Effectiveness of nasal high-flow oxygen during apnoea on hypoxaemia and intubation success in paediatric emergency and ICU settings: a randomised, controlled, open-label trial
L’oxygène à haut débit n’évite pas la désaturation à l’intubation
Chez l’enfant intubé en urgence aux urgences ou en réanimation, l’apport d’oxygène nasal à haut débit pendant l’apnée n’a pas réduit la survenue des épisodes d’hypoxémie ni augmenté la proportion d’intubations réussies au premier essai. L’analyse per-protocole, qui n’est pas randomisée, retrouve en revanche moins d’hypoxémies sous oxygène à haut débit. Cet essai ne soutient pas la généralisation d’une pratique en plein développement, sans exclure un bénéfice lorsque la technique est réellement appliquée.
Question clinique
L’oxygénation apnéique par voie nasale à haut débit, proposée pour allonger le délai avant désaturation pendant l’intubation, n’est pas adoptée partout chez l’enfant. Maintenir un haut débit d’oxygène nasal pendant l’apnée réduit-il les épisodes d’hypoxémie et améliore-t-il la réussite de l’intubation au premier essai ?
Méthode
Essai randomisé, contrôlé, ouvert, mené dans dix hôpitaux, au sein de services d’urgences pédiatriques, de réanimations pédiatriques et d’une réanimation néonatale. Étaient admissibles les enfants de moins de 16 ans devant être intubés en urgence. Randomisation 1:1 entre oxygène nasal à haut débit pendant l’apnée et prise en charge habituelle. Deux critères de jugement principaux : la survenue d’un épisode d’hypoxémie et l’intubation réussie au premier essai sans désaturation, analysés en intention de traiter modifiée. Inclusions de mai 2017 à octobre 2022.
Résultats clés
- 1 069 intubations chez 969 enfants ont été randomisées (535 sous oxygène à haut débit, 534 en prise en charge habituelle) ; l’analyse principale a porté sur 950 intubations chez 860 enfants, soit 476 et 474 intubations.
- Épisodes d’hypoxémie : 61 intubations sur 476 (12,8 %) sous oxygène à haut débit contre 77 sur 474 (16,2 %), OR ajusté 0,74 ; IC97,5 % 0,46–1,18 ; p = 0,15.
- Intubation réussie au premier essai : 300 sur 476 (63,0 %) contre 280 sur 474 (59,1 %), OR ajusté 1,13 ; IC97,5 % 0,79–1,62 ; p = 0,43.
- Analyse per-protocole, sur 905 intubations : hypoxémie chez 48 sur 444 (10,8 %) contre 77 sur 461 (16,7 %), OR ajusté 0,59 ; IC97,5 % 0,36–0,97 ; p = 0,017, sans différence sur la réussite au premier essai (64,0 % contre 58,1 % ; OR ajusté 1,22 ; IC97,5 % 0,87–1,71 ; p = 0,19).
Limites
- Essai ouvert, sans aveugle possible : la décision d’interrompre une tentative d’intubation avant désaturation reste subjective et pouvait différer entre les groupes.
- Le bénéfice n’apparaît que dans l’analyse per-protocole, qui n’est pas randomisée et ne permet pas de conclure : l’écart entre les deux analyses suggère surtout des difficultés d’application de la technique.
- Inclusions étalées sur plus de cinq ans dans des services aux pratiques hétérogènes, avec une réussite au premier essai globalement basse, proche de trois intubations sur cinq.
- Essai conduit en réanimation et aux urgences pédiatriques : la transposition à l’intubation préhospitalière n’est pas établie.