Carbocisteine or Hypertonic Saline for Acute Respiratory Failure
Carbocistéine et sérum salé hypertonique nuisent sans écourter la ventilation
Chez 1956 patients ventilés pour une insuffisance respiratoire aiguë avec des sécrétions difficiles à évacuer, la carbocistéine par voie entérale et les aérosols de sérum salé hypertonique ont été évalués selon un plan factoriel, en plus des soins habituels. Aucun des deux n’a raccourci la durée de ventilation mécanique : HR ajusté 0,96 (IC95 % 0,87–1,05) pour la carbocistéine et 1,00 (IC95 % 0,91–1,10) pour le sérum salé hypertonique. Chacun s’est en revanche accompagné d’un excès de complications : hémorragies digestives hautes sous carbocistéine, bronchoconstrictions et hypoxémies pendant les aérosols.
Question clinique
Chez un patient ventilé pour une insuffisance respiratoire aiguë dont les sécrétions bronchiques sont difficiles à évacuer, un mucomodificateur par voie entérale ou des aérosols de sérum salé hypertonique raccourcissent-ils la ventilation mécanique ?
Méthode
Essai multicentrique randomisé et ouvert, de plan factoriel 2 par 2. Ont été inclus 1956 patients d’au moins 16 ans, ventilés pour une insuffisance respiratoire aiguë avec des sécrétions difficiles à évacuer. En plus des soins habituels et pour 28 jours au plus, ils ont reçu de la carbocistéine (750 mg trois fois par jour par voie entérale, 486 patients), des aérosols de sérum salé hypertonique à 6 ou 7 % (4 ml quatre fois par jour, 485 patients), les deux traitements (492 patients) ou les soins habituels seuls (493 patients). Critère principal : durée de ventilation mécanique, de la randomisation à la première reprise durable d’une respiration spontanée sans assistance. Les comparaisons principales opposaient l’ensemble des patients recevant de la carbocistéine à ceux n’en recevant pas, et de même pour le sérum salé hypertonique.
Résultats clés
- Aucune interaction entre les deux traitements (HR 1,01 ; IC95 % 0,83–1,22 ; p = 0,91), ce qui autorise l’analyse séparée de chaque comparaison.
- Carbocistéine : durée médiane de ventilation 186,1 heures (IC95 % 168,3–196,6) contre 172,7 heures (IC95 % 165,2–190,4) sans carbocistéine ; HR ajusté 0,96 (IC95 % 0,87–1,05 ; p = 0,34).
- Sérum salé hypertonique : 184,5 heures (IC95 % 165,6–194,1) contre 174,3 heures (IC95 % 166,9–192,7) ; HR ajusté 1,00 (IC95 % 0,91–1,10 ; p = 0,98).
- Hémorragie digestive haute cliniquement importante : 13 patients sur 965 sous carbocistéine (1,4 %) contre 2 sur 966 (0,2 %) ; risque relatif 6,51 (IC95 % 1,47–28,76 ; p = 0,01).
- Sous sérum salé hypertonique : bronchoconstriction conduisant à un bronchodilatateur chez 23 patients sur 967 (2,4 %) contre 4 sur 964 (0,4 %) ; risque relatif 5,73 (IC95 % 1,99–16,52 ; p = 0,001). Hypoxémie pendant la nébulisation chez 40 patients sur 967 (4,1 %) contre 3 sur 964 (0,3 %) ; risque relatif 13,29 (IC95 % 4,12–42,83 ; p < 0,001).
- Un seul effet indésirable grave rattaché au traitement a été rapporté, dans le groupe recevant les deux interventions.
Limites
- Essai ouvert : ni la prise entérale ni l’aérosol ne peuvent être masqués, et la durée de ventilation dépend de décisions de sevrage prises en connaissance du traitement reçu.
- Une seule posologie de carbocistéine et une seule modalité d’aérosol ont été évaluées : l’essai ne dit rien d’autres schémas.
- L’inclusion reposait sur un jugement clinique, celui de sécrétions difficiles à évacuer, dont l’appréciation varie d’une équipe à l’autre.
- Les complications rapportées sont peu fréquentes en valeur absolue, ce qui rend les risques relatifs élevés mais entourés d’intervalles de confiance larges.