Gastric Residual Volume Assessment in Critically Ill Children: The GASTRIC-PICU Randomized Clinical Trial
Mesurer le résidu gastrique n’apporte rien en réanimation pédiatrique
Chez l’enfant ventilé et nourri par sonde gastrique, renoncer à la mesure systématique du résidu gastrique toutes les six heures s’est révélé non inférieur à la pratique habituelle sur la survie et les jours vivant sans ventilation mécanique à 30 jours. La tolérance de la nutrition était alors jugée sur les seuls signes cliniques. Les enfants suivis sans mesure de résidu recevaient une part plus grande de leurs besoins énergétiques dès 72 heures.
Question clinique
Chez l’enfant de réanimation sous ventilation invasive et nourri par voie entérale, la mesure systématique du résidu gastrique toutes les six heures, très répandue mais jamais évaluée, est-elle nécessaire ? Son abandon expose-t-il l’enfant à un surcroît de complications respiratoires, et permet-il de mieux couvrir ses besoins nutritionnels ?
Méthode
Essai randomisé pragmatique, multicentrique et de non-infériorité mené dans 24 réanimations pédiatriques. Ont été inclus 4 700 enfants de 0 à 16 ans sous ventilation invasive chez qui la nutrition entérale débutait, recrutés entre le 29 juin 2023 et le 7 décembre 2025, avec un suivi à 30 jours. Randomisation 1:1 entre la prise en charge habituelle, avec mesure du résidu gastrique au moins toutes les six heures, et l’absence de mesure systématique, la tolérance de la nutrition étant alors appréciée sur les seuls signes cliniques. Les autres modalités de nutrition entérale suivaient les protocoles locaux. Deux critères de jugement principaux : un critère clinique évalué en non-infériorité, associant survie et jours vivant sans ventilation mécanique à 30 jours, et un critère nutritionnel évalué en supériorité, la couverture des besoins énergétiques à 72 heures.
Résultats clés
- Sur 4 700 enfants randomisés (2 352 sans mesure systématique, 2 348 en prise en charge habituelle), 4 460 ont été analysés en intention de traiter : âge médian 8 mois (écart interquartile 1–44), 1 925 filles (42,6 %).
- Critère clinique principal : médiane de 25 jours (écart interquartile 21–27) dans les deux groupes, OR ajusté 0,95 ; IC95 % 0,86–1,05. La non-infériorité de l’abandon de la mesure est démontrée.
- Analyse per-protocole concordante : OR ajusté 1,01 ; IC95 % 0,90–1,13.
- Critère nutritionnel principal : pourcentage moyen des besoins énergétiques couverts à 72 heures de 80,3 % sans mesure de résidu contre 76,8 % avec, différence moyenne ajustée de 3,2 points de pourcentage (IC95 % 1,3–5,2 ; p < 0,001).
Limites
- Essai ouvert, sans aveugle possible sur une pratique de soin infirmier : les décisions d’interrompre la nutrition restaient à l’appréciation des équipes.
- Le gain nutritionnel, de l’ordre de trois points de pourcentage sur les besoins énergétiques, est statistiquement net mais de portée clinique modeste.
- Les autres modalités de nutrition entérale étaient laissées aux protocoles locaux, ce qui limite la description de la stratégie réellement appliquée.
- Population très jeune, d’âge médian inférieur à un an : la transposition à l’adolescent repose sur un effectif plus restreint.