Safety and efficacy of 6% hydroxyethyl starch in patients undergoing major surgery: The randomised controlled PHOENICS trial
L’hydroxyéthylamidon n’est pas inférieur aux cristalloïdes sur le rein
L’hydroxyéthylamidon reste débattu depuis la mise en évidence d’une atteinte rénale sous fortes doses prolongées au cours du sepsis. En chirurgie abdominale programmée avec pertes sanguines attendues d’au moins 500 ml, cet essai en double aveugle a comparé un hydroxyéthylamidon à 6 % à un cristalloïde seul, chaque perfusion étant guidée par les paramètres hémodynamiques. La baisse maximale du débit de filtration glomérulaire estimé sur la cystatine C pendant les trois premiers jours postopératoires remplit le critère de non-infériorité, et le composite de mortalité et de complications majeures à 90 jours est identique dans les deux groupes.
Question clinique
En chirurgie abdominale majeure programmée, l’usage peropératoire d’un hydroxyéthylamidon expose-t-il à plus d’atteinte rénale qu’un remplissage par cristalloïdes seuls ?
Méthode
Essai randomisé en double aveugle mené dans 53 centres de 10 pays européens. Patients de 40 à 85 ans, de statut ASA II ou III, opérés d’une chirurgie abdominale programmée avec des pertes sanguines attendues d’au moins 500 ml : 1 985 patients au total, 977 recevant un hydroxyéthylamidon 130/0,4 à 6 % et 981 un cristalloïde seul, la posologie étant guidée par la pression artérielle moyenne ou les autres paramètres hémodynamiques de routine. Critère de jugement principal : variation entre la valeur préopératoire et la valeur la plus basse du débit de filtration glomérulaire estimé à partir de la cystatine C au cours des trois premiers jours postopératoires, analysée en non-infériorité. Critère secondaire principal : composite de mortalité et de complications postopératoires majeures à 90 jours.
Résultats clés
- Baisse maximale du débit de filtration glomérulaire estimé sur la cystatine C pendant les trois premiers jours : −3,4 ± 17,7 ml/min/1,73 m² sous hydroxyéthylamidon contre −1,0 ± 17,1 sous cristalloïde seul (p < 0,001 pour la non-infériorité).
- Composite de mortalité et de complications majeures à 90 jours : 35 % des patients dans chaque groupe.
- Aucune différence jugée cliniquement pertinente sur les critères de sécurité, fonction rénale à 90 jours comprise. À un an, la mortalité toutes causes n’était pas significativement différente : 8,6 % sous hydroxyéthylamidon et 10,1 % sous cristalloïde.
Limites
- Le critère principal est une variation biologique du débit de filtration glomérulaire, pas un devenir rénal clinique ; l’écart-type, très large dans les deux groupes, reflète une forte dispersion individuelle.
- Démonstration de non-infériorité sur une population opérée de façon programmée, de 40 à 85 ans et de statut ASA II ou III : elle ne s’étend ni au patient septique, ni au patient de réanimation, ni à des doses hors autorisation de mise sur le marché.
- La mortalité à un an et les critères de sécurité sont des critères secondaires : l’essai n’était pas dimensionné pour les trancher.