Qu’un prédicteur ne soit pas jugé fiable ne signifie pas qu’il soit dépourvu de valeur pronostique : c’est le niveau de preuve qui manque pour fonder sur lui, à lui seul, une décision.
  • L’amélioration précoce après revascularisation prédit un bon devenir ; son absence ne permet pas symétriquement d’annoncer un mauvais devenir.
En pratique : en réanimation, la décision de limitation après un accident vasculaire cérébral ischémique ne doit s’appuyer sur aucun critère isolé, mais sur une évaluation multimodale répétée, après avoir écarté les facteurs de confusion. L’amélioration neurologique dans les 24 heures qui suivent la revascularisation est le seul élément retenu comme moyennement fiable, et il va dans le sens favorable. Le texte invite à préparer l’entretien avec les proches d’un infarctus hémisphérique étendu avant l’aggravation neurologique, plutôt qu’au moment où elle survient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · SWiFT

Prehospital Whole Blood in Traumatic Hemorrhage - A Randomized Controlled Trial

N Engl J Med · 17 mars 2026 · Essai randomisé de phase 3, 616 patients analysés

Chez le traumatisé en hémorragie grave pris en charge par une équipe médicale héliportée, cet essai de supériorité a comparé la transfusion pré-hospitalière de sang total, jusqu’à deux unités, à la prise en charge habituelle par composants sanguins séparés. Le critère principal — décès toutes causes ou transfusion massive dans les 24 heures — est survenu chez 48,7 % des patients sous sang total et 47,7 % sous composants, sans différence significative. La mortalité à tous les temps de mesure, le recours à la transfusion massive et les événements thrombotiques apparaissaient comparables entre les deux groupes. Le sang total pré-hospitalier, dont l’usage se répand, ne fait donc pas mieux que la stratégie par composants dans cette indication.

Décès toutes causes ou transfusion massive à 24 heures : 48,7 % sous sang total contre 47,7 % sous composants sanguins (RR 1,02 ; IC95 % 0,80–1,31 ; p = 0,84)
Article original ↗

Question clinique

Devant une hémorragie traumatique menaçant le pronostic vital, transfuser du sang total dès la prise en charge pré-hospitalière réduit-il la mortalité et le recours à la transfusion massive par rapport à la transfusion de composants sanguins séparés ?

Méthode

Essai pragmatique de phase 3, multicentrique, en ouvert, de supériorité, conduit dans dix services d’urgence héliportés. Les patients présentant une hémorragie traumatique grave et pris en charge par l’une de ces équipes étaient répartis par tirage au sort entre sang total (jusqu’à deux unités) et prise en charge habituelle par composants sanguins (jusqu’à deux unités de culots globulaires et deux de plasma), avant l’arrivée à l’hôpital. Le critère de jugement principal était composite : décès de toute cause ou transfusion massive, définie par 10 unités de composants ou de produits sanguins ou plus, dans les 24 heures suivant la randomisation.

Résultats clés

  • 942 patients tirés au sort ; après exclusion des hémorragies non traumatiques et des arrêts cardiaques traumatiques, 616 ont été analysés — 314 sous sang total et 302 sous composants sanguins.
  • Critère principal atteint chez 48,7 % des patients sous sang total et 47,7 % sous composants : RR 1,02 ; IC95 % 0,80–1,31 ; p = 0,84.
  • La mortalité de toute cause à chacun des temps de mesure, le recours à la transfusion massive et les autres critères secondaires apparaissaient comparables entre les deux groupes.
  • Un temps de prothrombine au-dessus des valeurs normales a été observé chez 40,7 % des patients sous sang total et 30,5 % sous composants.
  • Les événements indésirables graves ont été un peu plus nombreux dans le groupe composants que dans le groupe sang total (37 contre 31) ; l’incidence des événements thrombotiques apparaissait comparable.

Limites

  • Essai en ouvert : l’absence d’insu peut influencer les décisions de transfusion ultérieures, qui entrent dans le critère principal.
  • Un tiers des patients tirés au sort ont été exclus de l’analyse après randomisation, essentiellement pour hémorragie non traumatique ou arrêt cardiaque traumatique.
  • La dose est limitée à deux unités en pré-hospitalier : le résultat ne dit rien d’une stratégie de sang total poursuivie à l’hôpital ni de volumes plus importants.
  • Le critère principal est composite et associe un décès à un seuil transfusionnel, deux événements de portée clinique inégale.
En pratique : l’essai ne démontre aucun avantage du sang total sur la stratégie par composants pour la transfusion pré-hospitalière du traumatisé hémorragique, ce qui retire son principal argument clinique à une pratique en pleine diffusion. Une équipe qui dispose déjà de composants sanguins n’a pas de raison, au vu de ces résultats, de réorganiser sa chaîne transfusionnelle autour du sang total. Le choix peut donc se décider sur des critères logistiques — disponibilité, simplicité d’emploi, gestion des stocks — plutôt que sur un bénéfice attendu pour le patient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Analyse secondaire · HEMOTION

Influence of multiple trauma on the effect of transfusion strategies in patients with traumatic brain injury: a sub-study of the HEMOTION trial

Intensive Care Med · 3 mars 2026 · Analyse secondaire d’essai randomisé, 742 patients

L’essai HEMOTION avait comparé, après traumatisme crânien modéré à grave, un seuil transfusionnel libéral au-dessus de 10 g/dL à un seuil restrictif au-dessus de 7 g/dL. Cette analyse secondaire de ses 742 patients cherchait à savoir si l’existence de lésions extracrâniennes associées modifiait l’effet de la stratégie transfusionnelle sur le devenir fonctionnel à six mois. Quelle que soit la définition retenue du polytraumatisme — gravité lésionnelle extracrânienne, chirurgie extracrânienne en urgence ou lésion médullaire avec déficit —, aucune interaction n’a été retrouvée sur l’échelle de devenir de Glasgow étendue. Seuls les patients opérés en urgence d’une lésion extracrânienne pourraient justifier des travaux complémentaires.

Aucune interaction entre polytraumatisme et stratégie transfusionnelle sur le devenir à 6 mois · évolution défavorable sous stratégie libérale : RR ajusté 0,87 ; IC95 % 0,71–1,07 en cas de lésions extracrâniennes graves, 0,79 ; IC95 % 0,59–1,05 en cas de chirurgie extracrânienne urgente, 0,99 ; IC95 % 0,42–2,33 en cas de lésion médullaire
Article original ↗

Question clinique

Après un traumatisme crânien modéré à grave, l’anémie peut aggraver les lésions cérébrales secondaires, et l’on peut craindre que les patients porteurs de lésions extracrâniennes associées soient plus exposés à l’hypoxie cérébrale. Le bénéfice attendu d’une stratégie transfusionnelle libérale est-il plus marqué chez eux ?

Méthode

Analyse secondaire de l’ensemble des 742 participants de l’essai randomisé HEMOTION, qui comparait un seuil transfusionnel libéral au-dessus de 10 g/dL à un seuil restrictif au-dessus de 7 g/dL. Le polytraumatisme a été défini de trois façons : lésion extracrânienne avec un score de gravité lésionnelle (Injury Severity Score) supérieur à 15 ; lésion extracrânienne imposant une chirurgie en urgence ; lésion rachidienne avec déficit neurologique. Le critère de jugement principal était l’échelle de devenir de Glasgow étendue (GOS-E) à six mois. Les interactions entre stratégie transfusionnelle et statut de polytraumatisé ont été testées par dichotomie glissante et régression de Poisson hiérarchique, avec des analyses de sensibilité par dichotomie classique et modèles à cotes proportionnelles. Les critères secondaires comprenaient la mortalité, la qualité de vie, l’autonomie fonctionnelle et la dépression.

Résultats clés

  • Aucune interaction entre statut de polytraumatisé et stratégie transfusionnelle sur le GOS-E à six mois, et ce pour les trois définitions retenues.
  • Risque relatif ajusté d’évolution défavorable sous stratégie libérale : 0,87 ; IC95 % 0,71–1,07 en cas de lésions extracrâniennes graves, 0,79 ; IC95 % 0,59–1,05 en cas de chirurgie extracrânienne urgente, 0,99 ; IC95 % 0,42–2,33 en cas de lésion médullaire.
  • Les analyses de sensibilité font apparaître une interaction possible chez les patients opérés en urgence d’une lésion extracrânienne (p d’interaction = 0,02 en modèle à cotes proportionnelles, 0,05 en dichotomie classique).
  • La stratégie libérale s’accompagne de meilleurs scores d’autonomie fonctionnelle et de qualité de vie pour les deux premières définitions du polytraumatisme, mais pas pour la troisième, sans interaction cohérente.
  • Mortalité et score de dépression ne diffèrent pas entre les deux stratégies.

Limites

  • Il s’agit d’une analyse secondaire : les sous-groupes n’étaient pas dimensionnés pour démontrer une interaction, comme le montrent les intervalles de confiance très larges de la lésion médullaire.
  • Le signal observé chez les opérés en urgence provient d’analyses de sensibilité et doit être tenu pour exploratoire, non pour un résultat établi.
  • Les trois définitions du polytraumatisme se recouvrent partiellement et multiplient les comparaisons.
  • Les résultats restent tributaires des seuils transfusionnels de l’essai d’origine : ils ne renseignent pas sur des seuils intermédiaires.
En pratique : devant un traumatisé crânien anémié, la présence de lésions extracrâniennes associées ne fournit pas, en elle-même, d’argument pour relever le seuil transfusionnel : la stratégie se décide comme chez le traumatisé crânien isolé. Le cas du patient conduit en urgence au bloc pour une lésion extracrânienne mérite attention, mais l’argument reste exploratoire et ne justifie pas encore de protocole distinct. Cette analyse invite surtout à ne pas multiplier les règles transfusionnelles selon le profil lésionnel.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Should platelet transfusion be used to reverse preinjury antiplatelet agents in traumatic brain injury? A systematic review and meta-analysis

J Trauma Acute Care Surg · 12 janvier 2026 · Méta-analyse de 11 études observationnelles, 6 717 patients

Faut-il transfuser des plaquettes à un traumatisé crânien qui prenait un antiagrégant avant son accident ? Cette méta-analyse rassemble 11 études observationnelles, soit 1 326 patients transfusés et 5 391 patients ne l’ayant pas été : la transfusion n’est associée ni à une mortalité plus basse, ni à moins de progression hémorragique, les intervalles de confiance restant larges. Les patients transfusés avaient en revanche des durées de séjour à l’hôpital et en réanimation plus longues, mais ils étaient aussi plus gravement atteints dès l’admission.

Mortalité : odds ratio 1,40 ; IC95 % 0,72–2,71 · progression hémorragique : odds ratio 1,09 ; IC95 % 0,37–3,20
Article original ↗

Question clinique

Chez le traumatisé crânien qui recevait un antiagrégant plaquettaire avant son traumatisme, la transfusion de plaquettes destinée à en antagoniser l’effet réduit-elle la mortalité et la progression de l’hémorragie intracrânienne ?

Méthode

Revue systématique des bases MEDLINE et Cochrane, de leur origine à mars 2024, portant sur la transfusion de plaquettes et les antiagrégants dans le traumatisme crânien. Sélection des études, extraction des données et évaluation du risque de biais conduites indépendamment par deux relecteurs, hétérogénéité estimée par la statistique I² et qualité des études de cohorte appréciée par l’échelle de Newcastle-Ottawa. Sur 131 études identifiées, 11 ont été retenues, totalisant 1 326 patients transfusés et 5 391 patients non transfusés. Les effets ont été regroupés sous forme d’odds ratios avec intervalles de confiance à 95 %. Niveau de preuve annoncé par la revue : niveau IV.

Résultats clés

  • Les patients transfusés étaient plus gravement atteints que les autres dès l’admission : score de Glasgow moyen 13,4 contre 14,2 ; score de gravité lésionnelle (Injury Severity Score) moyen 20,7 contre 18.
  • Mortalité : odds ratio 1,40 ; IC95 % 0,72–2,71 — aucune différence significative.
  • Progression de l’hémorragie intracrânienne : odds ratio 1,09 ; IC95 % 0,37–3,20 — aucune différence significative.
  • Durées de séjour plus longues chez les transfusés : 2,2 jours de plus à l’hôpital (IC95 % 2,07–2,32) et 3,06 jours de plus en réanimation (IC95 % 2,0–4,13).

Limites

  • Toutes les études incluses sont observationnelles : le regroupement ne permet d’établir que des associations, jamais un effet de la transfusion.
  • Biais d’indication manifeste : les patients transfusés avaient un score de Glasgow plus bas et des lésions plus graves, ce qui suffit à expliquer en partie des séjours plus longs et une mortalité numériquement supérieure.
  • Les intervalles de confiance sont larges, en particulier pour la progression hémorragique : l’absence de différence démontrée n’équivaut pas à la démonstration d’une absence d’effet.
  • La nature de l’antiagrégant, le délai de transfusion et le type de lésion intracrânienne ne sont pas distingués dans le résumé ; aucun essai randomisé n’était disponible.
En pratique : ces données ne soutiennent pas la transfusion systématique de plaquettes pour antagoniser un antiagrégant chez le traumatisé crânien, alors même que le produit est rare et que la transfusion a ses propres complications. Elles ne démontrent pas pour autant que cette transfusion est nuisible : la comparaison repose sur des cohortes où les patients transfusés étaient d’emblée plus graves. En l’absence d’essai randomisé, l’indication se discute au cas par cas, notamment devant une indication neurochirurgicale, et un essai dédié.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations Brain Trauma Foundation

Executive summary of the Brain Trauma Foundation Guidelines for the Management of Penetrating Traumatic Brain Injury, Second Edition

J Trauma Acute Care Surg · 9 janvier 2026 · Recommandations, deuxième édition (résumé exécutif)

La Brain Trauma Foundation actualise ses recommandations sur le traumatisme crânien pénétrant, sous l’effet de la littérature récente et de l’expérience des conflits armés. Ce résumé exécutif rassemble les recommandations qui intéressent directement le traumatologue et le réanimateur : réanimation initiale, imagerie et dépistage des lésions vasculaires, prise en charge en réanimation — pression intracrânienne, antibiothérapie, prévention des crises comitiales, prévention thromboembolique —, moment et technique de la chirurgie, complications vasculaires et pronostic. Le corpus reste de faible niveau de preuve : aux 28 recommandations fondées sur des données s’ajoutent 57 avis d’experts, complétés par sept algorithmes de prise en charge, dont un outil d’aide à l’appréciation de la futilité thérapeutique.

Article original ↗

Question clinique

Comment prendre en charge un traumatisme crânien pénétrant, de l’admission à la surveillance à distance : réanimation initiale, imagerie, indication et moment de la chirurgie, conduite en réanimation, appréciation du pronostic ?

Méthode

Deuxième édition des recommandations de la Brain Trauma Foundation sur le traumatisme crânien pénétrant. Afin de rendre le texte plus utilisable au lit du malade, les recommandations fondées sur les données publiées ont été complétées par des avis d’experts et par des algorithmes de prise en charge. Le présent article en est le résumé exécutif : il extrait les recommandations pertinentes pour la traumatologie et la réanimation.

Résultats clés

  • Recommandations fondées sur les données publiées : 28 au total, soit 3 de niveau II, 10 de niveau III et 15 de niveau IV.
  • S’y ajoutent 57 énoncés de consensus d’experts, de niveau C.
  • Sept algorithmes de prise en charge sont proposés, dont un outil d’aide à l’appréciation de la futilité thérapeutique.
  • Les domaines couverts sont la réanimation initiale, l’imagerie et le dépistage des lésions vasculaires, la prise en charge en réanimation (pression intracrânienne, antibiothérapie, prévention des crises comitiales, prévention thromboembolique), le moment et la technique de la chirurgie, la prise en charge des complications vasculaires et le pronostic.

Limites

  • Le niveau de preuve reste faible : trois recommandations seulement atteignent le niveau II, et les avis d’experts sont deux fois plus nombreux que les recommandations fondées sur des données.
  • Cette édition s’appuie notamment sur l’expérience des conflits armés, dont la transposition aux plaies crânio-cérébrales rencontrées en pratique civile courante n’est pas immédiate.
  • Le format de résumé exécutif ne restitue ni le détail des recommandations ni les arguments qui les fondent : le texte intégral reste nécessaire.
  • Un outil d’appréciation de la futilité thérapeutique appuyé sur des données de faible niveau appelle une grande prudence dans son usage individuel.
En pratique : ce texte fournit un cadre de référence utile et à jour pour une situation rare mais redoutable, où la conduite à tenir s’improvise souvent : il vaut la peine d’en connaître les algorithmes avant d’y être confronté. La faiblesse du niveau de preuve invite à le lire comme une aide à la décision plutôt que comme une règle, et à en discuter l’application avec l’équipe neurochirurgicale. L’outil d’appréciation de la futilité thérapeutique ne saurait à lui seul fonder une limitation de soins, qui reste une décision collégiale.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

Guidelines for Neuroprognostication in Critically Ill Adults with Status Epilepticus

Neurocrit Care · 8 janvier 2026 · Recommandations GRADE, revue systématique de 42 articles

Ces recommandations examinent la fiabilité des éléments cliniques utilisés pour annoncer le pronostic d’un adulte de réanimation en état de mal épileptique. Neuf variables cliniques et deux modèles de prédiction ont été retenus ; les données n’étaient suffisantes que pour la mortalité hospitalière, et aucun de ces éléments n’a été jugé fiable pour la prédire. Le groupe de travail énonce en revanche des principes de bonne pratique pour conduire l’entretien avec les proches.

Article original ↗

Question clinique

Lorsqu’on informe les proches d’un adulte de réanimation en état de mal épileptique, quels éléments cliniques ou quels modèles de prédiction peuvent être considérés comme des prédicteurs fiables du devenir ?

Méthode

Revue systématique narrative avec méthodologie GRADE. Les prédicteurs candidats — variables cliniques et modèles de prédiction — ont été choisis sur leur pertinence clinique et sur l’existence de données exploitables, les études de petite taille ou de faible qualité étant exclues d’emblée. Les recommandations reposent sur quatre critères GRADE : qualité des preuves, balance entre conséquences souhaitables et indésirables, valeurs et préférences, consommation de ressources. Les principes généraux de l’annonce pronostique sont formulés en recommandations de bonne pratique.

Résultats clés

  • Neuf variables cliniques et deux modèles de prédiction ont été retenus ; 42 articles remplissaient les critères d’éligibilité pour fonder les recommandations.
  • Les données n’étaient suffisantes que pour un seul critère de devenir : la mortalité hospitalière.
  • Aucune des variables ni aucun des modèles examinés n’a été identifié comme un prédicteur fiable de la mortalité.
  • Principes de bonne pratique : fixer avec les proches des objectifs à long terme qui ne se limitent pas au contrôle des crises, préciser ce que l’on peut attendre de la récupération en cas d’état de mal réfractaire ou super-réfractaire, s’appuyer sur les prédicteurs propres à la pathologie causale, tenir compte des facteurs de confusion, et différer l’annonce pronostique tant que l’étiologie n’est pas élucidée par un bilan adapté.

Limites

  • Le corpus disponible ne permettait d’évaluer que la mortalité hospitalière : le devenir fonctionnel à distance, qui intéresse le plus les proches, reste sans données suffisantes.
  • L’état de mal épileptique est une entité hétérogène, dont le pronostic dépend largement de la cause ; les prédicteurs étudiés toutes causes confondues perdent de ce fait en précision.
  • L’absence de prédicteur fiable traduit l’insuffisance des données publiées et non la démonstration que ces variables sont sans valeur pronostique.
En pratique : devant un état de mal épileptique en réanimation, aucun critère clinique isolé ni aucun score ne justifie à lui seul une annonce pronostique tranchée aux proches. Le texte invite à différer cette annonce jusqu’au diagnostic étiologique, à raisonner à partir du pronostic de la cause plutôt que de l’état de mal lui-même, et à écarter les facteurs de confusion. Il rappelle aussi que la récupération peut être longue dans les formes réfractaires et super-réfractaires.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Méta-analyse

Early Versus Late Initiation of Chemical Venous Thromboembolism Prophylaxis in Adult Patients with Severe Traumatic Brain Injury: A Systematic Review and Meta-analysis

Neurocrit Care · 14 novembre 2025 · Méta-analyse d’études non randomisées, 14 études, 24 401 patients

Chez l’adulte hospitalisé pour un traumatisme crânien grave, le moment d’introduire l’anticoagulation préventive reste discuté, par crainte d’aggraver le saignement intracrânien. Cette méta-analyse de 14 études non randomisées, soit 24 401 patients, compare un début précoce à un début tardif selon des seuils de 24, 48 et 72 heures. Le début précoce s’accompagne de moins de thromboembolies veineuses (OR 0,47 ; IC95 % 0,37–0,60), sans augmentation de la progression hémorragique, du recours à la neurochirurgie ni de la mortalité. Toutes les études incluses présentaient un risque de biais modéré à important, ce qui interdit d’y voir une démonstration de causalité.

Thromboembolies veineuses : OR 0,47 ; IC95 % 0,37–0,60 en faveur du début précoce · réduction du risque absolu de 2,1 % pour un seuil à 48 heures
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte hospitalisé pour un traumatisme crânien grave, à partir de quel délai peut-on débuter une anticoagulation préventive sans majorer le risque d’aggravation du saignement intracrânien ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse : cinq bases de données ont été interrogées depuis leur origine jusqu’en octobre 2024, à la recherche des études comparant un début précoce et un début tardif de l’anticoagulation préventive après traumatisme crânien grave, défini par le score de Glasgow ou par le score de gravité lésionnelle Abbreviated Injury Scale. Les résultats ont été regroupés par un modèle à effets aléatoires, sous forme d’odds ratios, avec des analyses stratifiées sur des seuils de 24, 48 et 72 heures. Les critères examinés étaient les thromboembolies veineuses, la progression de l’hémorragie intracrânienne, le recours à un geste neurochirurgical et la mortalité hospitalière. Vingt et une études ont été retenues dans la revue, dont 14 (24 401 patients) dans la méta-analyse ; le risque de biais a été apprécié avec l’outil ROBINS-I.

Résultats clés

  • Thromboembolies veineuses : OR 0,47 ; IC95 % 0,37–0,60 en faveur du début précoce · réduction du risque absolu de 2,1 % pour un seuil à 48 heures.
  • Le bénéfice est retrouvé pour un seuil à 48 heures (OR 0,39 ; IC95 % 0,23–0,65) et à 72 heures (OR 0,52 ; IC95 % 0,39–0,69), mais pas à 24 heures (OR 0,48 ; IC95 % 0,14–1,60).
  • Les réductions de risque absolu, calculées à partir des taux d’événements et des odds ratios, sont de 1,2 % pour le seuil de 24 heures, 2,1 % pour celui de 48 heures et 3,7 % pour celui de 72 heures.
  • Aucune augmentation significative de la progression hémorragique, du recours à la neurochirurgie ou de la mortalité n’a été observée ; la mortalité était même plus basse lorsque l’anticoagulation était débutée dans les 48 heures (OR 0,74 ; IC95 % 0,63–0,87).

Limites

  • Aucun essai randomisé : toutes les études sont observationnelles et leur risque de biais est jugé modéré à important, si bien qu’il s’agit d’associations et non d’un effet démontré.
  • Les patients anticoagulés tôt peuvent différer de ceux traités plus tard sur des caractéristiques non mesurées, en particulier la stabilité jugée du saignement au moment de la décision.
  • La définition du traumatisme grave, les molécules, les doses et le moment exact de l’administration varient d’une étude à l’autre ; le délai est résumé par des seuils arbitraires.
  • Les réductions de risque absolu sont des estimations dérivées des odds ratios, non des mesures directes, et l’hétérogénéité entre études limite la transposition à un patient donné.
En pratique : ces données renforcent l’idée qu’attendre au-delà de 48 heures pour débuter l’anticoagulation préventive après un traumatisme crânien grave expose à des thromboses sans bénéfice démontré sur le saignement. Faute d’essai randomisé, la décision reste individuelle et s’appuie sur la stabilité de l’imagerie de contrôle et l’avis neurochirurgical. Elles justifient surtout d’inscrire la question du délai dans la discussion quotidienne, plutôt que de laisser la prophylaxie glisser au-delà du troisième jour sans décision explicite.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Analyse exploratoire d’essai randomisé · PATCH-Trauma

Tranexamic Acid Timing and Mortality Impact After Trauma

Ann Emerg Med · 5 août 2025 · Analyse exploratoire, 1 287 traumatisés graves

Les recommandations de réanimation du traumatisé retiennent une fenêtre de 3 heures pour l’acide tranexamique, déduite d’un seul essai et jamais reproduite depuis. Cette analyse exploratoire de l’essai PATCH-Trauma, menée chez 1 287 adultes victimes d’un traumatisme grave avec coagulopathie présumée, montre que le risque de décès à 28 jours augmente à mesure que le délai d’administration s’allonge. Administré dans les 90 premières minutes, l’acide tranexamique s’accompagne d’une mortalité plus basse ; au-delà, cette différence n’est plus retrouvée.

Mortalité à 28 jours en cas d’administration dans les 90 minutes : 17 % (67/393) sous acide tranexamique contre 25 % (91/363) sous placebo ; risque relatif ajusté 0,64 ; IC95 % 0,50–0,82 · au-delà de 90 minutes : risque relatif ajusté 1,04 ; IC95 % 0,74–1,47
Article original ↗

Question clinique

Après un traumatisme grave, la mortalité à 28 jours dépend-elle du délai entre l’accident et la première dose d’acide tranexamique, et si oui, quelle est la fenêtre thérapeutique réelle ?

Méthode

Analyse exploratoire de l’essai randomisé PATCH-Trauma, qui incluait des adultes victimes d’un traumatisme grave avec coagulopathie présumée. Les patients recevaient soit de l’acide tranexamique — bolus intraveineux de 1 g avant l’admission, suivi d’une perfusion de 1 g sur 8 heures après l’arrivée à l’hôpital —, soit un placebo d’aspect identique. L’effet du délai entre traumatisme et première dose sur le décès à 28 jours a été modélisé en continu, par des fonctions linéaire puis polynomiales fractionnaires de premier et second degré ; des régressions log-binomiales ont ensuite été conduites dans les sous-groupes définis à partir de cette première étape. Population en intention de traiter : 1 287 patients, dont 652 dans le bras acide tranexamique et 635 sous placebo. Délai médian jusqu’à la première dose : 79 minutes (écart interquartile 55–112).

Résultats clés

  • Le risque de décès à 28 jours augmentait à mesure que le délai jusqu’à la première dose s’allongeait, le bénéfice étant le plus marqué jusqu’à 90 minutes. Au-delà de ce délai, la borne supérieure de l’intervalle de confiance à 95 % franchissait la valeur 1.
  • Administration dans les 90 minutes : mortalité à 28 jours de 17 % (67/393) sous acide tranexamique contre 25 % (91/363) sous placebo ; risque relatif ajusté 0,64 ; IC95 % 0,50–0,82. La différence absolue est d’environ 8 points de pourcentage, soit, dans ce sous-groupe, une douzaine de patients à traiter dans ce délai pour éviter un décès.
  • Administration au-delà de 90 minutes : pas de réduction de la mortalité à 28 jours ; risque relatif ajusté 1,04 ; IC95 % 0,74–1,47.

Limites

  • Analyse exploratoire, non prévue comme critère principal de l’essai : le seuil de 90 minutes émerge des données elles-mêmes et demande à être confirmé ailleurs.
  • Le délai d’administration n’est pas tiré au sort : les patients traités très tôt peuvent différer de ceux traités plus tard, par la distance, le mécanisme lésionnel ou la gravité initiale, malgré l’ajustement.
  • Le délai médian était de 79 minutes : les patients traités tardivement sont peu nombreux, ce qui limite la précision de l’estimation au-delà de 90 minutes et interdit de conclure à une inefficacité avérée.
  • La conclusion de l’article est elle-même formulée au conditionnel : la fenêtre optimale « pourrait » se situer dans les 90 minutes.
En pratique : chez le traumatisé grave, ces données plaident pour administrer l’acide tranexamique le plus tôt possible sur les lieux, sans attendre l’arrivée à l’hôpital : l’essentiel du bénéfice observé se concentre dans la première heure et demie. Elles ne suffisent pas à refermer la fenêtre de 3 heures des recommandations actuelles, le caractère exploratoire de l’analyse et le faible effectif traité tardivement ne permettant pas d’affirmer que l’administration plus tardive est inutile. Le message opérationnel porte donc sur l’organisation de la chaîne de secours plutôt que sur une restriction de l’indication.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations

Use of extracorporeal membrane oxygenation in adult trauma patients with refractory acute cardiopulmonary failure: guideline from the Chinese society of extracorporeal life support 2025

Crit Care · 29 juillet 2025 · Recommandations GRADE, société chinoise d’assistance extracorporelle

Ce texte formule onze recommandations sur le recours à l’ECMO chez l’adulte traumatisé en défaillance cardiorespiratoire aiguë réfractaire à une réanimation de contrôle lésionnel (damage control) bien conduite. Il couvre les indications, la sélection des patients, le moment de l’implantation, l’organisation pluridisciplinaire, la conduite de l’assistance et la prévention des complications. Le groupe de travail souligne que le niveau de preuve sous-jacent est faible à très faible, même si la plupart des travaux disponibles rapportent une meilleure survie sous ECMO.

Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte traumatisé dont la défaillance cardiorespiratoire aiguë résiste à une réanimation de contrôle lésionnel optimale, quand et comment mettre en œuvre une assistance extracorporelle ?

Méthode

Recommandations de pratique élaborées par un groupe pluridisciplinaire d’experts réuni par la société chinoise d’assistance extracorporelle, selon le manuel de l’Organisation mondiale de la santé pour l’élaboration des recommandations et une politique de déclaration des liens d’intérêt. Les questions cliniques ont été tirées d’entretiens d’experts et de revues de la littérature, puis formulées au format PICO pour la recherche bibliographique. Chaque expert a synthétisé les données de sa question et formulé une recommandation gradée selon la méthode GRADE ; le comité de pilotage et les parties prenantes ont approuvé le document final.

Résultats clés

  • Onze recommandations portant sur six thèmes : indications, sélection des patients, moment de l’implantation, prise en charge pluridisciplinaire, conduite de l’assistance et prévention des complications.
  • La qualité du corpus de preuves est jugée faible à très faible, alors même que la plupart des travaux publiés font état d’une survie améliorée sous ECMO, quel que soit le mécanisme lésionnel.
  • Le texte insiste sur une décision individualisée, tenant compte des caractéristiques du patient, de la balance bénéfices-risques, de ses valeurs et préférences, et du devenir à long terme.

Limites

  • Le groupe de travail qualifie lui-même le corpus de preuves de faible à très faible : les recommandations reposent largement sur l’avis d’experts, et la meilleure survie rapportée sous ECMO reste exposée au biais d’indication.
  • Le groupe de travail est national et mono-société ; les organisations de la filière traumatologique et l’accès à l’assistance varient d’un système de soins à l’autre.
  • Aucun chiffre de survie ni de complication n’est rapporté dans le résumé : le bénéfice attendu et le risque hémorragique de l’assistance chez le traumatisé ne peuvent pas être quantifiés à sa lecture.
En pratique : ce texte est utile comme trame de discussion quand se pose la question d’une assistance extracorporelle chez un traumatisé en impasse respiratoire ou hémodynamique, situation où l’on manque de repères. Il ne démontre pas que l’ECMO améliore la survie dans cette population : les recommandations reposent sur un niveau de preuve faible et relaient largement l’avis d’experts. La décision reste individuelle, prise avec l’équipe chirurgicale et l’équipe d’assistance, en tenant compte des lésions associées et du pronostic à long terme.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Méta-analyse

Neurological outcomes and mortality following hyperoxemia in adult patients with acute brain injury: an updated meta-analysis and meta-regression

Crit Care · 23 avril 2025 · Méta-analyse de 66 études, presque toutes observationnelles

Une oxygénation généreuse est fréquente après une lésion cérébrale aiguë, sans que ses conséquences soient établies. Cette méta-analyse rassemble 66 études, presque toutes observationnelles : 24 d’entre elles (16 635 patients) portent sur le devenir neurologique et 35 (98 207 patients) sur la mortalité. L’hyperoxémie artérielle y est associée à un risque accru de mauvais pronostic neurologique (OR non ajusté 1,295 ; IC95 % 1,040–1,616) et de décès (OR 1,13 ; IC95 % 1,002–1,282), avec des intervalles de confiance qui frôlent l’absence d’effet. Les définitions de l’hyperoxémie et du mauvais pronostic variant d’une étude à l’autre, ces résultats invitent à surveiller l’oxygénation sans permettre de fixer un seuil.

Mauvais pronostic neurologique : OR 1,295 ; IC95 % 1,040–1,616 · mortalité toutes causes : OR 1,13 ; IC95 % 1,002–1,282
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte hospitalisé pour une lésion cérébrale aiguë, une pression artérielle en oxygène élevée est-elle associée à un moins bon devenir neurologique et à une surmortalité ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse menées selon la méthode PRISMA : six bases de données et registres d’essais ont été interrogés depuis leur origine jusqu’au 1er juin 2024. Ont été retenues les études comparant hyperoxémie et absence d’hyperoxémie chez des adultes hospitalisés pour une lésion cérébrale aiguë : traumatisme crânien, suites d’arrêt cardiaque, hémorragie sous-arachnoïdienne, hémorragie intracérébrale, accident vasculaire cérébral ischémique. Le critère principal était le mauvais pronostic neurologique tel que défini par chaque étude, le critère secondaire la mortalité toutes causes. Les odds ratios bruts et ajustés ont été regroupés par un modèle à effets aléatoires, avec des analyses en sous-groupes (diagnostic, moment de la mesure du devenir, seuils d’oxygénation) et une méta-régression destinée à expliquer l’hétérogénéité. Sur 7 849 références non redondantes, 66 études ont été incluses dans la revue.

Résultats clés

  • Mauvais pronostic neurologique : OR 1,295 ; IC95 % 1,040–1,616 (24 études, 16 635 patients), l’association étant surtout retrouvée dans les sous-groupes hémorragie sous-arachnoïdienne et accident vasculaire cérébral ischémique.
  • Mortalité toutes causes : OR 1,13 ; IC95 % 1,002–1,282 (35 études, 98 207 patients).
  • Les deux intervalles de confiance restent très proches de la valeur 1, ce qui correspond à une association faible.

Limites

  • Les données regroupées proviennent presque exclusivement d’études observationnelles, un seul essai randomisé figurant parmi elles : il s’agit d’une association, et l’hyperoxémie peut refléter la gravité initiale ou les réglages du respirateur plutôt que la cause du mauvais devenir.
  • Le critère principal repose sur des odds ratios non ajustés et sur des définitions du mauvais pronostic propres à chaque étude.
  • Le seuil d’hyperoxémie, le moment de la mesure des gaz du sang et la durée d’exposition varient d’une étude à l’autre : aucune valeur de PaO2 ne ressort de ce travail.
  • Les diagnostics regroupés ont des mécanismes lésionnels différents et l’hétérogénéité entre études reste importante.
En pratique : ce travail ne démontre pas qu’un excès d’oxygène nuit au cerveau lésé, mais il s’ajoute aux arguments contre une oxygénothérapie large en neuroréanimation. Faute de seuil validé, il reste raisonnable de régler la fraction inspirée en oxygène sur une cible de saturation et de contrôler les gaz du sang après chaque augmentation, plutôt que de laisser monter la PaO2. La valeur à ne pas dépasser reste à définir par des essais randomisés.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Liberal vs. restrictive transfusion strategies for acute brain injury: a systematic review and frequentist-Bayesian meta-analysis

Intensive Care Med · 17 février 2025 · Méta-analyse, 4 essais randomisés, 1 853 patients

Cette méta-analyse réunit les quatre essais randomisés ayant comparé, chez l’adulte victime d’une lésion cérébrale aiguë, un seuil transfusionnel libéral de 9 g/dL à un seuil restrictif de 7 g/dL, avec pour critère principal le devenir neurologique à 180 jours. Sur 1 853 patients, l’estimation groupée ne montre pas de différence significative entre les deux stratégies, avec une hétérogénéité importante tenant à un essai au protocole particulier. Une analyse de sensibilité prévue au protocole, restreinte aux essais à faible risque de biais, suggère en revanche un bénéfice possible de la stratégie libérale, sans hétérogénéité résiduelle. L’analyse séquentielle indique que les données disponibles restent insuffisantes pour conclure.

Devenir neurologique à 180 jours : RR 0,84 ; IC95 % 0,65–1,09, sans différence significative · essais à faible risque de biais : RR 0,74 ; IC95 % 0,63–0,87, en faveur de la stratégie libérale
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte hospitalisé pour une lésion cérébrale aiguë, maintenir l’hémoglobine à un seuil libéral plutôt que restrictif améliore-t-il le devenir neurologique à six mois ?

Méthode

Revue systématique de MEDLINE, EMBASE, de la Cochrane Library et des registres d’essais, retenant les essais randomisés qui comparaient un seuil transfusionnel libéral de 9 g/dL à un seuil restrictif de 7 g/dL chez l’adulte victime d’une lésion cérébrale aiguë — traumatisme crânien, hémorragie sous-arachnoïdienne ou hémorragie intracrânienne. Le critère de jugement principal était un devenir neurologique favorable à 180 jours. Les données ont été analysées selon une approche fréquentiste, une approche bayésienne et une analyse séquentielle d’essais.

Résultats clés

  • Quatre essais randomisés, 1 853 patients : 922 dans les bras libéraux et 931 dans les bras restrictifs.
  • Devenir neurologique à 180 jours : RR 0,84 ; IC95 % 0,65–1,09, sans différence significative, avec une hétérogénéité importante (I² = 58 %).
  • Analyse de sensibilité prévue au protocole, restreinte aux essais à faible risque de biais : RR 0,74 ; IC95 % 0,63–0,87, en faveur de la stratégie libérale, sans hétérogénéité résiduelle (I² = 0 %).
  • Les analyses en sous-groupes, chez les traumatisés crâniens et selon le score de Glasgow initial, vont dans le même sens que l’analyse principale.
  • L’estimation bayésienne dépend des hypothèses et des lois a priori retenues ; l’a priori défavorable tiré de l’essai au protocole particulier apparaît moins plausible que les a priori neutres ou favorables. Les critères secondaires ne diffèrent pas significativement.
  • L’analyse séquentielle d’essais indique que les données réunies ne suffisent pas à confirmer un effet.

Limites

  • Quatre essais seulement, et un seul d’entre eux pèse lourdement sur l’estimation groupée comme sur l’hétérogénéité.
  • Le résultat favorable provient d’une analyse de sensibilité : il ne s’agit pas du résultat principal, et son degré de certitude est moindre.
  • Les lésions cérébrales réunies sont de mécanismes différents — traumatisme, hémorragie sous-arachnoïdienne, hémorragie intracrânienne —, ce qui autorise mal une réponse unique.
  • Le résumé rapporte les rapports de risque sans préciser s’ils portent sur un devenir neurologique favorable ou défavorable : le sens de l’estimation principale (RR 0,84) ne peut pas être établi à partir du résumé seul, alors que l’analyse de sensibilité y est explicitement décrite comme en faveur de la stratégie libérale. Les chiffres sont donc à relire dans l’article.
  • La conclusion de l’article est explicite : aucune preuve définitive de bénéfice neurologique, et des travaux restent nécessaires pour identifier les sous-groupes susceptibles de tirer parti d’une stratégie libérale.
En pratique : cette synthèse ne permet pas de fixer un seuil transfusionnel unique en neuroréanimation, et l’écart entre l’analyse principale et l’analyse restreinte aux essais les plus solides doit rendre prudent. Elle rappelle que le seuil restrictif de 7 g/dL, admis chez le patient de réanimation en général, n’a pas été validé chez le cérébrolésé, sans pour autant que le bénéfice d’un seuil à 9 g/dL soit démontré. Le choix du seuil reste donc individuel, arbitré sur la tolérance clinique et les données de monitorage cérébral disponibles.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Effect of early administration of fibrinogen replacement therapy in traumatic haemorrhage: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials with narrative synthesis of observational studies

Crit Care · 28 janvier 2025 · Méta-analyse de 5 essais randomisés, 1 758 patients

Chez le traumatisé grave, l’hypofibrinogénémie est associée à une mortalité accrue, mais ni la dose ni le moment de la substitution ne font consensus. Cette méta-analyse regroupe cinq essais randomisés, soit 1 758 patients recevant un concentré de fibrinogène ou du cryoprécipité dans les 4 heures suivant l’admission. La mortalité est de 24 % avec substitution précoce contre 25 % dans les groupes témoins, sans différence non plus sur les thromboses veineuses profondes ; aucun des deux produits ne se distingue de l’autre.

Mortalité : 24 % avec substitution précoce en fibrinogène contre 25 % dans les groupes témoins ; odds ratio 1,03 ; IC95 % 0,68–1,56
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en hémorragie traumatique, l’apport précoce de fibrinogène — concentré de fibrinogène ou cryoprécipité — réduit-il la mortalité, les besoins transfusionnels et le risque de thrombose veineuse profonde ?

Méthode

Revue systématique de MEDLINE, EMBASE et clinicaltrials.gov, retenant toute étude clinique évaluant le cryoprécipité ou le concentré de fibrinogène chez des patients en hémorragie traumatique, dans les 4 heures suivant l’admission. Critère principal : la mortalité à 28 jours, à 30 jours ou hospitalière. Critères secondaires : incidence des thromboses veineuses profondes et transfusions de produits sanguins. Les études observationnelles ont fait l’objet d’une synthèse narrative, la méta-analyse portant sur les seuls essais randomisés, avec analyse en sous-groupes prévue à l’avance selon le produit utilisé. Sur 1 906 études examinées, 12 ont été incluses, dont 5 essais randomisés totalisant 1 758 participants — trois portant sur le concentré de fibrinogène, deux sur le cryoprécipité, et quatre sur cinq évaluant une substitution systématique en cas d’hémorragie traumatique présumée. La qualité des preuves a été appréciée par la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Critère principal : mortalité de 24 % avec substitution précoce contre 25 % dans les groupes témoins ; odds ratio 1,03 ; IC95 % 0,68–1,56.
  • Sous-groupe concentré de fibrinogène : mortalité de 18,1 % contre 10,9 % dans les groupes témoins ; odds ratio 1,99 ; IC95 % 0,80–4,94 — différence non significative, intervalle très large.
  • Sous-groupe cryoprécipité : mortalité de 24,9 % contre 26,1 % ; odds ratio 0,71 ; IC95 % 0,25–2,01.
  • Thromboses veineuses profondes : 3 % avec substitution contre 4 % dans les groupes témoins ; odds ratio 0,73 ; IC95 % 0,43–1,25.
  • La façon dont les données transfusionnelles étaient rapportées n’a pas permis de les regrouper.

Limites

  • La qualité globale des preuves est jugée faible, en raison du caractère indirect des données et du manque de précision : les essais sont peu nombreux et de taille limitée.
  • Les intervalles de confiance des sous-groupes sont très larges ; la mortalité numériquement plus élevée sous concentré de fibrinogène ne peut être interprétée comme un signal de nocivité.
  • Les essais ont surtout testé une substitution systématique ; la stratégie guidée par un dosage ou par la viscoélastométrie reste très peu évaluée.
  • L’absence de bénéfice démontré n’équivaut pas à la démonstration d’une absence de bénéfice, faute de puissance suffisante.
En pratique : les données randomisées disponibles ne montrent pas d’avantage à apporter systématiquement du fibrinogène dès les premières heures d’une hémorragie traumatique, ni de supériorité du concentré sur le cryoprécipité. Cela ne remet pas en cause la correction d’une hypofibrinogénémie documentée, qui n’est pas ce que ces essais ont testé. En attendant des essais mieux dimensionnés, la substitution guidée par le dosage ou la viscoélastométrie reste l’approche la plus raisonnable.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé

Early Cold-stored Platelet Transfusion following Traumatic Brain Injury: A Randomized Clinical Trial

Ann Surg · 22 janvier 2025 · Essai randomisé de phase 2, centre unique

Les plaquettes conservées au froid se gardent plus longtemps que celles maintenues à température ambiante, mais les données sur leur efficacité et leur sécurité après traumatisme crânien manquent. Cet essai de phase 2, mené en ouvert dans un centre unique, a comparé chez des traumatisés crâniens nécessitant une transfusion de plaquettes jusqu’à deux unités d’aphérèse conservées au froid à la transfusion habituelle de plaquettes à température ambiante. La transfusion précoce de plaquettes réfrigérées s’est révélée faisable mais n’a pas amélioré le devenir neurologique à six mois. Elle s’est accompagnée d’un recours moindre à la craniotomie ou à la craniectomie, sans augmentation des événements indésirables : un signal qui appelle un essai de phase 3.

Devenir neurologique à 6 mois (GOS-E) : OR 1,58 ; IC95 % 0,71–3,54 ; p = 0,27 · recours à la craniotomie ou à la craniectomie : différence −14,4 % ; IC95 % −26,5 à −2,3 ; p = 0,03
Article original ↗

Question clinique

Chez le traumatisé crânien qui doit recevoir des plaquettes, la transfusion précoce de plaquettes conservées au froid est-elle réalisable, efficace et sûre par rapport aux plaquettes conservées à température ambiante ?

Méthode

Essai randomisé de phase 2, en ouvert, conduit dans un centre unique de traumatologie. Étaient inclus les traumatisés crâniens dont l’imagerie cérébrale montrait une lésion et qui relevaient d’une transfusion de plaquettes. Ils recevaient jusqu’à deux unités d’aphérèse de plaquettes conservées au froid jusqu’à quatorze jours, ou des plaquettes conservées à température ambiante selon la pratique habituelle. Le critère de jugement principal était la faisabilité ; le principal critère clinique d’efficacité et de sécurité était l’échelle de devenir de Glasgow étendue (GOS-E) à six mois.

Résultats clés

  • La répartition des scores GOS-E à six mois ne diffère pas entre les deux groupes : OR 1,58 ; IC95 % 0,71–3,54 ; p = 0,27.
  • Le recours à la craniotomie ou à la craniectomie est moindre avec les plaquettes conservées au froid : différence de −14,4 % ; IC95 % −26,5 à −2,3 ; p = 0,03.
  • Les taux d’événements indésirables ne diffèrent pas entre les groupes.
  • La durée de conservation du produit réfrigéré n’est pas associée à une différence de devenir.

Limites

  • Essai de phase 2 conduit dans un seul centre et en ouvert, dont le critère principal est la faisabilité et non un critère clinique.
  • Les effectifs sont limités et l’essai n’était pas dimensionné pour démontrer une différence de devenir neurologique : l’intervalle de confiance de l’odds ratio en témoigne.
  • La moindre fréquence des interventions neurochirurgicales est un critère secondaire, sensible aux habitudes du centre et à l’absence d’insu ; elle doit être tenue pour une piste, non pour un bénéfice démontré.
  • Des essais de phase 3 restent nécessaires avant toute conclusion sur l’efficacité et la sécurité de cette stratégie.
En pratique : rien ici ne modifie la conduite transfusionnelle du traumatisé crânien : les plaquettes conservées au froid n’ont pas amélioré le devenir neurologique à six mois. L’intérêt du travail est de montrer que leur emploi précoce est réalisable et n’augmente pas les événements indésirables, ce qui ouvre la voie à un essai de puissance suffisante. La moindre fréquence des interventions neurochirurgicales est à surveiller dans les travaux à venir, sans en tirer aujourd’hui de conséquence pratique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Anesthésie obstétricale

0 sorties
2026
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Prophylactic tranexamic acid for the prevention of postpartum haemorrhage in women with placenta praevia: multicentre, double blind, randomised, placebo controlled, phase 3 trial

BMJ · 13 mai 2026 · Essai randomisé contre placebo, 1 732 femmes, 24 maternités

Chez la femme porteuse d’un placenta prævia, la césarienne expose à un risque élevé d’hémorragie de la délivrance, et l’acide tranexamique n’avait pas été évalué dans cette situation précise. Cet essai de phase 3, mené dans 24 maternités, a réparti par tirage au sort 1 732 femmes entre 1 g d’acide tranexamique et un placebo, en complément de l’ocytocine prophylactique. L’hémorragie du post-partum — perte sanguine calculée d’au moins 1 000 mL ou transfusion de globules rouges dans les deux jours — est survenue chez 29,7 % des femmes du groupe acide tranexamique contre 35,1 % du groupe placebo (RR 0,85 ; IC95,2 % 0,75–0,96 ; p = 0,01), sans excès d’événements indésirables graves.

Hémorragie du post-partum : 29,7 % sous acide tranexamique contre 35,1 % sous placebo (RR 0,85 ; IC95,2 % 0,75–0,96 ; p = 0,01)
Article original ↗

Question clinique

Chez la femme opérée d’une césarienne pour placenta prævia, l’administration préventive d’acide tranexamique réduit-elle la fréquence de l’hémorragie du post-partum ?

Méthode

Essai randomisé de phase 3, en double insu, contre placebo, conduit dans 24 maternités entre juillet 2023 et mars 2025. Au total, 1 732 femmes porteuses d’un placenta prævia et devant accoucher par césarienne ont été réparties par tirage au sort (1:1) entre 1 g d’acide tranexamique dans 10 mL et un placebo de 10 mL de sérum physiologique, dilués dans 40 mL et injectés par voie intraveineuse en 10 minutes, dans les cinq minutes suivant le clampage du cordon ; toutes recevaient par ailleurs de l’ocytocine prophylactique. Le critère principal était l’hémorragie du post-partum, définie par une perte sanguine calculée d’au moins 1 000 mL ou une transfusion de globules rouges dans les deux jours suivant l’accouchement. Les événements indésirables graves recherchés étaient les accidents thromboemboliques, les convulsions, l’insuffisance rénale ou hépatique aiguë et le décès maternel. Après le tirage au sort, 38 femmes ont été exclues pour retrait du consentement ou critère d’inclusion non rempli ; le critère principal a pu être recueilli chez 99,8 % des autres, soit 1 691 sur 1 694. Une anomalie d’insertion placentaire du spectre de l’accreta était présente chez 303 participantes, soit 17,9 %.

Résultats clés

  • Hémorragie du post-partum : 29,7 % (251 sur 845) sous acide tranexamique contre 35,1 % (297 sur 846) sous placebo (RR 0,85 ; IC95,2 % 0,75–0,96 ; p = 0,01).
  • Événements indésirables graves : 0,5 % dans chaque groupe, soit 4 femmes sur 837 sous acide tranexamique et 4 sur 845 sous placebo (RR 1,01 ; IC95 % 0,25–4,00).
  • Le critère principal a pu être recueilli chez 99,8 % des femmes analysées, ce qui laisse peu de place aux données manquantes.

Limites

  • La réduction obtenue est statistiquement significative mais modeste, et la borne supérieure de l’intervalle de confiance s’approche de l’absence d’effet.
  • Le critère principal associe une perte sanguine calculée, mesure indirecte, et le recours à la transfusion, qui dépend des habitudes de chaque équipe.
  • Une anomalie du spectre de l’accreta était présente chez 17,9 % des participantes, situation où le saignement relève surtout du geste chirurgical : l’effet du traitement dans ce sous-groupe n’est pas rapporté ici.
  • Les événements indésirables graves sont trop rares dans les deux groupes pour exclure un surrisque thromboembolique de faible ampleur, et l’essai a été mené dans un seul pays, dont les pratiques obstétricales et transfusionnelles peuvent différer.
En pratique : devant un placenta prævia opéré par césarienne, ajouter 1 g d’acide tranexamique à l’ocytocine prophylactique fait passer le risque d’hémorragie d’environ un tiers à un peu moins de trois femmes sur dix, sans signal de surrisque. Le bénéfice reste limité et ne dispense d’aucune des autres mesures d’anticipation : commande de produits sanguins, équipe prévenue, utérotoniques prêts. Là où l’acide tranexamique n’est utilisé qu’en traitement d’une hémorragie constituée, ces résultats justifient d’en discuter l’emploi préventif pour cette indication précise.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations OAA

Remifentanil patient-controlled analgesia for labour analgesia: guidance from the obstetric anaesthetists' association: Recommendations for well tolerated provision of remifentanil PCA for labour analgesia

Eur J Anaesthesiol · 6 mai 2026 · Recommandations de l’Obstetric Anaesthetists’ Association

L’analgésie contrôlée par la patiente au rémifentanil est devenue une option importante lorsque l’analgésie périmédullaire est contre-indiquée ou refusée, mais elle reste peu employée et très diversement encadrée, par crainte des effets respiratoires maternels et faute de moyens de surveillance. L’Obstetric Anaesthetists’ Association publie les premières recommandations construites sur les données disponibles : 19 recommandations et 6 déclarations, issues d’une revue narrative structurée de 83 articles et d’une méthode Delphi modifiée. Elles couvrent l’admissibilité des patientes, les modalités pratiques d’administration, les exigences de surveillance et l’assurance qualité. Le degré de certitude reste le plus souvent faible à modéré, et les données manquent chez les femmes et les fœtus à haut risque.

Article original ↗

Question clinique

Comment proposer, régler et surveiller une analgésie contrôlée par la patiente au rémifentanil pendant le travail, lorsque l’analgésie périmédullaire est impossible ou refusée ?

Méthode

Recommandations élaborées par un groupe de travail d’experts réuni par l’Obstetric Anaesthetists’ Association. Le groupe a conduit une revue de la littérature : 757 références ont été identifiées lors de la recherche initiale et 83 articles lus en texte intégral, puis une méthode Delphi modifiée a servi à formuler des déclarations de consensus et des recommandations. Celles-ci sont gradées selon la méthode de l’US Preventive Services Task Force ; là où les données étaient insuffisantes, le groupe a formulé une déclaration assortie d’un degré de certitude. Au total, 19 recommandations et 6 déclarations ont été adoptées et présentées sous forme de revue narrative structurée.

Résultats clés

  • Le texte couvre quatre volets : l’admissibilité des patientes, avec ses facteurs maternels et fœtaux ; les modalités pratiques d’administration ; les standards de prise en charge des femmes qui reçoivent cette analgésie ; l’assurance qualité et la surveillance.
  • 19 recommandations et 6 déclarations ont été retenues, avec un degré de certitude le plus souvent faible ou modéré.
  • La sécurité de la mère et de l’enfant est posée comme priorité : protocole écrit d’administration et de surveillance dans chaque salle de naissance, et formation du personnel à reconnaître et traiter les complications.
  • Le rémifentanil est présenté comme une option efficace, en particulier quand les techniques périmédullaires sont contre-indiquées ou refusées : malgré des risques propres, son efficacité et sa tolérance sont désormais établies lorsqu’il est utilisé dans le cadre défini.

Limites

  • Il s’agit d’un consensus d’experts appuyé sur une revue narrative et non d’une méta-analyse ; le degré de certitude attribué est généralement faible à modéré.
  • Les données manquent chez les femmes et les fœtus à haut risque, que le groupe de travail désigne comme une priorité de recherche.
  • Les recommandations supposent une surveillance rapprochée et un personnel formé, exigences qui limitent leur application là où les effectifs sont contraints.
  • Le document ne rapporte pas de comparaison directe d’efficacité entre le rémifentanil et l’analgésie périmédullaire.
En pratique : là où la PCA de rémifentanil est proposée, ces recommandations fournissent le cadre écrit qui manquait : critères d’admissibilité, modalités d’administration, surveillance et conduite à tenir devant une dépression respiratoire. Leur premier effet utile est d’obliger chaque maternité à trancher — proposer cette technique avec les moyens de surveillance qu’elle exige, ou ne pas la proposer — plutôt que de l’improviser au cas par cas. Chez la femme ou le fœtus à haut risque, les données restent trop minces pour trancher.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

The impact of neuraxial labour analgesia on neurodevelopmental disorders in offspring: a systematic review and meta-analysis

Br J Anaesth · 3 mars 2026 · 19 études observationnelles, analyses entre fratries

Le retentissement neurodéveloppemental de l’analgésie périmédullaire du travail revient régulièrement dans les questions des patientes, alimenté par des études observationnelles exposées aux facteurs de confusion familiaux. Cette revue systématique réunit 19 études portant sur la péridurale, l’analgésie caudale ou la péri-rachianesthésie combinée pendant le travail, avec des analyses appariées sur la fratrie prévues au protocole. Dans ces analyses entre frères et sœurs, aucune association n’apparaît avec le trouble du spectre de l’autisme (HR ajusté 1,06 ; IC95 % 0,98–1,14) ni avec le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité. Le léger surrisque d’autisme observé dans les analyses en population (HR ajusté 1,10 ; IC95 % 1,08–1,13) s’atténue à mesure que la confusion familiale est mieux prise en compte.

Trouble du spectre de l’autisme, analyses appariées sur la fratrie : HR ajusté 1,06 ; IC95 % 0,98–1,14, contre 1,10 ; IC95 % 1,08–1,13 dans les analyses en population
Article original ↗

Question clinique

L’analgésie périmédullaire administrée pendant le travail augmente-t-elle le risque de trouble neurodéveloppemental chez l’enfant ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse, à partir d’une recherche dans quatre bases bibliographiques menée jusqu’au 16 septembre 2025. Étaient éligibles les études portant sur la péridurale, l’analgésie caudale ou la péri-rachianesthésie combinée pendant le travail et rapportant un trouble neurodéveloppemental défini cliniquement. Les résultats ont été agrégés par des modèles à effets aléatoires avec estimation par maximum de vraisemblance restreint. Des analyses appariées sur la fratrie étaient prévues au protocole : elles comparent des enfants d’une même famille et neutralisent bien mieux les facteurs génétiques et familiaux partagés que les analyses en population. Au total, 19 études ont été retenues.

Résultats clés

  • Analyses appariées sur la fratrie : aucune association entre analgésie périmédullaire du travail et trouble du spectre de l’autisme (HR ajusté 1,06 ; IC95 % 0,98–1,14), ni avec le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité.
  • Analyses en population : légère augmentation du risque d’autisme après ajustement (HR ajusté 1,10 ; IC95 % 1,08–1,13), dont l’ampleur diminue à mesure que la prise en compte de la confusion familiale se renforce.
  • Aucune association cliniquement pertinente pour les autres critères neurodéveloppementaux étudiés.

Limites

  • Données exclusivement observationnelles : le recours à l’analgésie n’est jamais tiré au sort, et une confusion résiduelle par indication reste possible.
  • Les analyses entre fratries réduisent la confusion familiale sans la supprimer : ce qui diffère entre deux grossesses d’une même femme n’est pas neutralisé.
  • Les critères reposent sur des diagnostics posés en pratique courante, dont les définitions, l’âge au diagnostic et la durée de suivi varient d’une source à l’autre.
  • L’absence d’association ne concerne que les critères étudiés : elle ne peut pas être étendue à l’ensemble du développement de l’enfant.
En pratique : cette synthèse donne un argument solide pour rassurer une parturiente qui hésite à accepter une péridurale par crainte d’un effet sur le développement de son enfant. Le léger surrisque retrouvé dans les grandes bases en population disparaît quand on compare des enfants d’une même famille, ce qui oriente vers un effet des caractéristiques maternelles et familiales plutôt que de l’analgésie elle-même. Les données restent observationnelles : on peut dire qu’aucun signal convaincant n’est retrouvé, pas qu’un risque est formellement exclu.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Proactive haemodynamic management using the hypotension prediction index during caesarean section: a randomised controlled study

Anaesthesia · 15 février 2026 · Essai randomisé à trois bras, 171 patientes

L’hypotension est fréquente après rachianesthésie pour césarienne et les moniteurs habituels ne la signalent qu’une fois installée. Cet essai a réparti par tirage au sort 171 femmes opérées d’une césarienne programmée entre trois stratégies de surveillance : brassard oscillométrique, pression artérielle continue non invasive, ou indice de prédiction de l’hypotension fondé sur l’apprentissage automatique. L’hypotension moyenne pondérée par le temps, critère principal, était de 0,08 mmHg avec l’indice de prédiction, contre 0,30 mmHg sous mesure continue non invasive et 0,89 mmHg sous brassard (p < 0,001). Les nausées et les vomissements étaient plus fréquents dans le groupe brassard que dans les deux autres.

Hypotension moyenne pondérée par le temps : 0,08 mmHg avec l’indice de prédiction, contre 0,30 mmHg sous mesure continue non invasive et 0,89 mmHg sous brassard (p < 0,001)
Article original ↗

Question clinique

Chez la femme opérée d’une césarienne programmée sous rachianesthésie, une prise en charge guidée par un indice de prédiction de l’hypotension réduit-elle le temps passé en hypotension par rapport aux moniteurs habituels ?

Méthode

Essai randomisé à trois bras. Les patientes programmées pour une césarienne sous rachianesthésie ont été réparties par tirage au sort entre trois stratégies de surveillance hémodynamique : pression artérielle oscillométrique au brassard, pression artérielle continue non invasive, ou surveillance guidée par l’indice de prédiction de l’hypotension, un algorithme d’apprentissage automatique qui annonce la baisse avant qu’elle ne survienne. L’hypotension était définie par une pression artérielle moyenne inférieure à 65 mmHg et l’hypertension par une valeur supérieure à 100 mmHg ; l’hypotension était traitée par bolus intraveineux itératifs de noradrénaline. Le critère principal était la moyenne pondérée par le temps de l’hypotension, qui rend compte à la fois de la profondeur et de la durée des épisodes. Les critères secondaires comprenaient la moyenne pondérée par le temps de l’hypertension et les effets indésirables maternels, dont la bradycardie, les nausées et les vomissements. Les données de 171 patientes ont été analysées.

Résultats clés

  • Hypotension moyenne pondérée par le temps : 0,08 mmHg avec l’indice de prédiction, contre 0,30 mmHg sous mesure continue non invasive et 0,89 mmHg sous brassard (p < 0,001).
  • Nausées : 43 patientes sur 59 dans le groupe brassard, contre 29 sur 55 sous mesure continue et 30 sur 57 avec l’indice de prédiction (p = 0,038).
  • Vomissements : 13 patientes sur 59 dans le groupe brassard, contre 6 sur 55 et 3 sur 57 dans les deux autres groupes (p = 0,023).
  • La stratégie guidée par l’indice de prédiction n’a pas augmenté l’hypertension.

Limites

  • Effectif modeste et critère principal intermédiaire : la moyenne pondérée par le temps décrit l’exposition tensionnelle, non le devenir maternel ou néonatal.
  • Seules des césariennes programmées ont été incluses : la transposition à l’urgence, à la prééclampsie ou à l’hémorragie n’est pas établie.
  • Le moniteur utilisé était visible de l’équipe, si bien que le moment du traitement vasopresseur a pu être influencé par la stratégie attribuée.
  • L’indice de prédiction exige un moniteur de pression artérielle continue non invasive, dont la disponibilité conditionne l’application de ces résultats.
En pratique : prévenir la baisse tensionnelle plutôt que la constater réduit très nettement le temps passé sous 65 mmHg, mais le simple passage à la mesure continue non invasive apporte déjà une bonne part du gain. La leçon immédiate est qu’un brassard qui ne mesure que toutes les quelques minutes laisse passer des épisodes responsables de nausées et de vomissements : là où le matériel existe, la surveillance continue mérite d’être envisagée pour une césarienne sous rachianesthésie. L’apport propre de l’algorithme sur le confort maternel et le devenir néonatal reste à établir.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé en grappes · APT-Sepsis

A Multicomponent Intervention to Improve Maternal Infection Outcomes

N Engl J Med · 19 novembre 2025 · 59 établissements, 431 394 naissances

L’infection et le sepsis restent une cause majeure de décès et de complications graves autour de l’accouchement, en particulier là où les recommandations sont inégalement appliquées. Cet essai randomisé en grappes a comparé, dans 59 établissements du Malawi et de l’Ouganda où 431 394 femmes ont accouché, un programme associant hygiène des mains, mesures de prévention et de traitement de l’infection et dépistage précoce du sepsis avec le protocole FAST-M, aux soins habituels. Le critère principal — décès maternel d’origine infectieuse, complication infectieuse ayant menacé la vie ou infection profonde grave — est survenu chez 1,4 % des femmes du groupe intervention contre 1,9 % du groupe soins habituels (RR 0,68 ; IC95 % 0,55–0,83 ; p < 0,001).

Décès maternel d’origine infectieuse, complication ayant menacé la vie ou infection profonde grave : 1,4 % contre 1,9 % (RR 0,68 ; IC95 % 0,55–0,83)
Article original ↗

Question clinique

Un programme structuré de prévention, de détection et de traitement de l’infection maternelle réduit-il les décès et les complications infectieuses graves autour de l’accouchement, là où la mise en œuvre des recommandations reste incomplète ?

Méthode

Essai randomisé en grappes : 59 établissements de santé du Malawi et de l’Ouganda ont été tirés au sort entre le programme APT-Sepsis (30 grappes) et les soins habituels accompagnés de la diffusion des recommandations (29 grappes). Le programme accompagnait les soignants vers trois objectifs : le respect des normes d’hygiène des mains de l’OMS, l’adoption de pratiques validées de prévention et de traitement de l’infection maternelle, et la détection précoce du sepsis avec application du protocole FAST-M (remplissage, antibiotiques, contrôle de la source, transfert si nécessaire, surveillance). Le critère principal réunissait le décès maternel d’origine infectieuse, la complication infectieuse ayant menacé la vie mais à laquelle la femme a survécu, et l’infection grave (site opératoire profond, périnée profond ou cavité), chez les femmes enceintes ou récemment enceintes. Au total, 431 394 femmes ont accouché dans ces établissements pendant l’essai.

Résultats clés

  • Critère principal : 1,4 % des femmes du groupe intervention contre 1,9 % du groupe soins habituels (RR 0,68 ; IC95 % 0,55–0,83 ; p < 0,001), soit une réduction du risque absolu d’environ un demi-point de pourcentage.
  • L’effet était globalement homogène entre les deux pays et entre établissements de tailles différentes, et s’est maintenu au fil du temps.

Limites

  • L’ampleur du bénéfice dépend du niveau de départ d’application des mesures de base : la transposition à des maternités déjà fortement protocolisées n’est pas acquise.
  • Intervention complexe à plusieurs composantes : la part revenant à l’hygiène des mains, aux mesures de prévention ou au protocole de traitement ne peut pas être isolée.
  • Une intervention de ce type ne peut pas être menée en aveugle : le diagnostic d’infection et la déclaration des événements peuvent être influencés par la connaissance du groupe.
  • Le critère principal est composite ; l’effet sur la seule mortalité maternelle n’est pas rapporté séparément.
En pratique : un ensemble simple — hygiène des mains, prévention de l’infection, reconnaissance précoce du sepsis et protocole de traitement immédiat — fait mieux que la seule diffusion des recommandations, à condition d’être réellement mis en œuvre et soutenu dans la durée. Là où les mesures de base sont déjà bien appliquées, le bénéfice attendu sera plus faible, mais la logique du protocole FAST-M reste un repère utile pour structurer la prise en charge d’un sepsis maternel. L’essai plaide pour des programmes d’implantation et de formation, davantage que pour une nouvelle thérapeutique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse sur données individuelles

Prognostic accuracy of clinical markers of postpartum bleeding in predicting maternal mortality or severe morbidity: a WHO individual participant data meta-analysis

Lancet · 4 octobre 2025 · 12 jeux de données, 312 151 femmes

Quel niveau de saignement doit faire porter le diagnostic d’hémorragie du post-partum ? Cette méta-analyse sur données individuelles, conduite sous l’égide de l’OMS, réunit 12 jeux de données et 312 151 femmes pour mesurer la valeur pronostique de cinq marqueurs cliniques vis-à-vis d’un critère associant décès maternel et morbidité grave. Au seuil classique de 500 mL, les pertes mesurées n’identifient que 75,7 % des femmes concernées (IC95 % 60,3–86,4). Une règle combinant des pertes de 300 à 450 mL accompagnées d’un signe hémodynamique anormal, ou des pertes d’au moins 500 mL, porte la sensibilité à 86,9–87,9 %, pour une spécificité de 66,6 à 76,1 %.

Sensibilité pour prédire le décès ou la morbidité grave : 75,7 % au seuil de 500 mL (IC95 % 60,3–86,4), contre 86,9 à 87,9 % en combinant un seuil abaissé de 300 à 450 mL et un signe hémodynamique anormal
Article original ↗

Question clinique

Quel marqueur clinique du saignement après l’accouchement repère le mieux les femmes qui vont mourir ou présenter une complication grave, et à quel seuil ?

Méthode

Méta-analyse sur données individuelles, à partir d’un appel mondial à données lancé par l’OMS et d’une recherche bibliographique menée jusqu’au 6 novembre 2024. Étaient éligibles les études d’au moins 200 participantes disposant d’une mesure objective des pertes sanguines ou d’autres marqueurs d’instabilité hémodynamique. Cinq marqueurs ont été évalués : pertes sanguines mesurées, fréquence cardiaque, pressions artérielles systolique et diastolique, index de choc. Le critère évalué associait décès maternel et morbidité grave (transfusion, geste chirurgical, admission en réanimation). Les données ont été agrégées par régression logistique à effets mixtes, puis par un modèle bivarié. Le choix des marqueurs et des seuils a suivi un consensus d’experts privilégiant la sensibilité (recherchée au-delà de 80 %) sur la spécificité (recherchée autour de 50 %). Sur 33 jeux de données identifiés, 12 ont pu être obtenus et analysés, soit 312 151 femmes.

Résultats clés

  • Au seuil habituel de 500 mL, les pertes mesurées avaient une sensibilité de 75,7 % (IC95 % 60,3–86,4) et une spécificité de 81,4 % (IC95 % 70,7–88,8).
  • Abaisser le seuil à 300 mL portait la sensibilité à 83,9 % (IC95 % 72,8–91,1), mais faisait chuter la spécificité à 54,8 % (IC95 % 38,0–70,5).
  • La meilleure performance venait d’une règle combinée : pertes de 300 à 450 mL accompagnées d’au moins un signe hémodynamique anormal (fréquence cardiaque supérieure à 100/min, pression artérielle systolique inférieure à 100 mmHg, diastolique inférieure à 60 mmHg ou index de choc supérieur à 1,0), ou pertes d’au moins 500 mL.
  • Cette règle atteignait des sensibilités de 86,9 à 87,9 % pour des spécificités de 66,6 à 76,1 %.

Limites

  • Seuls 12 des 33 jeux de données identifiés ont pu être obtenus et analysés, ce qui expose à un biais de sélection.
  • Les populations, les modes de mesure des pertes et les pratiques transfusionnelles diffèrent d’une source à l’autre ; les intervalles de confiance autour des sensibilités restent larges.
  • Le critère évalué regroupe décès, transfusion, geste chirurgical et admission en réanimation : la capacité à prédire le seul décès n’est pas établie ici.
  • Le gain de sensibilité se paie d’une baisse de spécificité, donc d’un nombre plus élevé de prises en charge déclenchées sans nécessité.
  • Il s’agit d’une étude pronostique : rien ne démontre encore qu’un diagnostic plus précoce améliore le devenir maternel.
En pratique : attendre le seuil de 500 mL laisse passer environ une femme sur quatre parmi celles qui vont mourir ou présenter une complication grave. Devant des pertes de 300 à 450 mL accompagnées d’une tachycardie, d’une hypotension ou d’un index de choc élevé, la règle proposée conduit à retenir le diagnostic d’hémorragie sans attendre le volume habituel. Il reste à montrer qu’un diagnostic ainsi avancé réduit réellement la mortalité et la morbidité maternelles.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Prophylactic oxytocin dose following vaginal birth to prevent postpartum hemorrhage: a systematic review and dose-response meta-analysis

Am J Obstet Gynecol · 24 septembre 2025 · 13 essais randomisés, 8961 participantes

Quelle dose d’ocytocine administrer en prévention après un accouchement par voie basse ? Cette méta-analyse dose-réponse réunit 13 essais randomisés et 8961 participantes, avec des doses allant de 2,5 à 80 UI. La relation est non linéaire, en forme de J : entre 4 et 10 UI, on compte 6 à 7 femmes de moins pour 1000 présentant des pertes sanguines d’au moins 1000 mL (niveau de preuve élevé ; risque sans ocytocine de 19 pour 1000), et probablement 10 à 12 femmes de moins pour 100 recevant un utérotonique supplémentaire (niveau modéré ; risque sans ocytocine de 26 pour 100). Au-delà de cette fourchette, le gain supplémentaire s’estompe et le recours aux utérotoniques pourrait même augmenter.

Doses de 4 à 10 UI : 6 à 7 femmes de moins pour 1000 avec des pertes sanguines d’au moins 1000 mL (risque sans ocytocine 19 pour 1000) et 10 à 12 de moins pour 100 recevant un utérotonique supplémentaire (risque sans ocytocine 26 pour 100)
Article original ↗

Question clinique

Quelle dose d’ocytocine prophylactique administrer au troisième stade du travail après un accouchement par voie basse pour prévenir l’hémorragie du post-partum, sans exposer inutilement aux effets indésirables des fortes doses ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse dose-réponse des essais randomisés comparant différentes doses d’ocytocine prophylactique, par voie intraveineuse ou intramusculaire, ou une dose unique à l’absence d’ocytocine, après un accouchement par voie basse. La recherche a couvert sept sources bibliographiques jusqu’au 9 juin 2025. L’analyse a utilisé un modèle à effets aléatoires en une étape, avec estimation de l’hétérogénéité par maximum de vraisemblance restreint et modélisation par splines cubiques restreintes afin de détecter un écart à la linéarité. Le niveau de preuve a été coté selon la méthode GRADE. Quatre critères ont pu faire l’objet d’une analyse dose-réponse : pertes sanguines d’au moins 1000 mL, pertes sanguines moyennes, transfusion et recours à un utérotonique supplémentaire. Au total, 13 essais et 8961 participantes, avec des doses de 2,5 à 80 UI.

Résultats clés

  • Relation non linéaire, en forme de J, pour les pertes sanguines d’au moins 1000 mL, les pertes moyennes et le recours à un utérotonique supplémentaire.
  • Doses de 4 à 10 UI : 6 à 7 femmes de moins pour 1000 présentent des pertes d’au moins 1000 mL (niveau de preuve élevé ; risque sans ocytocine de 19 pour 1000), et probablement 10 à 12 femmes de moins pour 100 reçoivent un utérotonique supplémentaire (niveau modéré ; risque sans ocytocine de 26 pour 100) ; effet probablement nul ou minime sur les pertes sanguines moyennes (niveau modéré).
  • Doses basses de 2,5 à 3 UI : réduction probable du risque de pertes sanguines importantes (niveau modéré) et diminution possible du recours aux utérotoniques (niveau faible).
  • À 20 UI, le risque de pertes importantes est probablement réduit (niveau modéré), avec un gain qui s’amenuise au-delà (niveau faible) ; le recours aux utérotoniques pourrait augmenter à partir de 20 UI (niveau faible).
  • Aucune relation dose-réponse n’a été observée pour la transfusion.

Limites

  • Les gammes de doses comparées à l’intérieur de chaque essai sont étroites : la courbe dose-réponse est reconstituée à partir de comparaisons partielles, ce qui fragilise les estimations aux extrémités.
  • Les femmes à haut risque d’hémorragie sont sous-représentées dans les essais inclus.
  • Le recueil des effets indésirables est inconstant d’un essai à l’autre, ce qui empêche de bien peser la tolérance des fortes doses.
  • Plusieurs conclusions reposent sur un niveau de preuve faible à modéré, notamment celles qui concernent les doses basses et les doses élevées.
  • Résultats limités à l’accouchement par voie basse : ils ne se transposent pas à la césarienne.
En pratique : après un accouchement par voie basse, une dose prophylactique de 4 à 10 UI d’ocytocine apparaît suffisante, les doses basses de cette fourchette offrant le meilleur compromis entre efficacité et tolérance. Au-delà de cette fourchette, le gain supplémentaire s’amenuise et le recours aux utérotoniques de deuxième intention pourrait augmenter. Ces résultats ne concernent ni la césarienne ni les femmes à haut risque d’hémorragie, pour lesquelles les protocoles habituels restent la référence.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Effect of prophylactic intravenous calcium gluconate on uterine atony during intrapartum cesarean delivery with spinal anesthesia: a placebo controlled, randomized clinical trial

Int J Obstet Anesth · 5 juin 2025 · Essai contre placebo, 367 patientes

Le calcium intervient dans la contraction du myomètre, d’où l’idée de l’administrer en prévention de l’atonie utérine. Cet essai randomisé contre placebo a réparti des patientes césarisées en cours de travail sous rachianesthésie entre 1 g de gluconate de calcium par voie intraveineuse (93 mg de calcium élément, 183 patientes) et du sérum salé (184 patientes), administrés après clampage du cordon. Le tonus utérin coté par l’obstétricien, critère principal, n’a pas été amélioré : la progression depuis la valeur initiale a été de 2,67 ± 0,97 avec le calcium contre 2,79 ± 0,98 avec le placebo (p = 0,11). En revanche, sur des critères secondaires, les pertes sanguines ont été moindres (526,0 ± 155,2 contre 581,5 ± 148,9 mL) et le recours à un utérotonique supplémentaire moins fréquent (21,7 % contre 42,39 % ; RR 0,51 ; IC95 % 0,37–0,71).

Tonus utérin, critère principal : progression de 2,67 contre 2,79 (p = 0,11) · utérotonique supplémentaire : 21,7 % contre 42,39 % (RR 0,51 ; IC95 % 0,37–0,71)
Article original ↗

Question clinique

Chez une patiente césarisée en cours de travail sous rachianesthésie, situation à risque élevé d’atonie utérine, une dose prophylactique de calcium par voie intraveineuse améliore-t-elle le tonus utérin ?

Méthode

Essai prospectif randomisé contre placebo, en aveugle, à deux bras. Après clampage du cordon, les patientes recevaient en 10 minutes soit 1 g de gluconate de calcium par voie intraveineuse (93 mg de calcium élément), soit du sérum salé isotonique. Le critère principal était le tonus utérin, évalué cinq fois par l’obstétricien sur une échelle verbale numérique en 11 points (0 pour une atonie complète, 10 pour un utérus parfaitement rétracté). Les critères secondaires étaient les pertes sanguines du post-partum, l’administration d’utérotoniques supplémentaires et la transfusion de produits sanguins. Au total, 183 patientes ont été analysées dans le groupe calcium et 184 dans le groupe placebo, de caractéristiques comparables.

Résultats clés

  • Critère principal négatif : la progression du score de tonus utérin depuis la valeur initiale a été de 2,67 ± 0,97 avec le calcium contre 2,79 ± 0,98 avec le placebo (p = 0,11).
  • Dix minutes après la fin de la perfusion, le score médian était de 8 (extrêmes 6–10) avec le calcium contre 8 (extrêmes 4–10) avec le placebo (p = 0,002).
  • Pertes sanguines du post-partum plus faibles avec le calcium : 526,0 ± 155,2 contre 581,5 ± 148,9 mL, soit une différence moyenne de 55,6 mL (IC95 % 24,3–86,8 ; p = 0,001).
  • Recours à un utérotonique supplémentaire : 21,7 % avec le calcium contre 42,39 % avec le placebo (RR 0,51 ; IC95 % 0,37–0,71 ; p = 0,001).
  • Besoins transfusionnels et recours aux vasopresseurs comparables entre les deux groupes.

Limites

  • Le critère principal repose sur une cotation subjective du tonus par l’obstétricien : tous les résultats favorables portent sur des critères secondaires, avec le risque de conclusions trop assurées.
  • La différence de 55,6 mL sur les pertes sanguines est statistiquement significative mais de portée clinique incertaine, sans retentissement sur la transfusion.
  • Population limitée aux césariennes en cours de travail sous rachianesthésie : la transposition à la césarienne programmée ou à l’anesthésie générale n’est pas établie.
  • Une dose unique de 1 g a été testée : rien ne peut être conclu pour d’autres schémas d’administration.
  • Essai unique de taille modérée : l’effectif ne permet pas de juger des événements rares comme la transfusion massive ou l’hystérectomie d’hémostase.
En pratique : le gluconate de calcium administré systématiquement après clampage du cordon ne modifie pas le tonus utérin apprécié au bloc et ne se justifie pas sur cet argument. La baisse du recours aux utérotoniques de deuxième intention et la réduction modeste des pertes sanguines sont des signaux intéressants, mais ils reposent sur des critères secondaires d’un essai unique et ne se traduisent par aucun bénéfice transfusionnel. L’ocytocine et les utérotoniques habituels restent la base de la prévention de l’atonie, en attendant un essai construit sur un critère cliniquement fort.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERAS

Guidelines for antenatal and preoperative care in cesarean delivery: Enhanced Recovery After Surgery Society recommendations (part 1)-2025 update

Am J Obstet Gynecol · 28 avril 2025 · Recommandations ERAS, partie 1

La Société ERAS actualise pour la première fois depuis 2018 ses recommandations sur la période anténatale et préopératoire de la césarienne. Six interventions sont retenues, après une recherche bibliographique menée jusqu’en septembre 2024 et un consensus d’experts : information de la patiente sur son parcours, formation pluridisciplinaire des équipes, optimisation des comorbidités de la grossesse, préparation cutanée à la chlorhexidine la veille, durée de jeûne adaptée à ce qui a été ingéré et boisson glucidique non particulaire avant l’intervention. Les trois premières concernent la période anténatale, de la 10e à la 38e semaine de grossesse, les trois autres la préparation immédiate. Le niveau de preuve est le plus souvent faible, alors que la recommandation reste forte pour quatre d’entre elles.

Article original ↗

Question clinique

Quelles mesures anténatales et préopératoires méritent d’être mises en place avant une césarienne pour améliorer la récupération maternelle et le devenir néonatal, et avec quel niveau de preuve ?

Méthode

Première actualisation des recommandations de la Société ERAS pour la période anténatale et préopératoire de la césarienne, publiées initialement en 2018. Les interventions ont été choisies par consensus d’experts selon la méthode Delphi. Une recherche bibliographique actualisée a été menée en septembre 2024 dans six bases de données, ciblée sur les essais randomisés et les grandes études observationnelles d’au moins 800 patientes parues depuis les recommandations précédentes. La qualité des preuves et la force de chaque recommandation ont ensuite été établies par consensus selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Information de la patiente sur le parcours d’une césarienne programmée : preuve faible à très faible, recommandation forte.
  • Formation des équipes médicales et chirurgicales à la démarche de réhabilitation, à sa mise en œuvre et à sa mesure : preuve faible, recommandation forte.
  • Optimisation médicale des comorbidités de la grossesse — anémie, obésité, hypertension, diabète préexistant ou gestationnel, tabac, cannabis et vapotage, cardiopathie congénitale, épilepsie, maladie auto-immune, asthme : preuve modérée, recommandation forte.
  • Préparation cutanée abdominale par lingette imprégnée de gluconate de chlorhexidine, la veille au soir d’une césarienne programmée : preuve modérée, recommandation faible.
  • Durée du jeûne préopératoire adaptée à la nature de ce qui a été ingéré : preuve faible, recommandation faible.
  • Boisson glucidique non particulaire avant l’intervention : preuve faible à modérée, recommandation forte.
  • Les trois premières recommandations s’appliquent à la période anténatale, de la 10e à la 38e semaine de grossesse ; les trois suivantes à la préparation immédiate de l’intervention.

Limites

  • Le niveau de preuve est faible ou très faible pour la moitié des mesures, alors que la recommandation est forte : ces choix reposent largement sur l’accord des experts.
  • Plusieurs interventions relèvent de l’organisation des soins, dont l’effet dépend de l’adhésion des équipes et varie beaucoup d’un établissement à l’autre.
  • La recherche bibliographique a été restreinte aux essais randomisés et aux grandes séries, ce qui a pu écarter des travaux de moindre effectif.
  • Le texte énumère des interventions sans quantifier le bénéfice attendu sur la durée de séjour, la douleur ou la satisfaction.
En pratique : ces recommandations rappellent que la qualité de la récupération après césarienne se joue en partie avant l’entrée au bloc. Deux points relèvent directement de l’anesthésiste : la durée du jeûne, à adapter à ce qui a été ingéré plutôt qu’à imposer uniformément, et la boisson glucidique non particulaire, fortement recommandée malgré un niveau de preuve limité. Le reste, du dépistage de l’anémie à l’information de la patiente, suppose que la consultation d’anesthésie soit organisée assez tôt dans la grossesse.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERAS

Guidelines for postoperative care in cesarean delivery: Enhanced Recovery After Surgery Society recommendations (part 3)-2025 update

Am J Obstet Gynecol · 28 avril 2025 · Recommandations ERAS, partie 3

La Société ERAS actualise pour la première fois depuis 2019 le volet postopératoire de la réhabilitation après césarienne. Treize interventions sont retenues, toutes assorties d’une recommandation forte : reprise précoce de la boisson et de l’alimentation, arrêt précoce de la perfusion, lever et marche précoces, retrait précoce de la sonde urinaire, paracétamol puis anti-inflammatoires non stéroïdiens à heures fixes, opioïdes oraux en secours, protocole écrit de traitement des effets indésirables, prévention thromboembolique, correction de l’anémie, soutien à l’allaitement, respect de périodes de repos et préparation de la sortie. Seuls les anti-inflammatoires non stéroïdiens s’appuient sur un niveau de preuve élevé ; la plupart des autres mesures reposent sur des données faibles.

Article original ↗

Question clinique

Quelles mesures postopératoires mettre en place après une césarienne pour améliorer la récupération maternelle, et avec quel niveau de preuve ?

Méthode

Première actualisation des recommandations postopératoires de la Société ERAS pour la césarienne, publiées initialement en 2019. Les interventions ont été retenues par consensus d’experts. Une recherche bibliographique actualisée a été menée en septembre 2024 dans six bases de données, ciblée sur les essais randomisés et les grandes études observationnelles d’au moins 800 patientes parues depuis la version précédente. La qualité des preuves et la force de chaque recommandation ont été arrêtées par consensus selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Reprise précoce de la boisson et de l’alimentation, arrêt précoce de la perfusion intraveineuse, lever et marche précoces, retrait précoce de la sonde urinaire : preuve faible à très faible, recommandation forte pour chacune.
  • Paracétamol à heures fixes : preuve modérée, recommandation forte. Anti-inflammatoires non stéroïdiens à heures fixes : preuve élevée, recommandation forte — seule mesure du texte à ce niveau de preuve.
  • Opioïdes oraux en traitement de secours : preuve faible, recommandation forte.
  • Protocole standardisé de traitement des effets indésirables : preuve faible à modérée, recommandation forte.
  • Prévention de la maladie thromboembolique veineuse : preuve faible, recommandation forte.
  • Correction de l’anémie : preuve modérée, recommandation forte.
  • Soutien et éducation à l’allaitement, ménagement de périodes de repos, préparation de la sortie centrée sur la patiente : preuve faible, recommandation forte pour chacune.

Limites

  • Douze des treize mesures reposent sur des preuves faibles à modérées alors que toutes sont fortement recommandées : l’accord des experts pèse autant que les données.
  • L’analgésie est décrite par classes de médicaments, sans posologie ni durée, et la place des blocs de paroi n’est pas abordée dans ce volet.
  • La prévention thromboembolique est recommandée sans que la molécule, la dose ni la durée soient précisées ici.
  • La recherche bibliographique a été restreinte aux essais randomisés et aux grandes séries d’au moins 800 patientes, et l’effet propre de chaque mesure n’est pas quantifié.
En pratique : pour l’anesthésiste, l’essentiel tient à la prescription de sortie de bloc : paracétamol et anti-inflammatoires non stéroïdiens à heures fixes, opioïdes oraux réservés aux douleurs résiduelles, et un protocole écrit pour les nausées, le prurit et la rétention plutôt qu’un appel au cas par cas. Le reste dépend d’une prescription qui n’oublie ni le retrait de la perfusion et de la sonde urinaire, ni la reprise de l’alimentation, ni le lever précoce. Deux points souvent négligés méritent d’être repris systématiquement : la correction de l’anémie et la prévention thromboembolique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERAS

Guidelines for intraoperative care in cesarean delivery: Enhanced Recovery After Surgery Society recommendations (part 2)-2025 update

Am J Obstet Gynecol · 28 avril 2025 · Recommandations ERAS, partie 2

La Société ERAS actualise pour la première fois depuis 2018 le volet peropératoire de la réhabilitation après césarienne. Dix domaines d’intervention sont retenus, au terme d’une recherche bibliographique menée jusqu’en septembre 2024 et d’un consensus d’experts ; tous font l’objet d’une recommandation forte. Plusieurs relèvent directement de l’anesthésiste : prophylaxie antiémétique, prévention de l’hypotension après rachianesthésie, maintien de la normothermie et de la volémie, emploi raisonné des utérotoniques et analgésie multimodale. Le niveau de preuve va de très faible à élevé selon les mesures, la meilleure preuve portant sur l’antibioprophylaxie.

Article original ↗

Question clinique

Quelles mesures prises au bloc opératoire, pendant une césarienne, améliorent la récupération maternelle et le devenir néonatal, et avec quel niveau de preuve ?

Méthode

Première actualisation des recommandations peropératoires de la Société ERAS pour la césarienne, publiées initialement en 2018. Les interventions ont été retenues par consensus d’experts. Une recherche bibliographique actualisée a été menée en septembre 2024 dans six bases de données, ciblée sur les essais randomisés et les grandes études observationnelles d’au moins 800 patientes parues depuis la version précédente. La qualité des preuves et la force de chaque recommandation ont été arrêtées par consensus selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Présence d’un accompagnant choisi par la patiente : preuve très faible, recommandation forte.
  • Antibioprophylaxie : preuve modérée à élevée, recommandation forte — c’est la mesure la mieux étayée du texte.
  • Préparation cutanée abdominale et préparation vaginale : preuve modérée, recommandation forte.
  • Prophylaxie antiémétique : preuve faible, recommandation forte.
  • Prévention de l’hypotension liée à la rachianesthésie : preuve faible, recommandation forte.
  • Maintien de la normothermie : preuve modérée, recommandation forte.
  • Maintien de la volémie : preuve faible, recommandation forte.
  • Emploi raisonné des utérotoniques : preuve modérée, recommandation forte.
  • Analgésie multimodale : preuve faible, recommandation forte.
  • Peau à peau précoce entre la mère et le nouveau-né : preuve modérée, recommandation forte.

Limites

  • Le niveau de preuve est faible ou très faible pour la moitié des domaines, alors que toutes les recommandations sont fortes : l’accord des experts pèse autant que les données.
  • Le texte désigne des domaines d’intervention, non des protocoles : ni molécule, ni dose, ni seuil ne sont fixés pour la prévention de l’hypotension ou l’analgésie multimodale.
  • La recherche bibliographique a été restreinte aux essais randomisés et aux grandes séries d’au moins 800 patientes.
  • Aucun bénéfice chiffré d’ensemble n’est rapporté : l’effet attendu tient au protocole complet plutôt qu’à chaque mesure prise isolément.
En pratique : ce volet peropératoire fixe des objectifs plutôt que des protocoles — pas d’hypotension prolongée après la rachianesthésie, patiente normotherme, volémie maintenue, utérotoniques utilisés à bon escient et analgésie multimodale dès le bloc. Seule l’antibioprophylaxie atteint un niveau de preuve modéré à élevé ; la préparation cutanée et vaginale, la normothermie, les utérotoniques et le peau à peau précoce s’appuient sur des preuves modérées, les autres surtout sur l’accord des experts. Confronter le protocole de césarienne en vigueur à ces dix domaines fait apparaître rapidement ce qui manque, souvent du côté de la prévention de l’hypotension et du peau à peau précoce.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Causes of and risk factors for postpartum haemorrhage: a systematic review and meta-analysis

Lancet · 3 avril 2025 · 327 études de cohorte, 847 413 451 femmes

Cette revue systématique agrège 327 études de cohorte en population et 847 413 451 femmes pour quantifier les causes et les facteurs de risque de l’hémorragie du post-partum. L’atonie utérine en est de loin la première cause (70,6 % ; IC95 % 63,9–77,3), devant les lésions de la filière génitale (16,9 %) et la rétention placentaire (16,4 %) ; plusieurs causes coexistent chez 7,8 % des femmes. Parmi les facteurs les plus fortement associés (OR > 2) figurent l’anémie, un antécédent d’hémorragie du post-partum, la césarienne, le sepsis, la grossesse multiple, le placenta prævia, la macrosomie de plus de 4500 g et la dystocie des épaules.

Atonie utérine : 70,6 % des hémorragies du post-partum (IC95 % 63,9–77,3), devant les lésions de la filière génitale (16,9 %) et la rétention placentaire (16,4 %)
Article original ↗

Question clinique

Quelles sont les causes de l’hémorragie du post-partum et quels facteurs de risque permettent de repérer les femmes exposées ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’études de cohorte en population, recherchées dans cinq bases bibliographiques de janvier 1960 au 30 novembre 2024. Les taux de chaque cause ainsi que les odds ratios bruts et ajustés des facteurs de risque ont été agrégés par un modèle à effets aléatoires. La force de l’association a été classée en faible (OR de plus de 1 à 1,5), modérée (OR de plus de 1,5 à 2) et forte (OR > 2). Au total, 327 études et 847 413 451 femmes ont été analysées, de qualité méthodologique majoritairement jugée bonne.

Résultats clés

  • Causes : atonie utérine 70,6 % (IC95 % 63,9–77,3 ; 14 études), lésions de la filière génitale 16,9 % (9,3–24,6), rétention placentaire 16,4 % (12,3–20,5), anomalie d’insertion placentaire 3,9 % (0,1–7,6) et trouble de l’hémostase 2,7 % (0,8–4,5).
  • Plusieurs causes sont retrouvées simultanément chez 7,8 % des femmes (IC95 % 4,7–10,8).
  • Associations fortes : anémie, antécédent d’hémorragie du post-partum, césarienne, mutilation génitale féminine, sepsis, absence de suivi prénatal, grossesse multiple, placenta prævia, procréation médicalement assistée, macrosomie de plus de 4500 g et dystocie des épaules.
  • Associations modérées : indice de masse corporelle d’au moins 30 kg/m², COVID-19, diabète gestationnel, hydramnios, prééclampsie et hémorragie anténatale.
  • Associations faibles : indice de masse corporelle de 25 à 29,9 kg/m², asthme, thrombopénie, fibromes utérins, prise d’antidépresseurs, déclenchement du travail, accouchement instrumental, rupture prématurée des membranes, origine ethnique noire ou asiatique.

Limites

  • Toutes les données sont observationnelles : ces facteurs sont associés à l’hémorragie du post-partum, leur rôle causal n’est pas établi et leur correction n’a pas été testée.
  • Hétérogénéité considérable : les définitions de l’hémorragie et les modes de mesure des pertes sanguines varient d’une cohorte à l’autre, sur plus de soixante ans de publications.
  • Certaines estimations ne reposent que sur deux études (anomalie d’insertion placentaire, causes multiples), d’où des intervalles de confiance très larges.
  • Seules les cohortes disponibles en anglais étaient éligibles, ce qui expose à un biais de sélection des populations étudiées.
En pratique : la hiérarchie des causes conforte l’utilisation systématique d’un utérotonique prophylactique et le réflexe de traiter d’abord l’atonie, sans s’y arrêter puisqu’une cause associée existe dans près de 8 % des cas — argument en faveur des protocoles combinés. La liste des facteurs fortement associés — anémie, antécédent d’hémorragie, césarienne, grossesse multiple, placenta prævia — aide à repérer avant l’accouchement les femmes les plus exposées, chez qui une préparation et une prophylaxie renforcées se discutent. Ces données décrivent des associations et ne disent pas ce qu’une intervention sur ces facteurs modifierait.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Epidural analgesia versus dural puncture epidural analgesia in labouring parturients: a meta-analysis of randomised controlled trials

Br J Anaesth · 22 mars 2025 · 18 essais randomisés, 2144 parturientes

Cette méta-analyse rassemble 18 essais randomisés et 2144 parturientes pour comparer la péridurale classique à la péridurale avec ponction durale (dural puncture epidural, DPE), où la dure-mère est ponctionnée à l’aiguille fine avant la mise en place du cathéter, sans injection intrathécale. L’analgésie s’installe 3,4 minutes plus tôt avec la ponction durale (IC95 % 2,1–4,7), avec moins de blocs unilatéraux, moins de bloc moteur et une meilleure couverture sacrée. Aucune différence significative n’apparaît sur le mode d’accouchement, les doses complémentaires ou l’hypotension, et l’hétérogénéité entre essais reste majeure.

Délai d’installation de l’analgésie : 3,4 minutes de moins avec la ponction durale (IC95 % 2,1–4,7), avec une hétérogénéité très élevée (I² = 97 %)
Article original ↗

Question clinique

Chez la parturiente qui demande une analgésie du travail, la ponction délibérée de la dure-mère à l’aiguille de rachianesthésie avant la mise en place du cathéter péridural (dural puncture epidural, DPE) apporte-t-elle un bénéfice par rapport à la péridurale classique ?

Méthode

Méta-analyse des essais randomisés comparant les deux techniques, publiés jusqu’en octobre 2024. Les résultats ont été agrégés par un modèle à effets aléatoires à variance inverse, avec calcul d’intervalles de prédiction à 95 %. Le critère principal était le délai d’installation de l’analgésie ; les critères secondaires comprenaient le bloc unilatéral, le bloc moteur, l’épargne sacrée (défaut d’extension aux racines sacrées), le caractère adéquat de l’analgésie, la césarienne ou l’extraction instrumentale, les doses complémentaires et l’hypotension. Le niveau de preuve a été coté selon la méthode GRADE, avec des analyses en sous-groupes selon l’anesthésique local utilisé. Au total, 18 essais et 2144 parturientes ont été inclus.

Résultats clés

  • Critère principal : l’analgésie s’installe 3,4 minutes plus tôt avec la ponction durale (IC95 % 2,1–4,7 ; p < 0,01), avec une hétérogénéité très élevée (I² = 97 %) et une certitude jugée modérée.
  • Tous les résultats statistiquement significatifs vont dans le sens de la ponction durale : moins de blocs unilatéraux, moins de bloc moteur, meilleure couverture sacrée et proportion plus élevée d’analgésies jugées adéquates.
  • Aucune différence significative pour la césarienne ou l’extraction instrumentale, les doses complémentaires et l’hypotension.

Limites

  • Hétérogénéité considérable pour le délai d’installation, le bloc unilatéral et l’épargne sacrée, rapportée comme liée à la variabilité clinique et aux doses employées.
  • Les intervalles de prédiction, imputés, franchissent zéro pour plusieurs critères : de nouveaux essais pourraient modifier ces conclusions.
  • Le gain de 3,4 minutes sur le délai d’installation est d’une portée clinique modeste.
  • Les critères secondaires sont définis différemment d’un essai à l’autre, ce qui limite la comparabilité.
En pratique : la ponction durale améliore surtout la qualité du bloc — moins d’asymétries, moins de bloc moteur, meilleure extension sacrée — plus qu’elle ne fait gagner du temps. Le gain de quelques minutes ne justifie pas à lui seul de changer de technique, mais l’ensemble des critères secondaires rend l’option défendable, en particulier quand l’analgésie asymétrique ou le défaut d’extension sacrée sont fréquents. La variabilité des protocoles inclus incite à rester prudent sur l’ampleur du bénéfice attendu.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Anesthésie-réanimation pédiatrique

0 sorties
2026
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · GASTRIC-PICU

Gastric Residual Volume Assessment in Critically Ill Children: The GASTRIC-PICU Randomized Clinical Trial

JAMA · 8 septembre 2026 · Essai randomisé pragmatique de non-infériorité, 4 700 enfants

Chez l’enfant ventilé et nourri par sonde gastrique, renoncer à la mesure systématique du résidu gastrique toutes les six heures s’est révélé non inférieur à la pratique habituelle sur la survie et les jours vivant sans ventilation mécanique à 30 jours. La tolérance de la nutrition était alors jugée sur les seuls signes cliniques. Les enfants suivis sans mesure de résidu recevaient une part plus grande de leurs besoins énergétiques dès 72 heures.

Survie et jours vivant sans ventilation mécanique à 30 jours : OR ajusté 0,95 ; IC95 % 0,861,05 (non-infériorité démontrée) · besoins énergétiques couverts à 72 heures : 80,3 % sans mesure de résidu contre 76,8 % avec
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant de réanimation sous ventilation invasive et nourri par voie entérale, la mesure systématique du résidu gastrique toutes les six heures, très répandue mais jamais évaluée, est-elle nécessaire ? Son abandon expose-t-il l’enfant à un surcroît de complications respiratoires, et permet-il de mieux couvrir ses besoins nutritionnels ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique, multicentrique et de non-infériorité mené dans 24 réanimations pédiatriques. Ont été inclus 4 700 enfants de 0 à 16 ans sous ventilation invasive chez qui la nutrition entérale débutait, recrutés entre le 29 juin 2023 et le 7 décembre 2025, avec un suivi à 30 jours. Randomisation 1:1 entre la prise en charge habituelle, avec mesure du résidu gastrique au moins toutes les six heures, et l’absence de mesure systématique, la tolérance de la nutrition étant alors appréciée sur les seuls signes cliniques. Les autres modalités de nutrition entérale suivaient les protocoles locaux. Deux critères de jugement principaux : un critère clinique évalué en non-infériorité, associant survie et jours vivant sans ventilation mécanique à 30 jours, et un critère nutritionnel évalué en supériorité, la couverture des besoins énergétiques à 72 heures.

Résultats clés

  • Sur 4 700 enfants randomisés (2 352 sans mesure systématique, 2 348 en prise en charge habituelle), 4 460 ont été analysés en intention de traiter : âge médian 8 mois (écart interquartile 1–44), 1 925 filles (42,6 %).
  • Critère clinique principal : médiane de 25 jours (écart interquartile 21–27) dans les deux groupes, OR ajusté 0,95 ; IC95 % 0,861,05. La non-infériorité de l’abandon de la mesure est démontrée.
  • Analyse per-protocole concordante : OR ajusté 1,01 ; IC95 % 0,90–1,13.
  • Critère nutritionnel principal : pourcentage moyen des besoins énergétiques couverts à 72 heures de 80,3 % sans mesure de résidu contre 76,8 % avec, différence moyenne ajustée de 3,2 points de pourcentage (IC95 % 1,3–5,2 ; p < 0,001).

Limites

  • Essai ouvert, sans aveugle possible sur une pratique de soin infirmier : les décisions d’interrompre la nutrition restaient à l’appréciation des équipes.
  • Le gain nutritionnel, de l’ordre de trois points de pourcentage sur les besoins énergétiques, est statistiquement net mais de portée clinique modeste.
  • Les autres modalités de nutrition entérale étaient laissées aux protocoles locaux, ce qui limite la description de la stratégie réellement appliquée.
  • Population très jeune, d’âge médian inférieur à un an : la transposition à l’adolescent repose sur un effectif plus restreint.
En pratique : la mesure systématique du résidu gastrique toutes les six heures peut être abandonnée chez l’enfant ventilé dont la nutrition entérale débute, sans perte de survie ni de jours vivant sans ventilation mécanique. La tolérance digestive s’apprécie alors sur les signes cliniques, et les apports nutritionnels s’en trouvent légèrement améliorés dès le troisième jour. C’est un geste de routine en moins, sur un essai de grande taille et directement transposable au lit du malade.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations WFSA

Off-Label Medicine Use in Pediatric Anesthesia-Recommendations of the World Federation of Societies of Anaesthesiologists (WFSA) Paediatric Committee

Paediatr Anaesth · 21 mai 2026 · Recommandations du comité pédiatrique de la WFSA

L’usage hors autorisation de mise sur le marché désigne l’administration d’un médicament d’une manière qui n’est pas prévue par sa notice approuvée. Il est courant en anesthésie pédiatrique, faute d’essais cliniques menés chez l’enfant et donc de données de sécurité et d’efficacité dans cette population, ce qui expose à un risque accru d’événements indésirables et à un risque médico-légal pour le praticien. Le comité pédiatrique de la WFSA propose une démarche et des principes de décision : le recours hors AMM doit rester rationnel, cliniquement approprié et fondé sur une mise en balance du bénéfice attendu et du risque encouru.

Article original ↗

Question clinique

Sur quels principes un anesthésiste peut-il fonder la décision d’administrer à un enfant un médicament en dehors des indications, des voies d’administration, des doses ou des tranches d’âge couvertes par son autorisation ?

Méthode

Texte de recommandations du comité pédiatrique de la World Federation of Societies of Anaesthesiologists, classé comme recommandation de pratique et revue de la littérature. Il décrit une démarche et des principes de décision destinés aux praticiens qui anesthésient des enfants. Il ne s’agit ni d’un essai ni d’une méta-analyse : aucun critère de jugement ni aucun effectif n’y est évalué.

Résultats clés

  • L’usage hors AMM est défini comme toute administration qui s’écarte de la notice approuvée du médicament.
  • Sa fréquence en anesthésie pédiatrique tient au petit nombre de médicaments spécifiquement approuvés chez l’enfant, conséquence du manque d’essais cliniques dans cette population.
  • Cette absence de données de sécurité et d’efficacité peut se traduire par un risque accru d’événements indésirables et expose le praticien à un risque de mise en cause.
  • Le principe retenu est que la décision d’un usage hors AMM soit rationnelle, cliniquement appropriée et fondée sur la balance entre bénéfice et risque.

Limites

  • Texte de principes, sans gradation formelle des recommandations ni chiffrage du risque : il structure une démarche, il ne démontre rien.
  • Le statut hors AMM d’un médicament dépend de l’autorité d’enregistrement et de la notice en vigueur : une même prescription peut être hors AMM ici et conforme ailleurs, ce qui limite la portée d’une règle unique.
  • Le résumé disponible expose la démarche générale sans détailler de conduite à tenir molécule par molécule : le texte complet doit être consulté pour les modalités pratiques.
En pratique : ce texte ne modifie pas les prescriptions habituelles, mais il donne un cadre à une situation quotidienne de l’anesthésie pédiatrique, où une grande part des médicaments utilisés n’a pas d’autorisation pour l’âge, la dose ou la voie employée. Le principe retenu est de poser explicitement la balance entre bénéfice attendu et risque encouru, et de fonder chaque prescription hors AMM sur un raisonnement clinique plutôt que sur l’habitude. Utile à connaître pour construire ou réviser des protocoles de service.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Paravertebral analgesia versus wound infiltration in children recovering from cardiac surgery: a randomized controlled trial

Reg Anesth Pain Med · 5 mai 2026 · Essai randomisé en double aveugle, monocentrique, 100 enfants

L’analgésie optimale après thoracotomie reste mal établie chez l’enfant, entre un bloc paravertébral techniquement exigeant et une simple infiltration pariétale d’anesthésique local. Cet essai randomisé en double aveugle a comparé les deux techniques chez 100 enfants de 6 à 14 ans opérés d’une communication interauriculaire ou interventriculaire par thoracotomie sous circulation extracorporelle. La consommation de sufentanil sur les 24 premières heures était deux fois moindre après bloc paravertébral, et les scores de douleur étaient plus bas à tous les temps de mesure, l’écart étant le plus net à la sixième heure. La durée de ventilation postopératoire, le séjour en réanimation et la durée d’hospitalisation étaient en revanche comparables.

Sufentanil sur les 24 premières heures : 0,3 ± 0,4 µg/kg après bloc paravertébral contre 0,6 ± 0,5 µg/kg après infiltration ; p = 0,002 · douleur à la 6e heure : 1,7 ± 2,2 contre 3,3 ± 2,2 ; p < 0,001
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant opéré du cœur par thoracotomie, le bloc paravertébral postopératoire procure-t-il une meilleure analgésie que l’infiltration pariétale d’anesthésique local ?

Méthode

Essai randomisé monocentrique en double aveugle. Étaient recrutés des enfants de 6 à 14 ans porteurs d’une communication interauriculaire ou interventriculaire, opérés sous circulation extracorporelle par thoracotomie. Cent patients ont été inclus et tirés au sort entre bloc paravertébral postopératoire (n = 50) et infiltration pariétale d’anesthésique local (n = 50). Étaient relevés la consommation de morphinique sur les 24 premières heures, les scores de douleur toutes les six heures, ainsi que les complications, dont les nausées et vomissements postopératoires et l’insuffisance respiratoire. La douleur était cotée par l’échelle des visages révisée (Faces Pain Scale-Revised).

Résultats clés

  • Cent enfants analysés, d’âge moyen 7 ans, 43 % de garçons. Le seul morphinique employé après l’intervention était le sufentanil.
  • Consommation totale de sufentanil sur les 24 premières heures : 0,3 ± 0,4 µg/kg après bloc paravertébral contre 0,6 ± 0,5 µg/kg après infiltration ; p = 0,002.
  • Scores de douleur constamment plus bas dans le groupe bloc paravertébral à la 6e, la 12e, la 18e et la 24e heure, avec l’écart le plus marqué à la 6e heure : 1,7 ± 2,2 contre 3,3 ± 2,2 ; p < 0,001.
  • Durée de ventilation mécanique postopératoire, séjour en réanimation, durée d’hospitalisation et fréquence des nausées et vomissements postopératoires : comparables entre les deux groupes.

Limites

  • Essai monocentrique de 100 patients : la puissance suffit pour un critère de consommation de morphinique, pas pour les complications.
  • Population très sélectionnée : enfants de 6 à 14 ans opérés d’une cardiopathie simple par thoracotomie. Les résultats ne se transposent ni au nourrisson, ni à la sternotomie, ni aux cardiopathies complexes.
  • La consommation de morphinique et les scores de douleur sont des critères intermédiaires ; l’économie de sufentanil, de l’ordre de 0,3 µg/kg sur 24 heures, ne s’est traduite par aucune différence de durée de ventilation ni de séjour.
  • Aucun bénéfice sur la récupération n’est démontré, comme le reconnaît l’essai lui-même.
  • Les écarts-types des scores de douleur sont proches ou supérieurs aux moyennes, ce qui traduit une dispersion importante des réponses individuelles.
En pratique : chez l’enfant d’âge scolaire opéré d’une cardiopathie simple par thoracotomie, le bloc paravertébral améliore l’analgésie de la première journée et divise par deux la consommation de sufentanil, au prix d’un geste plus technique que l’infiltration. Le bénéfice s’arrête là : ni la durée de ventilation, ni le séjour en réanimation, ni les nausées et vomissements ne sont modifiés. L’argument vaut donc pour le confort et l’épargne morphinique, et il reste à confirmer hors de ce cadre étroit et d’un centre unique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · PRoMPT BOLUS

Balanced Fluid or 0.9% Saline in Children Treated for Septic Shock

N Engl J Med · 24 avril 2026 · Essai pragmatique randomisé multicentrique, 9 041 enfants

Le choix du cristalloïde de remplissage dans le choc septique de l’enfant restait discuté, faute d’essai de taille suffisante. Cet essai pragmatique mené dans 47 services d’urgences de cinq pays a tiré au sort le remplissage de 9 041 enfants de 2 mois à 18 ans en choc septique suspecté, entre cristalloïde balancé et sérum salé à 0,9 %, pendant 48 heures au plus. Le critère principal composite — décès, recours à une épuration extrarénale ou dysfonction rénale persistante à 30 jours — n’a pas différé entre les deux solutés, pas plus que le nombre de jours passés hors de l’hôpital. Le cristalloïde balancé s’accompagnait de moins d’hyperchlorémies et d’hypernatrémies, mais de davantage d’hyperlactatémies.

Événement rénal indésirable majeur à 30 jours : 137 enfants (3,4 %) sous cristalloïde balancé contre 124 (3,0 %) sous sérum salé à 0,9 % — différence 0,4 point ; IC95 % −0,5 à 1,3 ; risque relatif 1,10 ; IC95 % 0,88–1,40
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant pris en charge pour un choc septique, le remplissage par cristalloïde balancé améliore-t-il le devenir rénal et la survie par rapport au sérum salé à 0,9 % ?

Méthode

Essai pragmatique randomisé multicentrique (PRoMPT BOLUS, NCT04102371) mené dans 47 services d’urgences de cinq pays. Étaient inclus les patients de 2 mois à moins de 18 ans présentant un choc septique suspecté avec signes d’hypoperfusion, tirés au sort entre remplissage par cristalloïde balancé et remplissage par sérum salé à 0,9 % pendant 48 heures au maximum. Le critère de jugement principal était un événement rénal indésirable majeur, composite associant décès, recours à une épuration extrarénale nouvelle et dysfonction rénale persistante, évalué à 30 jours après l’inclusion ou à la sortie de l’hôpital si celle-ci survenait plus tôt. Sur 9 041 patients inclus, 277 (6,1 %) dans le groupe cristalloïde balancé et 282 (6,2 %) dans le groupe sérum salé ont retiré leur participation, laissant respectivement 4 235 et 4 247 patients analysables. Le critère principal n’a pu être déterminé que chez une partie d’entre eux.

Résultats clés

  • Critère principal : 137 enfants (3,4 %) sous cristalloïde balancé contre 124 (3,0 %) sous sérum salé à 0,9 % — différence 0,4 point ; IC95 % −0,5 à 1,3 ; risque relatif 1,10 ; IC95 % 0,88–1,40 ; p = 0,85.
  • Nombre médian de jours passés hors de l’hôpital sur les 28 jours suivant l’inclusion : 23 (écart interquartile 19–25) dans les deux groupes.
  • Hyperchlorémie : 868 patients (31,4 %) sous cristalloïde balancé contre 1 383 (49,0 %) sous sérum salé. Hypernatrémie : 52 (1,8 %) contre 89 (3,1 %).
  • Hyperlactatémie, à l’inverse, plus fréquente sous cristalloïde balancé : 260 (19,8 %) contre 228 (16,7 %).
  • Ces pourcentages d’anomalies biologiques ne portent que sur les enfants dont le bilan de suivi était disponible — environ 2 800 par groupe pour le chlore et le sodium, environ 1 300 pour le lactate — et non sur l’effectif total analysé.
  • Aucune différence sur les autres critères de sécurité ni sur les événements indésirables.

Limites

  • Le critère principal est un composite : le résultat global ne permet pas de conclure séparément sur la mortalité, sur le recours à l’épuration extrarénale ou sur la dysfonction rénale persistante.
  • La fréquence du critère principal est faible, autour de 3 % : malgré l’effectif, l’intervalle de confiance du risque relatif reste compatible avec un écart de faible ampleur dans un sens comme dans l’autre.
  • Plus de 6 % des patients de chaque groupe ont retiré leur participation après la randomisation.
  • Essai pragmatique : la séparation entre les deux stratégies n’est pas complète : dans chaque groupe, une partie des enfants a reçu aussi l’autre soluté tiré au sort.
  • Le risque relatif et sa valeur de p proviennent d’analyses distinctes — rapport de risque ajusté sur le centre après imputation multiple d’un côté, test de Cochran-Mantel-Haenszel stratifié sur le centre de l’autre : c’est ce qui explique qu’un p de 0,85 accompagne un risque relatif de 1,10.
  • Le bénéfice biologique du cristalloïde balancé sur la chlorémie et la natrémie n’a pas de traduction clinique démontrée ici.
En pratique : chez l’enfant en choc septique, le choix entre cristalloïde balancé et sérum salé à 0,9 % ne modifie ni la mortalité, ni le recours à l’épuration extrarénale, ni la dysfonction rénale persistante considérés ensemble, ni la durée passée hors de l’hôpital. C’est le premier essai de cette taille sur la question en pédiatrie : le choix du soluté n’apparaît donc pas comme un déterminant du devenir dans la réanimation initiale du sepsis de l’enfant. Le cristalloïde balancé garde un profil biologique plus favorable, avec nettement moins d’hyperchlorémies et d’hypernatrémies mais davantage d’hyperlactatémies : cela peut suffire à le préférer quand il est disponible, sans en attendre de bénéfice clinique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · BESS

Endotracheal surfactant for infants with life-threatening bronchiolitis (BESS): a randomised, blinded, sham-controlled, phase 2 trial

Lancet Respir Med · 21 mars 2026 · Essai randomisé contre procédure simulée, 232 nourrissons

Chez le nourrisson ventilé pour une bronchiolite menaçant le pronostic vital, l’instillation endotrachéale de poractant alfa n’a pas raccourci la durée de ventilation mécanique invasive par rapport à une procédure simulée. Le traitement s’est révélé bien toléré et aucun décès n’est survenu. Ce résultat clairement négatif conduit à déconseiller le surfactant dans cette indication, à cette posologie et par cette voie d’administration.

Durée de ventilation invasive jusqu’à l’extubation : médiane de 64,9 heures sous poractant alfa contre 62,0 heures sous procédure simulée (rapport des moyennes géométriques 1,02 ; IC95 % 0,841,24 ; p = 0,86)
Article original ↗

Question clinique

De petites séries avaient suggéré que l’administration endotrachéale de surfactant exogène améliorait les échanges gazeux du nourrisson ventilé pour une bronchiolite grave. Ce traitement raccourcit-il réellement la durée de ventilation mécanique invasive ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique de phase 2, en aveugle contre procédure simulée, mené dans 15 réanimations pédiatriques. Les nourrissons nés prématurément ou à terme, hospitalisés pour bronchiolite et nécessitant une ventilation mécanique invasive, ont été randomisés selon un rapport 1:1 entre jusqu’à trois doses de poractant alfa par voie endotrachéale et une procédure simulée, avec stratification sur la durée de ventilation avant randomisation (moins de 24 heures ou davantage) et sur le centre. Le poractant alfa était administré à 200 mg/kg puis 100 mg/kg toutes les 12 heures. Nourrissons, familles, équipes soignantes et équipes de recherche étaient tous en aveugle. Critère de jugement principal : durée de ventilation invasive entre la randomisation et l’extubation définitive réussie. Inclusions sur six saisons épidémiques, de décembre 2018 à mars 2024.

Résultats clés

  • Sur 1 009 nourrissons évalués, 232 ont été randomisés (115 sous poractant alfa, 117 sous procédure simulée) : 130 garçons (56 %) et 102 filles (44 %). Trois nourrissons ont été retirés de l’étude, aucun n’a été perdu de vue.
  • Durée médiane de ventilation invasive : 64,9 heures (écart interquartile 43,2–92,1) sous poractant alfa contre 62,0 heures (39,3–95,1) sous procédure simulée.
  • Rapport des moyennes géométriques : 1,02 ; IC95 % 0,841,24 ; p = 0,86. Aucun bénéfice, même modeste, n’est mis en évidence.
  • Tolérance : aucun problème de sécurité cliniquement significatif attribué au poractant alfa, et aucun décès dans l’essai.

Limites

  • Essai de phase 2 portant sur 232 nourrissons : l’intervalle de confiance du rapport des durées reste compatible avec une variation de l’ordre de 20 % dans les deux sens.
  • Seuls les nourrissons extubés avec succès entraient dans l’analyse en intention de traiter, ce qui écarte du critère principal les évolutions les plus défavorables.
  • Une seule posologie et une seule voie d’administration ont été testées : le résultat ne dit rien d’un autre schéma ou d’une administration plus précoce.
  • Recrutement étalé sur six saisons épidémiques, pendant lesquelles les pratiques de ventilation du nourrisson ont évolué.
En pratique : il n’y a pas lieu d’instiller du surfactant dans la sonde d’intubation d’un nourrisson ventilé pour une bronchiolite : la durée de ventilation est la même qu’après une procédure simulée. Le geste est sans danger apparent, mais sans bénéfice démontré à cette posologie. La prise en charge repose toujours sur le réglage de la ventilation et le traitement de soutien.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Essai randomisé croisé

Effect of Adjunctive Train-of-Four Monitoring Using Peripheral Nerve Stimulation on Neuromuscular Blocking Agent Dose in PICU Patients: A Randomized Crossover Study

Pediatr Crit Care Med · 16 mars 2026 · Essai randomisé croisé monocentrique, 16 enfants

La curarisation continue est fréquente en réanimation pédiatrique, sans qu’aucun essai n’ait évalué chez l’enfant l’apport du monitorage par train de quatre à l’adaptation des doses. Dans cet essai croisé monocentrique, seize enfants sous perfusion continue de cisatracurium ont alterné chaque jour entre une adaptation guidée par le train de quatre et une adaptation fondée sur la seule évaluation clinique, le résultat du monitorage étant masqué les jours de référence. Les doses quotidiennes de cisatracurium n’ont pas différé entre les deux façons de faire. L’effectif est trop faible pour exclure une différence de faible amplitude.

Dose quotidienne totale de cisatracurium : 34,0 mg (écart interquartile 20,0–72,8) avec train de quatre contre 35,4 mg (16,8–59,0) sur la seule évaluation clinique ; p = 0,87
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant de réanimation sous curarisation continue, ajouter un monitorage par train de quatre à l’évaluation clinique permet-il d’ajuster la dose de curare, et notamment de la réduire ?

Méthode

Essai randomisé croisé mené dans une réanimation pédiatrique générale de quatorze lits (registre TCTR20240328002). Étaient inclus les patients de 30 jours à 18 ans recevant une perfusion continue de cisatracurium, poursuivie selon toute vraisemblance pendant les 48 heures suivantes. Les enfants étaient tirés au sort pour commencer par une journée avec train de quatre ou par une journée d’évaluation clinique seule, avec permutation chaque matin. Les jours d’évaluation clinique, le monitorage était réalisé mais son résultat masqué à l’équipe. La comparaison était faite par paires, entre journées consécutives chez un même patient. Seize enfants ont terminé l’étude.

Résultats clés

  • Dose quotidienne totale de cisatracurium : 34,0 mg (écart interquartile 20,0–72,8) les jours avec train de quatre, contre 35,4 mg (16,8–59,0) les jours d’évaluation clinique seule ; p = 0,87.
  • Dose moyenne de cisatracurium : 2,36 ± 1,21 contre 2,41 ± 1,35 µg/kg/min ; différence moyenne −0,06 ; IC95 % −0,22 à 0,11 µg/kg/min ; p = 0,48.
  • L’essai conclut que l’ajout du train de quatre n’entraîne pas de différence significative de posologie du cisatracurium par rapport à la seule évaluation clinique.

Limites

  • Seize patients dans un seul service : l’essai n’a pas la puissance nécessaire pour exclure une différence de dose cliniquement pertinente. Il s’agit d’une absence de différence démontrée, non d’une démonstration d’équivalence.
  • Le critère de jugement est une posologie, non un critère clinique : ni la faiblesse neuromusculaire acquise, ni la durée de ventilation, ni le confort du patient ne sont évalués.
  • Le plan croisé sur des journées consécutives expose à un effet de report : l’équipe soignante, non aveugle les jours de monitorage, avait vu la veille les valeurs de train de quatre.
  • Un seul curare étudié, le cisatracurium, dans un seul type de service.
En pratique : cet essai ne suffit pas à renoncer au monitorage de la curarisation chez l’enfant de réanimation, mais il rappelle qu’on ne dispose d’aucune donnée solide montrant qu’il permet d’alléger les doses. L’adaptation clinique du cisatracurium garde donc sa place, et l’intérêt du train de quatre reste à établir sur des critères qui comptent pour le patient plutôt que sur la seule posologie. Une étude de cette taille se lit comme une invitation à un essai plus large, pas comme un argument de pratique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
◎ Veille Essai randomisé · ECSTATIC

Platelet Transfusion Thresholds for Children Supported by Extracorporeal Membrane Oxygenation: The Extracorporeal Membrane Oxygenation Hemostatic Transfusions in Children (ECSTATIC) Feasibility Clinical Trial

Crit Care Med · 23 décembre 2025 · Essai randomisé de faisabilité, 50 enfants sous ECMO

Chez l’enfant sous assistance extracorporelle sans saignement dans les premières 24 heures, il s’est révélé possible de randomiser le seuil de transfusion plaquettaire prophylactique entre 90 et 50 G/L. Les deux stratégies ont bien été appliquées et ont séparé nettement les numérations avant transfusion. Hémorragies graves et thromboses graves sont survenues à des fréquences voisines, mais cet essai de faisabilité ne permet aucune conclusion clinique : il ouvre la voie à un essai de plus grande taille.

Numération plaquettaire avant transfusion : écart moyen ajusté de 32 G/L entre les deux stratégies (p < 0,001) · observance du seuil assigné : 99,2 %
Article original ↗

Question clinique

Le seuil de transfusion plaquettaire prophylactique de l’enfant sous assistance extracorporelle n’est étayé par aucun essai. Avant d’envisager un essai de puissance suffisante, est-il possible de recruter et de randomiser ces enfants entre deux seuils, et d’obtenir des équipes qu’elles respectent la stratégie attribuée ?

Méthode

Essai randomisé de faisabilité mené dans dix centres d’assistance extracorporelle. Ont été inclus des enfants de la naissance à moins de 18 ans sous ECMO, sans saignement ou avec un saignement minime dans les 24 heures suivant la canulation. Randomisation entre un seuil haut, transfusion lorsque les plaquettes descendaient sous 90 G/L, et un seuil bas, transfusion sous 50 G/L. Critère de faisabilité principal : différence de numération plaquettaire avant transfusion entre les deux stratégies. Critère de sécurité principal : évolution vers une hémorragie grave, une thrombose grave ou un décès toutes causes.

Résultats clés

  • Recrutement : sur 159 enfants évalués, 123 (77 %) étaient admissibles, les familles de 80 d’entre eux ont été sollicitées et 50 consentements ont été obtenus (63 %).
  • Les enfants inclus avaient un âge médian de 0,2 an (écart interquartile 0,0–1,7) et 44 sur 50 (88 %) étaient sous ECMO veino-artérielle.
  • Séparation des stratégies : écart moyen ajusté de 32 G/L sur la numération plaquettaire avant transfusion (p < 0,001), avec une observance du seuil attribué de 99,2 %.
  • Sécurité : 11 enfants (22 %) ont présenté le critère de sécurité principal, avec 7 hémorragies graves (14 %) et 2 thromboses graves (4 %), rapportées comme de fréquence voisine dans les deux groupes.

Limites

  • Essai de faisabilité sur 50 enfants : il n’a ni la taille ni la conception nécessaires pour comparer la sécurité des deux seuils, et les résultats cliniques ne doivent pas être lus comme une démonstration d’équivalence.
  • Un tiers des familles sollicitées n’a pas consenti et un tiers des enfants admissibles n’a pas été sollicité : le recrutement reste le point fragile d’un futur essai.
  • Les enfants inclus étaient très jeunes et majoritairement sous assistance veino-artérielle : l’assistance veino-veineuse et l’adolescent sont peu représentés.
  • Les événements hémorragiques et thrombotiques ne sont rapportés que globalement, sans chiffres par groupe.
En pratique : rien ne change aujourd’hui dans la conduite de la transfusion plaquettaire sous assistance extracorporelle pédiatrique : cet essai démontre seulement qu’une comparaison randomisée est réalisable et bien suivie par les équipes. Il justifie de suivre la parution de l’essai de puissance suffisante qu’il prépare, lequel dira si le seuil bas peut être retenu. En attendant, le seuil relève des protocoles en vigueur, adaptés au risque hémorragique de chaque enfant.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Impact of preoperative fasting duration on perioperative complications in elective paediatric procedures: a systematic review and meta-analysis

Br J Anaesth · 27 novembre 2025 · Méta-analyse de 8 essais randomisés, 1 234 enfants

Les enfants opérés sous anesthésie générale suivent le plus souvent un jeûne standardisé de deux heures pour les liquides clairs, durée qui s’allonge considérablement dans la pratique réelle. Cette méta-analyse de huit essais randomisés ne retrouve aucune différence de volume résiduel gastrique ni de pH gastrique entre un jeûne raccourci et un jeûne prolongé, et les enfants du groupe jeûne court éprouvaient autant ou moins de nausées et vomissements postopératoires, de soif et de faim. La synthèse conclut qu’un jeûne d’une heure pour les liquides clairs ne s’accompagne pas d’un sur-risque d’inhalation démontrable, tout en appelant à de nouveaux essais.

Volume résiduel gastrique, différence moyenne standardisée : −0,05 ; IC95 % −0,17 à 0,07 · pH gastrique : −0,11 ; IC95 % −0,31 à 0,09, entre jeûne court et jeûne prolongé
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant opéré en chirurgie réglée, raccourcir la durée de jeûne préopératoire expose-t-il à davantage de complications, en premier lieu à l’inhalation de liquide gastrique ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse (protocole PROSPERO CRD42024577954) des essais randomisés comparant un jeûne préopératoire plus court à un jeûne plus long chez l’enfant. Interrogation de MEDLINE, Embase, Web of Science, CINAHL et Cochrane CENTRAL depuis leur création jusqu’au 22 août 2024. Le risque de biais a été évalué avec l’outil de la collaboration Cochrane, et les résultats ont été regroupés sous forme de différences moyennes standardisées. Huit études totalisant 1 234 patients ont été retenues.

Résultats clés

  • Volume résiduel gastrique : différence moyenne standardisée −0,05 ; IC95 % −0,17 à 0,07, soit aucune différence entre jeûne court et jeûne prolongé.
  • pH gastrique : différence moyenne standardisée −0,11 ; IC95 % −0,31 à 0,09, sans différence non plus.
  • Les groupes à jeûne raccourci présentaient des nausées et vomissements postopératoires, une soif et une faim équivalents ou moindres.
  • Aucun sur-risque d’inhalation n’a été mis en évidence avec un jeûne d’une heure pour les liquides clairs.

Limites

  • Huit essais et 1 234 enfants : l’effectif est très loin de ce qu’il faudrait pour détecter une variation du risque d’inhalation, événement rare. L’absence de sur-risque observée ne démontre donc pas l’absence de sur-risque.
  • Les critères regroupés sont des critères intermédiaires : volume résiduel gastrique et pH gastrique ne prédisent qu’imparfaitement la survenue d’une inhalation.
  • Les durées de jeûne comparées et les populations varient d’un essai à l’autre, ce qui limite la portée d’un résultat regroupé sous forme de différence moyenne standardisée.
  • Les enfants inclus relevaient de chirurgie réglée : rien ne peut être transposé à l’urgence, à l’estomac plein ni aux situations à risque d’inhalation.
En pratique : ces données appuient les politiques de jeûne libéral pour les liquides clairs en chirurgie réglée pédiatrique, où la consigne des deux heures aboutit souvent à des jeûnes réels bien plus longs et mal tolérés. Elles ne démontrent pas pour autant l’innocuité d’un jeûne d’une heure : l’inhalation est trop rare pour qu’un tel effectif puisse trancher, et les critères mesurés ne sont qu’intermédiaires. L’assouplissement reste raisonnable chez l’enfant programmé sans facteur de risque, et ne concerne pas les situations d’urgence.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Effect of neuromuscular blocking agents on tracheal intubation quality in paediatric patients: a systematic review using network meta-analysis and meta-regression

Br J Anaesth · 10 octobre 2025 · Méta-analyse en réseau, 105 essais, 8 008 enfants

Cette méta-analyse en réseau a comparé les conditions d’intubation et la réponse hémodynamique obtenues avec les différents curares, à différentes doses, chez l’enfant de 0 à 12 ans sans comorbidité, sous laryngoscopie directe. Le suxaméthonium à 1,50 mg/kg et le rocuronium à 0,90 mg/kg procurent des conditions d’intubation comparables, sans toutefois être régulièrement acquises dans les 60 secondes ; les autres curares sont en moyenne plus lents et moins efficaces. L’adjonction d’un morphinique abaisse la pression artérielle moyenne et la fréquence cardiaque sans améliorer les conditions d’intubation. Le degré de confiance attribué à ces conclusions est faible à modéré.

Curares non dépolarisants, conditions d’intubation excellentes : OR 2,97 ; intervalle de crédibilité à 95 % 1,82–5,10 · conditions acceptables : OR 2,29 ; 1,14–4,39, chez les enfants les plus jeunes (âge moyen 1,64 an) par rapport aux plus âgés (5,53 ans)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant anesthésié pour une intubation trachéale sous laryngoscopie directe, quel curare et quelle dose donnent les meilleures conditions d’intubation, et au prix de quel retentissement hémodynamique ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau bayésienne (protocole PROSPERO CRD42018097146) des essais randomisés et des essais cliniques contrôlés menés chez des enfants de 0 à 12 ans sans comorbidité, comparant différents curares entre eux ou à une intubation sans curare. Critères retenus : odds ratios de conditions d’intubation excellentes et de conditions acceptables, différences moyennes de pression artérielle moyenne et de fréquence cardiaque. Des méta-analyses appariées et cumulatives ainsi qu’une méta-régression ont exploré l’effet des covariables. Au total, 105 essais et 8 008 participants ont été analysés.

Résultats clés

  • Suxaméthonium 1,50 mg/kg et rocuronium 0,90 mg/kg : conditions d’intubation semblables, mais pas régulièrement obtenues dans les 60 secondes. Les autres curares sont en moyenne plus lents et moins efficaces.
  • Associés au suxaméthonium 1,00 mg/kg ou au rocuronium 0,90 mg/kg, les morphiniques abaissent la pression artérielle moyenne et la fréquence cardiaque sans améliorer les conditions d’intubation.
  • À la méta-régression, le bénéfice des curares non dépolarisants sur les conditions excellentes (OR 2,97 ; intervalle de crédibilité à 95 % 1,82–5,10) et acceptables (OR 2,29 ; 1,14–4,39) était plus marqué chez les enfants les plus jeunes (âge moyen 1,64 an ; 1,08–2,20) que chez les plus âgés (5,53 ans ; 4,04–7,01).
  • L’intubation sans curare était la plus difficile chez le nouveau-né et le nourrisson, les conditions s’améliorant jusque vers l’âge de 4 ans ; au-delà, l’écart de qualité d’intubation entre curarisation et absence de curarisation se creusait de nouveau avec l’âge.

Limites

  • Le degré de confiance attribué à ces conclusions n’est que faible à modéré.
  • Les résultats liés à l’âge proviennent d’une méta-régression, donc d’une analyse exploratoire menée sur des données agrégées, et non d’une comparaison randomisée par tranche d’âge.
  • La population est faite d’enfants sans comorbidité : rien ne peut être transposé à l’intubation difficile prévue ni à l’enfant de réanimation.
  • Les comparaisons reposent sur la laryngoscopie directe ; la vidéolaryngoscopie n’est pas évaluée.
  • Les conditions d’intubation sont un critère intermédiaire : aucun critère clinique fort, comme la désaturation ou les complications respiratoires, n’est rapporté ici.
En pratique : pour une intubation programmée chez l’enfant, le rocuronium à 0,90 mg/kg procure des conditions d’intubation comparables à celles du suxaméthonium à 1,50 mg/kg, à condition de ne pas compter sur un délai d’action systématiquement inférieur à une minute. L’ajout d’un morphinique à la curarisation ne se justifie pas par la recherche de meilleures conditions d’intubation, puisqu’il n’en améliore pas la qualité tout en abaissant pression artérielle et fréquence cardiaque. Le faible niveau de confiance et le caractère exploratoire des analyses par âge invitent à conserver ces données comme un repère, non comme une conduite à tenir.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Méta-analyse

Videolaryngoscopy versus direct laryngoscopy for paediatric tracheal intubation: a systematic review with meta-analysis and trial sequential analysis

Br J Anaesth · 3 octobre 2025 · Revue systématique et méta-analyse, 53 essais randomisés, 4 887 enfants

Chez l’enfant dont les voies aériennes sont le plus souvent normales, la vidéolaryngoscopie et la laryngoscopie directe obtiennent la même proportion d’intubations réussies au premier essai, avec un niveau de preuve élevé. La vidéolaryngoscopie améliore l’exposition de la glotte dans toutes les tranches d’âge et, avant l’âge d’un an, s’accompagne de moins d’intubations œsophagiennes, avec un niveau de preuve faible. L’intubation y prend quelques secondes de plus.

Réussite au premier essai : risque relatif 1,03 ; IC95 % 0,991,07 (p = 0,18, niveau de preuve élevé) · intubations œsophagiennes avant l’âge d’un an : risque relatif 0,16 ; IC95 % 0,060,40
Article original ↗

Question clinique

L’intubation de l’enfant expose à des complications graves dès que les tentatives se répètent, ce qui fait de la réussite au premier essai un objectif central. La vidéolaryngoscopie, désormais largement disponible, fait-elle mieux que la laryngoscopie directe sur cette réussite, sur l’exposition glottique et sur la sécurité ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse et analyse séquentielle des essais, protocole enregistré à l’avance. Huit bases de données ont été interrogées. Ont été retenus les essais randomisés comparant vidéolaryngoscopie et laryngoscopie directe chez l’enfant de moins de 16 ans. Sur 22 221 références examinées, 53 essais randomisés totalisant 4 887 enfants répondaient aux critères. Les critères étudiés étaient la réussite au premier essai, l’exposition de la glotte, la durée d’intubation et les événements critiques. Le niveau de preuve a été apprécié selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • Réussite au premier essai : aucune différence significative, risque relatif 1,03 ; IC95 % 0,991,07 ; p = 0,18, avec un niveau de preuve jugé élevé.
  • Exposition de la glotte améliorée par la vidéolaryngoscopie dans toutes les tranches d’âge : différence moyenne de 9,8 points sur le pourcentage d’ouverture glottique (IC95 % 3,2–16,4 ; p < 0,01).
  • Avant l’âge d’un an, moins d’intubations œsophagiennes sous vidéolaryngoscopie : risque relatif 0,16 ; IC95 % 0,060,40 ; p < 0,01, avec un niveau de preuve faible.
  • Durée d’intubation légèrement plus longue sous vidéolaryngoscopie : différence moyenne de 3 secondes (IC95 % 0,1–5,4).
  • L’analyse séquentielle des essais indique que les données accumulées restent insuffisantes pour conclure définitivement.

Limites

  • Les essais inclus portent en majorité sur des enfants aux voies aériennes normales : l’intubation difficile prévue et l’urgence y sont peu représentées.
  • L’analyse séquentielle montre que l’effectif cumulé ne suffit pas à exclure un effet modeste sur la réussite au premier essai.
  • Le bénéfice sur les intubations œsophagiennes avant un an repose sur un nombre restreint d’événements et sur un niveau de preuve faible.
  • Les dispositifs, les lames et l’expérience des opérateurs varient beaucoup d’un essai à l’autre, ce qui limite la portée d’un résultat agrégé.
En pratique : chez l’enfant aux voies aériennes normales, choisir la vidéolaryngoscopie ne fait pas gagner de réussite au premier essai : le choix du dispositif compte moins que l’expérience de l’opérateur et la préparation de la séquence. La vidéolaryngoscopie garde un intérêt propre chez le nourrisson de moins d’un an, où elle expose mieux la glotte et paraît réduire les intubations œsophagiennes. Elle coûte quelques secondes de plus, ce qui pèse peu sauf chez l’enfant à faible réserve.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Early Enteral Nutrition and Clinical Outcomes in Critically Ill Pediatric Populations: A Systematic Review and Meta-Analysis

Crit Care Med · 17 septembre 2025 · Méta-analyse de 18 études, 9 829 enfants

Les recommandations préconisent une nutrition entérale précoce chez l’enfant de réanimation, sans que le bénéfice clinique en soit solidement établi. Cette revue systématique a regroupé 18 études, dont un seul essai randomisé, comparant nutrition entérale précoce et nutrition entérale retardée. Dans l’analyse restreinte aux trois études ayant ajusté sur la gravité, la nutrition précoce était associée à une mortalité moindre, avec une hétérogénéité importante ; les analyses qualitatives allaient dans le même sens pour la durée de séjour, la durée d’assistance respiratoire invasive et les infections. La certitude de la preuve, évaluée par la méthode GRADE, reste toutefois très faible.

Mortalité, analyse ajustée sur la gravité : OR ajusté 0,36 ; IC95 % 0,14–0,91 (3 études, 5 864 enfants ; I² = 78,6 %) — certitude de la preuve très faible
Article original ↗

Question clinique

Chez l’enfant de réanimation, débuter précocement la nutrition entérale s’accompagne-t-il d’une évolution clinique meilleure qu’une nutrition entérale retardée ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse (protocole PROSPERO CRD42021286271) interrogeant MEDLINE, Embase, CINAHL et CENTRAL jusqu’en octobre 2024. Population : enfants de réanimation ; intervention : nutrition entérale précoce ; comparateur : nutrition entérale retardée ; critère : mortalité ou autres critères cliniques. Étaient admis les essais randomisés, les études quasi expérimentales, les cohortes observationnelles et les études cas-témoins. Sélection, extraction et évaluation du risque de biais ont été menées en double par deux relecteurs, avec cotation GRADE. Dix-huit études sur 8 478 références examinées ont été retenues. La priorité a été donnée aux associations ajustées sur la gravité.

Résultats clés

  • Treize études rapportaient la mortalité (1 essai randomisé, 12 cohortes), mais trois seulement avaient ajusté sur la gravité de l’état clinique.
  • Dans cette analyse ajustée, la nutrition entérale précoce était associée à une mortalité moindre : OR ajusté 0,36 ; IC95 % 0,14–0,91, avec une hétérogénéité forte (I² = 78,6 %) sur 5 864 enfants.
  • La certitude de la preuve a été cotée très faible par GRADE, en raison du caractère indirect des données.
  • À la revue qualitative des 18 études (1 essai randomisé, 17 cohortes, 9 829 enfants), la nutrition précoce était associée à une durée de séjour plus courte, une durée d’assistance respiratoire invasive plus brève, des apports nutritionnels plus adaptés, un score maximal de défaillance d’organe (PELOD) plus bas et moins d’infections.
  • Aucun effet délétère de la nutrition entérale précoce n’a été retrouvé après prise en compte des facteurs de confusion.

Limites

  • Les données proviennent presque entièrement de cohortes : il s’agit d’associations, non d’un effet démontré de la nutrition précoce sur la mortalité.
  • L’estimation ajustée ne repose que sur trois études, avec une hétérogénéité forte et un intervalle de confiance dont la borne supérieure frôle l’absence d’effet.
  • Une confusion résiduelle par indication reste très probable : les enfants les plus graves ou les plus instables sont aussi ceux chez qui l’alimentation entérale est différée.
  • Les critères secondaires ne sont décrits que qualitativement, par le sens de l’association, sans regroupement chiffré.
  • Les définitions de la précocité et les modalités de mesure varient d’une étude à l’autre.
En pratique : ces résultats vont dans le sens des recommandations existantes, qui invitent à débuter tôt la nutrition entérale chez l’enfant de réanimation, et surtout ils ne font apparaître aucun signal de danger. Ils ne permettent pas d’affirmer que la précocité de la nutrition réduit la mortalité : la certitude est très faible et la confusion par la gravité reste l’explication la plus simple d’une telle association. Il reste donc raisonnable de démarrer l’alimentation entérale dès que l’état hémodynamique et digestif le permet, en gardant à l’esprit qu’un bénéfice sur la mortalité n’est pas démontré.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Fifth Centile Versus 50th Centile Mean Blood Pressure Targets in Pediatric Septic Shock: A Randomized Controlled Trial

Crit Care Med · 5 août 2025 · Essai randomisé monocentrique, 144 enfants en choc septique

Chez l’enfant en choc septique nécessitant des vasopresseurs, viser le 5e percentile de pression artérielle moyenne pour l’âge plutôt que le 50e n’a pas modifié la mortalité à 28 jours. La cible basse s’accompagnait d’un recours moindre à la noradrénaline, d’un support vasoactif moins intense et moins prolongé, et de moins de syndromes de détresse respiratoire aiguë. L’essai, monocentrique et de faible effectif, n’avait pas la puissance nécessaire pour exclure un écart de mortalité cliniquement important.

Mortalité toutes causes à 28 jours : 16,9 % en visant le 5e percentile contre 23,2 % en visant le 50e (différence de risque 6,3 points ; IC95 % −6,9 à 19,2 ; p = 0,41)
Article original ↗

Question clinique

Les recommandations de la Surviving Sepsis Campaign pour l’enfant ne tranchent pas entre le 5e et le 50e percentile de pression artérielle moyenne pour l’âge comme cible de titration des vasopresseurs dans le choc septique. Viser la cible basse expose-t-il l’enfant à une surmortalité ?

Méthode

Essai randomisé monocentrique, ouvert, de non-infériorité, mené dans une réanimation pédiatrique de recours d’avril 2021 à mars 2024. Ont été inclus 144 enfants de 1 mois à 16 ans en choc septique ne répondant pas au remplissage et nécessitant des vasopresseurs, randomisés entre une cible de pression artérielle moyenne au 5e percentile pour l’âge et une cible au 50e percentile, le traitement vasoactif étant titré sur cette cible. Critère de jugement principal : mortalité toutes causes à 28 jours. Critères secondaires : durées de séjour en réanimation et à l’hôpital, durée du traitement vasoactif, effets indésirables des vasopresseurs, recours à l’épuration extrarénale continue, ventilation invasive et survenue d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Résultats clés

  • Mortalité à 28 jours : 12 enfants sur 71 (16,9 %) avec la cible au 5e percentile contre 17 sur 73 (23,2 %) avec la cible au 50e (différence de risque 6,3 points ; IC95 % −6,9 à 19,2 ; p = 0,41).
  • Recours à la noradrénaline plus fréquent avec la cible haute : 85 % contre 67 % (p = 0,04).
  • Support vasoactif plus intense avec la cible haute : score vasoactif-inotrope moyen de 64,0 (écart type 35,7) contre 45,2 (29,6) ; p = 0,001. Sa durée était également plus longue (p = 0,001).
  • Syndrome de détresse respiratoire aiguë plus fréquent avec la cible haute : 32,8 % contre 16,9 % (p = 0,02). Aucune différence sur les durées de séjour, la durée de ventilation, le recours à l’épuration extrarénale ni les effets indésirables.

Limites

  • Effectif de 144 enfants très insuffisant pour un critère de mortalité : l’intervalle de confiance de la différence de risque va de −6,9 à 19,2 points, ce qui laisse ouverte une différence cliniquement majeure dans les deux sens. L’absence de différence significative ne vaut pas démonstration de non-infériorité.
  • Essai monocentrique et ouvert, dans une population dont la mortalité est élevée : la transposition à d’autres organisations de soins n’est pas acquise.
  • Les différences observées sur la noradrénaline, le score vasoactif-inotrope et le syndrome de détresse respiratoire aiguë portent sur des critères secondaires multiples, sans correction pour les comparaisons répétées.
  • La tolérance neurologique à distance d’une cible tensionnelle basse n’a pas été évaluée.
En pratique : cet essai apporte un premier argument randomisé pour ne pas s’acharner à ramener un enfant en choc septique au 50e percentile de pression artérielle moyenne, une cible qui s’obtient au prix de davantage de noradrénaline. Il ne permet pas pour autant d’affirmer l’équivalence des deux stratégies : l’effectif est trop faible et l’étude monocentrique. La titration reste à guider sur la perfusion d’organe plutôt que sur un seul chiffre, en attendant un essai de plus grande taille.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · IsoCOMFORT

Inhaled isoflurane for sedation of mechanically ventilated children in intensive care (IsoCOMFORT): a multicentre, randomised, active-control, assessor-masked, non-inferiority phase 3 trial

Lancet Respir Med · 15 juillet 2025 · Essai randomisé de non-infériorité, 96 enfants de réanimation

Chez des enfants de 3 à 17 ans ventilés en réanimation, la sédation par isoflurane inhalé a maintenu la profondeur de sédation dans la fourchette visée pendant une part du temps non inférieure à celle obtenue sous midazolam intraveineux. Les effets indésirables graves ont été rapportés chez 31 % des enfants sous isoflurane et 24 % sous midazolam, aucun n’étant rattaché au traitement. L’effectif reste faible et l’intervalle de confiance très large, si bien que cet essai ouvre une option sans établir de supériorité.

Temps passé dans la fourchette de sédation visée : 68,94 % sous isoflurane inhalé contre 62,37 % sous midazolam, différence de 6,57 points de pourcentage (IC95 % −8,99 à 22,13 ; borne inférieure au-dessus du seuil de non-infériorité)
Article original ↗

Question clinique

La sédation par halogéné inhalé, qui se développe chez l’adulte de réanimation, est peu documentée chez l’enfant. Chez l’enfant ventilé nécessitant une sédation d’au moins douze heures, l’isoflurane inhalé maintient-il la profondeur de sédation aussi bien que le midazolam intraveineux ?

Méthode

Essai randomisé de phase 3, multicentrique, en non-infériorité, avec évaluateurs en aveugle, mené dans 19 réanimations pédiatriques. Les enfants de 3 à 17 ans sous ventilation invasive et nécessitant une sédation pour une durée attendue d’au moins douze heures ont été randomisés selon un rapport 2:1 entre isoflurane inhalé et midazolam intraveineux, avec stratification sur l’âge, le motif d’admission et le pays. La posologie était adaptée pour atteindre une fourchette de sédation fixée pour chaque enfant sur l’échelle comportementale COMFORT-B. La sédation de l’essai était prévue jusqu’à 48 heures. Critère de jugement principal : pourcentage du temps passé dans la fourchette prescrite, sans recours à une sédation de secours, évalué toutes les deux heures ; seuil de non-infériorité fixé à −9,36 points de pourcentage.

Résultats clés

  • 96 enfants randomisés entre janvier 2021 et janvier 2023 (63 sous isoflurane, 33 sous midazolam), 92 analysés : âge moyen 7,7 ans (écart type 4,1), 35 filles (38 %) et 57 garçons (62 %).
  • Critère principal : 68,94 % du temps dans la fourchette visée sous isoflurane (IC95 % 52,83–85,05) contre 62,37 % sous midazolam (IC95 % 44,70–80,04).
  • Différence des moyennes ajustées : 6,57 points de pourcentage (IC95 % −8,99 à 22,13), la borne inférieure restant au-dessus du seuil de −9,36 points : la non-infériorité est établie.
  • Effets indésirables graves : 19 enfants sur 61 (31 %) sous isoflurane et 8 sur 33 (24 %) sous midazolam, aucun jugé lié au traitement. Une hypotension grave imputée au traitement dans chaque groupe, trois arrêts de traitement pour effet indésirable sous isoflurane, aucun décès lié au traitement.

Limites

  • Effectif très réduit pour un essai de phase 3 : 92 enfants analysés, et un intervalle de confiance de la différence qui s’étend de −8,99 à 22,13 points de pourcentage.
  • La borne inférieure de cet intervalle ne dépasse que de peu le seuil de non-infériorité, qui était lui-même large.
  • Le critère principal mesure le temps passé dans une fourchette de sédation, non le devenir de l’enfant : durée de ventilation, delirium et devenir neurologique ne sont pas évalués.
  • Sédation limitée à 48 heures chez des enfants d’au moins 3 ans : ni le nourrisson ni la sédation prolongée ne sont documentés. Essai financé par l’industriel qui produit le dispositif d’administration.
En pratique : l’isoflurane inhalé devient une option défendable pour sédater un enfant d’au moins 3 ans ventilé quelques dizaines d’heures, sans signal de tolérance défavorable. La démonstration reste fragile, sur un petit effectif et sur un critère de profondeur de sédation. Rien n’impose de modifier une pratique fondée sur les sédatifs intraveineux tant que le bénéfice sur la durée de ventilation ou le devenir neurologique n’est pas établi.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Oxygen Supplementation in Pediatric Sedation: Prospective, Multicenter, Randomized Controlled Trial

Anesthesiology · 11 avril 2025 · Essai randomisé multicentrique à trois bras, 250 enfants sous sédation

Chez l’enfant sédaté pour un acte diagnostique ou thérapeutique, administrer de l’oxygène par voie nasale, à bas débit comme à haut débit, a fortement réduit la survenue d’une hypoxémie par rapport à l’absence d’oxygène. Les manœuvres de sauvetage respiratoire ont suivi la même hiérarchie. L’oxygène à haut débit n’a pas fait significativement mieux que le bas débit, ce qui plaide pour le dispositif le plus simple.

Hypoxémie pendant la sédation : 27,6 % sans oxygène, 7,2 % sous oxygène à bas débit et 1,2 % sous oxygène à haut débit (p < 0,001)
Article original ↗

Question clinique

L’enfant sédaté pour un acte est exposé à l’hypoxémie du fait de ses particularités anatomiques et physiologiques, mais les modalités d’oxygénation restent mal codifiées. Faut-il administrer de l’oxygène de principe pendant une sédation modérée à profonde, et le haut débit nasal apporte-t-il quelque chose de plus que les lunettes à bas débit ?

Méthode

Essai randomisé prospectif et multicentrique chez des enfants de moins de 18 ans devant recevoir une sédation modérée à profonde pour un acte diagnostique ou thérapeutique. Trois groupes : sans oxygène, oxygène à bas débit par lunettes nasales (2 à 6 L/min), ou oxygène nasal à haut débit (2 L/kg, fraction inspirée en oxygène de 50 %). Critère de jugement principal : survenue d’une hypoxémie, définie par une saturation pulsée en oxygène inférieure ou égale à 95 % pendant plus de cinq secondes. Critères secondaires : saturation inférieure à 90 %, manœuvres de sauvetage et complications liées à la sédation. Comparaisons par régression logistique. Sur 253 enfants randomisés, 250 ont terminé l’étude.

Résultats clés

  • Hypoxémie : 27,6 % des enfants sans oxygène, 7,2 % sous bas débit et 1,2 % sous haut débit (p < 0,001).
  • Par rapport à l’absence d’oxygène : OR 0,184 (IC95 % 0,067–0,503 ; p = 0,001) sous bas débit et OR 0,026 (IC95 % 0,003–0,207 ; p < 0,001) sous haut débit.
  • Le haut débit n’a pas fait significativement mieux que le bas débit : OR 0,143 (IC95 % 0,017–1,245 ; p = 0,078).
  • Manœuvres de sauvetage : 52,9 % des enfants sans oxygène, contre 10,8 % sous bas débit et 3,6 % sous haut débit (p < 0,001). Les complications liées à la sédation, désaturations et apnées, étaient également moins fréquentes sous oxygène (p < 0,001).

Limites

  • Effectif de 250 enfants réparti en trois groupes : la comparaison entre haut et bas débit manque de puissance, comme le montre un intervalle de confiance allant de 0,017 à 1,245.
  • Le critère principal, une saturation inférieure ou égale à 95 % pendant plus de cinq secondes, est un seuil très sensible dont la portée clinique est limitée.
  • Essai ouvert, sans aveugle possible sur le dispositif d’oxygénation : la décision d’une manœuvre de sauvetage pouvait s’en trouver influencée.
  • L’apport d’oxygène peut retarder la détection d’une hypoventilation par l’oxymétrie de pouls, ce que cet essai n’évalue pas en l’absence de capnographie rapportée.
En pratique : administrer de l’oxygène de principe pendant une sédation modérée à profonde de l’enfant divise par plus de trois le risque d’hypoxémie et réduit nettement les manœuvres de sauvetage. De simples lunettes nasales à bas débit suffisent le plus souvent : le haut débit n’a pas montré de supériorité significative, pour un dispositif plus coûteux et moins largement disponible. L’oxygène ne dispense pas de la surveillance de la ventilation, qu’il peut masquer à l’oxymétrie de pouls.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Effectiveness of nasal high-flow oxygen during apnoea on hypoxaemia and intubation success in paediatric emergency and ICU settings: a randomised, controlled, open-label trial

Lancet Respir Med · 21 mars 2025 · Essai randomisé ouvert, 1 069 intubations en urgence chez l’enfant

Chez l’enfant intubé en urgence aux urgences ou en réanimation, l’apport d’oxygène nasal à haut débit pendant l’apnée n’a pas réduit la survenue des épisodes d’hypoxémie ni augmenté la proportion d’intubations réussies au premier essai. L’analyse per-protocole, qui n’est pas randomisée, retrouve en revanche moins d’hypoxémies sous oxygène à haut débit. Cet essai ne soutient pas la généralisation d’une pratique en plein développement, sans exclure un bénéfice lorsque la technique est réellement appliquée.

Épisodes d’hypoxémie : 12,8 % sous oxygène nasal à haut débit contre 16,2 % en prise en charge habituelle (OR ajusté 0,74 ; IC97,5 % 0,461,18 ; p = 0,15) · réussite au premier essai : 63,0 % contre 59,1 %
Article original ↗

Question clinique

L’oxygénation apnéique par voie nasale à haut débit, proposée pour allonger le délai avant désaturation pendant l’intubation, n’est pas adoptée partout chez l’enfant. Maintenir un haut débit d’oxygène nasal pendant l’apnée réduit-il les épisodes d’hypoxémie et améliore-t-il la réussite de l’intubation au premier essai ?

Méthode

Essai randomisé, contrôlé, ouvert, mené dans dix hôpitaux, au sein de services d’urgences pédiatriques, de réanimations pédiatriques et d’une réanimation néonatale. Étaient admissibles les enfants de moins de 16 ans devant être intubés en urgence. Randomisation 1:1 entre oxygène nasal à haut débit pendant l’apnée et prise en charge habituelle. Deux critères de jugement principaux : la survenue d’un épisode d’hypoxémie et l’intubation réussie au premier essai sans désaturation, analysés en intention de traiter modifiée. Inclusions de mai 2017 à octobre 2022.

Résultats clés

  • 1 069 intubations chez 969 enfants ont été randomisées (535 sous oxygène à haut débit, 534 en prise en charge habituelle) ; l’analyse principale a porté sur 950 intubations chez 860 enfants, soit 476 et 474 intubations.
  • Épisodes d’hypoxémie : 61 intubations sur 476 (12,8 %) sous oxygène à haut débit contre 77 sur 474 (16,2 %), OR ajusté 0,74 ; IC97,5 % 0,461,18 ; p = 0,15.
  • Intubation réussie au premier essai : 300 sur 476 (63,0 %) contre 280 sur 474 (59,1 %), OR ajusté 1,13 ; IC97,5 % 0,79–1,62 ; p = 0,43.
  • Analyse per-protocole, sur 905 intubations : hypoxémie chez 48 sur 444 (10,8 %) contre 77 sur 461 (16,7 %), OR ajusté 0,59 ; IC97,5 % 0,36–0,97 ; p = 0,017, sans différence sur la réussite au premier essai (64,0 % contre 58,1 % ; OR ajusté 1,22 ; IC97,5 % 0,87–1,71 ; p = 0,19).

Limites

  • Essai ouvert, sans aveugle possible : la décision d’interrompre une tentative d’intubation avant désaturation reste subjective et pouvait différer entre les groupes.
  • Le bénéfice n’apparaît que dans l’analyse per-protocole, qui n’est pas randomisée et ne permet pas de conclure : l’écart entre les deux analyses suggère surtout des difficultés d’application de la technique.
  • Inclusions étalées sur plus de cinq ans dans des services aux pratiques hétérogènes, avec une réussite au premier essai globalement basse, proche de trois intubations sur cinq.
  • Essai conduit en réanimation et aux urgences pédiatriques : la transposition à l’intubation préhospitalière n’est pas établie.
En pratique : poser un haut débit d’oxygène nasal pendant l’apnée ne suffit pas à sécuriser l’intubation en urgence de l’enfant : ni les hypoxémies ni les échecs au premier essai n’ont diminué dans l’analyse principale. Elle peut se discuter au cas par cas chez l’enfant à faible réserve, mais elle ne remplace ni une préoxygénation soignée, ni la présence de l’opérateur le plus expérimenté disponible. Le signal favorable de l’analyse per-protocole justifie de travailler la mise en œuvre effective avant d’en attendre un bénéfice.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Arrêt cardiaque, urgences & pré-hospitalier

0 sorties
2026
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Sodium Bicarbonate for In-Hospital Cardiac Arrest: A Randomized Clinical Trial

JAMA · 25 août 2026 · Essai randomisé en double aveugle, 779 adultes analysés, 21 hôpitaux danois

Chez des adultes en arrêt cardiaque survenu à l’hôpital et ayant déjà reçu au moins une dose d’adrénaline, l’administration de bicarbonate de sodium n’a pas augmenté la proportion de patients reprenant durablement une activité circulatoire spontanée : 39 % sous bicarbonate contre 37 % sous placebo. Les critères de survie à 30 jours, avec ou sans bon devenir neurologique, sont numériquement plus élevés sous bicarbonate mais leurs intervalles de confiance restent compatibles avec l’absence d’effet. Alcalose et hypernatrémie après l’arrêt cardiaque étaient plus fréquentes sous bicarbonate. Ces résultats ne soutiennent pas l’administration systématique de bicarbonate au cours d’un arrêt cardiaque intra-hospitalier.

Reprise durable d’une activité circulatoire spontanée : 39 % sous bicarbonate contre 37 % sous placebo (RR 1,05 ; IC95 % 0,88–1,24 ; p = 0,62)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en arrêt cardiaque à l’hôpital, l’administration de bicarbonate de sodium pendant la réanimation augmente-t-elle la proportion de patients qui reprennent une activité circulatoire spontanée ?

Méthode

Essai randomisé en groupes parallèles, en double aveugle, contre placebo, conduit dans 21 hôpitaux danois. Étaient inclus des adultes en arrêt cardiaque survenu à l’hôpital ayant reçu au moins une dose d’adrénaline ; ils recevaient par voie intraveineuse du bicarbonate de sodium (jusqu’à 100 mmol) ou un placebo. Inclusions du 6 février 2023 au 11 février 2026, dernier suivi à 90 jours le 4 mai 2026. Critère de jugement principal : reprise durable d’une activité circulatoire spontanée. Critères secondaires principaux : survie à 30 jours, et survie à 30 jours avec bon devenir neurologique, défini par un score de 0 à 3 sur l’échelle de Rankin modifiée (cotée de 0 à 6, les scores élevés marquant un handicap plus important).

Résultats clés

  • 2 913 patients ont été examinés, 913 randomisés et 779 analysés pour le critère principal : 372 sous bicarbonate et 407 sous placebo. Âge médian 73 ans (intervalle interquartile 64–79) ; 502 hommes (64 %).
  • Critère principal : reprise durable d’une activité circulatoire spontanée chez 146 patients (39 %) sous bicarbonate et 150 (37 %) sous placebo (RR 1,05 ; IC95 % 0,88–1,24 ; p = 0,62).
  • Survie à 30 jours : 45 patients (12 %) sous bicarbonate contre 37 (9,1 %) sous placebo (RR 1,25 ; IC95 % 0,84–1,88).
  • Survie à 30 jours avec bon devenir neurologique : 30 patients (8,1 %) contre 22 (5,4 %) (RR 1,39 ; IC95 % 0,82–2,34).
  • Tolérance : alcalose et hypernatrémie après l’arrêt cardiaque étaient plus fréquentes dans le groupe bicarbonate.

Limites

  • L’écart entre les 913 patients randomisés et les 779 retenus pour l’analyse principale n’est pas expliqué dans le résumé : il faut se reporter à l’article pour en juger.
  • Le critère principal est la reprise d’activité circulatoire, critère intermédiaire. Les critères de survie sont secondaires et leurs intervalles de confiance, larges, ne permettent d’exclure ni un bénéfice ni un effet défavorable.
  • L’essai porte sur l’administration au cours d’un arrêt cardiaque intra-hospitalier après au moins une dose d’adrénaline : il ne renseigne pas sur l’arrêt cardiaque extra-hospitalier, ni sur les situations où le bicarbonate est donné pour une indication métabolique ou toxicologique précise.
  • Les inclusions proviennent d’un seul pays, avec une organisation des équipes d’urgence intra-hospitalière qui lui est propre.
En pratique : il n’y a pas d’argument pour ajouter du bicarbonate de sodium à la réanimation d’un arrêt cardiaque intra-hospitalier, même chez des patients ayant déjà reçu de l’adrénaline : la reprise d’activité circulatoire n’est pas améliorée et les troubles métaboliques induits, alcalose et hypernatrémie, sont bien réels. Le temps et la voie veineuse consacrés à cette injection sont mieux employés à la qualité des compressions, à la défibrillation et à la recherche d’une cause réversible. Les indications spécifiques du bicarbonate, en dehors de l’administration systématique pendant la réanimation, ne sont pas traitées par cet essai.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · REBOARREST

Prehospital resuscitative endovascular balloon occlusion of the aorta in non-traumatic out-of-hospital cardiac arrest (REBOARREST): an international, multicentre, open label, pragmatic, randomised, controlled trial

Crit Care · 5 mai 2026 · Essai pragmatique multicentrique, 179 patients

Occlure l’aorte thoracique par un ballon endovasculaire pendant la réanimation pourrait élever la pression en amont du ballon et améliorer ainsi la perfusion coronaire. Cet essai a comparé, chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier non traumatique, la réanimation spécialisée seule à la même réanimation complétée par cette occlusion aortique. La reprise d’activité circulatoire soutenue a été obtenue chez 28 % des patients du groupe occlusion et 26 % du groupe témoin, sans différence significative ; la technique s’est en revanche montrée réalisable en préhospitalier.

Reprise d’activité circulatoire soutenue : 28 % avec occlusion aortique en complément contre 26 % sous réanimation spécialisée seule (différence de risque ajustée 1,8 % ; IC95 % −11 à 15 ; p = 0,78)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier d’origine non traumatique, l’occlusion endovasculaire de l’aorte par ballon (REBOA), ajoutée à la réanimation spécialisée, augmente-t-elle le taux de reprise d’activité circulatoire soutenue ?

Méthode

Essai pragmatique, randomisé, en ouvert, en groupes parallèles, conduit dans 12 structures préhospitalières de trois pays européens. Les adultes de 18 à 80 ans en arrêt cardiaque extrahospitalier non traumatique étaient tirés au sort 1:1 entre réanimation spécialisée seule et réanimation spécialisée complétée par une occlusion aortique par ballon. L’admissibilité était appréciée par le médecin présent sur les lieux et l’attribution se faisait par enveloppes scellées ; le statisticien était en insu du groupe. Le critère de jugement principal était la reprise d’activité circulatoire soutenue, définie comme durant au moins 20 minutes, analysée en intention de traiter. Inclusions de juin 2021 à juin 2025.

Résultats clés

  • 200 patients tirés au sort, 21 retirés faute de consentement : 179 analysés, 88 dans le groupe occlusion aortique et 91 dans le groupe témoin. Âge médian 68 ans (intervalle interquartile 58–74), 76 % d’hommes.
  • Critère principal : reprise d’activité circulatoire soutenue chez 25 des 88 patients (28 %) du groupe occlusion et 24 des 91 patients (26 %) du groupe témoin ; différence de risque ajustée 1,8 % (IC95 % −11 à 15), p = 0,78.
  • Faisabilité : la pose a pu être réalisée par une équipe de deux personnes avec un temps de procédure court. Des événements indésirables ont été enregistrés chez 19 patients.
  • Le délai médian entre l’arrêt et la randomisation était déjà de 33 minutes (intervalle interquartile 23–39) dans le groupe occlusion et de 29 minutes (23–38) dans le groupe témoin.

Limites

  • Effectif modeste : avec 179 patients analysés, l’intervalle de confiance de la différence de risque va de −11 à 15 points, et un effet cliniquement utile n’est pas exclu.
  • Le retrait de 21 patients après randomisation, faute de consentement, fragilise l’analyse en intention de traiter.
  • Le critère principal est intermédiaire : la reprise d’activité circulatoire ne préjuge pas de la survie ni du pronostic neurologique, qui ne sont pas les critères retenus ici.
  • Randomisation tardive, une demi-heure environ après l’arrêt, à un moment où les chances de récupération sont déjà faibles ; l’essai ne dit rien d’une pose plus précoce.
En pratique : l’occlusion aortique par ballon en préhospitalier est réalisable par une équipe médicalisée entraînée, mais elle n’améliore pas la reprise d’activité circulatoire quand elle est ajoutée tardivement à une réanimation spécialisée conduite dans les règles. Rien ne justifie aujourd’hui de l’intégrer à la prise en charge courante de l’arrêt cardiaque non traumatique. La question d’une pose beaucoup plus précoce, ou chez des sous-groupes ciblés, reste ouverte.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · IVIO

Effect of vascular access strategy on long-term outcomes in patients with out-of-hospital cardiac arrest: a randomised clinical trial

Resuscitation · 10 avril 2026 · Suivi prévu à 6 mois et 1 an, 1 479 patients

L’essai IVIO avait comparé, chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier non traumatique, un premier abord vasculaire intraosseux à un premier abord intraveineux. Ce suivi prévu à l’avance rapporte le devenir à 6 mois et 1 an des 1 479 patients inclus. À un an, 11 % des patients du groupe intraosseux et 9 % de ceux du groupe intraveineux étaient vivants, sans différence significative, et la survie avec bon pronostic neurologique suivait le même profil.

Survie à 1 an : 11 % après abord intraosseux d’emblée contre 9 % après abord intraveineux (risque relatif 1,24 ; IC95 % 0,91–1,67)
Article original ↗

Question clinique

Le choix d’un premier abord vasculaire intraosseux plutôt qu’intraveineux pendant la réanimation d’un arrêt cardiaque extrahospitalier modifie-t-il le devenir des patients au-delà de la phase hospitalière, à 6 mois et à 1 an ?

Méthode

Suivi à long terme, prévu au protocole, de l’essai randomisé multicentrique IVIO. Les adultes en arrêt cardiaque extrahospitalier non traumatique chez qui un abord vasculaire était indiqué avaient été tirés au sort entre un premier abord intraosseux et un premier abord intraveineux, la méthode attribuée pouvant être tentée deux fois. Les critères prévus à 6 mois et 1 an étaient la survie, la survie avec bon pronostic neurologique (score de Rankin modifié de 0 à 3) et la qualité de vie liée à la santé mesurée par le questionnaire EQ-5D-5L (mobilité, autonomie de la personne, activités courantes, douleur ou gêne, anxiété ou dépression). L’analyse a porté sur les 1 479 patients de l’analyse principale, dont 3 perdus de vue pour la survie à 1 an.

Résultats clés

  • Survie à 1 an : 82 patients (11 %) dans le groupe intraosseux et 68 patients (9 %) dans le groupe intraveineux ; risque relatif 1,24 (IC95 % 0,91–1,67).
  • Survie avec bon pronostic neurologique à 1 an : 76 patients (10 %) et 61 patients (8 %) respectivement ; risque relatif 1,28 (IC95 % 0,93–1,77).
  • Qualité de vie des survivants : score numérique moyen de l’EQ-5D-5L de 83 dans le groupe intraosseux et de 76 dans le groupe intraveineux (différence moyenne 7 ; IC95 % 1–13).

Limites

  • Les intervalles de confiance des risques relatifs comprennent 1 : ces données ne montrent pas de différence, mais ne permettent pas d’exclure un écart modéré dans un sens ou dans l’autre.
  • La qualité de vie n’a été mesurée que chez les survivants, en petit nombre, ce qui expose à un biais de sélection ; cette différence de score reste à confirmer et son ampleur clinique est incertaine.
  • Le protocole comparait des stratégies de premier abord, non les techniques elles-mêmes : une partie des patients a reçu l’autre voie après échec, ce qui rapproche les deux groupes.
En pratique : à six mois comme à un an, commencer par la voie intraosseuse ou par la voie intraveineuse aboutit au même devenir. Le choix peut donc se faire sur des critères pratiques — rapidité d’obtention, expérience de l’équipe, accès veineux visible —, ces données ne faisant apparaître aucun écart de devenir neurologique à distance. La différence observée sur la qualité de vie des survivants est trop fragile pour orienter à elle seule la stratégie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
▲ À connaître Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Ethics in Resuscitation

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Ce chapitre des recommandations européennes 2025 traite des questions éthiques soulevées par la réanimation : anticipation du projet de soins, place des témoins et des premiers intervenants, présence des proches pendant la réanimation, décision d’arrêter la réanimation, et enjeux éthiques liés à l’organisation des systèmes de soins, à la formation, à la recherche — dont le recours à l’intelligence artificielle — et aux contextes disposant de peu de ressources. L’objectif affiché est que les décisions de réanimation s’accordent avec les valeurs et les préférences du patient, dans une approche centrée sur lui. Les arrêts cardiaques survenus à l’hôpital, hors de l’hôpital et chez l’enfant sont pris en compte tout au long du texte.

Article original ↗

Question clinique

Sur quels principes fonder les décisions d’entreprendre, de poursuivre ou d’arrêter une réanimation, et quelle place donner aux proches et aux témoins ?

Méthode

Chapitre des recommandations européennes 2025 consacré à l’éthique de la réanimation. Les recommandations sont éclairées par le consensus scientifique international de l’ILCOR (Consensus on Science and Treatment Recommendations), par des revues ciblées menées par le groupe de rédaction « éthique » de l’ERC et par le consensus d’experts établi au sein de ce groupe.

Résultats clés

  • Thèmes cliniques traités : anticipation du projet de soins, implication des témoins et des premiers intervenants, présence des proches pendant la réanimation, et décision d’arrêter la réanimation.
  • Thèmes non cliniques traités : enjeux éthiques propres à l’organisation des systèmes de soins, à la formation, à la recherche, et aux contextes disposant de peu de ressources.
  • Le texte discute l’équilibre entre bénéficence et respect de l’autonomie, l’association des différentes parties prenantes, la transparence et l’usage de l’intelligence artificielle dans la recherche sur la réanimation, ainsi que les multiples aspects de l’enseignement de l’éthique en réanimation.
  • Les situations extra-hospitalière, intra-hospitalière et pédiatrique sont envisagées dans chacune des sections.

Limites

  • Les recommandations sont décrites comme éclairées par les données disponibles, mais une part repose sur un consensus d’experts, par nature discutable.
  • Les décisions de fin de vie et l’anticipation du projet de soins dépendent du cadre légal, qui varie d’un pays à l’autre et n’est pas tranché par un texte européen.
  • Le résumé du chapitre énonce les thèmes sans en détailler les recommandations : le texte complet reste à lire.
En pratique : ce chapitre est utile pour construire ou revoir les procédures de service sur l’anticipation du projet de soins, l’accueil des proches pendant la réanimation et les critères d’arrêt de la réanimation, trois points souvent peu formalisés dans les services. Il rappelle que ces décisions se préparent avant l’urgence plutôt que pendant. Son application suppose de le confronter au cadre légal en vigueur là où l’on exerce.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Special Circumstances in Resuscitation

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Ce chapitre des recommandations européennes 2025 décrit les adaptations à apporter à la réanimation de base et à la réanimation spécialisée de l’adulte lorsque l’arrêt cardiaque survient dans une circonstance particulière, que ce soit par sa cause, par le terrain du patient ou par le lieu de survenue. Il vaut pour l’arrêt cardiaque survenu à l’hôpital comme en dehors, et couvre la prévention autant que le traitement. Il s’adresse aux professionnels de santé comme au grand public ; les circonstances particulières chez l’enfant sont traitées dans le chapitre pédiatrique.

Article original ↗

Question clinique

Quelles modifications apporter à la réanimation habituelle de l’adulte lorsque l’arrêt cardiaque relève d’une cause, d’un terrain ou d’un lieu particuliers ?

Méthode

Chapitre des recommandations européennes 2025 consacré aux circonstances particulières. Il repose sur le consensus scientifique international de l’ILCOR 2025 (Consensus on Science with Treatment Recommendations), sur des revues menées par le groupe d’experts rédacteurs et sur la littérature évaluée par les pairs jugée pertinente.

Résultats clés

  • Le chapitre indique les adaptations de la réanimation de base et de la réanimation spécialisée chez l’adulte, pour la prévention comme pour le traitement de l’arrêt cardiaque.
  • Il est organisé autour des causes particulières d’arrêt, des populations de patients particulières et des lieux de survenue particuliers.
  • Il couvre l’arrêt cardiaque intra-hospitalier et extra-hospitalier, et s’adresse aussi bien aux professionnels de santé qu’aux personnes non soignantes.
  • Les circonstances particulières chez l’enfant ne sont pas traitées ici mais dans le chapitre de réanimation pédiatrique des mêmes recommandations.

Limites

  • Le résumé du chapitre ne détaille ni les situations abordées une à une, ni le niveau de preuve de chaque recommandation : le texte complet est indispensable.
  • Ces situations sont par nature rares : une part des recommandations repose sur des données limitées et sur l’avis du groupe de rédaction.
  • Certaines adaptations supposent des moyens ou un environnement qui ne sont pas disponibles partout.
En pratique : c’est le chapitre à avoir sous la main pour les arrêts cardiaques qui sortent de l’algorithme habituel, qu’ils tiennent à la cause, au terrain ou au lieu de survenue. Il complète les chapitres de réanimation de base et spécialisée sans les remplacer : le socle reste le même, seules les adaptations changent. Pour l’enfant, se reporter au chapitre pédiatrique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Paediatric Life Support

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Ce chapitre des recommandations européennes 2025 couvre la réanimation du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent, de la naissance à 18 ans, à l’exception de la réanimation du nouveau-né en salle de naissance. Il va de la prévention de l’arrêt cardiaque à la réanimation de base puis spécialisée, aux circonstances particulières, aux soins après réanimation, à l’évaluation du pronostic et au suivi après la sortie d’hospitalisation. Les recommandations s’adressent aux soignants qui prennent en charge des enfants comme au grand public, et intègrent des considérations de mise en œuvre et d’organisation des systèmes de soins.

Article original ↗

Question clinique

Comment prévenir et prendre en charge l’arrêt cardiaque du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent, et comment organiser la suite du parcours après la réanimation ?

Méthode

Chapitre pédiatrique des recommandations européennes 2025, fondé sur le consensus scientifique international de l’ILCOR (Consensus on Science with Treatment Recommendations) et, pour les sujets non couverts par l’ILCOR, sur des revues rapides menées par le groupe de rédaction pédiatrique de l’ERC. Des représentants de différents milieux de soins ont participé à l’élaboration, ainsi que des conseillers représentant les familles d’enfants survivants et non survivants d’un arrêt cardiaque.

Résultats clés

  • Champ couvert : prévention de l’arrêt cardiaque, réanimation de base, réanimation spécialisée, circonstances particulières, soins après réanimation, évaluation du pronostic et prise en charge après la sortie d’hospitalisation.
  • Population concernée : nourrissons, enfants et adolescents de la naissance à 18 ans. La réanimation du nouveau-né à la naissance fait l’objet d’un chapitre distinct.
  • Les recommandations sont formulées à la fois pour les professionnels de santé et pour le grand public, et comportent un volet consacré à leur mise en œuvre et aux facteurs organisationnels.

Limites

  • Le résumé du chapitre annonce les thèmes sans détailler les recommandations ni leur niveau de preuve : le texte complet reste nécessaire.
  • Les sujets non traités par l’ILCOR reposent sur des revues rapides, méthode plus exposée à l’incertitude qu’une revue systématique complète.
  • L’arrêt cardiaque de l’enfant reste rare : une part des recommandations s’appuie sur des données extrapolées ou sur l’avis des experts.
En pratique : c’est la référence à reprendre pour les protocoles pédiatriques d’urgence vitale, au bloc comme en réanimation, et pour les séances de simulation. L’étendue du champ, qui va de la reconnaissance de l’enfant qui se dégrade jusqu’au suivi après la sortie, rappelle que la prévention de l’arrêt et le suivi après la sortie font partie intégrante de la prise en charge. La réanimation du nouveau-né en salle de naissance suit un autre chapitre.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Adult Advanced Life Support

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Ce chapitre des recommandations européennes 2025 traite de la réanimation spécialisée de l’adulte, que l’arrêt cardiaque survienne à l’hôpital ou en dehors. Il reprend le consensus scientifique de l’ILCOR et, sur les sujets que l’ILCOR n’a pas traités, les recommandations propres du groupe de rédaction ainsi que les données sur lesquelles elles s’appuient. L’accent est mis sur la précocité et l’efficacité des gestes de réanimation spécialisée, présentées comme la voie d’amélioration de la survie après un arrêt cardiaque de l’adulte.

Article original ↗

Question clinique

Comment conduire la réanimation spécialisée d’un adulte en arrêt cardiaque, à l’hôpital comme en pré-hospitalier, selon l’état des données en 2025 ?

Méthode

Chapitre des recommandations européennes 2025 consacré à la réanimation spécialisée de l’adulte. Il s’appuie sur le consensus scientifique international de l’ILCOR (Consensus on Cardiopulmonary Resuscitation Science with Treatment Recommendations), dont les données sous-jacentes sont reprises dans le texte. Lorsque l’ILCOR n’a pas traité un sujet, le groupe de rédaction de l’ERC formule sa propre recommandation et expose les données qui l’étayent.

Résultats clés

  • Le chapitre couvre la réanimation spécialisée de l’adulte pour les arrêts cardiaques survenant à l’hôpital et hors de l’hôpital.
  • L’édition 2025 met l’accent sur la précocité et l’efficacité des gestes de réanimation spécialisée comme moyen d’améliorer la survie de l’adulte en arrêt cardiaque.
  • Le détail des recommandations et leur gradation ne figurent pas dans le résumé publié : ils sont à chercher dans le texte complet du chapitre.

Limites

  • Le résumé du chapitre ne donne ni le détail des recommandations ni leur niveau de preuve : seule la lecture du texte complet permet de repérer ce qui change par rapport à l’édition précédente.
  • Sur les sujets non couverts par l’ILCOR, les recommandations reposent sur la revue et l’avis du groupe de rédaction, avec le degré d’incertitude que cela suppose.
  • Un texte de recommandations ne remplace pas l’adaptation aux moyens et à l’organisation de chaque structure.
En pratique : c’est la référence à utiliser pour remettre à jour l’algorithme de réanimation spécialisée adulte affiché en réanimation, au bloc et dans les chariots d’urgence, ainsi que les séances de simulation. Le message général tient en la précocité et la qualité d’exécution des gestes spécialisés. La lecture du chapitre complet est indispensable avant de modifier une procédure de service : le résumé publié n’indique ni le détail des recommandations, ni ce qui a changé depuis l’édition 2021.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Executive Summary

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Le Conseil européen de réanimation (ERC) publie l’édition 2025 de ses recommandations, construites sur les revues systématiques, les revues de portée et les mises à jour des données produites par l’ILCOR, dont le degré de certitude des preuves a servi de base à chaque recommandation. Lorsque les données manquaient, les groupes de rédaction ont formulé des avis de bonne pratique ; en l’absence de revue ILCOR, ils ont conduit leur propre revue. Ce résumé exécutif parcourt l’ensemble des chapitres, de l’épidémiologie de l’arrêt cardiaque aux premiers secours, en passant par la réanimation de base et spécialisée de l’adulte, les circonstances particulières, les soins après réanimation, le nouveau-né et l’enfant, l’éthique et la formation.

Article original ↗

Question clinique

Sur quel cadre de référence appuyer la prise en charge de l’arrêt cardiaque en Europe, de l’alerte des secours jusqu’aux soins prolongés après réanimation ?

Méthode

Recommandations de société savante. Elles reposent sur le consensus scientifique international de l’ILCOR (Consensus on Science with Treatment Recommendations), lui-même issu de revues systématiques, de revues de portée et de mises à jour des données. Le degré de certitude des preuves attribué par l’ILCOR a servi à formuler les recommandations de l’ERC. En l’absence de données sur un sujet, l’ERC a émis des avis de bonne pratique ; en l’absence de revue ILCOR, les groupes de rédaction ont réalisé leurs propres revues.

Résultats clés

  • Les chapitres couvrent l’épidémiologie de l’arrêt cardiaque, le rôle des systèmes de soins dans la survie, la réanimation de base et la réanimation spécialisée de l’adulte, les circonstances particulières et les soins après réanimation.
  • Ils couvrent aussi la réanimation du nouveau-né et l’accompagnement de la transition à la naissance, la réanimation de base et spécialisée de l’enfant, l’éthique, la formation à la réanimation et les premiers secours.
  • Le texte s’applique à l’arrêt cardiaque survenu hors de l’hôpital comme à celui survenu à l’hôpital.
  • Ces recommandations se présentent comme un cadre : leur mise en œuvre relève de l’échelon local, en tenant compte de la législation et de la réglementation sanitaire applicables.

Limites

  • Il s’agit d’un résumé exécutif : chaque chapitre détaillé reste la référence à consulter avant de modifier une procédure.
  • Une partie des énoncés sont des avis de bonne pratique émis faute de données, et non des recommandations fondées sur des essais.
  • Le cadre est européen : sa transposition dépend de l’organisation des secours, des ressources et des règles propres à chaque système de santé.
En pratique : c’est le texte de référence à partir duquel se réécrivent les procédures de réanimation, les algorithmes affichés dans les services et les programmes de formation. Le résumé exécutif permet de repérer les chapitres concernés par une pratique donnée, mais la mise à jour d’un protocole suppose de revenir au chapitre détaillé correspondant. L’adaptation locale, expressément prévue, reste indispensable.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations ERC

European Resuscitation Council Guidelines 2025 Adult Basic Life Support

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC 2025

Ce chapitre des recommandations européennes 2025 traite de la réanimation de base chez l’adulte, à partir des consensus scientifiques publiés par l’ILCOR depuis 2021. Il couvre la reconnaissance de l’arrêt cardiaque, l’alerte des secours, les compressions thoraciques, les insufflations, l’utilisation d’un défibrillateur automatisé externe et la sécurité du sauveteur. Nouveauté de présentation : la qualité de la réanimation cardio-pulmonaire et le recours aux technologies ne font plus l’objet de sections séparées mais sont intégrés à chaque thème. La réanimation de l’enfant, du nourrisson et du nouveau-né relève d’autres chapitres.

Article original ↗

Question clinique

Quels gestes de réanimation de base recommander à un témoin ou à un soignant devant un adulte en arrêt cardiaque, avant l’arrivée d’une équipe spécialisée ?

Méthode

Chapitre des recommandations européennes 2025 consacré à la réanimation de base de l’adulte, élaboré à partir des consensus scientifiques internationaux de l’ILCOR (Consensus on Cardiopulmonary Resuscitation Science with Treatment Recommendations) publiés depuis 2021.

Résultats clés

  • Thèmes traités : reconnaissance de l’arrêt cardiaque, alerte des services d’urgence, réalisation des compressions thoraciques, réalisation des insufflations, utilisation d’un défibrillateur automatisé externe et mesures de sécurité pour le sauveteur.
  • La qualité de la réanimation cardio-pulmonaire et l’usage des technologies sont désormais traités à l’intérieur de chaque section plutôt que dans un chapitre séparé.
  • L’enfant, le nourrisson et le nouveau-né sont exclus du champ : ils relèvent des chapitres pédiatrique et néonatal des mêmes recommandations.

Limites

  • Le résumé du chapitre énonce les thèmes couverts sans détailler les recommandations ni leur niveau de preuve : le texte complet reste à consulter.
  • L’efficacité de ces gestes dépend largement de facteurs qui débordent le texte : formation de la population, accès aux défibrillateurs, organisation de la régulation des appels.
En pratique : ce chapitre sert surtout à mettre à jour les formations à la réanimation de base et les messages transmis aux témoins, y compris à l’hôpital où les premiers gestes précèdent l’arrivée de l’équipe spécialisée. Le choix d’intégrer la qualité de la réanimation à chaque thème plutôt que d’en faire une section à part invite à traiter cette qualité comme partie intégrante de chaque geste enseigné, et non comme un sujet séparé. Pour l’enfant, se reporter au chapitre pédiatrique.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations ERC-ESICM

European Resuscitation Council and European Society of Intensive Care Medicine Guidelines 2025 Post-Resuscitation Care

Resuscitation · 22 octobre 2025 · Recommandations ERC-ESICM 2025

L’ERC et l’ESICM signent ensemble les recommandations 2025 sur la prise en charge de l’adulte après réanimation d’un arrêt cardiaque, à partir du consensus scientifique international de l’ILCOR. Le texte parcourt l’ensemble du parcours en réanimation : syndrome post-arrêt cardiaque, recherche de la cause, contrôle de l’oxygénation et de la ventilation, reperfusion coronaire, monitorage et gestion hémodynamique, traitement des crises convulsives, contrôle de la température et conduite générale des soins intensifs. Il traite aussi du pronostic neurologique, du devenir à long terme, de la rééducation et du don d’organes. La prise en charge de l’enfant après réanimation relève d’un chapitre distinct.

Article original ↗

Question clinique

Comment conduire, en réanimation, la prise en charge d’un adulte après récupération d’une activité circulatoire spontanée, depuis l’admission jusqu’à l’évaluation du pronostic et au devenir à distance ?

Méthode

Recommandations élaborées conjointement par l’European Resuscitation Council et l’European Society of Intensive Care Medicine, fondées sur le consensus scientifique international de l’ILCOR (Consensus on Cardiopulmonary Resuscitation Science with Treatment Recommendations). Le champ couvert est celui de l’adulte ; la période considérée va de la reprise d’activité circulatoire au suivi après la réanimation.

Résultats clés

  • Sujets traités pour la phase aiguë : syndrome post-arrêt cardiaque, diagnostic de la cause de l’arrêt, contrôle de l’oxygénation et de la ventilation, reperfusion coronaire, monitorage et gestion hémodynamique, contrôle des crises convulsives, contrôle de la température et conduite générale des soins intensifs.
  • Sujets traités pour la suite du parcours : évaluation du pronostic neurologique, devenir à long terme, rééducation et don d’organes.
  • La prise en charge de l’enfant après réanimation n’est pas traitée ici : elle relève du chapitre pédiatrique des recommandations 2025.

Limites

  • Le résumé du chapitre annonce les thèmes couverts sans détailler les recommandations ni leur niveau de preuve : la lecture du texte complet est nécessaire pour identifier ce qui évolue.
  • Plusieurs des domaines abordés, en particulier le contrôle de la température et l’évaluation du pronostic, reposent sur des données discutées : le degré de certitude varie fortement d’une question à l’autre.
  • La mise en œuvre suppose des moyens de monitorage, d’imagerie et d’expertise neurologique inégalement disponibles selon les structures.
En pratique : c’est le texte à reprendre pour actualiser le protocole de réanimation post-arrêt cardiaque, notamment les cibles d’oxygénation et de pression artérielle, la stratégie de contrôle de la température et le calendrier d’évaluation du pronostic neurologique. La co-signature de l’ESICM en fait la référence commune des réanimations européennes pour ces patients. Le chapitre complet doit être consulté avant toute modification de procédure, en particulier sur les questions où les données restent incertaines.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé

Expedited transfer from the scene for refractory out-of-hospital cardiac arrest in Australia: a prospective, multicentre, parallel, open label, randomised clinical trial

Lancet Respir Med · 22 août 2025 · Essai de supériorité multicentrique, 197 patients

Chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier réfractaire, cet essai a comparé un transport immédiat vers un centre de coronarographie, sous compressions mécaniques, à la poursuite plus prolongée de la réanimation spécialisée sur place. La survie avec bon pronostic neurologique à la sortie de l’hôpital a été de 15 % avec la stratégie accélérée et de 16 % avec la stratégie habituelle. L’essai reste de petite taille et pourrait manquer de puissance pour détecter un effet plus faible qu’attendu.

Survie avec bon pronostic neurologique à la sortie : 15 % avec le transport immédiat contre 16 % avec la réanimation prolongée sur place (différence de risque −1,1 % ; IC95 % −12,2 à 10,0)
Article original ↗

Question clinique

Devant un arrêt cardiaque extrahospitalier qui ne reprend pas malgré une réanimation spécialisée bien conduite, faut-il transporter rapidement le patient sous réanimation vers un centre capable de réaliser une coronarographie ou une assistance circulatoire extracorporelle (ECPR), plutôt que poursuivre la réanimation sur les lieux ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique en ouvert, de supériorité, mené par un service d’aide médicale urgente avec 15 hôpitaux receveurs. Étaient inclus les adultes de 18 à 70 ans en arrêt devant témoin d’origine médicale présumée, ayant bénéficié d’une réanimation par le témoin, en rythme choquable ou en activité électrique sans pouls, et sans reprise d’activité circulatoire spontanée après 15 minutes de réanimation spécialisée ou trois cycles de réanimation menée par les secours professionnels. La randomisation 1:1 était faite sur les lieux. Le groupe intervention recevait un ensemble de soins préhospitaliers accéléré puis un transport sous compressions mécaniques vers un centre de cardiologie interventionnelle, pour évaluation immédiate en vue d’une coronarographie, d’une ECPR ou des deux ; le groupe témoin poursuivait plus longtemps la réanimation spécialisée sur place avant d’envisager le transport, avec accès aux mêmes traitements. Critère de jugement principal : survie avec bon pronostic neurologique (Cerebral Performance Category 1 ou 2) à la sortie de l’hôpital. Analyse en intention de traiter sur 197 patients (102 et 95), suivi jusqu’au décès ou 6 mois.

Résultats clés

  • Critère principal : 15 des 102 patients (15 %) du groupe transport immédiat étaient vivants avec un bon pronostic neurologique à la sortie, contre 15 des 95 patients (16 %) du groupe habituel ; différence de risque −1,1 % (IC95 % −12,2 à 10,0), risque relatif ajusté 0,95 (IC95 % 0,50 à 1,8), p = 0,87.
  • Population incluse : âge médian 57,0 ans (étendue 47 à 64), 161 hommes (82 %).
  • Sécurité : 38 patients (19 %) ont présenté un événement indésirable grave, dont 35 encéphalopathies post-anoxiques (92 % des événements), 17 dans le groupe transport immédiat et 18 dans le groupe habituel. Les événements étaient répartis de façon comparable entre les deux groupes, sans événement inattendu.

Limites

  • Effectif limité : l’intervalle de confiance du risque relatif ajusté va de 0,50 à 1,8, si bien qu’un bénéfice modeste comme un effet délétère modéré restent compatibles avec ces données.
  • Absence d’insu, inévitable, pour les équipes préhospitalières comme pour les équipes hospitalières qui recevaient les patients.
  • Population très sélectionnée : arrêt devant témoin, réanimation par le témoin, âge de 18 à 70 ans, rythme initial choquable ou activité électrique sans pouls ; le résultat ne s’étend pas aux autres situations, et il dépend d’une organisation préhospitalière et d’une densité de centres receveurs données.
En pratique : cet essai randomisé ne montre aucun avantage à écourter la réanimation sur place pour transporter un arrêt réfractaire sous compressions mécaniques vers un centre de cardiologie interventionnelle. Il ne remet pas en cause l’intérêt propre de la coronarographie ou de l’ECPR, qu’il ne mesure pas séparément, mais il retire l’argument d’un gain automatique lié au transport précoce. La décision de transporter sous réanimation reste donc à prendre au cas par cas, selon le délai écoulé, le rythme initial et la filière disponible.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Suivi à long terme · TTH48

Long-term functional outcome and quality of life 5-8 years after out of hospital cardiac arrest

Resuscitation · 9 juin 2025 · Sous-étude de suivi, 279 patients

Cette sous-étude a recontacté, 5 à 8 ans après leur arrêt cardiaque extrahospitalier, les survivants de l’essai multicentrique TTH48 consacré au contrôle ciblé de la température, ainsi que leurs proches. La quasi-totalité des survivants interrogés gardait un bon pronostic neurologique et une qualité de vie comparable à celle de la population générale. Les plaintes durables restaient toutefois fréquentes : fatigue chez près d’un survivant sur deux, troubles du sommeil chez un quart, et déclin cognitif signalé par plus d’un proche sur deux.

Survivants revus 5 à 8 ans après l’arrêt : 97,8 % avec un bon pronostic neurologique (CPC 1 ou 2), mais 45,5 % rapportent une fatigue et 24,5 % des troubles du sommeil ; un déclin cognitif est signalé par 52,3 % des proches
Article original ↗

Question clinique

Que deviennent, plusieurs années après leur arrêt cardiaque extrahospitalier, les patients qui ont survécu ? Quelles plaintes persistent, quelle est leur qualité de vie, et quels facteurs sont associés à un devenir moins favorable ?

Méthode

Sous-étude de suivi à long terme de l’essai randomisé multicentrique TTH48, consacré au contrôle ciblé de la température après arrêt cardiaque extrahospitalier. Les survivants des centres participants ont été recontactés 5 à 8 ans après l’arrêt. La survie a été relevée dans les registres médicaux ; des entretiens téléphoniques ont recueilli le devenir fonctionnel et la qualité de vie, complétés par des questionnaires explorant chez les patients et chez leurs proches l’anxiété, la dépression, l’état de stress post-traumatique, le sommeil, la fatigue, le déclin cognitif et la participation à la vie quotidienne. 279 patients ont été inclus dans les centres participants.

Résultats clés

  • Survie : 161 des 279 patients (58 %) étaient encore en vie au moment du suivi.
  • Parmi les survivants ayant participé, 97,8 % avaient un bon pronostic fonctionnel (CPC 1 ou 2) et une qualité de vie comparable à celle de la population générale.
  • Plaintes des survivants : fatigue 45,5 %, troubles du sommeil 24,5 %, anxiété 5,5 %, état de stress post-traumatique 4,5 %, dépression 2,7 % ; 40,7 % travaillaient à temps plein ou partiel.
  • Chez les proches : anxiété 7,0 %, état de stress post-traumatique 3,5 %, dépression 1,2 %, et 52,3 % estimaient que le patient avait subi un déclin cognitif depuis l’arrêt.
  • Un délai plus long avant la reprise d’activité circulatoire spontanée et un âge plus élevé étaient associés à un devenir moins favorable, principalement par surmortalité ; le sexe féminin était associé à des plaintes plus marquées. Le bras de traitement de l’essai d’origine n’était pas associé au devenir à distance.

Limites

  • Étude descriptive, en dehors de la randomisation d’origine : les facteurs identifiés sont des associations, non des causes.
  • Seuls les survivants joignables et acceptant l’entretien ont été analysés, ce qui surestime probablement le bon devenir des personnes les plus atteintes.
  • La plupart des résultats reposent sur des questionnaires déclaratifs, pour le patient comme pour le proche, sans évaluation neuropsychologique formelle du déclin cognitif.
  • Population issue d’un essai, donc sélectionnée, et de taille limitée : les mesures d’association ne sont pas chiffrées ici.
En pratique : à distance d’un arrêt cardiaque récupéré, la plupart des survivants mènent une vie de qualité comparable à celle de la population générale, ce qui conforte l’engagement thérapeutique initial. Il reste que la fatigue, les troubles du sommeil et les difficultés cognitives perçues par l’entourage sont fréquents et échappent aux échelles fonctionnelles usuelles : les rechercher explicitement lors du suivi, et informer les proches, a plus d’intérêt qu’un simple score CPC. Le vécu des proches mérite d’être pris en compte à part entière.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Oxygen and carbon dioxide targets after cardiac arrest: an updated systematic review

Resuscitation · 23 avril 2025 · Revue systématique de 12 essais randomisés

Cette revue systématique actualisée rassemble les essais randomisés qui ont comparé des cibles précises d’oxygène ou de gaz carbonique chez l’adulte après reprise d’activité circulatoire soutenue. Qu’elles soient appliquées en préhospitalier ou en réanimation, les cibles d’oxygène restrictives n’améliorent ni la survie ni le pronostic fonctionnel par rapport aux cibles conventionnelles. Il en va de même pour une hypercapnie modérée comparée à la normocapnie, avec un niveau de preuve jugé faible à modéré.

Aucune différence de survie ni de pronostic fonctionnel entre cibles d’oxygène restrictives et conventionnelles, ni entre hypercapnie modérée et normocapnie (12 essais randomisés, niveau de preuve faible à modéré)
Article original ↗

Question clinique

Après un arrêt cardiaque suivi d’une reprise d’activité circulatoire soutenue, faut-il viser une oxygénation plus basse que d’habitude, et une hypercapnie modérée plutôt qu’une normocapnie ?

Méthode

Revue systématique actualisée avec méta-analyses. Recherche dans MEDLINE, Embase et une base de synthèses fondées sur les preuves, d’août 2019 à mars 2025 des essais randomisés comparant des cibles définies d’oxygène ou de gaz carbonique après arrêt cardiaque. Deux investigateurs ont sélectionné les essais, extrait les données et évalué le risque de biais de façon indépendante. Les résultats ont été regroupés en modèles à effets aléatoires et le niveau de preuve apprécié selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • 15 publications issues de 12 essais randomisés, tous chez l’adulte et portant principalement sur des arrêts cardiaques extrahospitaliers : 5 essais sur les cibles d’oxygène en préhospitalier, 6 sur les cibles d’oxygène en réanimation, 3 sur les cibles de gaz carbonique en réanimation.
  • Cibles d’oxygène : aucune différence de survie ni de pronostic fonctionnel favorable entre cibles restrictives et cibles conventionnelles, que ce soit en préhospitalier ou en réanimation.
  • Cibles de gaz carbonique : aucune différence de devenir entre hypercapnie modérée et normocapnie.
  • Le risque de biais a été jugé modéré pour la plupart des critères et le niveau de preuve global faible à modéré.

Limites

  • Les seuils retenus comme restrictifs ou conventionnels diffèrent d’un essai à l’autre, ce qui limite la portée du regroupement.
  • Un niveau de preuve faible à modéré et un risque de biais modéré : l’absence de différence observée ne démontre pas l’équivalence des stratégies, et des écarts modestes restent possibles.
  • Seulement trois essais consacrés au gaz carbonique, tous en réanimation : la question de la capnie reste moins solidement documentée que celle de l’oxygène.
  • Les données concernent l’adulte et surtout l’arrêt extrahospitalier ; elles ne se transposent pas telles quelles à l’arrêt intrahospitalier ni à l’enfant.
En pratique : après un arrêt cardiaque récupéré, rien ne justifie de rechercher une cible d’oxygène plus basse que d’usage ni de laisser délibérément monter la capnie : ces stratégies n’améliorent ni la survie ni le devenir fonctionnel. Les cibles conventionnelles d’oxygénation et de normocapnie restent l’option de référence, et l’effort de réglage du respirateur est mieux investi ailleurs. Le niveau de preuve reste toutefois faible à modéré : ces données écartent un bénéfice net, elles ne démontrent pas que les stratégies se valent exactement.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Intraosseous versus intravenous vascular access in out-of-hospital cardiac arrest: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials

Crit Care · 19 mars 2025 · Méta-analyse de 4 essais randomisés, 9 475 patients

Cette revue systématique rassemble les quatre essais randomisés qui ont comparé, chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier, un premier abord vasculaire intraosseux à un premier abord intraveineux. L’abord intraosseux réussit bien plus souvent du premier coup et s’obtient un peu plus vite, mais la survie et le pronostic neurologique ne diffèrent pas entre les deux stratégies. La reprise d’activité circulatoire soutenue était numériquement plus basse avec l’abord intraosseux, sans que la différence atteigne le seuil de signification.

Survie : 6,6 % avec l’abord intraosseux contre 6,9 % avec l’abord intraveineux (OR 0,99 ; IC95 % 0,84–1,18) · réussite au premier essai : 92,3 % contre 62,3 %
Article original ↗

Question clinique

Pendant la réanimation d’un arrêt cardiaque extrahospitalier, la voie intraosseuse et la voie intraveineuse périphérique donnent-elles les mêmes résultats, tant pour l’obtention de l’abord que pour le devenir du patient ?

Méthode

Revue systématique avec méta-analyse des essais randomisés comparant, chez l’adulte en arrêt cardiaque extrahospitalier, un premier abord intraosseux à un premier abord intraveineux. Quatre essais totalisant 9 475 patients ont été retenus. Le critère de jugement principal était la survie, à 30 jours ou jusqu’à la sortie selon les essais ; les critères secondaires comprenaient la reprise d’activité circulatoire soutenue, le pronostic neurologique favorable, la réussite de l’abord au premier essai et le délai entre l’arrivée de l’équipe et l’obtention de l’abord. Les résultats ont été regroupés sous forme d’odds ratios (OR) et de différences de moyennes.

Résultats clés

  • Survie : 6,6 % avec l’abord intraosseux contre 6,9 % avec l’abord intraveineux (OR 0,99 ; IC95 % 0,84–1,18).
  • Pronostic neurologique favorable : 4,7 % contre 4,6 % (OR 1,07 ; IC95 % 0,88–1,30).
  • Reprise d’activité circulatoire soutenue : 24,6 % contre 27,0 % (OR 0,92 ; IC95 % 0,80–1,06), écart non significatif.
  • Obtention de l’abord : réussite au premier essai 92,3 % contre 62,3 % (OR 6,18 ; IC95 % 3,50–10,91), et délai raccourci d’environ 15 secondes en faveur de l’intraosseux (différence de moyennes −0,25 minute ; IC95 % −0,48 à −0,01).

Limites

  • Quatre essais seulement, dont le critère de survie recouvre des définitions un peu différentes (30 jours ou sortie de l’hôpital).
  • La reprise d’activité circulatoire soutenue reste numériquement plus basse avec l’abord intraosseux et l’intervalle de confiance monte jusqu’à 1,06 : un léger désavantage ne peut être formellement écarté.
  • Les essais comparaient des stratégies de premier abord et non les techniques prises isolément : une partie des patients recevait secondairement l’autre voie, ce qui rapproche les groupes.
  • Le gain de temps, environ un quart de minute, est modeste au regard de la variabilité des situations préhospitalières.
En pratique : l’abord intraosseux s’obtient plus souvent du premier coup et un peu plus vite, ce qui en fait une option légitime d’emblée quand les veines sont difficiles ou l’accès au patient limité. Ce gain technique ne se traduit toutefois par aucun bénéfice de survie ni de pronostic neurologique, et il n’y a pas lieu d’abandonner la voie veineuse périphérique lorsqu’elle est rapidement accessible. Le choix relève donc des conditions de terrain et de l’expérience de l’équipe.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Recommandations NAEMSP, ACS-COT et ACEP

Prehospital Management of Adults With Traumatic Out-of-Hospital Circulatory Arrest-A Joint Position Statement

Ann Emerg Med · 1er mars 2025 · Prise de position commune, actualisation du texte de 2013

Trois sociétés savantes nord-américaines de médecine préhospitalière, de médecine d’urgence et de chirurgie du traumatisé actualisent leur prise de position commune de 2013 sur l’arrêt circulatoire d’origine traumatique survenant hors de l’hôpital. Elles appellent à des protocoles écrits, pragmatiques, fondés sur les preuves et élaborés en commun, afin d’améliorer le devenir des patients et la sécurité des intervenants. Le texte rappelle que, lorsque l’origine de l’arrêt reste incertaine et qu’aucune lésion traumatique menaçante n’est manifeste, la réanimation d’un arrêt d’origine médicale reste la conduite appropriée, et qu’il est légitime de ne pas entreprendre ou d’interrompre une réanimation dont aucun bénéfice n’est attendu.

Article original ↗

Question clinique

Devant un adulte en arrêt circulatoire d’origine traumatique pris en charge hors de l’hôpital, qui faut-il réanimer et transporter, selon quelle logique de gestes, et dans quelles situations est-il légitime de ne pas entreprendre ou d’interrompre la réanimation ?

Méthode

Prise de position commune, accompagnée d’un document de ressources, de trois sociétés savantes nord-américaines : l’association des médecins de médecine préhospitalière (NAEMSP), le comité de traumatologie du collège des chirurgiens (ACS-COT) et le collège des médecins urgentistes (ACEP). Le texte actualise les prises de position communes publiées en 2013. Il ne s’agit pas d’une revue systématique avec méta-analyse, mais d’un cadre destiné à la rédaction de protocoles locaux.

Résultats clés

  • Les trois sociétés estiment nécessaires des protocoles pragmatiques, fondés sur les preuves et construits en commun par les acteurs préhospitaliers et hospitaliers, afin d’améliorer le devenir des patients et la sécurité des intervenants.
  • Un arrêt circulatoire traumatique peut relever d’une hémorragie massive, d’une obstruction des voies aériennes, d’un choc obstructif, d’un trouble respiratoire, d’une cause cardiogénique ou d’un traumatisme crânien majeur.
  • Quand l’origine de l’arrêt n’est pas claire, en particulier en l’absence de lésion traumatique manifestement menaçante, les mesures de réanimation de base et spécialisée de l’arrêt cardiaque d’origine médicale s’appliquent.
  • La réanimation et, le cas échéant, le transport restent justifiés pour une partie des patients ; à l’inverse, ne pas entreprendre ou interrompre la réanimation est une conduite appropriée lorsqu’aucun bénéfice n’en est attendu.

Limites

  • Prise de position d’experts et document de ressources, et non recommandation graduée : ni la méthode de sélection des données ni la force attribuée à chaque proposition ne figurent dans le résumé.
  • Le texte est conçu pour une organisation des secours essentiellement paramédicalisée, qui diffère des systèmes préhospitaliers médicalisés : sa transposition suppose une adaptation aux protocoles et aux filières existants.
  • Les critères précis d’abstention ou d’arrêt de réanimation, ainsi que le détail des gestes de sauvetage et de leur ordre, doivent être lus dans le document complet.
En pratique : ce texte plaide avant tout pour un protocole écrit et partagé entre les acteurs de la chaîne de soins, plutôt que pour une décision prise au cas par cas devant le patient. Deux messages sont directement utilisables : devant un arrêt dont l’origine traumatique n’est pas évidente, on réanime comme un arrêt d’origine médicale ; et l’abstention ou l’arrêt de la réanimation est une décision légitime, à assumer explicitement, quand aucun bénéfice n’est attendu. Le détail des gestes de sauvetage et de leur hiérarchie est à rechercher dans le document complet.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

Sédation, delirium & après-réanimation

0 sorties
2026
▲ À connaître Essai randomisé · EVER

Early mobilization for mechanical ventilation for sepsis or acute respiratory failure (EVER): a multicenter randomized controlled trial with 12-month outcomes

Intensive Care Med · 26 août 2026 · 169 patients, cinq centres, suivi 12 mois

La mobilisation précoce du patient ventilé est recommandée, sans que le moment, l’intensité ni le bénéfice réel du programme soient bien établis. Cet essai randomisé multicentrique a comparé, chez 169 adultes ventilés pour un sepsis ou une insuffisance respiratoire aiguë, un programme structuré de mobilisation en six étapes aux soins habituels. Le programme a bien été appliqué — mobilisation plus précoce, séances plus nombreuses, durée cumulée plus longue — mais le statut fonctionnel à la sortie de réanimation n’a pas différé des soins habituels, et le suivi à douze mois n’a pas montré davantage de différence.

Statut fonctionnel à la sortie de réanimation (score FSS-ICU) : 23,6 (écart type 11,8) dans le groupe mobilisation contre 22,2 (écart type 10,8) en soins habituels ; p = 0,44
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ventilé pour un sepsis ou une insuffisance respiratoire aiguë, un programme structuré de mobilisation précoce améliore-t-il le statut fonctionnel à la sortie de réanimation, et la récupération jusqu’à un an ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique en ouvert, conduit dans cinq centres hospitaliers universitaires de septembre 2020 à juillet 2024. Étaient inclus des adultes atteints de sepsis ou d’insuffisance respiratoire dont la ventilation invasive était prévue pour au moins 48 heures, répartis en un pour un entre un programme structuré de mobilisation précoce en six étapes et les soins habituels. Critère principal : le score FSS-ICU (Functional Status Score for the ICU, statut fonctionnel évalué en réanimation) à la sortie de réanimation. Critères secondaires : mortalité hospitalière, force musculaire, performance physique et critères rapportés par le patient à 1, 3, 6 et 12 mois. Analyse en intention de traiter. 169 participants ont été inclus, 93 dans le groupe mobilisation et 76 en soins habituels.

Résultats clés

  • Critère principal : score FSS-ICU à la sortie de réanimation de 23,6 (écart type 11,8) contre 22,2 (écart type 10,8), sans différence significative (p = 0,44).
  • Le programme a bien été mis en œuvre : mobilisation débutée plus tôt (médiane 30,0 contre 45,9 heures), séances plus nombreuses (médiane 11 contre 4) et durée cumulée plus longue (médiane 330 contre 120 minutes).
  • Critères à douze mois (qualité de vie EQ-5D, scores physique et mental du SF-36, stress post-traumatique, fonction cognitive, syndrome post-réanimation) : amélioration comparable dans les deux groupes, sans différence significative.
  • Les patients ayant atteint au moins l’étape 4 du programme, c’est-à-dire le passage de la position assise à la station debout ou davantage, avaient un meilleur score FSS-ICU que des patients appariés en soins habituels (30,6 contre 23,3 ; p < 0,01) — comparaison appariée et non randomisée, donc exploratoire.

Limites

  • 169 patients pour un critère fonctionnel variable : l’essai peut manquer un bénéfice modéré, et la répartition inégale entre les groupes (93 contre 76) invite à la prudence.
  • Essai en ouvert, dans cinq centres d’un seul pays : les soins habituels du comparateur comprenaient déjà une mobilisation, ce qui réduit l’écart entre les deux stratégies.
  • La comparaison favorable aux patients ayant atteint l’étape 4 repose sur un appariement après coup : elle reflète surtout le fait que les patients capables de se mettre debout allaient mieux, et ne démontre pas l’effet du programme.
  • Le score FSS-ICU est mesuré à la sortie de réanimation, dont le moment varie d’un patient et d’un centre à l’autre.
En pratique : un protocole de mobilisation plus précoce et plus intensif que les soins habituels n’a pas amélioré l’autonomie à la sortie de réanimation, ni le devenir à un an. Cela n’invite pas à renoncer à mobiliser les patients ventilés, pratique déjà largement adoptée dans les deux groupes, mais à ne pas attendre d’une simple intensification du programme un gain fonctionnel. La question de savoir quels patients tirent bénéfice de quelle intensité de mobilisation reste ouverte.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

Ketamine for Analgosedation in Mechanically Ventilated Adults: A Double-Blind Randomized Trial

Crit Care Med · 7 septembre 2026 · 120 patients, deux réanimations

La kétamine à faible dose est souvent ajoutée à la sédation-analgésie du patient ventilé dans l’espoir de réduire les doses d’opioïdes, sans que son bénéfice soit établi. Cet essai randomisé en double aveugle a comparé, chez 120 adultes ventilés recevant déjà une perfusion d’opioïde, une perfusion de kétamine à 0,15 mg/kg/h à un placebo. La dose horaire médiane d’opioïdes a été plus basse sous kétamine — 64 contre 77 µg/h d’équivalent fentanyl —, mais l’intervalle de crédibilité de cette différence inclut l’absence d’effet. Ni le delirium ni les événements indésirables graves ne différaient entre les groupes.

Dose horaire d’opioïdes en équivalent fentanyl : médiane de 64 µg/h sous kétamine contre 77 µg/h sous placebo (différence médiane -13,0 µg/h ; intervalle de crédibilité à 95 % -26,6 à 2,4 ; probabilité de bénéfice 95,1 %)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ventilé en réanimation qui reçoit déjà une perfusion d’opioïde pour son confort, l’ajout d’une perfusion de kétamine à faible dose permet-il de réduire les doses d’opioïdes ?

Méthode

Essai prospectif randomisé, en double aveugle, contrôlé par placebo, conduit dans deux réanimations universitaires entre septembre 2022 et décembre 2024. Étaient inclus des adultes sous ventilation mécanique recevant une perfusion d’opioïde pour l’analgosédation, à l’exclusion de la chirurgie cardiaque. Les patients recevaient, pendant toute la durée de la ventilation mécanique, une perfusion de kétamine à 0,15 mg/kg/h ou un placebo. Sur 538 patients évalués, 413 ne remplissaient pas les critères d’inclusion et 5 ont retiré leur consentement, laissant 120 patients analysés (59 sous kétamine, 61 sous placebo). Critère principal : la dose horaire d’opioïdes, exprimée en équivalent fentanyl. Critères secondaires : delirium, jours vivant sans ventilation mécanique, sans séjour en réanimation et sans hospitalisation à 28 jours, entre autres. L’analyse du critère principal était bayésienne.

Résultats clés

  • Critère principal : dose horaire médiane d’opioïdes de 64 µg/h (écart interquartile 36 à 89) sous kétamine contre 77 µg/h (47 à 100) sous placebo.
  • Différence médiane de -13,0 µg/h, avec un intervalle de crédibilité à 95 % de -26,6 à 2,4 : l’absence d’effet n’est pas exclue. La probabilité a posteriori d’un bénéfice est de 95,1 %.
  • Aucune différence entre les groupes sur la plupart des critères secondaires, dont le delirium.
  • Aucune différence sur les événements indésirables graves, sur un effectif toutefois trop faible pour apprécier la tolérance de la molécule.

Limites

  • Effectif de 120 patients dans deux réanimations d’un même pays : l’essai n’est dimensionné ni pour les critères centrés sur le patient, ni pour la sécurité.
  • Sur 538 patients évalués, 413 étaient inéligibles : la population analysée est sélectionnée et ne représente pas l’ensemble des patients ventilés.
  • Le critère principal est une dose de médicament, pas un bénéfice ressenti : une différence de 13 µg/h d’équivalent fentanyl n’a pas de traduction clinique démontrée ici.
  • L’intervalle de crédibilité franchissant zéro, le résultat doit être lu comme un signal, non comme une démonstration.
En pratique : ajouter une perfusion de kétamine à 0,15 mg/kg/h chez un patient ventilé sous opioïdes a été bien toléré et s’est accompagné d’une dose horaire d’opioïdes plus basse, mais l’intervalle de crédibilité n’exclut pas l’absence d’effet et aucun bénéfice n’apparaît sur le delirium ni sur la durée de ventilation. Ces données peuvent conforter un recours ponctuel chez un patient dont les besoins en opioïdes augmentent rapidement, sans justifier une utilisation systématique. Des essais de plus grande taille restent nécessaires pour savoir si cette différence de doses change quelque chose au devenir des patients.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé

ICU-specific virtual reality for mental health after critical illness: an international three-arm randomized clinical trial

Crit Care · 24 juillet 2026 · trois bras, 344 patients, onze hôpitaux

Revoir son séjour de réanimation en réalité virtuelle a été proposé pour atténuer les troubles psychiques qui suivent une maladie grave. Cet essai randomisé international a comparé, chez 344 adultes ayant séjourné en réanimation et reçu une ventilation mécanique, une séance unique de vidéo immersive — précoce ou tardive — aux soins habituels. À six mois, l’intensité des symptômes de stress post-traumatique ne différait pas entre les trois groupes, pas plus que l’anxiété, la dépression et la qualité de vie, alors même que les patients disaient apprécier l’expérience.

Symptômes de stress post-traumatique à six mois (échelle IES-R, de 0 à 88) : différence avec les soins habituels de 0,32 (IC95 % -3,38 à 4,02 ; p = 0,87) pour la séance précoce et de -0,82 (IC95 % -4,62 à 2,97 ; p = 0,67) pour la séance tardive
Article original ↗

Question clinique

Une vidéo de réalité virtuelle retraçant le séjour en réanimation réduit-elle les symptômes de stress post-traumatique des patients après leur sortie, et le moment où elle est proposée change-t-il quelque chose ?

Méthode

Essai randomisé international multicentrique à trois bras, mené dans onze hôpitaux. Étaient inclus des adultes ayant séjourné au moins 72 heures en réanimation dont au moins 24 heures sous ventilation mécanique. Les patients étaient répartis à parts égales entre soins habituels, réalité virtuelle précoce (entre le septième et le quinzième jour suivant la sortie de réanimation) et réalité virtuelle tardive (à partir du troisième mois, lors du suivi). Critère principal : l’intensité des symptômes de stress post-traumatique à six mois, mesurée par l’échelle IES-R (Impact of Event Scale-Revised, de 0 à 88, un score élevé traduisant des symptômes plus marqués). Critères secondaires : anxiété, dépression et qualité de vie liée à la santé.

Résultats clés

  • 344 participants randomisés (âge médian 61 ans, 62 % d’hommes) ; le suivi à six mois a été obtenu chez 80 % des survivants.
  • Critère principal à six mois : différence de score IES-R de 0,32 (IC95 % -3,38 à 4,02 ; p = 0,87) entre réalité virtuelle précoce et soins habituels, et de -0,82 (IC95 % -4,62 à 2,97 ; p = 0,67) entre réalité virtuelle tardive et soins habituels.
  • Aucune différence entre les groupes sur l’anxiété, la dépression ni la qualité de vie (p ajusté > 0,05 pour chacun de ces critères).
  • Les patients ont néanmoins bien noté l’expérience, tant pour la compréhension de leur séjour que pour la satisfaction globale (médiane de 8 sur 10).

Limites

  • Une seule séance de vidéo non personnalisée et sans accompagnement thérapeutique : le résultat ne s’étend pas aux programmes répétés, guidés ou adaptés au patient.
  • Les patients étaient inclus sans sélection sur le risque psychique : un bénéfice chez les patients les plus symptômatiques ne peut pas être exclu.
  • Suivi disponible chez huit survivants sur dix à six mois, ce qui laisse une part d’incertitude sur les patients perdus de vue.
  • Les patients ne pouvaient pas être en aveugle, alors que les critères reposent sur des questionnaires déclaratifs.
En pratique : proposer une séance unique de réalité virtuelle retraçant le séjour, quel qu’en soit le moment, n’améliore ni le stress post-traumatique, ni l’anxiété, ni la dépression, ni la qualité de vie à six mois. L’outil reste bien accueilli et peut aider un patient à comprendre ce qu’il a vécu, mais il ne doit pas tenir lieu de prise en charge psychique. La consultation de suivi après réanimation garde toute sa place pour repérer les patients qui ont besoin d’un accompagnement spécialisé.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé en grappes · FICUS

The FICUS cluster randomized controlled trial of a family support intervention in adult intensive care units: mental health and family functioning outcomes

Intensive Care Med · 18 mai 2026 · 16 réanimations suisses, 885 proches

Un accompagnement structuré des familles, confié à des infirmières de réanimation spécialement formées et associé à une communication interprofessionnelle organisée, a été comparé aux soins habituels dans 16 réanimations suisses tirées au sort par grappes. Les 885 proches inclus, suivis jusqu’à douze mois après le séjour, n’ont montré aucune différence significative avec les soins habituels, ni pour le fonctionnement familial, ni pour la résilience, la satisfaction de vie, la qualité de vie, la détresse, l’anxiété, la dépression ou l’état de stress post-traumatique. La santé mentale des proches s’est améliorée dans les deux groupes après la sortie de réanimation.

Aucune différence significative entre les deux groupes, pour aucun des critères, jusqu’à douze mois après le séjour : 885 proches inclus, soit 43 % de ceux sollicités, dans 16 réanimations
Article original ↗

Question clinique

Un programme structuré de soutien aux familles, porté par des infirmières de réanimation formées à cet accompagnement, améliore-t-il le fonctionnement familial et la santé mentale des proches de patients graves ?

Méthode

Essai randomisé en grappes conduit dans 16 réanimations suisses. Le groupe interventionnel suivait un parcours de soins aux familles : des infirmières de réanimation dédiées prenaient contact avec les proches et assuraient la liaison avec l’équipe, délivraient un accompagnement psychoéducatif centré sur la relation, et organisaient une communication interprofessionnelle structurée. Le groupe témoin recevait les soins habituels. Étaient concernés les proches de patients dont le séjour prévu en réanimation atteignait au moins 48 heures et dont le risque de décès, de séquelles graves ou de ventilation mécanique prolongée était élevé. Les critères de jugement — fonctionnement familial, résilience, satisfaction de vie, qualité de vie, détresse, anxiété, dépression, stress post-traumatique — étaient mesurés à l’admission du patient, à sa sortie de réanimation, puis à 3, 6 et 12 mois, et analysés par modèles linéaires mixtes. Les inclusions ont eu lieu de mai 2022 à janvier 2024.

Résultats clés

  • Aucune différence significative entre les deux groupes, pour aucun des critères, jusqu’à douze mois après le séjour : 885 proches inclus, soit 43 % de ceux sollicités, dans 16 réanimations.
  • Les questionnaires de suivi ont été remplis dans les délais par 736 proches (83,2 %) à la sortie de réanimation, 665 (75,1 %) à 3 mois, 643 (71,6 %) à 6 mois et 593 (67,0 %) à 12 mois ; selon les critères, 609 à 613 proches ont été analysés.
  • Le type de lien avec le patient, une expérience antérieure de la réanimation et la ventilation mécanique du patient étaient associés à certains des critères mesurés.
  • Dans les deux groupes, la santé mentale des proches s’est améliorée de façon constante après la sortie de réanimation.

Limites

  • Les groupes n’étaient pas comparables sur la gravité des patients : la ventilation mécanique (60,3 % contre 49,5 %) et le décès en réanimation (19,9 % contre 13,2 %) étaient plus fréquents dans le groupe interventionnel, ce qui peut avoir pesé sur les résultats en défaveur de l’intervention.
  • Moins d’un proche sollicité sur deux a accepté de participer, et un tiers des participants manquait à l’appel à douze mois : les proches les plus en difficulté ont pu échapper à la mesure.
  • Les résultats sont présentés comme générateurs d’hypothèses et appellent une lecture prudente : l’essai n’était pas conçu pour trancher définitivement.
  • L’essai s’est déroulé dans un seul système de soins : la transposition à des organisations où l’accueil des familles est très différent reste incertaine.
En pratique : cet essai ne démontre pas qu’un parcours d’accompagnement des familles confié à des infirmières dédiées réduise la détresse psychique des proches à un an, mais ses déséquilibres de départ et son taux de participation empêchent d’en conclure que ce type de programme est inutile. Il invite surtout à ne pas attendre d’un dispositif appliqué uniformément à tous les proches ce qu’il ne peut sans doute pas donner, et à se demander si l’effort doit être concentré sur les familles les plus exposées. L’amélioration spontanée observée dans les deux groupes rappelle qu’une partie de la détresse des premiers jours se résout d’elle-même.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Méta-analyse en réseau

Effectiveness of drug interventions to prevent delirium after surgery for older adults: systematic review and network meta-analysis of randomised controlled trials

BMJ · 12 février 2026 · Méta-analyse en réseau, 158 essais, 41 084 participants

Cette méta-analyse en réseau rassemble 158 essais randomisés et 41 084 participants d’au moins 60 ans opérés sous anesthésie générale ou locorégionale, et compare 52 interventions médicamenteuses destinées à prévenir le delirium postopératoire. Le risque global de delirium après l’intervention était de 14,5 %. La dexmédétomidine ressort comme l’option la mieux étayée ; corticoïdes, agonistes des récepteurs de la mélatonine, parécoxib, olanzapine et insuline intranasale montrent un bénéfice possible, avec un niveau de preuve modéré à très faible.

Survenue d’un delirium postopératoire sous dexmédétomidine : rapport de cotes 0,46 ; intervalle de crédibilité à 95 % 0,36–0,57, pour un risque global de 14,5 %
Article original ↗

Question clinique

Quels médicaments préviennent réellement le delirium après une intervention chirurgicale chez l’adulte d’au moins 60 ans, et quels sont leurs effets sur la morbidité et la mortalité ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse en réseau bayésienne fondée sur les bras de traitement, à partir d’une recherche dans Embase, Medline et la Cochrane Library jusqu’au 4 mars 2024. Étaient retenus les essais randomisés évaluant un ou plusieurs médicaments destinés à prévenir le delirium après une chirurgie nécessitant une anesthésie générale ou locorégionale, chez des participants d’au moins 60 ans, avec un outil validé de repérage du delirium. Étaient exclues la chirurgie sous anesthésie locale seule, la ventilation mécanique préopératoire et les études portant sur le traitement du delirium déjà installé. Sélection des études, extraction des données, appréciation du risque de biais (outil Cochrane version 2) et du niveau de preuve (outil CINeMA) ont été faites en double, chaque évaluateur ignorant les décisions de l’autre.

Résultats clés

  • 158 essais, 41 084 participants et 52 interventions médicamenteuses comparées ; 17 essais ont été jugés à risque élevé de biais.
  • Risque global de delirium postopératoire : 14,5 % (5 957 participants).
  • Parmi les essais qui n’étaient pas à risque élevé de biais, les interventions les plus efficaces sur la survenue du delirium étaient la dexmédétomidine (rapport de cotes 0,46 ; intervalle de crédibilité à 95 % 0,36–0,57), les corticoïdes (0,53 ; 0,31–0,87), les agonistes des récepteurs de la mélatonine (0,54 ; 0,34–0,85), le parécoxib (0,34 ; 0,16–0,74), l’olanzapine (0,27 ; 0,07–0,94) et l’insuline intranasale (0,13 ; 0,04–0,34).
  • Seuls les corticoïdes ont réduit la sévérité du delirium : différence moyenne de −2,42 points (intervalle de crédibilité à 95 % −4,72 à −0,12) sur l’échelle Memorial Delirium Assessment Scale.
  • La plupart des interventions n’ont eu d’effet ni sur la durée de séjour, ni sur la mortalité, ni sur la cognition, ni sur la qualité de vie.
  • Sous dexmédétomidine, hypotension et bradycardie étaient plus fréquentes, tandis que les nausées et vomissements postopératoires étaient moins fréquents. Les corticoïdes n’ont pas augmenté le taux d’infection postopératoire.

Limites

  • Hors dexmédétomidine, le niveau de preuve va de modéré à très faible ; dix-sept essais étaient à risque élevé de biais.
  • Une méta-analyse en réseau repose en partie sur des comparaisons indirectes, dont la validité tient à la comparabilité des essais assemblés.
  • L’enregistrement incomplet des essais et l’adoption partielle d’ensembles communs de critères de jugement compliquent la synthèse.
  • Le bénéfice porte sur la survenue du delirium ; aucun effet n’est établi sur le devenir à distance, qu’il s’agisse de la mortalité, de la cognition ou de la qualité de vie.
  • La recherche bibliographique s’arrête au 4 mars 2024 : les essais parus depuis ne sont pas pris en compte.
En pratique : chez l’opéré d’au moins 60 ans, la dexmédétomidine est l’intervention médicamenteuse la mieux étayée pour prévenir le delirium postopératoire, au prix d’une hypotension et d’une bradycardie plus fréquentes. Les autres pistes — corticoïdes, agonistes de la mélatonine, parécoxib, olanzapine, insuline intranasale — restent à confirmer, leur niveau de preuve étant nettement plus faible. Prévenir le delirium ne se traduit pas, dans cette synthèse, par un gain démontré sur la durée de séjour, la cognition ou la survie.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
2025
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · DOCS

Effects of Dexmedetomidine on Outcomes After Cardiac Surgery (DOCS): a randomised double-blind, placebo-controlled trial

Br J Anaesth · 14 novembre 2025 · Essai randomisé en double insu contre placebo, 1 073 participants

Chez 1 073 adultes opérés d’une chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle, une perfusion de dexmédétomidine de 12 heures débutée après l’induction n’a réduit ni les complications majeures ni la mortalité hospitalière par rapport à un placebo. Les complications majeures ont touché 30 % des patients traités contre 32 % sous placebo. Les critères de sécurité ne différaient pas entre les deux groupes.

Complications majeures après l’intervention : 30 % sous dexmédétomidine contre 32 % sous placebo (risque relatif 0,93 ; IC95 % 0,72–1,21 ; p = 0,66)
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte opéré d’une chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle, une administration périopératoire de dexmédétomidine réduit-elle les décès et les complications majeures ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique en double insu contre placebo, conduit dans neuf hôpitaux chinois. Les adultes programmés pour une chirurgie cardiaque sous circulation extracorporelle recevaient, après l’induction de l’anesthésie et pendant 12 heures, soit de la dexmédétomidine intraveineuse à 0,4 µg/kg/h, soit du sérum salé. Les deux critères de jugement principaux étaient la mortalité hospitalière et la survenue de complications majeures après l’intervention : accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde, bloc cardiaque, arrêt cardiaque. L’analyse était faite en intention de traiter. Les critères secondaires reprenaient chaque complication prise isolément.

Résultats clés

  • 1 073 participants ont terminé l’essai après randomisation : 46 % de femmes, âge moyen de 54 ans (de 47 à 63 ans).
  • Complications majeures : 161 patients sur 536 (30 %) sous dexmédétomidine contre 169 sur 537 (32 %) sous placebo, soit un risque relatif de 0,93 ; IC95 % 0,72–1,21 (p = 0,66).
  • Mortalité hospitalière : 10 patients sur 536 (1,9 %) contre 15 sur 537 (2,8 %), soit un rapport de cotes de 0,66 ; IC95 % 0,29–1,49 (p = 0,32).
  • En dehors du bloc cardiaque, les complications majeures prises isolément ne différaient pas entre les deux groupes ; le sens et l’ampleur de l’écart sur le bloc cardiaque ne figurent pas dans le résumé.
  • Les critères de sécurité et les indicateurs de déroulement des soins étaient comparables.

Limites

  • Les participants étaient relativement jeunes (âge moyen de 54 ans) et recrutés dans un seul pays : la transposition à des patients plus âgés ou plus fragiles reste incertaine.
  • La perfusion se limitait à 12 heures après l’induction : l’essai ne renseigne pas sur une administration prolongée en réanimation.
  • Le nombre de décès hospitaliers est faible dans les deux groupes, ce qui rend l’estimation de l’effet sur la mortalité très imprécise.
  • Le devenir à distance de l’intervention, notamment cognitif, n’est pas rapporté.
En pratique : chez l’adulte opéré du cœur sous circulation extracorporelle, une perfusion courte de dexmédétomidine débutée après l’induction n’apporte pas de bénéfice sur les complications majeures ni sur la mortalité hospitalière. Ce résultat n’appuie pas son administration systématique dans une visée de protection d’organe. L’intérêt de la dexmédétomidine comme sédatif ou dans la prévention du delirium se juge sur d’autres données.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · 4D

Dexmedetomidine for treatment of hyperactive delirium in non-intubated ICU patients: the 4D randomized clinical trial

Intensive Care Med · 29 octobre 2025 · Essai randomisé en double insu contre placebo, 151 patients

Chez 151 adultes de réanimation non intubés présentant un delirium hyperactif, une perfusion continue de dexmédétomidine a fait mieux qu’un placebo sur un critère principal combinant durée d’agitation, durée du delirium et recours à l’intubation avec sédation profonde. La durée médiane d’agitation est passée de 2,0 à 1,0 heure. Les autres critères secondaires, dont les complications et la durée de séjour, étaient comparables, et l’essai a été interrompu pour efficacité lors de l’analyse intermédiaire prévue.

Critère principal combinant agitation, delirium et intubation : différence médiane de −30 points ; IC95 % −49 à −12 (p = 0,001) · durée médiane d’agitation 1,0 heure contre 2,0 heures
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de réanimation non intubé présentant un delirium hyperactif, une perfusion continue de dexmédétomidine améliore-t-elle le contrôle de l’agitation par rapport à un placebo ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique en double insu contre placebo, à deux bras, conduit dans 9 réanimations à l’initiative des investigateurs. Les adultes non intubés hospitalisés en réanimation et présentant un delirium hyperactif recevaient en perfusion intraveineuse continue de la dexmédétomidine ou un placebo pendant au moins 36 heures. Le critère de jugement principal était une modélisation conjointe de trois éléments : durée d’agitation (score RASS supérieur ou égal à +1), durée du delirium et recours à l’intubation avec sédation profonde. Les principaux critères secondaires étaient la survenue de complications telles que bradycardie ou hypotension, la durée de séjour en réanimation et le décès. Les inclusions se sont déroulées de décembre 2017 à février 2022 et le dernier suivi a eu lieu en février 2023.

Résultats clés

  • Essai interrompu pour efficacité lors de l’analyse intermédiaire prévue au protocole ; 151 patients ont été analysés.
  • Critère principal : différence médiane de −30 points ; IC95 % −49 à −12 (p = 0,001), en faveur de la dexmédétomidine.
  • Durée d’agitation plus courte sous dexmédétomidine : médiane 1,0 heure (interquartile 1,0–2,0) contre 2,0 heures (1,0–7,0) sous placebo, soit une différence absolue de −1,0 heure (IC95 % −2,0 à −0,1) ; taille d’effet −0,60 ; IC95 % −0,92 à −0,27 (p = 0,001).
  • Les autres critères secondaires principaux — complications, durée de séjour en réanimation, décès — étaient comparables entre les deux groupes.

Limites

  • Effectif limité et arrêt précoce pour efficacité : les essais interrompus de cette façon tendent à surestimer l’ampleur de l’effet.
  • Le critère principal repose sur une modélisation conjointe de plusieurs éléments, dont le résultat exprimé en points se traduit difficilement en bénéfice clinique direct.
  • Le gain établi porte sur la durée d’agitation, de l’ordre d’une heure en médiane ; aucun effet n’est démontré sur la durée de séjour ni sur la mortalité.
  • Les inclusions se sont étalées sur plus de quatre ans dans un petit nombre de réanimations, ce qui limite la portée du résultat.
En pratique : chez le patient de réanimation non intubé présentant un delirium hyperactif, la dexmédétomidine en perfusion continue peut être envisagée pour abréger l’épisode d’agitation, d’environ une heure en médiane. Le bénéfice ne s’étend ni à la durée de séjour ni à la mortalité, et l’arrêt précoce de l’essai invite à la réserve sur l’ampleur du gain. Les complications hémodynamiques ne sont pas apparues plus fréquentes que sous placebo, sur un effectif toutefois limité, ce qui ne dispense pas de la surveillance habituelle.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · WFIT

A Randomized Controlled Trial of a Post-ICU Telehealth Care Model (WFIT)

Am J Respir Crit Care Med · 1er septembre 2025 · Essai randomisé monocentrique, 400 patients

Cet essai randomisé monocentrique a proposé à 400 patients sortant de réanimation pour un sepsis ou une insuffisance respiratoire aiguë un suivi à distance assuré par un professionnel formé à la convalescence après réanimation, avec des consultations programmées à une et deux semaines puis à la demande pendant six mois. Les dépenses de santé liées aux passages aux urgences et aux hospitalisations n’ont pas différé nettement entre les deux groupes. Réhospitalisations, mortalité, qualité de vie et satisfaction étaient comparables.

Bénéfice net différentiel du suivi à distance : 1 958,29 dollars, dans un intervalle allant de −5 779,56 à 9 696,14 dollars — compatible aussi bien avec une perte qu’avec un gain
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte sortant de réanimation après un sepsis ou une insuffisance respiratoire aiguë, un suivi organisé à distance améliore-t-il le rapport entre coût et résultat par rapport aux soins habituels ?

Méthode

Essai randomisé monocentrique portant sur 400 patients de réanimation ayant présenté un sepsis, une insuffisance respiratoire aiguë ou les deux. Étaient exclus ceux qui comptaient plus de deux hospitalisations dans l’année écoulée, ainsi que ceux admis depuis ou orientés vers une unité de soins palliatifs, une structure de soins infirmiers ou un établissement de soins aigus de longue durée. Le groupe intervention bénéficiait de consultations à distance programmées une semaine puis deux semaines après la sortie de réanimation, puis à la demande pendant six mois, avec un professionnel formé à la convalescence après réanimation ; le groupe témoin recevait une attention équivalente sans suivi structuré. Le critère de jugement principal était le rapport entre coût et efficacité de l’intervention.

Résultats clés

  • Dépenses de santé liées aux passages aux urgences et aux hospitalisations : en moyenne 7 801,10 dollars (écart-type 15 461,03) dans le groupe témoin contre 8 086,50 dollars (écart-type 17 464,87) dans le groupe suivi à distance.
  • Bénéfice net différentiel calculé : 1 958,29 dollars, dans un intervalle allant de −5 779,56 à 9 696,14 dollars.
  • Les passages aux urgences au sein du même système de soins étaient identiques dans les deux groupes ; en revanche, les passages déclarés par les patients dans d’autres établissements étaient plus nombreux dans le groupe suivi à distance : 2,43 pour 100 patients et par mois contre 0,97 (p = 0,03).
  • Réhospitalisations, mortalité, scores de qualité de vie et satisfaction globale étaient comparables entre les deux groupes.

Limites

  • Essai monocentrique de 400 patients : la portée du résultat est limitée.
  • Le critère de jugement principal est économique ; les critères cliniques étaient secondaires et l’essai n’était pas dimensionné pour les trancher.
  • L’intervalle autour du bénéfice net est très large et reste compatible avec une perte comme avec un gain appréciable.
  • Les passages aux urgences hors du système de soins étaient déclarés par les patients eux-mêmes, une mesure fragile.
  • Les patients les plus lourds, orientés vers une structure de soins de suite ou de longue durée, étaient exclus alors qu’ils comptent parmi les plus exposés aux difficultés d’après-réanimation.
En pratique : un suivi organisé à distance après la sortie de réanimation ne s’est montré ni rentable ni bénéfique sur les réhospitalisations, la mortalité ou la qualité de vie dans cet essai. Le résultat ne disqualifie pas l’idée d’un accompagnement après la réanimation, mais il invite à ne pas déployer ce format sans mieux cibler les patients ni préciser le contenu des consultations. Les besoins des patients les plus fragiles, exclus ici, restent à documenter.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · AID-ICU

Functional Status After Delirium in the ICU: A 1-Year Follow-Up of the Agents Intervening Against Delirium in the ICU (AID-ICU) Trial

Crit Care Med · 19 août 2025 · Suivi à un an prévu au protocole d’un essai randomisé

Ce suivi prévu au protocole de l’essai AID-ICU a comparé, un an après l’inclusion, l’état fonctionnel de patients de réanimation traités par halopéridol ou par placebo pour un delirium. Sur 632 patients inclus dans trois centres, 144 seulement ont pu être suivis. Les scores d’activités de la vie quotidienne, l’échelle de fragilité clinique et la force de préhension ne différaient pas entre les groupes, mais les estimations restent trop imprécises pour écarter une différence cliniquement utile.

Différences moyennes ajustées à un an, halopéridol contre placebo : 0,1 point ; IC95 % −0,5 à 0,7 pour les activités instrumentales de la vie quotidienne, et 0,2 ; IC95 % −1,3 à 1,7 pour les activités de base
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte de réanimation traité pour un delirium, l’halopéridol modifie-t-il l’état fonctionnel un an après l’inclusion, par rapport à un placebo ?

Méthode

Suivi à un an prévu au protocole de l’essai randomisé AID-ICU, mené en insu contre placebo. Il porte sur les 632 patients inclus dans trois des centres participants. L’état fonctionnel était apprécié par le score d’activités instrumentales de la vie quotidienne de Lawton-Brody, le score d’activités de base de la vie quotidienne Barthel-20, l’échelle de fragilité clinique et la force de préhension. Les patients décédés se voyaient attribuer la valeur la plus défavorable et les données manquantes ont été traitées par imputation multiple. Les résultats sont exprimés en différences de moyennes et en rapports de moyennes avec IC95 %, ajustés sur l’âge et le sexe.

Résultats clés

  • Sur les 632 patients inclus dans ces trois centres, 75 participants du groupe halopéridol et 69 du groupe placebo étaient disponibles pour le suivi à un an.
  • Le suivi s’est fait par téléphone pour 28,5 % des répondants (41 sur 144) et un proche a répondu au questionnaire pour 4,2 % d’entre eux (6 sur 144).
  • À un an, les différences moyennes ajustées entre halopéridol et placebo étaient de 0,1 point pour les activités instrumentales de la vie quotidienne (IC95 % −0,5 à 0,7 ; p = 0,687) et de 0,2 point pour les activités de base (IC95 % −1,3 à 1,7 ; p = 0,773).
  • Elles étaient de 0,0 pour l’échelle de fragilité clinique (IC95 % −0,4 à 0,5 ; p = 0,862) et de −2,9 pour la force de préhension (IC95 % −7,1 à 1,2 ; p = 0,175).

Limites

  • Seuls 144 des 632 patients inclus dans ces centres étaient disponibles pour l’évaluation à un an, décès et perdus de vue confondus : le recours à l’imputation multiple est massif et expose à un biais de sélection.
  • Les estimations sont imprécises : des différences cliniquement importantes ne peuvent pas être écartées.
  • Attribuer aux patients décédés la valeur la plus défavorable mêle survie et capacité fonctionnelle dans un même score.
  • Une partie du recueil s’est faite par téléphone ou auprès d’un proche, ce qui peut peser sur la mesure de l’autonomie.
En pratique : ce suivi ne montre ni bénéfice ni préjudice fonctionnel de l’halopéridol un an après un delirium de réanimation. Le petit nombre de patients réellement suivis ne permet toutefois pas de trancher : il n’y a pas d’argument pour prescrire l’halopéridol dans l’espoir d’améliorer l’autonomie à distance, ni de raison de redouter une dégradation. Le traitement d’un delirium agité se décide donc toujours sur le contrôle des symptômes à court terme.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Effect of Enhanced Versus Usual Mobilization Activities in Critically Ill Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials

Crit Care Med · 14 août 2025 · Méta-analyse de 59 essais randomisés, 8 462 patients

Cette méta-analyse rassemble 59 essais randomisés et 8 462 adultes de réanimation, comparant une mobilisation renforcée à la prise en charge habituelle. La mobilisation renforcée réduit probablement la survenue d’une faiblesse acquise en réanimation et pourrait raccourcir la durée du delirium ainsi que celle de la ventilation mécanique invasive. Les événements indésirables paraissent peu ou pas différents entre les deux stratégies.

Faiblesse acquise en réanimation : risque relatif 0,79 ; IC95 % 0,66–0,95 · durée du delirium : différence moyenne de −1,34 jour ; IC95 % −1,85 à −0,83
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte hospitalisé en réanimation, une mobilisation renforcée par rapport à la mobilisation habituelle améliore-t-elle le devenir, et au prix de quels risques ?

Méthode

Revue systématique et méta-analyse d’essais randomisés en groupes parallèles, enregistrée avant sa réalisation. Étaient retenus les essais menés chez des adultes d’au moins 18 ans hospitalisés en réanimation, dont le groupe intervention recevait pendant le séjour des activités de mobilisation allant au-delà des soins habituels, le groupe témoin recevant les soins habituels, lesquels devaient déjà comporter une part de mobilisation. Quatre bases de données et deux registres d’essais ont été interrogés jusqu’en mai 2024. Sélection des articles et extraction des données ont été faites en double et de façon indépendante, et le niveau de preuve de chaque critère apprécié selon la méthode GRADE.

Résultats clés

  • 59 essais randomisés et 8 462 patients répondaient aux critères d’inclusion.
  • Faiblesse acquise en réanimation : risque relatif 0,79 ; IC95 % 0,66–0,95 (niveau de preuve modéré).
  • Durée du delirium : différence moyenne de −1,34 jour ; IC95 % −1,85 à −0,83 (niveau de preuve faible).
  • Durée de ventilation mécanique invasive : différence moyenne de −1,07 jour ; IC95 % −1,64 à −0,50 (niveau de preuve modéré).
  • Durées de séjour en réanimation et à l’hôpital légèrement raccourcies, avec un niveau de preuve faible.
  • Peu ou pas de différence sur les événements indésirables, avec un niveau de preuve faible.

Limites

  • Le niveau de preuve reste faible pour la durée du delirium, les durées de séjour et la sécurité : ces résultats demandent confirmation.
  • Les protocoles de mobilisation comme la définition des soins habituels varient beaucoup d’un essai à l’autre, ce qui rend l’intervention difficile à standardiser.
  • Le groupe témoin bénéficiait déjà d’une part de mobilisation : le contraste entre les deux stratégies s’en trouve atténué.
  • La question de savoir si le bénéfice tient à la précocité de la mobilisation plutôt qu’à son intensité reste ouverte.
En pratique : renforcer la mobilisation des patients de réanimation réduit probablement la faiblesse acquise et raccourcit vraisemblablement la ventilation mécanique invasive, sans excès apparent d’événements indésirables. Le gain sur la durée du delirium et sur les durées de séjour repose sur des données de faible niveau de preuve. La précocité de la mobilisation, plutôt que son intensité, apparaît comme la piste la plus prometteuse, sans que ces données permettent encore de trancher.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Essai randomisé · A2B

Dexmedetomidine- or Clonidine-Based Sedation Compared With Propofol in Critically Ill Patients: The A2B Randomized Clinical Trial

JAMA · 1er juillet 2025 · Essai randomisé pragmatique, 1 404 patients, 41 réanimations

Chez 1 404 adultes ventilés en réanimation et déjà sédatés par propofol, le passage à une sédation fondée sur la dexmédétomidine ou sur la clonidine n’a pas raccourci le délai jusqu’à l’extubation réussie. La mortalité à 180 jours est restée comparable dans les trois groupes. L’agitation et les bradycardies graves ont en revanche été plus fréquentes sous agonistes α2.

Délai jusqu’à l’extubation réussie : HR de sous-répartition 1,09 ; IC95 % 0,96–1,25 pour la dexmédétomidine et 1,05 ; IC95 % 0,95–1,17 pour la clonidine, face au propofol · mortalité à 180 jours comparable
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte ventilé en réanimation, une sédation reposant sur un agoniste des récepteurs α2-adrénergiques — dexmédétomidine ou clonidine — raccourcit-elle le délai jusqu’à l’extubation par rapport au propofol ?

Méthode

Essai randomisé pragmatique en ouvert, conduit dans 41 réanimations du Royaume-Uni entre décembre 2018 et octobre 2023. Étaient inclus des adultes se trouvant dans les 48 premières heures de ventilation mécanique, déjà traités par propofol et morphinique, et chez qui une ventilation d’au moins 48 heures était attendue. Le délai médian entre l’intubation et la randomisation était de 21,0 heures (interquartile 13,2–31,3). Les algorithmes de sédation visaient un score RASS (Richmond Agitation-Sedation Scale) de −2 à +1, sauf demande de sédation plus profonde ; le propofol restait autorisé en appoint. Le critère principal était le délai entre la randomisation et l’extubation réussie.

Résultats clés

  • 1 404 patients analysés (âge moyen 59,2 ans, score APACHE II moyen 20,3) : 457 sous dexmédétomidine, 476 sous clonidine, 471 sous propofol.
  • Critère principal : HR de sous-répartition pour l’extubation réussie de 1,09 ; IC95 % 0,96–1,25 (p = 0,20) pour la dexmédétomidine contre propofol, et de 1,05 ; IC95 % 0,95–1,17 (p = 0,34) pour la clonidine contre propofol.
  • Délais médians jusqu’à l’extubation réussie : 136 heures (IC95 % 117–150) sous dexmédétomidine, 146 heures (124–168) sous clonidine, 162 heures (136–170) sous propofol.
  • Mortalité sur 180 jours comparable : HR 0,98 ; IC95 % 0,77–1,24 pour la dexmédétomidine et HR 1,04 ; IC95 % 0,82–1,31 pour la clonidine.
  • Agitation plus fréquente que sous propofol avec la dexmédétomidine (RR 1,54 ; IC95 % 1,21–1,97) comme avec la clonidine (RR 1,55 ; IC95 % 1,22–1,97).
  • Bradycardies graves (fréquence cardiaque inférieure à 50 battements par minute) plus fréquentes sous dexmédétomidine (RR 1,62 ; IC95 % 1,36–1,93) et sous clonidine (RR 1,58 ; IC95 % 1,33–1,88).
  • Aucune interaction dans les sous-groupes prévus à l’avance (âge, sepsis, score SOFA, score de risque de delirium).

Limites

  • Essai en ouvert : les équipes connaissaient le traitement attribué, ce qui peut peser sur les décisions d’extubation.
  • Le propofol restait autorisé en appoint dans les deux groupes d’agonistes α2, ce qui atténue le contraste entre les stratégies comparées.
  • La randomisation intervenait en médiane 21,0 heures après l’intubation : l’essai ne renseigne pas sur une sédation par agoniste α2 instaurée d’emblée.
  • Les critères secondaires sont nombreux et doivent être lus comme exploratoires.
En pratique : chez le patient déjà sédaté par propofol et destiné à une ventilation prolongée, passer à la dexmédétomidine ou à la clonidine ne fait pas gagner de temps sur l’extubation et ne modifie pas la mortalité. Ces agonistes α2 exposent en revanche à davantage d’agitation et de bradycardies graves. L’essai n’appuie pas leur emploi systématique en relais du propofol, sans préjuger d’indications ciblées.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé · IMPROVE

Improving Recovery and Outcomes Every Day After the ICU (IMPROVE): A Randomized Controlled Trial

Crit Care Med · 22 mai 2025 · quatre bras, 153 patients, quatre centres

Cet essai randomisé à quatre bras a évalué un programme de douze semaines suivi sur internet, associant entraînement cognitif et exercice physique, chez 153 patients de 50 ans ou plus ayant présenté un délirium, complet ou incomplet, pendant leur séjour en réanimation. Aucune amélioration des performances cognitives n’a été observée à trois ni à six mois, ni d’ailleurs sur la qualité de vie, la dépression ou l’anxiété. Les patients ayant reçu l’entraînement cognitif seul ont même vu leurs scores baisser légèrement par rapport au groupe témoin.

Variation du score cognitif RBANS (score z) par rapport au groupe sans composante active : -0,28 (IC95 % -0,53 à -0,02 ; p = 0,035) à trois mois et -0,29 (IC95 % -0,53 à -0,04 ; p = 0,021) à six mois dans le groupe entraînement cognitif seul · aucune différence sur la qualité de vie, la dépression ni l’anxiété
Article original ↗

Question clinique

Chez les patients ayant présenté un délirium en réanimation, un programme à distance associant entraînement cognitif et exercice physique améliore-t-il les performances cognitives à trois et six mois ?

Méthode

Essai randomisé prospectif multicentrique à quatre bras, mené dans quatre réanimations de statuts différents (universitaire, public, de proximité). Les patients inclus avaient 50 ans ou plus et avaient présenté au moins un épisode de délirium ou de délirium incomplet pendant leur séjour. Le programme, suivi sur internet pendant douze semaines, combinait deux composantes, chacune avec son propre comparateur : exercice physique ou étirements d’une part, entraînement cognitif ou activité cognitive témoin d’autre part. Les quatre groupes étaient donc : exercice et entraînement cognitif (41 patients), exercice seul (41), entraînement cognitif seul (36), et aucune des deux composantes actives (35). Critère principal : la fonction cognitive à trois et six mois après le début du programme, mesurée par la batterie RBANS (Repeatable Battery for the Assessment of Neuropsychological Status), exprimée en score z ; une variation de 0,5 à 0,6 est considérée comme cliniquement pertinente.

Résultats clés

  • Les quatre groupes diffèrent sur l’évolution du score z RBANS (terme d’interaction p = 0,012), mais dans un sens défavorable aux composantes actives. Les scores z moyens s’étalent de -2,66 à +1,43.
  • Groupe entraînement cognitif seul par rapport au groupe sans composante active : variation moyenne estimée depuis l’inclusion de -0,28 (IC95 % -0,53 à -0,02 ; p = 0,035) à trois mois et de -0,29 (IC95 % -0,53 à -0,04 ; p = 0,021) à six mois.
  • Groupe exercice seul par rapport au même groupe de référence : variation de -0,26 (IC95 % -0,49 à -0,02 ; p = 0,035) à six mois.
  • Aucune différence entre les groupes, à aucun temps de mesure, sur la qualité de vie physique ou mentale, la dépression et l’anxiété.

Limites

  • Effectif modeste (153 patients répartis en quatre groupes) : les comparaisons deux à deux reposent sur des effectifs de l’ordre de trente-cinq à quarante patients.
  • Les écarts observés restent inférieurs à la variation de 0,5 à 0,6 point considérée comme cliniquement pertinente : leur portée pour le patient est incertaine.
  • L’essai ne dit rien de l’assiduité réelle au programme ni des raisons de la baisse observée sous entraînement cognitif, qui peut aussi tenir au hasard des comparaisons multiples.
  • Programme entièrement délivré par internet et sans encadrement présentiel : le résultat ne vaut pas pour une rééducation cognitive conduite par un professionnel.
En pratique : proposer à un patient sortant de réanimation un programme d’entraînement cognitif et physique en autonomie sur internet n’améliore ni sa cognition, ni son humeur, ni sa qualité de vie dans les six mois. Le signal défavorable observé sous entraînement cognitif reste de faible amplitude et demande confirmation, mais il invite à ne pas présenter ces outils comme un bénéfice acquis. L’accompagnement des séquelles du délirium reste à construire sur d’autres bases.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Essai randomisé en grappes

A Randomized Trial of Shared Decision-Making in Code Status Discussions

NEJM Evid · 22 avril 2025 · Six hôpitaux universitaires suisses, 2 663 patients

Cet essai pragmatique randomisé en grappes a tiré au sort 206 internes pour qu’ils conduisent la discussion sur la réanimation en cas d’arrêt cardiaque soit selon une démarche structurée — enseignement, observation, retour d’expérience, aide-mémoire de décision partagée et outil d’aide à la décision —, soit comme à l’habitude, chez 2 663 patients hospitalisés en médecine. Les patients du groupe structuré ont choisi une consigne de non-réanimation dans 50,0 % des cas, contre 37,2 % en pratique habituelle, et se sont dits moins incertains devant leur décision.

Choix de ne pas être réanimé en cas d’arrêt cardiaque : 685 patients sur 1370 (50,0 %) dans le groupe structuré contre 481 sur 1293 (37,2 %) dans le groupe habituel, soit un risque relatif ajusté de 1,37 (IC95 % 1,25–1,50 ; p < 0,001)
Article original ↗

Question clinique

Former les médecins à conduire la discussion sur la réanimation en cas d’arrêt cardiaque selon une démarche de décision partagée, avec un outil d’aide à la décision, modifie-t-il le choix des patients et la qualité de ce choix ?

Méthode

Essai pragmatique randomisé en grappes conduit dans six hôpitaux universitaires. Les internes, et non les patients, étaient tirés au sort : soit ils conduisaient la discussion selon une démarche associant enseignement théorique, observation, retour d’expérience, aide-mémoire de décision partagée et outil d’aide à la décision présentant les résultats attendus d’une réanimation, soit ils procédaient comme à l’habitude. Au total, 206 internes et 2 663 patients hospitalisés en médecine ont été inclus. Critère principal : la proportion de patients choisissant de ne pas être réanimés en cas d’arrêt cardiaque. Critère secondaire principal : l’incertitude ressentie devant la décision, mesurée par l’échelle de conflit décisionnel (de 0 à 100, un score bas traduisant une décision plus assurée).

Résultats clés

  • Choix de ne pas être réanimé : 685 patients sur 1370 (50,0 %) dans le groupe structuré contre 481 sur 1293 (37,2 %) dans le groupe habituel, soit un risque relatif ajusté de 1,37 (IC95 % 1,25–1,50 ; p < 0,001).
  • Incertitude devant la décision plus faible dans le groupe structuré : 14,4 points (écart type 15,3) contre 21,8 (écart type 20,2), différence ajustée -7,06 (IC95 % -9,43 à -4,68).

Limites

  • Le critère principal est une préférence exprimée, pas un résultat clinique : l’essai ne dit pas si les décisions prises correspondaient mieux aux valeurs des patients ni ce qu’elles ont changé pour eux ensuite.
  • Une proportion plus élevée de consignes de non-réanimation n’est pas en soi un meilleur résultat ; l’outil présentant les chances de survie après réanimation, un effet d’orientation de la discussion ne peut pas être exclu.
  • Population de patients hospitalisés en médecine, discussions menées par des internes : la transposition à la consultation d’anesthésie ou à l’admission en réanimation n’est pas évaluée.
  • Les internes ne pouvaient pas ignorer la démarche qui leur avait été attribuée, et c’est auprès d’eux que la décision du patient était recueillie.
En pratique : quand la discussion sur la réanimation est préparée, structurée et appuyée sur les résultats attendus, les patients se déterminent plus souvent contre une réanimation et hésitent moins. Cela plaide pour former les équipes à cet entretien et pour disposer d’un support écrit, plutôt que de recueillir la consigne au fil de l’admission. L’essai ne permet pas de dire que les décisions obtenues sont les meilleures pour les patients : il montre qu’une discussion préparée modifie le choix exprimé et, sur un critère secondaire, laisse le patient moins incertain.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
★ À la une ● Changement de pratique Recommandations SCCM

A Focused Update to the Clinical Practice Guidelines for the Prevention and Management of Pain, Anxiety, Agitation/Sedation, Delirium, Immobility, and Sleep Disruption in Adult Patients in the ICU

Crit Care Med · 21 février 2025 · Mise à jour ciblée des recommandations de 2018

Cette mise à jour ciblée des recommandations de 2018 porte sur cinq domaines chez l’adulte de réanimation : l’anxiété — thème nouveau —, l’agitation et la sédation, le delirium, l’immobilité et les troubles du sommeil. Élaborée selon la méthode GRADE, elle formule des recommandations conditionnelles en faveur de la dexmédétomidine plutôt que du propofol pour la sédation, d’une mobilisation et d’une rééducation renforcées, et de l’administration de mélatonine. Aucune recommandation n’a pu être émise sur les benzodiazépines dans l’anxiété ni sur les antipsychotiques dans le delirium.

Article original ↗

Question clinique

Comment prévenir et traiter, chez l’adulte de réanimation, l’anxiété, l’agitation et la sédation, le delirium, l’immobilité et les troubles du sommeil, au vu des données accumulées depuis les recommandations de 2018 ?

Méthode

Mise à jour et élargissement des recommandations de pratique clinique de 2018, conduits par un groupe de travail interprofessionnel de 24 personnes réunissant infirmiers, médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, psychologues et anciens patients de réanimation. Pour chaque question, formulée en population, intervention, comparateur et critère de jugement, une revue systématique a été menée, les données synthétisées statistiquement, leur niveau de preuve apprécié selon la méthode GRADE, puis les recommandations arrêtées à l’aide d’un cadre reliant preuves et décision. Cinq domaines ont été traités : anxiété (thème nouveau), agitation et sédation, delirium, immobilité, troubles du sommeil. Une politique stricte de gestion des liens d’intérêt a été appliquée à toutes les étapes, du recrutement du groupe au vote.

Résultats clés

  • Recommandation conditionnelle en faveur de la dexmédétomidine plutôt que du propofol pour la sédation de l’adulte de réanimation.
  • Recommandation conditionnelle en faveur d’une mobilisation et d’une rééducation renforcées par rapport à la prise en charge habituelle.
  • Recommandation conditionnelle en faveur de l’administration de mélatonine.
  • Aucune recommandation n’a pu être formulée sur les benzodiazépines dans le traitement de l’anxiété, ni sur les antipsychotiques dans le traitement du delirium.
  • Au total, cinq énoncés couvrant l’anxiété, l’agitation et la sédation, le delirium, l’immobilité et les troubles du sommeil.

Limites

  • Les recommandations émises sont toutes conditionnelles : elles laissent une large place au jugement clinique et leur application dépend de la situation du patient.
  • Il s’agit d’une mise à jour ciblée : les chapitres non repris restent régis par le texte de 2018.
  • Deux questions courantes en pratique — benzodiazépines dans l’anxiété, antipsychotiques dans le delirium — demeurent sans réponse faute de données suffisantes.
  • Comme tout texte de ce type, il reflète les données disponibles à la date de la revue systématique et non les essais parus depuis.
En pratique : pour la sédation de l’adulte ventilé, ces recommandations placent la dexmédétomidine devant le propofol, mais à titre conditionnel : le choix se pèse au cas par cas, en tenant compte du profil hémodynamique du patient. La mobilisation et la rééducation renforcées ainsi que la mélatonine sont encouragées au même titre. En l’absence de recommandation sur les antipsychotiques dans le delirium, leur prescription reste une décision individuelle à réévaluer fréquemment.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
▲ À connaître Méta-analyse

Remimazolam for procedural sedation: A systematic review with meta-analyses and trial sequential analyses

Eur J Anaesthesiol · 4 février 2025 · 63 essais randomisés, 13 953 participants

Cette revue systématique rassemble 63 essais randomisés et 13 953 adultes bénéficiant d’une sédation procédurale, et compare le rémimazolam à un placebo ou à un autre sédatif. Le taux de succès de la sédation est comparable à celui des comparateurs actifs, tandis que les complications respiratoires et cardiovasculaires sont environ deux fois moins fréquentes sous rémimazolam. Les analyses en sous-groupes montrent que cette réduction s’observe face au propofol, et que le succès de la sédation est plus élevé que sous midazolam. Tous les essais inclus étant à risque élevé de biais, le niveau de preuve est jugé très faible à faible et aucune conclusion ferme ne peut être tirée.

Succès de la sédation comparable aux comparateurs actifs : RR 1,04 ; IC 97,5 % 0,961,14 · complications respiratoires : RR 0,47 ; IC 97,5 % 0,360,61 · complications cardiovasculaires : RR 0,46 ; IC 97,5 % 0,370,56
Article original ↗

Question clinique

Chez l’adulte qui reçoit une sédation pour un geste, le rémimazolam procure-t-il une sédation aussi efficace que les sédatifs habituels, et avec moins de complications respiratoires et cardiovasculaires ?

Méthode

Revue systématique des essais randomisés comparant le rémimazolam à un placebo ou à un comparateur actif chez l’adulte en sédation procédurale, avec méta-analyses, analyses séquentielles des essais et évaluation du niveau de preuve par la méthode GRADE. Six bases de données ont été interrogées depuis leur création jusqu’au 22 juin 2024. Au total, 63 essais et 13 953 participants ont été inclus. Les critères examinés étaient le succès de la sédation et la survenue de complications respiratoires et cardiovasculaires. Les intervalles de confiance sont rapportés à 97,5 %, ce qui correspond à un ajustement pour comparaisons multiples.

Résultats clés

  • Succès de la sédation comparable aux comparateurs actifs : RR 1,04 ; IC 97,5 % 0,961,14 (intervalle ajusté par analyse séquentielle 0,95–1,18) ; p = 0,26, niveau de preuve très faible.
  • Complications respiratoires : RR 0,47 ; IC 97,5 % 0,360,61 (intervalle ajusté 0,35–0,61) ; p < 0,01.
  • Complications cardiovasculaires : RR 0,46 ; IC 97,5 % 0,370,56 (intervalle ajusté 0,38–0,57) ; p < 0,01.
  • En sous-groupes, le rémimazolam obtient un meilleur taux de succès que le midazolam, et réduit les complications respiratoires et cardiovasculaires par rapport au propofol ; face au midazolam, ces complications sont de fréquence comparable.

Limites

  • Les résultats de tous les essais inclus ont été jugés à risque élevé de biais, et le niveau de preuve va de très faible à faible : aucune conclusion ferme ne peut en être tirée.
  • Les comparateurs sont hétérogènes (propofol, ciprofol, midazolam, dexmédétomidine, étomidate) et les résultats globaux mêlent des situations cliniques différentes.
  • Les comparaisons par sédatif reposent sur des analyses en sous-groupes, qui ne valent pas démonstration.
  • Seuls le succès de la sédation et les complications respiratoires et cardiovasculaires ont été analysés : aucun critère de devenir du patient n’est rapporté.
En pratique : pour une sédation procédurale, le rémimazolam apparaît au moins aussi efficace que les agents habituels et s’accompagne de moins d’événements respiratoires et hémodynamiques, surtout face au propofol : cela peut le faire envisager chez le patient fragile ou à faible réserve respiratoire. La qualité des essais disponibles reste toutefois trop faible pour en faire dès maintenant un choix de première intention. Face au midazolam, l’avantage porte sur le succès de la sédation, pas sur la tolérance.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.
◎ Veille Analyse secondaire d’essai randomisé

Prolonged Mechanical Ventilation in Critically Ill Patients: Six-Month Mortality, Care Pathways, and Quality of Life

Chest · 27 janvier 2025 · 90 patients ventilés au long cours, suivi de six mois

Le devenir des patients ventilés au long cours reste mal documenté, alors que la décision de poursuivre se pose régulièrement. Cette analyse secondaire d’un essai randomisé en grappes a suivi pendant six mois 90 patients de réanimation ayant reçu une ventilation invasive prolongée. Près d’un patient sur deux était décédé à six mois ; parmi ceux qui sont sortis vivants de réanimation, trois sur quatre ont pu être sevrés, mais au prix de nombreux changements de lieu de soins et d’une qualité de vie altérée : chez les patients non sevrés, le nombre médian de jours de vie ajustés sur la qualité était nul.

Mortalité à six mois : 46 % (41 patients sur 90) · sevrage obtenu chez 52 des 69 patients sortis vivants de réanimation · jours de vie ajustés sur la qualité en six mois : médiane de 73,1 après sevrage réussi contre 0 en cas d’échec (p = 0,002)
Article original ↗

Question clinique

Que deviennent, dans les six mois, les patients de réanimation ventilés au long cours : quelle mortalité, quel parcours de soins et quelle qualité de vie, selon que le sevrage est obtenu ou non ?

Méthode

Analyse secondaire d’un essai randomisé en grappes consacré à la récupération après réanimation, portant sur les patients de deux groupes de réanimations ayant reçu une ventilation invasive prolongée, définie par au moins 21 jours de ventilation par sonde d’intubation ou trachéotomie, ou au moins 4 jours par trachéotomie. Ont été recueillis, pendant les six mois suivant la sortie de réanimation, le succès du sevrage, la mortalité, les changements de lieu de soins, les réhospitalisations et la qualité de vie liée à la santé. Les résultats sont présentés selon que le sevrage a été obtenu ou non : il s’agit d’une description, non d’une comparaison randomisée.

Résultats clés

  • Sur 90 patients ventilés au long cours, 41 (46 %) sont décédés : 21 en réanimation et 20 dans les six mois suivant la sortie.
  • Parmi les 69 patients sortis vivants, 52 (75 %) ont été sevrés dans les six mois et 17 (25 %) ne l’ont pas été.
  • Médiane de 3 changements de lieu de soins en six mois (Q1–Q3 25), plus nombreux chez les patients sevrés (médiane 4, Q1–Q3 25) que chez les autres (médiane 2, Q1–Q3 13 ; p = 0,004). Le taux de réhospitalisation atteint 46 % à six mois.
  • La moitié des patients sevrés sont rentrés à domicile ; les patients non sevrés sont passés pour la plupart des centres de sevrage aux structures d’hébergement, ou sont décédés.
  • Jours de vie ajustés sur la qualité en six mois : médiane de 73,1 (Q1–Q3 23,2135) après sevrage réussi contre 0 (Q1–Q3 032,6) en cas d’échec (p = 0,002).

Limites

  • Effectif très limité (90 patients issus de deux groupes de réanimations d’un seul essai) : les proportions rapportées sont imprécises.
  • Analyse secondaire non prévue pour cette question, sans comparateur randomisé : le succès du sevrage reflète aussi la gravité initiale et ne peut pas être tenu pour la cause des écarts observés.
  • Les patients décédés pèsent lourdement sur les jours de vie ajustés sur la qualité, ce qui rend la lecture de ce critère délicate.
  • L’organisation des centres de sevrage et des structures d’aval conditionne fortement les parcours décrits.
En pratique : ces données donnent des ordres de grandeur utiles pour informer un patient et ses proches quand la ventilation se prolonge : près d’un patient sur deux décède dans les six mois, le sevrage est finalement obtenu chez trois patients sur quatre parmi ceux qui sortent vivants de réanimation, mais le parcours est fait de transferts répétés et de réhospitalisations, et la qualité de vie reste basse. Chez un patient dont la probabilité de sevrage apparaît faible, la poursuite de la ventilation se discute au regard de ces perspectives et des souhaits exprimés. L’étude décrit une trajectoire, elle ne valide aucune stratégie de sevrage particulière.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien.

📡 Radar — les prochaines semaines

  1. Septembre 2026RFE SFAR — antibioprophylaxie et anesthésie locorégionale en chirurgie pédiatrique — deux recommandations formalisées d’experts présentées au congrès le 16 septembre, publication attendue
  2. Congrès à venirCalendrier en cours de lecture — les congrès sont ajoutés automatiquement depuis outils/congres.json

Rythme de mise à jour