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Anesthésie périopératoire · Essai randomisé · PELICAN

Individualized Cardiac Index-Guided Hemodynamic Therapy in High-Risk Patients Undergoing Elective Major Abdominal Surgery: The PELICAN Randomized Clinical Trial

Guider l’hémodynamique sur l’index cardiaque n’a pas réduit les complications

JAMA · 19 octobre 2026 · Essai randomisé multicentrique en simple aveugle, 1 095 patients · ASA 2026

Faut-il régler l’hémodynamique peropératoire sur l’index cardiaque propre au patient ? Cet essai a comparé deux stratégies hémodynamiques chez 1 095 patients à haut risque opérés d’une chirurgie abdominale majeure programmée, dans douze centres hospitalo-universitaires de cinq pays européens : l’une visait cet index, mesuré au repos avant l’intervention ; l’autre était la prise en charge habituelle, où l’index cardiaque était mesuré mais masqué aux équipes. Le critère principal était composite : insuffisance rénale aiguë, lésion myocardique, complication infectieuse grave, arrêt cardiaque non fatal ou décès dans les sept jours suivant l’opération. Il est survenu chez 44,3 % des patients de la stratégie individualisée, contre 46,9 % de ceux de la prise en charge habituelle, et aucune différence n’a été mise en évidence sur les composantes prises séparément. En revanche, la mortalité à 90 jours, critère secondaire exploratoire, a été plus élevée dans le groupe individualisé.

Résultat principalCritère principal composite à sept jours (insuffisance rénale aiguë, lésion myocardique, complication infectieuse grave, arrêt cardiaque non fatal ou décès) : 44,3 % avec la stratégie individualisée contre 46,9 % avec la prise en charge habituelle ; risque relatif 0,94 ; IC95,1 % 0,83–1,08 ; p = 0,38
En pratiquechez le patient à haut risque opéré d’une chirurgie abdominale majeure programmée, viser en peropératoire l’index cardiaque mesuré avant l’intervention n’a pas réduit les complications des sept premiers jours, et aucune différence n’est apparue sur les composantes prises une à une. L’essai ne plaide donc pas pour faire de l’index cardiaque préopératoire la cible d’un protocole hémodynamique systématique. Un point appelle la prudence : la mortalité à 90 jours a été plus élevée dans le groupe individualisé, sur un critère secondaire issu d’analyses exploratoires : ce résultat peut relever du hasard, mais il demande à être confirmé ou écarté avant d’envisager cette stratégie. Le monitorage du débit cardiaque garde par ailleurs son intérêt pour comprendre une instabilité en cours d’intervention : c’est la cible chiffrée qui est en cause, pas la mesure.

Question clinique

Chez un patient à haut risque opéré d’une chirurgie abdominale majeure programmée, régler l’hémodynamique peropératoire sur l’index cardiaque mesuré avant l’intervention réduit-il les complications des sept premiers jours, par rapport à la prise en charge habituelle ?

Méthode

Essai randomisé multicentrique de supériorité, mené en simple aveugle dans douze centres hospitalo-universitaires d’Autriche, d’Espagne, du Danemark, d’Allemagne et de République tchèque. Les inclusions se sont étalées du 8 octobre 2023 au 25 octobre 2025, le dernier suivi s’achevant le 15 janvier 2026. Étaient inclus des patients à haut risque opérés d’une chirurgie abdominale majeure programmée. Le groupe expérimental recevait une prise en charge hémodynamique visant l’index cardiaque propre au patient, mesuré au repos avant l’intervention : la cible n’était donc pas un débit maximal, mais la valeur de référence du patient lui-même, visée au moyen d’un algorithme de remplissage vasculaire et de dobutamine. Le groupe témoin recevait la prise en charge hémodynamique habituelle ; l’index cardiaque y était mesuré, mais masqué aux équipes. Dans les deux groupes, l’index cardiaque était obtenu par biréactance, une mesure non invasive. Le critère principal était composite : insuffisance rénale aiguë, lésion myocardique, complication infectieuse grave, arrêt cardiaque non fatal ou décès dans les sept jours suivant l’opération. Les critères secondaires reprenaient chacune des cinq composantes, prise séparément et sur la même période, ainsi que la mortalité à distance ; ils ont été analysés sans correction pour la multiplicité des comparaisons.

Résultats clés

  • Sur 1 128 patients inclus, 1 111 ont été tirés au sort et 1 095 sont entrés dans l’analyse principale, conduite en intention de traiter modifiée. L’âge médian était de 67 ans (intervalle interquartile 59 à 74) et 49,4 % des patients étaient des femmes.
  • Sur le critère principal, la stratégie individualisée n’a pas réduit les complications : l’événement composite est survenu chez 243 des 549 patients (44,3 %) du groupe individualisé, contre 256 des 546 (46,9 %) du groupe témoin ; risque relatif 0,94 ; IC95,1 % 0,83–1,08 ; p = 0,38.
  • Sur la même fenêtre de sept jours, aucune différence n’a été mise en évidence pour les composantes prises séparément. La plus fréquente était la lésion myocardique (29,8 % contre 31,2 %) ; l’insuffisance rénale aiguë était la seule à pencher en faveur de la stratégie individualisée, sans que la différence soit concluante : 9,6 % contre 13,0 % (risque relatif 0,74 ; IC95 % 0,53–1,03). Au cours des sept premiers jours, trois décès sont survenus dans chaque groupe.
  • À 90 jours, la mortalité a été plus élevée dans le groupe individualisé : 31 patients sur 541 (5,7 %) contre 15 sur 540 (2,8 %) ; risque relatif 2,06 ; IC95 % 1,13–3,78. Ce critère secondaire a été analysé sans correction pour la multiplicité des comparaisons ; les auteurs ne tranchent pas entre le fait du hasard et un possible effet délétère, et appellent à l’interpréter avec prudence.

Limites

  • Le contenu en oxygène artériel et le transport d’oxygène n’ont pas été mesurés : l’essai ne permet donc pas de conclure sur le lien entre index cardiaque et perfusion tissulaire, sur lequel repose pourtant la stratégie testée.
  • La population est celle de la chirurgie abdominale majeure programmée : le résultat ne se transpose ni aux autres chirurgies ni à l’urgence.
  • Les centres participants sont des hôpitaux universitaires rompus au monitorage de l’index cardiaque ; on ne sait pas ce que donnerait la même stratégie dans des structures moins équipées.
  • L’index cardiaque était mesuré par biréactance, qui n’est pas la méthode de référence en clinique, même si elle a été employée de la même façon dans les deux groupes.
  • La fenêtre d’observation du critère principal s’arrête à sept jours : les complications plus tardives échappent à l’essai.
  • Au-delà des limites relevées par les auteurs, le critère principal réunit cinq événements de gravité très inégale, et il est porté pour l’essentiel par la lésion myocardique, qui touche près de trois patients sur dix dans chaque groupe, alors que les décès de la première semaine se sont limités à trois de part et d’autre. Un tel critère renseigne mal sur ce qui compte le plus pour le patient.
Résumé à valider par le lecteur avant application clinique — se reporter à l’article original en lien. Fiche rédigée à l’aide de l’IA.