Opioid-free vs. opioid-inclusive anaesthesia with or without regional anaesthesia for postoperative pain: a systematic review with network meta-analysis of randomised controlled trials
Pour la douleur, l'ALR compte plus que l'épargne d'opioïdes
Cette méta-analyse en réseau rassemble 885 essais randomisés et compare six stratégies chez l'adulte : anesthésie sans opioïdes, avec rémifentanil seul ou avec d'autres opioïdes, chacune associée ou non à une anesthésie locorégionale. Les stratégies comportant une ALR se classent systématiquement en tête pour la douleur postopératoire. Lorsque l'ALR est en place, la différence entre anesthésie avec et sans opioïdes devient minime (certitude modérée) ; les approches sans opioïdes s'accompagnent en revanche de moins de nausées et de vomissements postopératoires.
Question clinique
L'anesthésie sans opioïdes tient-elle ses promesses sur la douleur postopératoire, et que devient son intérêt lorsqu'une anesthésie locorégionale est déjà réalisée ?
Méthode
Revue systématique avec méta-analyse en réseau des essais randomisés conduits chez l'adulte, comparant six stratégies : anesthésie sans opioïdes, anesthésie avec rémifentanil seul et anesthésie avec d'autres opioïdes, chacune avec ou sans anesthésie locorégionale. Le critère de jugement principal était la douleur postopératoire ; les critères secondaires étaient la consommation postopératoire d'opioïdes, le délai de sortie de salle de surveillance post-interventionnelle, la durée d'hospitalisation et la survenue de complications. Les stratégies sont comparées entre elles par un classement fondé sur l'aire sous la courbe de classement cumulé (SUCRA) : plus la valeur est élevée, plus la stratégie se classe en tête, sans que cela mesure l'ampleur de la différence.
Résultats clés
- 885 essais randomisés provenant de 59 pays ont été inclus.
- Les stratégies comportant une ALR occupent constamment les premières places pour la douleur postopératoire. L'association ALR et anesthésie sans opioïdes atteint des valeurs SUCRA de 93 % à 2 h, 85 % à 12 h et 75 % à 48 h, toutes de certitude faible.
- Quand une ALR est réalisée, les différences entre stratégies avec et sans opioïdes sont minimes (certitude modérée).
- Pour la consommation d'opioïdes, l'association ALR et stratégie sans opioïdes se classe première à 2 h (certitude modérée), 12 h et 48 h (certitude faible), avec des valeurs SUCRA supérieures à 98 %.
- Les stratégies sans ALR sont associées à des scores de douleur plus élevés et à des besoins en opioïdes plus importants. Les approches sans opioïdes, surtout combinées à une ALR, sont associées à moins de nausées et de vomissements postopératoires.
Limites
- La certitude des preuves est faible pour la plupart des classements : ces résultats orientent la réflexion mais ne la tranchent pas.
- Un classement SUCRA ordonne les stratégies sans dire de combien elles diffèrent ; le résumé ne donne pas d'estimation d'effet en valeur absolue.
- L'ensemble réunit des essais très hétérogènes par le type de chirurgie, les protocoles anesthésiques et les techniques d'ALR, et une part des comparaisons est indirecte.
- Les critères portent sur les premières heures et les premiers jours ; le devenir à distance, notamment la douleur chronique postchirurgicale, n'est pas abordé.